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Archive pour la catégorie 'MANN Anthony'

Le Grand Attentat (The Tall Target) – d’Anthony Mann – 1951

Posté : 27 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Attentat

John Kennedy qui sauve le président Abraham Lincoln d’un attentat… On peut dire qu’il y a de l’ironie, bien involontaire bien sûr, derrière le pitch de ce Mann méconnu. Après avoir fait des débuts fulgurants dans le western (trois films formidables tournés en 1950 dont Winchester 73), le réalisateur reste dans l’Amérique du 19e siècle, avec de grandes figures westerniennes (Lincoln, le chemin de fer…), mais c’est bien un film noir qu’il signe. Ce sera même son tout dernier.

Et c’est, encore, un modèle de mise en scène et de précision que réussit Mann, bouclant en à peine une heure quinze un suspense exemplaire, qui avance à la vitesse de son train. Un bémol quand même : le noir et blanc signé Paul C. Vogel n’a pas la profondeur fascinante que donnait le chef op John Alton lorsque Mann enchaînait les chefs d’œuvre noirs.

Mais quel rythme ! Dans l’espace exigu du train, Mann signe un suspense que n’aurait pas renié Hitchcock, grand spécialiste du thriller sur rails (jusqu’au message écrit sur la buée d’une fenêtre, comme un clin d’œil à Une femme disparaît). Un espace clos qui donne tout son sel à une histoire aux rebondissements pour la plupart attendus.

Le scénario repose en grande partie sur la question d’identité et les faux semblants. Comment le flic John Kennedy peut-il prouver qu’il est bien celui qu’il prétend être ? Qui est ce mystérieux malade qui reste enfermé dans sa cabine ? Qui sont les traîtres et qui cherche à tuer Lincoln ?…

Pourtant, ce qui semble intéresser le plus Mann, c’est plutôt ce décor et ses contraintes. Tout le plaisir du film repose sur la manière dont Mann met son héros en mauvaise posture, devant faire preuve d’imagination pour l’en sortir. Le héros, c’est Dick Powell, acteur de comédies légères devenu sur le tard un formidable tough guy, dont la présence paraît aujourd’hui encore d’une étonnante modernité. En voiture !

Strategic Air Command (id.) – d’Anthony Mann – 1955

Posté : 13 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James | Pas de commentaires »

Strategic Air Command

Entre deux westerns majeurs (Je suis un aventurier et L’Homme de la plaine), James Stewart et Anthony Mann trouvent le temps, en cette année 1955, de tourner cette déclaration d’amour à l’armée de l’air, au dévouement de ses hommes qui sacrifient leur vie privée en échange d’un salaire de misère (ce que les dialogues nous rappellent régulièrement), pour être toujours prêt à se battre afin d’éviter qu’une nouvelle guerre éclate (ce que les dialogues nous rappellent régulièrement).

Bref… Autant les westerns de Mann, comme ses films noirs d’ailleurs, font preuve d’une rigueur, d’une densité et d’une constante recherche de l’épure, autant ce film de propagande en temps de paix semble par moment n’être qu’une ode énamourée aux pilotes de l’Air Force. Jusqu’à en être presque gênant. Mann avait déjà rendu hommage aux agents du gouvernement dans La Brigade du suicide. Mais il en avait fait un polar admirablement tendu. On ne peut pas en dire tout à fait autant ici.

Attention : Strategic Air Command est un film plaisant, et par moment assez fascinant. Et paradoxalement, ses limites sont aussi sa force : ces interminables plans d’avions en vol, impressionnants et d’une puissance rare. Ces images qui laissent deviner l’admiration de Mann pour ces « cigares volants » se suffisent presque à elles-mêmes. D’ailleurs, elles sont finalement au service de pas grand-chose.

Couple vedette, James Stewart et June Allyson sont parfaits, et on s’attache à ce joueur de base-ball contraint de reprendre du service dans l’armée, comme à sa si conciliante femme qui peine à faire face à son quotidien d’épouse de pilote. Mais à part un crash joliment filmé, et le fil conducteur d’une épaule abîmée, le scénario se limite quand même à peu de choses.

C’est clairement un Mann mineur, mais le savoir-faire est bien là. Même sans la tension omniprésente dans ses grands films, pas de place pour l’ennui dans cette pub volante et filmée pour l’Air Force.

L’Homme de la plaine (The Man from Laramie) – d’Anthony Mann – 1955

Posté : 16 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme de la plaine

Dernière collaboration entre Mann et Stewart, et encore un chef d’œuvre absolu. C’est le western dans ce qu’il peut avoir de plus grand, et de plus beau. Une utilisation merveilleuse du Cinemascope et des grands espaces naturels, une histoire de vengeance comme on s’y attend, et des personnages d’une complexité passionnante. Une merveille, quoi…

James Stewart est exactement comme on l’attend : tourmenté, mystérieux, rempli d’une colère qui ne demande qu’à exploser. Intense et habité, comme il l’était dans ses précédents westerns sous la direction de Mann. Mais si le vrai héros de ce film, c’était Arthur Kennedy, acteur magnifique qu’on aurait tort de trop vite catalogué comme le bad guy de cette histoire…

De tous les westerns de Mann, celui-ci est sans doute celui qui renvoie le plus clairement à ses débuts dans le film noir : Arthur Kennedy est ici un pur anti-héros de « noir », marqué par un destin contrariant, et dont chaque décision semble le précipiter vers les abîmes… Il y est le protégé d’un puissant propriétaire (Donald Crisp, toujours excellent) dont il rêve d’être le fils légitime. Mais cette place est déjà prise, par un jeune homme névrosé et agressif, qui l’entraîne dans son sillage. Malgré lui ?

Kennedy n’a rien du méchant habituel. Au contraire, il se dégage de ses scènes avec Stewart une belle camaraderie comme Mann les aime. Mais son personnage, comme plusieurs autres du film, semble victime d’un immense décalage entre ses aspirations et les réalités de la vie. Qu’il rêve de grandeur ou de liberté, chaque personnage est constamment ramené à ce qu’il est vraiment. Au fond, personne n’est vraiment ce qu’il dit, ou ce qu’il laisse voir. Un thème très « mannien ».

Le film est aussi très réussi dans sa manière d’aborder la violence. Dès l’attaque, sauvage et démesurée, de Stewart et de ses hommes au début du film, on sent parfaitement que la violence n’a rien de fun ou de réjouissant. Traîné dans la poussière, à travers les flammes, Stewart ne retourne pas la situation par un geste de bravoure. Quand on lui tire dans la main, sa souffrance et sa vulnérabilité sont clairement perceptibles. Et quand il a enfin l’occasion d’abattre celui qu’il recherche depuis si longtemps…

Ah non, laissons le mystère planer. Mais L’Homme de la plaine est un film majeur, complexe et admirablement tendu. Mann est grand.

* Blue ray dans la collection Western de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

La Charge des Tuniques Bleues (The Last Frontier) – d’Anthony Mann – 1955

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:20 dans 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Charge des tuniques bleues

A quoi c’est dû, quand même… A cause d’une jaquette hideuse (celle de la collection « Western Classics » de Columbia), voilà que ce western pourtant signé Anthony Mann, et jamais vu, traînait dans mes étagères depuis Noël. Il était temps, donc, surtout que ce Mann-là, comme à peu près tous ses films d’ailleurs, est une merveille.
Le thème est « mannien » par excellence, avec ce personnage de Victor Mature, trapeur qui a toujours vécu au plus près de la nature dans un Ouest encore très sauvage, et qui est confronté brutalement à la civilisation, à ses tentations, à ses dangers, et à ses contraintes.

La patte de Mann est là, omniprésente : cette façon unique de filmer la nature, en jouant avec ses courbes, sa profondeur, ses mouvements. Ce Mann-là est au tournage en extérieur ce que le Mann des années 2000 (Michael) est au numérique : un génie absolu. Personne, sans doute, n’a ce talent pour intégrer les acteurs dans le paysage. Il l’avait fait avec Stewart dans L’Appât de manière quasi-expérimental. Il le fait ici avec Mature en étant constamment au service de l’histoire.

Et en réservant quelques surprises étonnantes et passionnantes, à l’image de cette première rencontre des « blancs », Victor Mature et James Whitmore en habits de trappeurs, avec les Indiens, vêtus de chemises à carreaux et visiblement plus familiers de la civilisation. Cette scène fascinante ne ressemble à aucune autre et suffit à planter le contexte : ces trappeurs qui vivent en accord avec les Indiens depuis toujours, et cet équilibre remis en cause par l’arrivée des soldats qui menace le mode de vie de ce peuple…

Mann évite consciencieusement tout manichéisme. L’officier du fort est une ordure, certes, mais guidé par ce qu’il considère être son devoir. Et son second est un homme bon et profondèment honnête. Quant au trappeur Mature, représentant d’une harminie révolue, il se glisse avec difficulté mais volonté dans son nouveau costume de militaire « civilisé ». L’acteur trouve là l’un de ses très grands rôles (avec le Doc Holiday de My Darling Clementine), touchant et très convainquant en « ours des bois » qui cherche gagner son droit d’accès à la société.

Visuellement, le film est une splendeur, d’une richesse immense. Que ce soit dans les séquences du fort ou dans celles des expéditions extérieures, dans les moments intimes ou dans les morceaux de bravoure, Mann rappelle constamment la présence de la nature et ses rapports conflictuels avec l’homme. Deux scènes sont particulièrement impressionnantes dans ce registre : celle où Mature retrouve les soldats en déroute dans les sous-bois plongés dans l’obscurité, et celle de l’embuscade dans une clairière entourée par un danger mortel dissimulé parmi les arbres. Du grand Mann.

Spartacus (id.) – de Stanley Kubrick (et Anthony Mann) – 1960

Posté : 14 août, 2015 @ 12:23 dans 1960-1969, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, KUBRICK Stanley, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Spartacus

Kubrick a décidément marqué tous les genres qu’il a abordés. Avec Spartacus (commencé par Anthony Mann, à qui on doit les premiers plans du film), c’est tout simplement l’un des plus beaux péplums du monde qu’il réalise. Pour ne pas dire LE plus beau. Superproduction et drame intime, le film est une merveille sur tous les plans. Si le film est si réussi, c’est parce que malgré l’ampleur des moyens et la beauté fulgurante des images, c’est le couple Jean Simmons-Kirk Douglas qui est au coeur de tout, incarnation superbe de tous les rêves brisés de ces esclaves.

« Did they hurt you? » murmure Spartacus le gladiateur à la belle esclave jouée par Jean Simmons avec laquelle il a noué une relation uniquement basée sur le regard, privés de tout autre contact. Et ce simple murmure, bouleversant, équivaut à la plus déchirante des déclarations d’amour. Cette histoire d’amour est, tout au long des trois heures du film, le fil conducteur, le moteur et l’âme de Spartacus, fresque grandiose dont les moyens immenses sont toujours au service des personnages.

La mise en scène de Kubrick est exceptionnelle. Parfois minimaliste, comme cette série de plans très simples dans les cellules qui souligne l’isolement extrême et cruel des gladiateurs. Avec, aussi, une utilisation très intelligente des ellipses, qui évitent l’accumulation de scènes de combats qui n’auraient rien apporté au propos. Mais même s’il ne se complaît pas dans l’étalage de ses moyens, Kubrick assume l’aspect superproduction de son film, avec de superbes plans de foule ou encore l’impressionnante marche des légions romaines lors de la grande bataille.

Sans jeu de mots pourri, les morceaux de bravoure sont légions. Les moments de calme en sont d’autant plus forts, comme cette parenthèse bouleversante durant laquelle le personnage de Tony Curtis dit un poème aux esclaves en fuite, sublime partage des beautés et des espoirs de la vie.

Le film trouve le parfait équilibre entre ces moments de pure beauté et les scènes d’action, durant lesquelles les acteurs donnent de leur personne. Y compris la star Kirk Douglas, dont on voit bien pendant l’évasion qu’il a lui-même fait ses cascades. Aussi formidable pour sa présence physique hors norme que pour le mélange de force et de douleur qu’il apporte à son personnage. L’un des plus beaux moments du film est son regard perdu lorsque le gladiateur joué par Woody Strode (magnifique dans un rôle quasi-muet) refuse de le tuer, signant par là-même son propre arrêt de mort.

Comme dans la plupart des grosses productions de l’époque, Kubrick a droit à une distribution très prestigieuses. Souvent un cadeau empoisonné, avec la difficulté que l’on imagine pour que chacun trouve sa place. Mais le cinéaste parvient à faire exister chacun d’entre eux, et de quelle manière. Laurence Olivier, Charles Laughton (monstrueux et terriblement humain), Peter Ustinov, John Gavin (inattendu en César), Charles McCraw, John McIntire… tous trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Spartacus est un chef d’oeuvre comme le péplum en a peu connu. Le génie de Kubrick y est pour beaucoup, l’implication totale de l’acteur et producteur Kirk Douglas aussi. Quant au scénario, signé Dalton Trumbo, il est lui aussi exceptionnel, osant « infliger » au spectateur une ultime demi-heure d’une noirceur et d’un pessimisme déchirants.

L’Homme de l’Ouest (Man of the West) – d’Anthony Mann – 1958

Posté : 5 novembre, 2014 @ 2:29 dans 1950-1959, COOPER Gary, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Homme de l’Ouest

Entre 1955 et 1958, le calendrier affirme qu’il n’y a eu que trois ans. Mais pour le Hollywood de l’âge d’or, et surtout pour le western, le genre phare de l’époque, il y a un monde en déliquescence. La popularisation de la télévision et des séries westerns a mis un frein, si ce n’est un terme, à la production westernienne abondante au début de la décennie. Les temps ont changé, pourrait-on dire, et l’époque où on enchaînait les westerns si naturellement est révolue, oubliée en quelques années seulement.

Dans L’Homme de l’Ouest, on retrouve les thèmes des meilleures films du genre de Mann : l’homme hanté par son passé, et tenté par l’usage de la violence dans une nature omniprésente et dévorante. Mais il y a quelque chose de différent. Un aspect que l’on ne trouvait ni dans Winchester 73, ni dans L’Appât, ni dans aucun autre western de Mann avec James Stewart : Gary Cooper est un homme d’un autre temps, un authentique dinosaure ramené confronté malgré lui à la fois à la modernité qui transfigure son environnement, et à son passé qui le ramène à sa propre zone d’ombre…

Loin des rôles d’aventuriers héroïques et parfaits qui ont fait sa gloire, Cooper fait exploser sa propre figure mythique d’homme de l’Ouest avec ce personnage complexe et passionnant, qui symbolise à lui seul la capacité que chacun a de changer, et la difficulté de saisir une seconde chance. Ancien voleur, ancien tueur, forcé de se confronter à son propre passé après avoir été le témoin passif d’un braquage raté, Cooper représente une sorte de lien ténu entre un Ouest encore sauvage et une civilisation fondée sur des bases fragiles.

Totalement perdu lorsqu’il découvre le train pour la première fois, impuissant devant la sauvagerie de ses anciens compagnons, miroirs de ce que lui-même était autrefois lors d’une séquence de strip-tease forcé absolument déchirante (Julie London, dans le rôle de sa vie)… Cooper traverse le film comme un fantôme incapable de trouver sa place dans ce monde en mutation. De sa nouvelle vie, on ne verra rien. De sa rédemption, on ne verra qu’un gunfight sec et poussiéreux lors d’un braquage absurde dans une ville fantôme…

Lee J. Cobb, sinistre et pathétique, est ahurissant en chef de gang observant avec une objectivité bouleversante sa propre décrépitude d’homme du passé. Mais si ce personnage d’un autre temps est si émouvant, si celui de Gary Cooper est si bouleversant, c’est qu’Anthony Mann s’attache à faire du moindre plan du film une vision inédite du western, illustrant lui-même la révolution du genre qui l’a fait roi. Son film annonce à la fois le western spaghetti et le nouveau cinéma américain, tout en restant ancré dans les racines du cinéma hollywoodien.

Il y a bien des merveilles dans L’Homme de l’Ouest : une scène de bagarre inoubliable, un sacrifice inattendu, une attaque de train mémorable, un trio improbable traversant de vastes étendues à pied, une ferme perdue ramenant vers un passé oublié, un pauvre Mexicain marchant vers son malheur… Avec son dernier western presque classique (il réalisera encore la fresque La Ruée vers l’Ouest, avant de passer à la dernière partie, épique, de sa carrière), Mann fait le lien entre son passé d’homme de l’ouest et ses aspirations à un cinéma plus personnel et inclassable (Le Petit Arpent du Bon Dieu…). Et signe l’un de ses grands chefs d’œuvre.

• Carlotta vient d’éditer un blue ray du film de très belle facture, avec de beaux bonus : une lecture par Bruno Putzulu de la critique écrite par Godard à la sortie du film, un panorama court (une dizaine de minutes) de la carrière de Mann du western au film épique en passant par le western, et les évocations croisées de l’œuvre de Mann par Pierre Rissient et Bertrand Tavernier. Indispensable ? Oui.

Le Petit Arpent du Bon Dieu (God’s Little Acre) – d’Anthony Mann – 1958

Posté : 26 juin, 2013 @ 9:46 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Le Petit Arpent du Bon Dieu (God’s Little Acre) – d’Anthony Mann – 1958 dans 1950-1959 le-petit-arpent-du-bon-dieu

Le film le plus étonnant d’Anthony Mann, l’un des plus émouvants aussi. Derrière ces personnages qui, de premier abord, paraissent totalement barrés, le film est l’une des réflexions les plus intelligentes qui soient sur le poids de l’existence, la frustration, les espoirs perdus.

C’est un monde où les usines sont fermées, et où les champs ne sont plus cultivés. Un monde où les hommes, pour rester des hommes, en sont réduits à se livrer corps et âmes à des chimères : creuser sans fin des trous à la recherche d’un hypothétique trésor pour le personnage de Robert Ryan ; rallumer l’usine fermée pour celui d’Aldo Ray… Des actes puérils, voire totalement fous, mais surtout désespérés.

Il y a pourtant une vraie humanité qui habite ces personnages, comme celui de la belle-fille trop belle (Tina Louise, incarnation même du désir), ou celui du gros futur shérif, trop bon, ou encore celui de l’épouse délaissée d’Aldo Ray…

La première séquence est extraordinaire. Robert Ryan (c’est l’une des plus belles prestations de sa carrière) creuse d’immenses trous avec ses fils (dont Jack Lord, le futur Steve Garrett de la série télé Hawaï 5.0). Pourquoi ? On ne le saura qu’un peu plus tard, et la raison qui sera donnée ne remettra pas en cause la première impression : ce type est un malade, qui a fait de ces trous sa seule raison d’être depuis quinze ans.

L’impression de folie est encore renforcée par la chaleur accablante (chaleur qui porte sur les nerfs, sensualise les corps et réveille les pulsions sexuelles), la sueur et la poussière. Mais derrière cette folie apparente, Ryan est un père qui a fait de sa « quête » un moyen, sans doute désespéré, de resserrer les liens distendus de sa famille désormais disséminée. L’une des plus belles scène montre ainsi un Ryan désespéré devant ses fils s’entretuant, et paraissant soudain (mais assez brièvement) parfaitement sensé et responsable.

Adaptation d’un roman réputé (d’Erskine Caldwell), God’s little acre montre des personnages qui veulent exister, et tenir leur place dans la société, mais qui se laissent submerger par la fièvre. Les effets comiques que cette fièvre a sur eux cache une vision bien cruelle de l’humanité…

Les Affameurs (Bend of the River) – d’Anthony Mann – 1952

Posté : 28 février, 2013 @ 4:20 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Affameurs (Bend of the River) - d'Anthony Mann - 1952 dans 1950-1959 les-affameurs

Encore une merveille signée Anthony Mann. Ce western à la fois intime et à grand spectacle résume admirablement tout ce qu’a apporté le cinéaste à un genre qui lui a bien réussi, de Winchester 73 à La Ruée vers l’Ouest en passant par quelques chefs d’œuvre.

Dans Les Affameurs, on retrouve James Stewart bien sûr, une nouvelle fois admirable en cow-boy au passé trouble, tiraillé entre ses démons et ses idéaux. On retrouve aussi l’utilisation exceptionnellement précise des décors (naturels) : comme dans L’Appât, chaque élément du décor semble avoir une utilité, chaque caillou, chaque souche, chaque colline. La nature, omniprésente, est un personnage à part entière de l’histoire, à la fois accueillante (le fleuve qui offre un réconfort bienvenu à la troupe) et menaçante (la montagne qui domine constamment l’action, promesse d’une rencontre à hauts risques au sommet)…

Stewart est un ancien pillard qui ne rêve que d’une vie de fermier, et qui guide une caravane de colons à travers le pays. Après une pause à Portland, ville calme et accueillante où ils commandent des vivres pour l’hiver, ils continuent leur route et s’installent. Mais l’hiver arrive, et pas les vivres. Stewart retourne à Portland réclamer son dû, et trouve une ville au visage radicalement transformé par la découverte d’or dans la région.

Des portraits d’hommes et de femmes passionnants, des relations humaines complexes et sans concession… Bend of the River est un film d’une richesse assez rare. En moins d’une heure et demi, Mann nous fait passer d’une bluette légère et charmante à un film d’une noirceur abyssale. En fil conducteur : l’amitié de Stewart et Arthur Kennedy, deux êtres qui partagent le même passé, et qui se comprennent sans un mot (la manière dont chacun réagit à l’évocation du nom de l’autre, lors de leur rencontre, en dit plus que tous les dialogues qui suivent sur le passé de ces deux-là), qui partagent les mêmes idéaux, les mêmes façons de faire, mais qui ne feront pas les mêmes choix.

Pas la moindre baisse de rythme dans ce chef d’œuvre qui fait le lien entre tous les westerns de Mann.

Two o’clock courage (id.) – d’Anthony Mann – 1945

Posté : 6 septembre, 2012 @ 1:23 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Two o'clock courage

Anthony Mann a près de 40 ans lorsqu’il réalise ce Two o’clock courage, mais c’est encore une œuvre de jeunesse : il ne s’agit que de son septième long métrage derrière la caméra, et il faudra attendre Desperate, en 1947, pour qu’il soit enfin le principal auteur de ses films, dont il supervisera désormais les scénarios.

Dans cette petite production RKO, on retrouve tout de même son goût pour la concision et un montage serré, son sens déjà bien acéré du rythme, ainsi que son penchant pour les ambiances nocturnes, tout ce qui sera sa marque de fabrique dans la série de chef d’œuvre du film noir qu’il signera à la fin de cette décennie. Pas encore, toutefois, ces ombres et cette obscurité qu’il filmera mieux qui quiconque avec son chef op John Alton, dans d’autres productions RKO. Pas non plus la sécheresse hyper-percutante de ses plus grands « noirs ».

Ici déjà, en tout cas, Mann ne tergiverse pas, et nous fait entrer directement dans l’action, et d’une manière particulièrement originale. Les premières images nous montrent un homme blessé à la tête, titubant dans la nuit, dans les rues désertes d’une grande ville. Un taxi manque de le renverser. Le chauffeur en descend : c’est une charmante jeune femme (Ann Rutherford, magnifique), qui décide aussitôt de venir en aide à cet inconnu qui a tout oublié de qui il était et ce qui lui est arrivé. La belle est sous le charme de ce grand dadais aux faux airs de George Sanders (normal, c’est Tom Conway, le frère du susmentionné).

Une introduction choc, mais la suite est un peu plus convenue. L’enquête prend de nombreux chemins de traverse. Toute le suspense repose sur l’identité de l’assassin qui a tué un célèbre producteur et évidemment, tout semble désigner Tom Conway. Est-il le véritable coupable ? Ou est-ce l’un des nombreux personnages secondaires qu’il croise sur son chemin au fil de cette nuit pas comme les autres ? Les fausses pistes se succèdent, ce qui finit par lasser et perdre un peu, mais qui donne un gag récurrent assez réjouissant : un journaliste qui suit l’affaire n’en finit plus de donner des infos qui se contredisent à un rédacteur en chef au bord de la crise de nerf…

Mann ne prend visiblement pas trop au sérieux cette intrigue tarabiscotée et sans grand intérêt. Il préfère mettre l’accent sur l’aspect humoristique, quasi parodique des situations. Il faut reconnaître qu’il sera plus à l’aise dans le noir le plus noir… Two o’clock courage n’a pas l’aspect cinglant de ses chef d’œuvre à venir, mais c’est une fantaisie policière légère et finalement réjouissante, qui ne manque ni de charme, ni de rythme.

Côte 465 (Men in War) – d’Anthony Mann – 1957

Posté : 2 avril, 2012 @ 2:21 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Côte 465

« Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois. »

Attention, chef d’œuvre ! Mann n’est pas seulement l’un des plus grands auteurs du film noir et du western, il a aussi à son actif l’un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma. De la guerre elle-même, on ne voit pourtant pas grand-chose dans ce Côte 465 qui se déroule en pleine guerre de Corée : une série d’explosions, des coups de feu dont les auteurs sont invisibles, de rares silhouettes de soldats coréens…

La toute première scène donne le ton : on découvre un bataillon de 17 soldats américains totalement isolés, sans moyen de transport, arrivés là on ne sait comment. La nature est belle et calme, et le groupe s’accorde un moment de repos. L’un d’eux, surtout, semble parfaitement calme, profondément endormi. Apaisé. Mais lorsque l’un de ses frères d’arme s’approche, il découvre… deux trous rouges au côté droit ? Presque : une plaie béante dans le dos.

Dans cette ouverture particulièrement forte, tout ce qui fait la richesse de ce film sublime est déjà là. Avec cet ennemi quasiment invisible qui se confond avec une nature belle et apaisante, on prend toute la mesure de l’absurdité de la guerre. Bien avant Terrence Malick, qui en fera le sujet (et le style) de ses films, Mann illustre merveilleusement cette violence absurde que l’homme s’inflige et inflige à son environnement. Côte 465 préfigure, avec quarante ans d’avance, La Ligne rouge

A vrai dire, ce bijou intemporel est la matrice de nombreux (grands) films de guerre à venir. Outre Malick, Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan) ou Clint Eastwood (Mémoires de nos pères) se sont clairement inspirés de ce film.

Elevé à la bonne école de la RKO et de la Eagle Lion, Mann sait tirer le meilleur d’un budget minuscule. Il l’a prouvé dans les années 40 avec ses films noirs. Ici, Mann filme au plus près ses acteurs, dans une nature qui semble si familière, et avec une intelligence de chaque instant. Ils ne sont pas si nombreux les cinéastes qui ont su aussi bien filmer la solitude des soldats pris dans une guerre qui n’a rien de commun avec ce qu’ils sont, avec leur vie. Absurde : c’est le sentiment de ces hommes qui se savent condamnés à mourir loin de ceux qu’ils aiment, et de ce qui est leur véritable environnement.

Constamment tourné vers les personnages et leurs émotions, Mann filme des hommes qui se battent pour garder ce qui leur reste d’humanité. « Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois », lance un Robert Ryan qui perd ses dernières illusions après avoir vu Aldo Ray sauver la vie de ses hommes en abattant froidement des ennemis que lui-même aurait épargnés.

Ryan, qui trouve l’un de ses meilleurs rôles, est un héros magnifiquement désabusé. L’antagonisme qui se crée entre ce personnage d’officier humaniste, et le sous-officier à la gâchette facile, annonce une nouvelle ère dans le cinéma américain. Le mythe du héros absolu et sans tâche a vécu. L’Amérique n’est plus ce pays qui gagne toutes ses guerres. Désormais, le doute et le cynisme sont bien présents, dans ce cinéma américain qui se penche sur sa propre histoire, basée sur l’humanisme et la cruauté.

• Le film est disponible chez Wild Side Video dans une très belle édition (également disponible dans un indispensable coffret de six films de Michael Mann). En bonus : une analyse du film assez passionnante par Jean-Claude Missiaen, cinéaste ayant bien connu Mann.

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