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Archive pour la catégorie 'MANKIEWICZ Joseph L.'

La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa) – de Joseph L. Mankiewicz – 1954

Posté : 17 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, BOGART Humphrey, MANKIEWICZ Joseph L. | Pas de commentaires »

La Comtesse aux pieds nus

Bogart, sa protégée étendue dans ses bras, cherchant désespérément le mot espagnol pour Cendrillon, ce mot qu’il cessé d’entendre et d’oublier aussi sec… C’est sublime le cinéma, quand il vous tire des larmes avec une telle pudeur, une telle délicatesse.

Face à Bogart, Ava Gardner, physique de sex-symbol et regard de petite fille perdue, cette petite fille aux pieds nus enfoncés dans la poussière qu’elle continue à être avant tout, malgré le luxe et la gloire.

Ava et Bogie seuls face au succès, à tout ce à quoi chacun rêve, à tous les prédateurs aussi… Ils ont tout obtenu, tout réussi. Mais quand ces deux là se retrouvent face-à-face, après une longue séparation, la vacuité de ce qui les entoure explose, pour ne plus retenir que ce qui les unit : la même condition d’homme et de femme paumés quelque part sur la route des rêves.

La Comtesse aux pieds nus est peut-être le plus beau film de Mankiewicz. Plus plus intense, le plus émouvant, le plus total aussi. Avec son Technicolor envoûtants, ses ellipses audacieuses et ses narrateurs successifs qui racontent chacun leur tour les grands moments de ce destin brisé, Mankiewicz touche à l’essence même du cinéma, cet art narratif et émotionnel qui joue avec nos perceptions.

L’entrée en scène d’Ava Gardner donne le ton. Drôle d’entrée en scène d’ailleurs, puisque d’elle, danseuse dans bar populaire, on ne voit que l’effet qu’elle produit sur les hommes (et les femmes) qui la dévisagent. Il faudra de longues minutes pour qu’enfin on la voit, à travers le regard de Bogie, qui tombe d’abord sur ses pieds nus.

Bogart, superbe en réalisateur aux ordres d’un odieux producteur qui tire « Cendrillon », alias Maria, alias Ava, de son cloaque pour l’emmener vers le château du prince charmant (Hollywood, pour commencer). Entre le réalisateur et sa nouvelle star, pas d’attirance physique, pas d’amour, encore moins de sexe, mais des liens forts et sincères sans la moindre ambiguïté. Quelque chose d’unique, en somme.

En soit, c’est déjà une sorte de miracle dans un film américain. Ce qui l’est aussi, c’est la vérité et la force de ses liens, l’évolution si belle et si naturelle de leurs relations. La construction en longs flash-backs successifs permet des sauts dans le temps qui donnent du poids immédiat à cette évolution.

Mankiewicz signe un film aussi émouvant que cruel, transformant le rêve d’Hollywood et de la jet set en un monde de domination et d’humiliation, où les êtres purs et innocents sont condamnés à se perdre. Ava Gardner trouve là l’un de ses plus beaux rôles. Bogart est merveilleux dans ce contre-emploi. Un chef d’œuvre, tout simplement.

Le Château du Dragon (Dragonwyck) – de Joseph L. Mankiewicz – 1946

Posté : 26 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, MANKIEWICZ Joseph L., TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Le Château du Dragon

Premier film réalisé par Mankiewicz, Dragonwyck annonce, en plus sombre mais avec la même approche gothique, L’Aventure de Mme Muir. Plus étonnant, le film annonce aussi, d’une certaine manière, de Laura de Preminger, et d’autres films avec Gene Tierney, avec ce portrait imposant qui hante le film. Mankiewicz est ici le premier à souligner la beauté picturale de l’actrice, dans ce film qui apparaît aussi comme une réponse à Rebecca.

Mankiewiz parle des rêves et du danger de les réaliser. La face cachée de ce rêve-là est particulièrement trouble. Et il n’y a bien que l’innocence de Gene Tierney pour ne pas s’en rendre compte dès l’apparition du « prince charmant » Vincent Price, qui glace le sang en quelques secondes, quelques phrases.

Mais cette jeune fille de fermier, dans le Connecticut de 1844, est trop attachée à ses rêves de château et de princesse, rêves de la fillette qu’elle est encore, pour réaliser la cruauté et la froideur du gars. Ou plutôt pour que cette prise de conscience domine ce fantasme de jeune fille bridée par une éducation très rigoriste (et père joué par le grand Walter Huston).

Pourtant, il est bel et bien glaçant, Vincent Price, annonçant l’acteur d’horreur gothique qu’il deviendra sur le tard. C’est peut-être là que le jeune Mankiewicz est le plus percutant, dans cette manière de filmer Price comme un monstre pathétique, seigneur d’un autre temps qui règne sur un royaume sur le point de disparaître.

Le Reptile (There was a crooked man) – de Joseph L. Mankiewicz – 1970

Posté : 21 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, MANKIEWICZ Joseph L., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Reptile

Tout cinéphile qui se respecte doit se souvenir de son premier émoi sensuel devant un écran. Le mien, c’était devant un western dont, longtemps, je n’ai pas su le titre, ni le nom des acteurs, encore moins celui du réalisateur. Bref, le seul souvenir que j’en avais, c’était celui d’un couple de jeunes gens qui s’étreignaient sur une table de billard. La jeune femme dans sa robe collée par la moiteur de l’atmosphère, et la fin tragique (le jeune homme tuait un agresseur en lui lançant une boule de billard) m’avaient profondément marqués.

Mais ce n’est que bien des années plus tard (n’allez pas croire que je suis un vieillard, quand même) que je suis retombé dessus : il s’agissait donc du Reptile, de Mankiewicz. Inutile de dire dans quel état je me suis trouvé en réalisant que mon premier émoi était dû à un cinéaste aussi important que Mankiewicz. Je devais avoir moins de 10 ans à l’époque, et déjà le sens du beau. Oui, c’est émouvant…

Cela étant dit, voir Mankiewicz s’attaquer au western à un âge avancé (c’est son avant-dernier film) est pour le moins inattendu. Evidemment, c’est un western bien atypique qu’il signe, et qui commence avec une série de gros plans sur des sabots de chevaux engoncés dans des « chaussons ». D’emblée, Mankiewicz rompt avec absolument tous les cinéastes qui ont fréquenté le genre avant lui.

Porté par une musique joyeuse et décalée, le film a des allures de comédie, impression confirmée par l’étonnant duo d’homosexuels qui passent leur temps à se chamailler, ou par un ton pince-sans-rire. Mais le fond est sombre, très sombre. Et les personnages sont, selon, des salauds ou des idiots. La palme revient à Kirk Douglas, le « héros » manipulateur qui pousse les prisonniers d’un pénitencier à se révolter pour pouvoir mettre les voiles, et qui donne son ton au film : souriant, ironique, et surtout très cynique.

Face à lui, Henry Fonda, symbole de la droiture dans le cinéma américain, dont la foi en l’être humain lui vaut quelques désagréments… De quoi lui faire voir la vie sous un autre angle. Ajoutons Warren Oates, Hume Cronyn ou Burgess Meredith, dans un très beau rôle de vieux taulard… Ce western unique de Joseph L. Mankiewicz a décidément bien de la gueule.

On en oublierait presque l’histoire, assez convenue, d’évasion. Le film vaut avant tout pour sa galerie de personnages. Et la scène de billard dans tout ça ? Anecdotique et rapidement évacuée. La prime adolescence se nourrit de peu…

Soudain l’été dernier (Suddenly, last summer) – de Joseph L. Mankiewicz – 1959

Posté : 20 août, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MANKIEWICZ Joseph L. | 1 commentaire »

Soudain l'été dernier

Ah ! la famille… Ses petites querelles, ses papouilles au coin du feu… Mouais… Pas franchement la tasse de thé de Tennessee Williams qui, une nouvelle fois, dresse un portrait absolument terrifiant du « cocon familial ».

Au cœur de ce film, adapté par lui-même de sa pièce : une jeune femme trop belle internée après avoir, apparemment, perdu la raison l’été précédent, lorsque son cousin avec qui elle était en vacances est mort dans de mystérieuses conditions qu’elle a oubliées.

Sa richissime et toute puissante tante, qui vit dans l’illusion des relations qu’elle avait avec son fils chéri, a envie de tout sauf d’entendre ce que la nièce pourrait avoir à raconter. Alors elle fait miroiter une somme exorbitante pour convaincre un chirurgien de pratiquer une lobotomie sur elle. Mais le doc a une priorité inattendue : savoir.

Curieux film, cruel, envoûtant, mais aussi très bavard, qui conserve la structure de la pièce, en actes clairement séparés. Avec un casting trois étoiles : Montgomery Clift, Katherine Hepburn, Elisabeth Taylor. C’est elle, dans un rôle aussi fort que celui de La Chatte sur un toit brûlant, qui donne au film ses plus belles scènes.

La dernière, surtout, filmée de près par Mankiewicz, qui révèle la pureté et l’intensité troublante de l’actrice. Mais pas seulement : se laissant aller dans les bras du doc, ou devenant la proie de pensionnaires plus que troublés par l’apparition de cette femme d’une beauté insolente, elle est bouleversante.

Face à elle, Katherine Hepburn fait presque figurine de cabotine, même si elle est aussi très intense, en particulier dans sa première séquence, incroyable, qui s’apparente à un (très) long monologue halluciné. Interminable tirade sur le papier, que la mise en scène fluide de Mankiewicz rend étonnamment cinématographique.

Quant à Montgomery Clift, il semble tristement diminué, et comme sous l’effet de médicaments, traversant le film comme un témoin très peu bavard, catalyseur plus qu’acteur à proprement parler. Mais c’est par lui qu’avance « l’enquête », et surtout se révèle la vérité des personnages.

Une vérité qui passe par de petits détails, que Mankiewicz filme avec une délicatesse et une intelligence de chaque plan. Dès le tout début, avec cette poupée brandie par une femme internée, puis laissée de côté après sa lobotomie. Un simple détail qui dit mieux que tous les longs mono/dialogues à suivre la cruauté de ces destins brisés.

 

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