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Archive pour la catégorie 'LUBITSCH Ernst'

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby) – de Ernst Lubitsch – 1932

Posté : 6 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

L'Homme que j'ai tué

Film méconnu de Lubitsch, et film magnifique que cette adaptation de la pièce pacifiste de Maurice Rostand (dont François Ozon s’inspirera pour Frantz), que le cinéaste s’approprie totalement pour en faire une œuvre très personnelle. L’histoire commence le 11 novembre 1919, un an après la fin de la première guerre mondiale. Le film, lui, est tourné un an avant l’accession de Hitler au pouvoir. L’écho entre ces deux époques est évident : Lubitsch, juif allemand exilé aux Etats-Unis, porte un regard désabusé sur cette tradition de la haine qui survit à 9 millions de morts, et qui en annonce d’autres.

Contrairement à To be or not to be, Lubitsch n’aborde pas ce sujet brûlant sous l’angle de la comédie, même si la manière dont il filme les habitants de cette petite ville allemande a ce petit quelque chose, cette vivacité presque burlesque, qui rappelle les meilleures comédies du cinéaste. Mais la séquence d’ouverture, rapide et virtuose, donne un tout autre ton, notamment ce plan formidable montrant le glorieux défilé militaire du point de vue d’un vétéran amputé d’une jambe. Il y a d’emblée une succession de plans d’une incroyable puissance qui se répondent pour dire mieux que de longs dialogues l’état de la France victorieuse.

Et c’est ainsi qu’on découvre le « héros » : dans une église qui s’est vidée pour ne laisser qu’une forme discrète entre deux bancs. La caméra se rapproche, pour filmer en gros plans deux mains jointes en prière, celles d’un jeune homme hanté par le regard du soldat allemand qu’il a tué, et dont il décide d’aller voir les parents en Allemagne pour implorer leur pardon…

Comme souvent chez Lubitsch, les gros plans sont particulièrement importants dans ce film. C’est également par ses mains dignes et fatiguées que l’on découvre la mère du jeune Allemand tué. A l’inverse, c’est l’indécence du coquet qui remonte ses jambes de pantalon qui dit tout le ridicule et la mesquinerie de ce notable qui veut épouser Elsa, la jolie fiancée de l’Allemand mort dans les tranchées. Elsa, elle, tombera comme ses « beaux parents » sous le charme du Français, Paul, désormais incapable d’avouer son crime.

Déchirant et engagé, Broken Lullaby n’est jamais pesant ou sinistre. Et c’est bien un film plein de vie, qui parle de la mort, que signe Lubitsch. Un film plein d’idées géniales qui pourraient venir d’une comédie, comme cette marche romantique des amoureux à travers la ville, au son des « ding » des portes de magasins qui s’ouvrent les unes après les autres à leur passage, ou encore cet unijambiste qui se lève pour serrer la main du vieil homme qui en termine avec la haine dans un discours d’une justesse et d’une force rares : c’est le grand Lionel Barrymore, dans le rôle du père en deuil qui renoue avec la vie.

Ce retour à la vie se fait aussi en musique, dans une dernière scène totalement apaisée où la caméra de Lubitsch, désormais, se pose et reste fixée sur les vieux époux enfin réconciliés avec la vie. Un long plan dont la sérénité répond au fracas et à la virtuosité de la séquence d’ouverture. Il y a certes du cynisme derrière cette paix retrouvée, qui ne repose que sur un mensonge, mais il y a aussi le choix de l’espoir. Et c’est absolument magnifique.

La Poupée (Die Puppe) – d’Ernst Lubitsch – 1919

Posté : 29 juin, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

La Poupée

Il est question de manipulation, de tromperie, de marivaudage, de faux-semblants, de portes qui s’ouvrent ou ne s’ouvrent pas… L’univers de Lubitsch est déjà là, mais c’est d’une drôle de manière que ce film de jeunesse annonce les grandes œuvres à venir. Car tout, ici, est décliné sur le ton de la farce, avec une sorte d’expressionnisme de carton-pâte qui ne parle finalement que de l’art de la création.

Lubitsch lui-même se met en scène dans un court prologue qui donne le ton. Il y est le metteur en scène justement, qui plante littéralement le décor de son histoire : un chalet, des arbres, des bosquets, un chemin, qu’il pose les uns après les autres avant d’introduire ses personnages, des pantins qui prennent vie grâce à la magie de la fiction.
Le film se déroule donc dans ce décor qu’il a assemblé devant nos yeux. Un décor de théâtre, où le soleil affiche un grand sourire, où les chevaux sont joués par deux comédiens déguisés, où les meubles inutiles sont simplement dessinés sur les murs Une histoire pleine de rebondissements aussi, parce que le cinéma est l’art du mouvement. Alors du mouvement, il y en a beaucoup.

Le film raconte d’ailleurs une fuite en avant, celle d’un jeune héritier que son riche oncle veut marier, et qui se sauve devant quarante jeunes femmes prêtes à l’épouser. Il se réfugie dans un monastère dont les occupants sont plus occupés à faire ripaille qu’à se vouer à Dieu. Il finit par épouser une poupée mécanisée pour que son oncle soit satisfait… avant de réaliser qu’il ne s’agit pas d’une poupée !

Lubitsch s’amuse de cette histoire improbable à rebondissements improbables. Il signe une joyeuse comédie qui se moque gentiment du vaudeville comme du clergé, et offre une vision gentiment sexy et décalée de la femme, transformée en poupée dont les hommes croient pouvoir user et abuser. Plutôt que de s’offusquer de telles situations, la jeune femme s’en amuse, riant autant du rôle qu’elle est obligée de jouer que du ridicule dont les hommes autour d’elle font preuve. Presque un film féministe…

La Huitième Femme de Barbe Bleue (Bluebeard’s Eighth Wife) – d’Ernst Lubitsch – 1938

Posté : 22 avril, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

La Huitième Femme de Barbe Bleue

D’accord, Bluebeard’s Eight Wife n’a pas l’élégance inouïe de L’Eventail de Lady Windermere ou de The Shop around the corner. D’accord, tout n’est pas d’une immense finesse dans ce vaudeville conjugal. Mais franchement, vous n’avez pas ri en voyant Claudette Colbert se gaver d’oignons pour gâcher le baiser que lui réclame son mari Gary Cooper ?

Ce n’est certes pas un Lubitsch majeur, mais le film est drôle et enlevé, et se révèle une évocation pleine d’ironie mordante de l’engagement amoureux. « Vous croyez VRAIMENT au mariage ! » lance la jeune femme lorsqu’elle découvre que son richissime prétendant a déjà été marié 7 fois, avec autant de divorces à la clé (« 6 seulement, l’une d’elles est morte », corrige-t-il, avant de préciser : « de mort naturelle »).

Et même mineur, un Lubitsch est la promesse d’une expérience délicieuse, légère et mordante à la fois. Ici, sur un scénario de Billy Wilder et Charles Brackett, il prend le problème du mariage à l’envers : d’abord le mariage lui-même, puis la difficile séduction, l’incompréhension… Le poids des mariages passés, mais aussi de la fortune, conduit les amoureux à opter pour un engagement financier qui tue dans l’œuf la passion des sentiments. Et voilà les jeunes mariés étrangers sous le même toit, se croisant dans un couloir comme des passants dans la rue.

La situation ne manque pas d’ironie, et on sent bien Lubitsch et ses scénaristes dubitatifs face à l’institution du mariage. Lorsque le couple décide un rapprochement d’un soir, le dialogue est sans équivoque :

« Ni flirt, ni dispute !
- Comme un couple normal.
- J’ai dit pas de dispute. »

Claudette Colbert est étonnante de naturelle, Gary Cooper joue merveilleusement bien l’être un peu supérieur touché dans son orgueil, Edward Everett Horton (dans le rôle du père) ouvre admirablement les portes (une grande qualité chez Lubitsch), David Niven est très bien aussi en jeune premier légèrement dépassé par les événements… Et le rythme est parfait. Un Lubitsch mineur, oui, mais un vrai plaisir tout de même.

Si j’avais un million (If I had a million) – de James Cruze, H. Bruce Humberstone, Ernst Lubitsch, Norman Z. McLeod, Stephen Roberts, William A. Seiter, Norman Taurog – 1932

Posté : 7 avril, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, CRUZE James, HUMBERSTONE Bruce, LUBITSCH Ernst, McLEOD Norman Z., ROBERTS Stephen, SEITER William A., TAUROG Norman | Pas de commentaires »

si j'avais un million

Un milliardaire soi-disant en fin de vie et agacé par son entourage décide de dilapider sa fortune en distribuant un million de dollars à plusieurs inconnus choisis strictement au hasard… Et c’est le point d’un départ (réalisé par Norman Taurog) d’un film à sketchs totalement indépendant les uns des autres (le milliardaire lui-même s’éclipsant de plus en plus au film du métrage), et très inégaux, forcément.

Le meilleur ? Le segment signé Lubitsch, de loin le plus court du film, sorte de concentré en une poignée de minutes du style, du rythme et de l’obsession des portes du cinéaste. Un employé de bureau (joué par un Charles Laughton tout en rondeur) reçoit l’un des chèques, se lève, quitte son open space et franchit portes après portes pour monter toujours plus haut dans l’immeuble où il travaille, jusqu’à arrivée au sommet, devant l’ultime porte : celle du grand patron, qu’il ouvre, avant de faire une langue et de refermer la porte !

Le reste est plus inégal et plus anodin, avec quand même des ruptures de ton assez audacieuses. Le film passe ainsi d’un segment burlesque avec W.C. Field et des tas de voitures détruites (réalisé par Norman Z. McLeod) à un autre franchement tragique (signé James Cruze) mettant en scène un condamné à mort qui se croit à tort sauvé parce qu’il est devenu riche.

Tout aussi cynique : le destin de ce petit gangster recherché par la police et qui risque la prison à vie (George Raft, dans un segment réalisé par Bruce Humberstone), incapable d’encaisser ce chèque qui le tirerait d’affaire, et qui finit par le donner au gérant d’un dortoir miteux juste pour pouvoir dormir…

Le thème est presque similaire, en nettement plus léger, avec le segment réalisé par William Seiter mettant en scène Gary Cooper en jeune soldat qui ne pense qu’à s’amuser, et qui passera lui aussi à côté de la fortune…

Rien d’inoubliable là-dedans, et on retiendra plutôt le tendre segment (réalisé par Stephen Roberts) racontant la prise de pouvoir d’une maison de retraite trop stricte par ses pensionnaires. Roberts signe aussi un autre segment évoquant les rêves d’une prostituée.

Du très bon, du plus dispensable… Si j’avais un million vaut finalement surtout pour son improbable distribution. Fields, Cooper et Laughton sur une même affiche, ça ne se refuse pas.

Rendez-vous (The Shop around the corner) – d’Ernst Lubitsch – 1940

Posté : 3 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUBITSCH Ernst, STEWART James | Pas de commentaires »

Rendez-vous The Shop around the corner

Un petit miracle ce film, merveilleuse comédie romantique dans le Budapest des années 30. Un Budapest qui se limite à un magasin et à un coin de rue, reconstitués dans des décors somptueux de studio, qui suffisent à dévoiler la réalité de la société hongroise de l’époque.

C’est drôle, fin, enlevé et léger… Mais derrière le quotidien de cette maroquinerie dirigée par un M. Matushek extraordinairement bienveillant, quelques signes à peine esquissés laissent entrevoir la rudesse de l’époque, la crainte du chômage et du déclassement… C’est tout le génie de Lubitsch, celui-là même qui fera de To be or not to be une merveilleuse charge anti-Nazie.

Ici, c’est une histoire de famille et d’amour qu’il raconte. Une sorte de microcosme où plusieurs petites histoires s’emmêlent autour d’un superbe fil conducteur : la romance par correspondance qui unit sans qu’ils le sachent deux employés qui ne se supportent pas. Belle idée, qui donne lieu à des scènes aussi drôles qu’émouvantes, les deux émotions n’étant jamais bien loin chez Lubitsch.

James Stewart et Margaret Sullavan sont magnifiques, irrésistibles en amoureux contrariés. Mais c’est l’ensemble de la distribution qui est exceptionnelle devant la caméra de Lubitsch, avec une mention à Felix Bressart (Pirovitch), l’irrésistible compagnon, complice et compréhensif, qui parvient à faire naître l’émotion du moindre silence…

The Shop around the corner est un chef d’œuvre, un film qui rend simplement heureux, et amoureux de l’humanité.

Jeux dangereux (To be or not to be) – d’Ernst Lubitsch – 1942

Posté : 2 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Jeux dangereux To be or not to be

L’entrée en scène du faux Hitler qui lève la main droite en lançant le fameux “Heil myself” symbolise parfaitement l’esprit de ce pur bijou : To be or not to be s’évertue à ridiculiser la grandiloquence nazie, tout en étant un chant d’amour pour le théâtre et la comédie, la véritable nation d’un cinéaste déraciné.

To be or not to be (oublions son titre français tout pourri, que la postérité a justement balayé) est la quintessence du style Lubitsch, à commencer par la perfection du rythme, extraordinaire, tout en rebondissements et en portes qui claquent. Ces portes ont toujours été importantes dans le cinéma de Lubitsch (jusqu’à faire dire à Mary Pickford, sur le tournage de Rosita, qu’il ne s’intéresse qu’aux portes). Elles ne l’ont peut-être jamais été autant que dans ce film, où elles servent dans le même temps de moteur comique et de ressors de suspense.

Se moquer de l’horreur nazie avec cet esprit de vaudeville n’a pas valu une belle réputation au film à sa sortie. Le temps, heureusement, a réparer ce jugement initial, lui reconnaissant le statut d’immense chef d’œuvre, l’un des seuls films (en tout cas tournés au moment des faits) à réussir à vraiment faire rire sans édulcorer l’horreur nazie. Même s’il s’en moque, Lubitsch en filme les conséquences avec cet humanisme qui lui a si bien réussi avec The Shop around the corner.

Et puis il y a Carole Lombard, actrice magnifique dont la prestation éclipse sans mal celle de Jack Benny, et surtout celle de Robert Stack (sympathique mais transparent). C’est sans doute son plus grand rôle (et son dernier : ce p#** !! d’avion s’écrasera avant la sortie du film en salles), celui qui révèle le mieux la richesse de son jeu et ce naturel formidable qui lui permettent de faire flirter si harmonieusement drame et dérision.

Ninotchka (id.) – d’Ernst Lubitsch – 1939

Posté : 24 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Ninotchka

« Garbo rit », disait la pub du film (pour Anna Christie, en 1930, c’était « Garbo parle » ; personne n’a pensé à « Garbo fait ses courses », ou « Garbo mange McDo » ?). Il était d’ailleurs temps qu’elle rit, la Divine : Ninotchka est à la fois sa toute première comédie, et son avant-dernier film.

Mais il lui faut du temps, pour rire, ce qu’elle fait dans une scène délicieuse, dans un petit restaurant. Et jusque là, elle est plutôt crispée, raide comme c’est pas permis en incarnation du stéréotype soviétique.

Le film de Lubitsch est à l’image de ce personnage de commissaire soviétique, envoyée à Paris pour superviser la mission de trois émissaires russes qui se laissent un peu trop griser par les joies du capitalisme : pas vraiment dans la nuance, mais drôle et léger.

Lubitsch a fait, et fera, beaucoup mieux. De L’Eventail de Lady Windermere à To be or not to be, sa filmographie est parsemée de chefs d’œuvre autrement plus fins et délicats que cette farce un rien trop caricaturale. Mais le plaisir de la comédie reste immense, et le couple improbable formé par la très soviétique Garbo avec le très capitaliste Melvyn Douglas fonctionne parfaitement.

Et si Lubitsch filme la Russie soviétique avec un certain sens du réalisme, et un regard critique évidente, sa vision des « paradis capitalistes » est aussi pleine d’ironie. Et finalement, eux non plus ne sortent pas grandis de l’humour cynique et piquant du cinéaste.

Je ne voudrais pas être un homme (Ich möchte kein Mann sein) – d’Ernst Lubitsch – 1918

Posté : 5 avril, 2013 @ 6:11 dans 1895-1919, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Je ne voudrais pas être un homme (Ich möchte kein Mann sein) – d’Ernst Lubitsch - 1918 dans 1895-1919 je-ne-voudrais-pas-etre-un-homme

Ce film de jeunesse de Lubitsch est loin de la sophistication de ses grands chefs-d’œuvre à venir, y compris muets (L’Eventail de Lady Windermere…), mais c’est une comédie charmante, déjà bien plus élaborée que Quand j’étais mort, marivaudage tourné deux ans plus tôt, et qui est le plus ancien de ses films qui nous soient connu.

Cette fois encore, Lubitsch adopte une construction ouvertement théâtrale, en trois actes clairement annoncés. Premier acte : une jeune femme qui a envie de s’amuser comme un homme souffre des réprimandes constantes de ses tuteurs. Deuxième acte : elle décide de se déguiser en homme pour pouvoir s’amuser dans une boîte de nuit où l’alcool coule à flot. Troisième acte : son tuteur, qui la prend toujours pour un homme, tombe sous son charme…
Le début de ce moyen métrage est, justement, un peu trop théâtral : la caméra reste frontale et statique, la mise en scène peu inspirée, et le jeu des comédiens trop caricatural.

Mais ces défauts disparaissent comme par magie, et l’action s’accélère, tandis que l’héroïne arrive dans la boîte de nuit, et qu’elle se laisser griser par l’alcool. On retrouve alors le rythme saisissant de Lubitsch.

Le ton est très léger, mais politiquement très incorrect, et surprenant. Lubitsch, sous des allures de farce, aborde la confusion des genres, ou l’homosexualité. C’est vif et drôle, et jamais donneur de leçon. Ce Lubitsch-là n’est pas un sommet, mais c’est une étape importante dans l’évolution du cinéaste. Une belle curiosité.

Comédiennes (The Marriage Circles) – de Ernst Lubitsch – 1924

Posté : 20 novembre, 2011 @ 10:09 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Comédiennes (The Marriage Circles) – de Ernst Lubitsch – 1924 dans 1920-1929 comediennes

Un an avant L’Eventail de Lady Windermere, son plus beau film muet (et peut-être son plus beau film tout court), son plus élégant aussi, Lubitsch signe l’une de ces « sex comedies » qui étaient à la mode à l’époque (et dont l’un des spécialistes était Cecil B. De Mille). Arrivé à Hollywood l’année précédente, le cinéaste allemand ne se contente toutefois pas de rentrer dans le moule des studios : après l’expérience en demi-teinte de Rosita, le film qu’il a tourné l’année précédente pour Mary Pickford (c’est la star qui l’avait fait venir en Amérique), Comédiennes est son premier film hollywoodien réellement personnel.

La fameuse « Lubitsch touch », son sens du rythme, l’élégance et l’intelligence de sa mise en scène, et sa manière toute personnelle d’utiliser le plus anodin des objets… tout est là déjà, formidablement maîtrisé, dès les premières images : un gros plan sur les pieds d’Adolphe Menjou au sortir du lit… Dans cette scène d’ouverture, une simple paire de chaussettes en dit plus sur le couple qu’il forme avec l’impossible Marie Prevost. Il faut voir le film, aussi, pour comprendre comment à quel point le plan fixe d’un œuf à la coque et d’une tasse de chocolat peut être évocateur.

L’Eventail… renforcera encore ce penchant à « faire parler » les objets, ou accessoires. Mais dans Comédiennes, Lubitsch fait déjà preuve d’une inventivité et d’une intelligence de chaque plan. C’est d’ailleurs cette Lubitsch touch qui fait tout le sel du film, basé sur une histoire assez conventionnelle : le bonheur d’un couple est menacé par l’intrusion de la meilleure amie de madame, qui a des vues sur monsieur. Ajoutez à cela le mari de la meilleure amie, qui n’a qu’une envie : se débarrasser de sa femme ; et le meilleur ami du premier mari, qui est secrètement amoureux de sa femme à lui (vous suivez ?)… et vous aurez les recettes d’un pur vaudeville riche en quiproquos, amants dans le placard et portes qui claquent.

La mise en scène tire continuellement ce scénario vers le haut : le film est une étourdissante fantaisie, où les portes ne cessent de s’ouvrir et se fermer (classique, chez Lubitsch), et d’où émergent un quinté d’acteurs aux personnalités particulièrement fortes, à commencer par Monte Blue (le mari heureux mais tenté par l’amie de sa femme), espèce de grand dadais continuellement dépassé par les événements. Le contraste entre les deux amies, jouées par la garce Marie Prevost et la douce et émouvante Florence Vidor, est également très fort. Creighton Hale, lui, dans le rôle de l’ami secrètement amoureux, est la caution humoristique du film, loin du cynisme de Menjou (voir la scène cruelle où il refuse la tendresse que lui réclame sa femme, désespérée), dans un rôle qui évoque celui qu’il tenait dans L’Opinion publique.

Lubitsch, d’ailleurs, n’a jamais caché l’admiration qu’il avait pour le chef d’œuvre de Chaplin. Son inspiration se fait sentir à plusieurs reprises dans le film, notamment dans ce plan, a priori anodin, où Adolphe Menjou se rase en regardant la rue en contrebas par la fenêtre, « jumeau » d’un plan quasiment identique dans L’Opinion Publique.

Il est énormément question d’amour, bien sûr : de la difficulté de préserver l’amour, du manque d’amour, ou de l’amour secret… The Marriage Circles est-il pour autant un vrai film romantique ? Pas si sûr… Même si le couple aimant surmonte toutes les épreuves, il a laissé la suspicion et le doute s’insérer dans son quotidien. Quant au couple qui semble promis à se former, il n’a rien d’idyllique… Le seul qui sort réellement vainqueur de cette histoire, finalement, c’est celui qui a obtenu le divorce et peut jouir pleinement de sa liberté enfin regagnée. On fait mieux comme romantisme…

Quand j’étais mort / Où est mon chéri ? (Als ich tot war / Wo ist mein schatz ?) – de Ernst Lubitsch – 1916

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:25 dans 1895-1919, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Quand j'étais mort

Ne cherchez pas la fameuse « Lubitsch touch » dans ce film de jeunesse, on n’en trouve aucune trace. Le futur réalisateur de Rendez-vous n’a alors que 24 ans, et son passé d’homme de théâtre se ressent encore très fortement. Vaudeville pas très original, ni très drôle, Quand j’étais mort n’est pas réellement du « théâtre filmé » : il y a là un vrai montage, et une utilisation assez habile des gros plans. Mais tout ça reste très rudimentaire, à des années-lumière de L’Eventail de Lady Winderme par exemple, autre adaptation muette d’une célèbre pièce de théâtre, pour laquelle Lubitsch utilisera à merveille, quelques années plus tard, toutes les finesses du langage cinématographique.

On en est très loin, ici, y compris dans le jeu d’acteur. Lubitsch lui-même, qui foulait depuis son adolescence les planches des théâtres, interprète le rôle de ce bourgeois mis à la porte de sa maison par sa femme qui pense à tort être cocue, et qui s’introduit de nouveau dans la maison en se faisant passer pour un serviteur. Lubitsch en fait des tonnes, prenant le public à témoin, face caméra. Si la « Lubitsch touch » est marquée par la finesse et l’élégance, elle n’est même pas présente à l’état embryonnaire.

Pourtant, ce petit film (il dure moins d’une heure) possède un certain charme, lié sans doute à la curiosité de découvrir l’œuvre de jeunesse d’un futur monstre du cinéma mondial.

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