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Archive pour la catégorie 'MANN Anthony'

Strange Impersonation (id.) – d’Anthony Mann – 1946

Posté : 25 novembre, 2025 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Strange Impersonation (id.) - d’Anthony Mann – 1946 dans * Films noirs (1935-1959) 54919315150_6372fde35e_z

Film noir ? Mélodrame ? Anthony Mann se balade sur une cime entre ces deux genres, avec ce film méconnu, qui précède de peu le début de sa grande période « noire ». Une petite production sur laquelle il n’est encore visiblement qu’un exécutant, se contentant de filmer le scénario qu’on lui confie. Ce qui est d’ailleurs la limite du film, qui révèle par ailleurs la déjà très grande maîtrise du jeune Mann.

L’histoire, donc, est hautement improbable : une scientifique teste sur elle-même un anesthésiant révolutionnaire, mais est victime sans le savoir de la machination d’une amie qui veut se débarrasser d’elle pour lui piquer son fiancé. Défigurée, laissée pour morte, elle change de visage et cherche à refaire sa vie, mais la réalité finit par la rattraper.

Encore que le résumé soit un peu imparfait. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que le scénario multiplie les pistes plus ou moins importantes, et qu’il ne choisit pas le chemin de la simplicité, ou de la crédibilité. Mais il y a peut-être une bonne raison à ça, et je n’irais pas plus loin sur ce point, au risque de divulgacher la conclusion, d’ailleurs très attendue et un peu facile.

Qu’importe : ce qu’on retient de Strange Impersonation, ce qui frappe surtout, c’est le rythme et l’intensité parfaits qu’installe Mann, qui réussit à nous tenir en haleine dès les premières images pourtant guère palpitantes a priori, dans le laboratoire. Et même avec des acteurs de seconds plans (Brenda Marshall, William Gargan, Hillary Brooke), le jeune réalisateur signe un drame profondément humain, intense et poignant.

L’Esprit pervers (Strangers in the night) – d’Anthony Mann – 1944

Posté : 7 mai, 2025 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Strangers in the night

Republic Pictures n’est pas la Warner, ni même la RKO. Et il y a dans son immense production de l’époque une quantité de séries B, C ou D assez pénibles, qui paraissent bien longues malgré leur durée généralement très courte.

Mais il y a de temps en temps un jeune cinéaste plein de talent, émergeant, qui vient prouver l’importance que revêt le réalisateur, même dans le système si verrouillé des studios hollywoodiens : Anthony Mann en l’occurrence, pas encore le grand homme de westerns, et pas encore non plus l’auteur de grands films noirs.

Sa grande période, celle des T-Men et autres Raw Deal, commencera trois ans plus tard. Mais Mann est déjà un très solide cinéaste, qui termine en quelque sorte sa période de formation : l’année suivante, il signera The Great Flamarion, qui fera déjà forte impression.

Mais dès Stranger in the night, petite production de 56 minutes montre en main, avec des acteurs de seconde zone (William Terry, Virginia Grey), il fait des merveilles, multipliant les images qui frappent la rétine par leurs jeux d’ombres ou la profondeur de champs, et tirant d’un scénario original mais outré des sommets d’angoisse.

L’idée de base est belle : un soldat blessé au combat rentre au pays pour rencontre enfin une jeune femme avec laquelle il a entretenu une relation épistolaire pendant qu’il était au front, après avoir découvert son nom sur la page de garde d’un livre qu’il a aimé. C’est beau, non ?

Il doit la retrouver dans la maison où elle vit avec sa mère, vaste bâtisse construite au sommet d’une falaise, coupée du monde et renfermant un secret qu’on ne tardera pas à pressentir. L’ombre de Rebecca plane, sans écraser l’originalité du récit. Rebecca, mais aussi Laura d’ailleurs, sorti la même année, pour l’importance que joue un tableau.

Sans en dire plus, disons quand même que Mann sait réserver ses effets, nous gratifiant d’un accident de train, d’un suspense au verre de lait (tiens, encore une référence flagrante, à Soupçons cette fois). Et autant d’occasions pour le jeune cinéaste de faire ses armes, dans un petit noir corsé et excitant.

LIVRE : I am Spartacus (id.) – de Kirk Douglas – 2013

Posté : 27 octobre, 2024 @ 8:00 dans CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, KUBRICK Stanley, LIVRES, MANN Anthony | Pas de commentaires »

LIVRE I am Spartacus

Avec Le Fils du chiffonnier, Kirk Douglas avait déjà signé l’une des autobiographies d’acteur les plus stimulantes, les plus honnêtes, et accessoirement l’une des mieux écrites aussi, révélant à un âge relativement avancé un vrai talent d’écrivain.

Il confirme largement ce latent avec I am Spartacus !, écrit à… 95 ans. Loin d’être une redite de son précédent livre, celui-ci se concentre exclusivement sur une période bien précise : la préparation et le tournage de Spartacus, dont le grand Kirk semble se souvenir du moindre détail.

A-t-il une mémoire phénoménale ? Se base-t-il sur des notes conservées quelque part ? Qu’importe : la narration est précise, le style emballant, et l’honnêteté totale. Douglas lui-même s’en amuse, s’autorisant parfois des « pauses » dans le récit pour commenter sa propre arrogance d’autrefois, ses manières parfois brutales, avec la gêne de celui qui appris tardivement le plaisir d’observer les roses (c’est lui qui le dit).

Si le livre est si passionnant, c’est aussi parce qu’il y est question, tout à la fois, d’un tournage chaotique (Anthony Mann viré, Kubrick ingérable, Jean Simmons remplaçant la pauvre Sabina Bethmann, un budget explosé), d’une aventure épique (plus d’un an de tournage), et d’une Chasse aux sorcières qui vit encore de belles heures, et que Spartacus contribuera à balayer.

Kirk Douglas est évidemment le personnage principal du récit : il en est le narrateur, et le pivot du film. Mais la figure de Dalton Trumbo, scénariste blacklisté et œuvrant incognito sur le film jusqu’à ce que Douglas impose son nom au générique, est une figure passionnante, et édifiante dans ce qu’elle dit de l’Amérique d’alors, et d’Hollywood.

Ah ! Et en plus, le livre est aussi une magnifique déclaration d’amour à Anna, la seconde femme de Kirk, avec qui venait d’avoir deux fils, et qui était encore en 2013 à ses côtés.

Winchester ’73 (id.) – d’Anthony Mann – 1950

Posté : 15 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Winchester 73

Glissons rapidement sur l’épisode « indien » de Winchester 73, sur un Rock Hudson un peu engoncé sous un faux nez et un maquillage pas franchement convaincant de Sioux. Etrange et courte séquence qui détonne même par ses transparences approximatives… Ce petit préambule pour souligner que Winchester 73 n’est pas un western parfait. Voilà pour les réserves. Pour le reste, Winchester 73 n’est peut-être pas un western parfait, donc. Mais c’est un grand, un très grand western.

Un western historique déjà, qui marque la première collaboration de James Stewart avec Anthony Mann, qui deviendrait son réalisateur de prédilection, et avec qui il tournerait surtout une série impressionnante de formidables westerns. Et qui contribue aussi à cette mutation du genre vers une atmosphère plus sombre, plus profonde aussi, en même temps qu’il contribue au renouveau de James Stewart, qui s’engageait alors dans une nouvelle partie de sa carrière plus axée sur des rôles tourmentés.

Le rôle qu’il tient dans Winchester 73 n’est pas si loin de celui qu’il tiendra dans L’Appât du même Mann. Il n’est pas encore totalement passé du côté obscur, et garde une certaine pureté. Mais il est déjà mû par la soif de vengeance. Une vengeance basée d’ailleurs sur un quasi-poncif du genre : l’opposition de deux frères radicalement opposés, qui se vouent une haine mortelle. Stewart et Stephen McNally, en l’occurrence.

De ce postulat de départ, le scénariste Borden Chase tire une merveille de construction, magnifiée par la mise en scène tendue et sèche de Mann. Un film qui suit une sorte de cercle fascinant, à travers le parcours d’une winchester 73, considérée comme l’arme la plus précise du monde, qui passe de main en main pour revenir à son premier propriétaire, et accomplir la vengeance qui ne cesse d’être différée.

Et quelles mains : celles de John McIntire, Dan Duryea, Rock Hudson, et même brièvement celles d’un tout jeune Tony Curtis. On croise aussi Shelley Winters, le précieux Millard Mitchell (grand second rôle oublié), Will Geer qui fait un truculent Wyatt Earp, et des tas de gueules incontournables du western. Mann est encore un nouveau venu dans le genre (la même année, il réalise Les Furies et La Porte du Diable), mais il en maîtrise déjà totalement les codes.

Il en magnifie aussi les situations, donnant une dimension incroyable à ses séquences de ville (superbe plan en plongée d’une brutalité extrême, vue de la chambre d’un hôtel), comme aux longs moments dans les vastes paysages. Il joue aussi avec le poids des grands mythes : l’apparition de Wyatt Earp bien sûr, mais aussi l’omniprésence dans les dialogues de la tuerie de Little Big Horn, comme un traumatisme qui annonce la fin d’une époque. Le thème central de tout bon western, finalement.

Maldonne pour un espion (A Dandy in aspic) – d’Anthony Mann (et Laurence Harvey) – 1968

Posté : 30 mars, 2021 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HARVEY Laurence, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Maldonne pour un espion

Dernier tour de piste pour le grand Anthony Mann, mort subitement (à 60 ans seulement…) en plein tournage de ce premier film d’espionnage, que son acteur principal Laurence Harvey terminera lui-même. Une fin de carrière fort honnête pour un cinéaste aussi enthousiasmant que cohérent.

Cet ultime film achève aussi la troisième partie de son œuvre. Pour faire simple (et c’est très résumé) : les polars des années 40, les westerns des années 50, et les grosses productions internationales des années 60. Pour faire simple, donc. Ce cinéaste si marqué par les genres rois du cinéma américain tire donc sa révérence sur un film très britannique, ne serait-ce que par l’accent de ses comédiens et par le décor.

Londres, en l’occurrence, mais aussi Berlin, lieux de l’un de ces films d’espionnage de la Guerre Froide qui se succédaient alors. On est alors en plein triomphe de James Bond, ce qui se sent surtout dans le générique. Mais c’est plutôt du côté de John Le Carré et de L’Espion qui venait du froid que lorgne Mann.

Rien de fun ou d’excitant ici, mais le portrait d’un agent double russe, infiltré depuis dix-huit ans dans les services secrets britanniques, et qui cherche désespérément une porte de sortie, une manière de retrouver sa vie et son identité. C’est Laurence Harvey donc, dont la froideur et le détachement douloureux font des merveilles dans ce rôle-là, si coupé de la vie.

Sa rencontre la jeune et fraîche Mia Farrow, libre et insouciante à sa manière, est une belle image de cette vie qui se refuse à l’espion. Beau drame humain, film d’espionnage sombre mais étonnamment simple, dépouillé, entièrement tourné sur les espoirs et les peurs de son personnage principal.

Le film est inégal, avec quelques fulgurances de mise en scène (beaux plans utilisant la profondeur de champs), et des moments plus convenus, voire un peu longs. Mais il y a un ton, une noirceur, et aussi une intimité. Baisser de rideau très honorable, pour Mann.

Les Héros de Télémark (The Heroes of Telemark) – de Anthony Mann – 1965

Posté : 15 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Les Héros de Télémark

En fin de carrière, Mann en a encore sous le pied. Cette troisième partie de son œuvre (les grosses productions des années 60, après les polars des années 40 et les westerns des années 50, pour faire simple) n’est pas la plus réputée, mais ce film de guerre qui remplit son cahier des charges d’un genre alors prolifique, rappelle constamment qu’il y a un grand cinéaste derrière la caméra.

Un film de commando, dont l’enjeu est l’issue de la seconde guerre mondiale, il y en a eu des tonnes cette décennie-là. Des grosses productions, où les explosions s’enchaînaient et où les Nazis tombaient comme des mouches. Celui-ci s’inscrit dans cette logique et donne au spectateur tout ce qu’il attend : de l’action, foudroyante ; des explosions, spectaculaires ; des drames… dramatiques.

Pourtant, il y a d’emblée quelque chose d’atypique. Cela tient en grande partie au décor : la Norvège et ses montagnes enneigées, que Mann filme comme il filmait les déserts brûlants dans ses westerns. Ce parallèle est particulièrement frappant lors de la poursuite à ski, où les Nazis qui apparaissent derrière un somment neigeux évoquent des Indiens dans d’autres paysages.

Le film frappe aussi par le silence qui domine une majorité de scènes. C’est d’ailleurs lié à ces décors couverts de neige, mais ce silence marque les esprits, tant le film de guerre est habituellement rempli de bruits et de fureur. Il faut dire aussi que Mann est particulièrement économe côté dialogues, filmant des personnages taiseux définis par leurs actions avant tout.

Peu de personnages, d’ailleurs : Kirk Douglas en scientifique (ah bon ? On a tendance à l’oublier tant c’est sa présence physique qui s’impose) embarqué malgré lui dans la Résistance ; Richard Harris en Norvégien décidé à lutter à tout prix contre le nazisme ; Ulla Jacobsson en ex-femme de Kirk et simple caution féminine ; Michael Redgrave en second rôle de luxe…

Leur mission : détruire une usine où est produite l’eau lourde qui pourrait donner la bombe atomique aux Allemands. Une usine qui domine une petite vallée comme un refuge impossible à atteindre. Le film raconte d’ailleurs non pas une opération commando, mais deux. Non, trois… Riche et original, le scénario réserve des tas de rebondissements inattendus, que Mann filme royalement. Un must, dans le genre.

Du sang dans le désert (The Tin Star) – de Anthony Mann – 1957

Posté : 26 avril, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

Du sang dans le désert

Une ville peuplée de lâches, un étranger qui débarque, s’attirant animosité et méfiance, un shérif aux prises avec une forte tête, une foule qui veut lyncher des prisonniers… Du sang dans le désert semble accumuler les passages obligés du genre. Sauf qu’il y a constamment des petits détails qui font de ce film un western passionnant, et original.

Passée la première impression désagréable (le noir et blanc est assez laid, comme sortie d’une série télé de l’époque), Mann séduit en décalant les motifs attendus.

Le héros, pour commencer, que joue un Henry Fonda à la lassitude parfaite, et celui qui n’hésite pas à tuer pour obtenir ce qu’il veut. De l’argent en l’occurrence.

Un « héros » revenu de tout, qu’un bref réflexe lorsqu’il apprend que le gosse qu’il a pris sous son aile a du sang indien, montre tel qu’il est : un homme imparfait, marqué par son éducation et ses préjugés. Une hésitation connotée de racisme pour un héros pourtant positif… Mann sort des sentiers confortables.

Il s’amuse aussi à inverser les rôles entre un shérif jeunot et inexpérimenté (Anthony Perking, lui aussi parfait), et son aide bien plus âgé. Ce shérif que l’on découvre jouant maladroitement avec son arme loin des regards, un rien ridicule, et qui révèle peu à peu une authentique grandeur très éloignée des figures habituelles du genre.

Mann excelle aussi à faire côtoyer la vie quotidienne et le danger, la chaleur et la mort. Il y a notamment cette scène terrible où un mort fait une entrée triomphale au milieu d’une fête en son honneur. Ou ce moment où la sécurité du bureau du shérif est soudain brisée par une vitre qui vole en éclats et révèle dans son encadrement une foule en furie.

Dans ce film, aucun personnage n’est le même à la fin. Deux scènes de duel illustrent cette évolution. Deux scènes jumelles, tendues et superbement filmées, qui se répondent habilement. Beau procédé pour un western majeur, qui ne la ramène pas.

Je suis un aventurier (The Far Country) – d’Anthony Mann – 1954

Posté : 1 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Je suis un aventurier

S’il y a une constante dans les westerns du duo James Stewart-Anthony Mann, c’est bien l’importance qu’y prend la nature. Qu’elle que soit la manière dont elle s’inscrit dans le film, d’ailleurs. Et The Far country est, en cela, aux antipodes de The Naked Spur, western dépouillé à l’intrigue resserrée.

Cette fois, Mann fait le choix du grand spectacle, des grands espaces, mais aussi d’une intrigue volontairement lâche. A vrai dire, toute la première moitié est même quasiment privée de vrai fil narratif : la caméra de Mann semble errer dans ce Nord sauvage au hasard des rencontres, des choix et des mésaventures de son héros, aventurier faussement en quête de fortune.

Faussement, parce qu’on sent bien que l’aventure est un but en elle-même, et qu’il ne partage pas le besoin de son fidèle acolyte (le plus grand geignard de l’histoire du western, Walter Brennan) de se retirer dans un petit ranch bien tranquille, malgré la clochette qui l’accompagne partout : cette clochette fixée à sa selle dont il dit à qui veut l’entendre qu’il l’accrochera à la porte de sa maison… plus tard.

James Stewart est une nouvelle fois immense dans cette déambulation fascinante dans ce « far country », l’Alaska de 1896, dernier bastion sauvage où la société et l’ordre restent à construire. Tout un symbole, pour ces éternels aventuriers de l’Ouest sauvage, espèce en voie de disparition forcée de monter vers le Nord pour échapper à la civilisation déjà ordonnée. Ici, la loi est encore autoproclamée : elle prend les traits de John McIntire, génial en faux juge odieux et roublard.

Paysages grandioses, couleurs magnifiques, rythme incroyable… Nouvelle grande réussite pour Anthony Mann, à qui on pardonne volontiers le côté un peu cheap du troupeau censé être énorme mais qui se limite à l’écran à une quinzaine de bêtes égarées. Bizarre, mais jamais au point de gâcher l’immense plaisir que procure ce western indispensable. Comme tous les autres du tandem, qui chaque fois réussit à se réinventer pour signer un jalon majeur du genre.

L’Appât (The Naked Spur) – d’Anthony Mann- 1953

Posté : 8 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Appât

Le plus simple, le plus épuré, et peut-être le plus intense des westerns tournés par le duo James Stewart – Anthony Mann. L’intrigue tient en quelques lignes : un homme en traque un autre pour la prime liée à sa capture, et doit composer avec des rencontres impromptues.

De cet homme, de ces hommes même, on ne saura pas grand-chose. Pas tout en tout cas. Mais Mann n’a pas besoin de dévoiler tous les mystères pour faire ressentir l’intensité des rapports humains, ou le trouble qui habite chacun. Et l’intensité, ici, est omniprésente, avec des personnages qui semblent tous trimbaler des tombereaux de douleurs.

La palme, bien sûr, à James Stewart, exceptionnel de rage de moins en moins contenue, dont la voix chevrotante n’a peut-être jamais été aussi douloureuse qu’ici. La scène des rapides, où il refuse de laisser partir le corps qu’il veut ramener à tout prix, est absolument bouleversant, tant elle en dit sur la souffrance du gars.

Et puis il y a la manière dont Mann filme ses acteurs dans les décors naturels, peut-être unique dans l’histoire du western, voire du cinéma. La définition même de l’épure : pas un détail de ce décor n’est là par hasard, le moindre recoin, le moindre rocher, la moindre branche apparaissant à l’écran joue un rôle dans l’action.

Rien n’est laissé au hasard, tout est précis, juste et direct. Un parti-pris qui donne au film une force, une évidence, et une immédiateté uniques. The Naked Spur est un chef d’œuvre d’une densité impressionnante.

Le Grand Attentat (The Tall Target) – d’Anthony Mann – 1951

Posté : 27 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Attentat

John Kennedy qui sauve le président Abraham Lincoln d’un attentat… On peut dire qu’il y a de l’ironie, bien involontaire bien sûr, derrière le pitch de ce Mann méconnu. Après avoir fait des débuts fulgurants dans le western (trois films formidables tournés en 1950 dont Winchester 73), le réalisateur reste dans l’Amérique du 19e siècle, avec de grandes figures westerniennes (Lincoln, le chemin de fer…), mais c’est bien un film noir qu’il signe. Ce sera même son tout dernier.

Et c’est, encore, un modèle de mise en scène et de précision que réussit Mann, bouclant en à peine une heure quinze un suspense exemplaire, qui avance à la vitesse de son train. Un bémol quand même : le noir et blanc signé Paul C. Vogel n’a pas la profondeur fascinante que donnait le chef op John Alton lorsque Mann enchaînait les chefs d’œuvre noirs.

Mais quel rythme ! Dans l’espace exigu du train, Mann signe un suspense que n’aurait pas renié Hitchcock, grand spécialiste du thriller sur rails (jusqu’au message écrit sur la buée d’une fenêtre, comme un clin d’œil à Une femme disparaît). Un espace clos qui donne tout son sel à une histoire aux rebondissements pour la plupart attendus.

Le scénario repose en grande partie sur la question d’identité et les faux semblants. Comment le flic John Kennedy peut-il prouver qu’il est bien celui qu’il prétend être ? Qui est ce mystérieux malade qui reste enfermé dans sa cabine ? Qui sont les traîtres et qui cherche à tuer Lincoln ?…

Pourtant, ce qui semble intéresser le plus Mann, c’est plutôt ce décor et ses contraintes. Tout le plaisir du film repose sur la manière dont Mann met son héros en mauvaise posture, devant faire preuve d’imagination pour l’en sortir. Le héros, c’est Dick Powell, acteur de comédies légères devenu sur le tard un formidable tough guy, dont la présence paraît aujourd’hui encore d’une étonnante modernité. En voiture !

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