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Archive pour la catégorie 'LITVAK Anatole'

Coeur de Lilas – d’Anatole Litvak – 1932

Posté : 18 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, LITVAK Anatole | Pas de commentaires »

Cœur de Lilas

Dès la première scène, on perçoit dans ce film une ambition inhabituelle, et une approche singulière. Tout commence par un long plan qui part d’une colonne de soldats en marche pour s’attacher en route aux jeux d’enfants dans les terrains vagues de la banlieue parisienne, et qui nous amènent tardivement vers un cadavre jeté là…

Après ce début magistral, on n’est pas encore dans le vif du sujet. Suit une longue séquence d’enquête et d’interrogatoire, qui nous mènera à son tour sur les lieux principaux du film, et avec les personnages principaux qui, enfin, entrent en scène. Et quelle entrée en scène !

Ces lieux, on les découvre par de superbes travellings, et un plan en plongée qui dévoile ce quartier crasseux que Fréhel présente avec l’une de ses chansons « réalistes » qui ont fait sa réputation. Les chansons, d’ailleurs, jouent un rôle primordial dans ce film.

On n’est pas dans la comédie musicale, mais à trois reprises, des chansons viennent ponctuer le film. Jamais gratuitement : toujours pour créer le malaise, illustrer les sentiments, ou relancer le suspense. Il y a ainsi cette joyeuse chanson de mariage menée par Fernandel (dans une courte apparition) qui déclenche l’hilarité des convives et sème le trouble chez les jeunes mariés, illustrant par la même occasion la romance contrariée des personnages principaux.

Il y a aussi le fameux « La Môme Caoutchouc », chanson plutôt rigolote que Jean Gabin transforme en menace pesante et impressionnante. Jean Gabin, alors débutant, mais déjà extraordinaire dans le rôle secondaire du mauvais garçon, qui dévore l’écran face à André Luguet, pourtant excellent dans le rôle du flic infiltré dans les bas quartiers pour confondre celle qu’il croit responsable du meurtre.

Elle, c’est la Lilas, que joue Marcelle Romée, actrice au destin tragique (elle mourra cette même année 1932) dont on est incapable de dire si la détresse abyssale de son personnage révèle une actrice exceptionnelle ou une femme abîmée par la vie. Ce personnage dont le premier réflexe après avoir été secourue par André Luguet est de se déshabiller pour s’offrir à son défenseur, sans un mot et résignée…

Il y a dans Cœur de Lilas une audace rare, qui garde 90 ans toute sa puissance. Et si le film reste aussi passionnant, c’est aussi grâce à la mise en scène d’Anatole Litvak, d’une virtuosité et d’un dynamisme tout simplement exceptionnels. Une bagarre incroyable entre Luguet et Gabin dont on ne voit que des ombres et les regards des témoins. Des travellings au plus près de visages qui se tancent du regard. La course désespérée de Lilas et ces visages déformés en surimpression…

Le film est plein de ces moments inoubliables d’une force sidérante. Avec aussi quelques moments d’une beauté simple et poétique : ces allers-retours en bus d’un terminus à l’autre, comme une parenthèse pour deux êtres dont on sait qu’ils n’ont pas d’avenir commun ; le petit matin aux halles, plein de vie et d’espoir… Parenthèse hors du temps dans un film aussi virtuose qu’ancré dans la réalité, avec ces plongées dans la rue qui dévoilent la foule qui se sauve devant une descente de flics, et les prostituées au travail.

La force et la beauté du film sont peut-être le mieux résumés lors de la noce, dans ce douloureux face-à-face entre Marcelle Romée et André Luguet, séparés par la chenille enfiévrée des invités du mariage, et dont tout ce qu’ils auraient à se dire ne passe plus que par les regards. Cœur de Lilas est un film incroyable, exceptionnel et bouleversant.

La Nuit des généraux (The Night of the Generals) – d’Anatole Litvak – 1967

Posté : 29 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, LITVAK Anatole | Pas de commentaires »

La Nuit des généraux

Ça commence très fort, avec une scène pleine de promesse : un meurtre est commis, mais il n’est filmé que par le strict point de vue d’un type qui se cache dans les toilettes d’un immeuble miteux, et ne voit à peu près rien. Cette économie de moyen inattendue dans une production de cette ampleur laisse présager le meilleur.

La suite est nettement moins convaincante. Visiblement dépassé par l’ampleur de son sujet, Litvak semble ne jamais vraiment savoir comment articuler la grande Histoire et la petite. Ce meurtre sauvage d’une prostituée, commis par un général dont on ignore l’identité dans Varsovie sous le joug des Nazis, est pourtant un bon point de départ. Et le personnage de détective joué par Omar Sharif est séduisant : Allemand bien décidé à ne pas laisser ce meurtre impuni, alors que tant de massacres sont commis au quotidien.

Il y a des tas de moments forts, à commencer par la destruction spectaculaire d’un quartier de Varsovie. Il y a aussi des personnages très réussis, avec un parti pris assez rare dans le genre : presque tous (à l’exception de Philippe Noiret, dans un rôle pas emballant) sont des officiers allemands, tiraillés entre leur devoir d’obéissance, leur devoir moral, et la volonté de ne pas être les grands perdants de cette grande histoire qu’est la guerre.

Plein de promesses, donc. Mais on sent rapidement qu’il y a un truc qui cloche. Dans sa manière, surtout, d’utiliser un système de flash-backs à la Citizen Kane dont il ne sait quoi faire, système qui apparaît tardivement (avec le personnage de Noiret justement), qui qui est abandonné aussi vite.

Sur le papier, cette enquête policière sur fond de guerre est passionnante. Mais le choc n’a jamais lieu, comme si Litvak ne savait pas vraiment quel film il faisait : un film de guerre, un polar, le portrait d’une nation sur le point d’imploser ? Le suspense ne fonctionne pas vraiment parce que l’identité du tueur est évidente. La psychologie est discutable aussi, à l’image de cette scène face au tableau de Van Gogh, avec un Peter O’Toole qui en fait trop pour être vraiment crédible.

Mais le plus gênant ne serait-il pas l’accent anglais d’Allemands qui ne parlent que la langue de Shakespeare, alors que les Français (Noiret en tête) parlent, eux, bien français. Et quand on voit Pierre Mondy apparaître dans le rôle d’un soldat allemand, doublé par un comédien anglais, alors oui, on a du mal à prendre tout ça au sérieux.

La Nuit des généraux ne fonctionne que par moments, dans quelques scènes réussies. Comme cette apparition chantée de Juliette Gréco, dans une tentative assez séduisante de renouer avec l’atmosphère des films des années 30 ou 40. Pour le reste, le film a tout du rendez-vous raté.

 

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