Nouvelle Vague – de Richard Linklater – 2025

D’où vient donc que ce film dégage un tel charme, et procure un tel plaisir de cinéma ? Il a pourtant tout de la fausse bonne idée : raconter les coulisses du tournage du film qui a changé pour de bon la face du cinéma, en reconstituant le plus fidèlement possible les conditions du tournage, et les scènes que l’on connaît par cœur en train de se faire, avec des acteurs choisis au moins en grande partie pour leur ressemblance physique avec les personnages bien réels qu’ils interprètent.
Donc : le réalisateur Jean-Luc Godard, les acteurs Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, le grand ami François Truffaut, le producteur Georges de Beauregard, le caméraman Raoul Coutard, l’assistant Pierre Rissient, et beaucoup d’autres, plus ou moins importants, mais tous reconnaissables. Puisqu’il s’agit, bien sûr, du tournage d’A bout de souffle. Première bonne surprise : les acteurs sont pour la plupart formidables (même si Aubry Dullin souffre par absence du charisme de Belmondo), spécialement Guillaume Marbek en jeune Godard, obstiné, secret et mutin.
Tout de la fausse bonne idée, disais-je. Tout en tout cas pour n’être qu’une petite chose charmante mais très anecdotique, surtout que Richard Linklater (un Américain pour filmer ce tournant du cinéma français, pourquoi pas) fait le choix de l’extrême simplicité : ni stylisation à outrance, ni liberté extrême à la A bout de souffle, juste un cinéma direct et simple, sans esbroufe. Mais cette simplicité est, peut-être, la plus belle idée du film.
Parce qu’elle donne au spectateur le sentiment d’assister réellement à ce moment historique. Mais sans dramatisation, en se défaisant de la conscience de son importance, qui aurait alourdi le ton. Finalement, c’est ce que préfère Linklater qu’il filme ici : une tranche de vie, fondatrice avant tout pour ceux qui la vivent, mais vécue avec ce qui ressemble fort à l’insouciance de la jeunesse. C’est avec cette simplicité et cette légèreté que le réalisateur capte le mieux l’esprit de ce que fut la Nouvelle Vague, et la jeunesse de ceux qui la firent.
Alors oui, Nouvelle Vague est un film absolument irrésistible. Sans doute avant tout pour les amoureux du cinéma : ceux qui ne connaissent ni le film de Godard, ni les grands noms de la Nouvelle Vague risquent fort d’être perdus par tous les noms que l’on croise. Et sans doute de se désintéresser de la chose. Mais Linklater réussit quelque chose de très beau et d’assez rare, en tout cas aux antipodes de la mode qui n’en finit plus des biopics sans idée forte.
Nouvelle Vague, c’est un vrai cadeau offert aux cinéphiles, une invitation inattendue sur le « plateau » sauvage de 1959. Le voyage temporel est bluffant, la vie qui s’en dégage enthousiasmante, comme un hors du temps marqué dans ces dernières minutes par le destin de ceux qui l’ont vécu : tragique pour une Jean Seberg dont l’aventure du film se termine abruptement, galvanisant pour Godard ou Belmondo, qui prolongent eux cette aventure avec une liberté décuplée, qui semble sans fin. Sous le charme, oui, et même submergé par cette vague.