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Archive pour la catégorie 'L’HERBIER Marcel'

La Route impériale – de Marcel L’Herbier – 1935

Posté : 25 novembre, 2015 @ 4:07 dans 1930-1939, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

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L’Herbier aborde un genre particulièrement en vogue ces années-là: « le film de troupes dans les colonies ». Sauf qu’ici on ne parle pas de colonies, mais du grand empire britannique, dont l’intégrité est menacée par les agissements de quelques rebelles au fin fond de l’Irak : cette production française, tournée en français avec des acteurs majoritairement français, se situe du point de vue de la fière Angleterre, avec omniprésence de God Save The Queen et de l’Union Jack.

L’Herbier est un grand formaliste, et il le prouve une fois de plus ici, avec quelques images magnifiques, comme ce soldat « crucifié » au sommet d’une dune face au soleil. Une image terrible et graphiquement impressionnante. Mais, et c’est loin d’être systématique dans son cinéma, il place les acteurs au coeur de son histoire, faisant de ce grand film d’aventures exotiques un drame intime et une exploration des affres de la culpabilité.

Après une première demi-heure plaisante mais assez classique, La Route impériale finit de ressembler à tant d’autres films du genre lorsqu’il dévoile son vrai sujet, inattendu. Lorsque son héros, jeune lieutenant en quête de rédemption et désireux de prouver sa vaillance et sa fidélité à la couronne, est subitement privé de l’acte de bravoure attendu pour un simple quiproquo digne d’un vaudeville. Forcé d’observer du haut d’une tour dorée un autre accomplir son rôle de héros…

Dans le rôle de ce héros contrarié, Pierre Richard-Willm est parfait, passif dépressif un peu trop porté sur l’autoflagellation. Kathe von Nagy, malgré un accent très peu british, est superbe dans un très beau rôle de tragédie. Mais le plus impressionnant est peut-être Pierre Renoir, dans un emploi d’officier un peu trop raide qu’il connaît par cœur, mais qu’il incarne avec une justesse rare.

C’est quand L’Herbier reste au plus près de ses personnages que le film est le plus réussi. On passera ainsi sur l’attaque finale, impressionnante mais un peu impersonnelle, pour retenir surtout quelques grands moments de tension. Celui où les trois jeunes officiers se disputent aux cartes le droit d’aller se faire tuer avec les honneurs. Ou celui du peloton d’exécution. Deux séquences que l’on regarde le souffle coupé.

L’Inhumaine – de Marcel L’Herbier – 1923

Posté : 17 août, 2015 @ 11:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

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Il y a deux, trois (voire plus encore) films en un dans cette très étrange Inhumaine signée par un L’Herbier désireux d’expérimenter et de se frotter à la modernité.

Etranges : les décors à l’architecture très art-déco, qui ont pris un sacré coup de vieux, mais qui participent pleinement au parti-pris esthétique assez radical. Avec de belles idées, fascinantes, comme ces serviteurs flanqués de masques souriants et anonymes qui les privent de toute existence propre.

Etranges aussi : les ruptures de ton et les changements radicaux de rythmes adoptés par un cinéaste visiblement plus intéressé par les possibilités narratives du cinéma que par la direction d’acteurs.

De fait, ces derniers ne sont pas pas particulièrement à l’honneur. Un peu statiques en ce qui concerne la cantatrice. Franchement caricaturaux pour les différents prétendants qui constituent sa « cour ».

La première moitié du film est brillante. En faisant de son personnage principal de cantatrice une « reine en son royaume » entourée d’hommes qui la convoitent et dont elle se moque éperdument, L’Herbier signe une oeuvre forte, décortiquant les effets ravageurs de son manque d’empathie. Sur le fond, le film est alors assez classique. Dans la forme, il se révèle passionnant dans sa manière d’étirer le temps pour faire sortir suspense et émotion.

La dernière partie tourne au fourre-tout, et parfois au grand-guignol, pour ne pas dire au grand n’importe quoi, avec notamment une histoire inattendue et poussive de savant fou que L’Herbier (et son co-scénariste Pierre MacOrlan) semble n’avoir écrit que pour donner lieu aux expérimentations visuelles les plus folles.

En ressort quand même une extraordinaire séquence de pur suspense, avec un serpent venimeux glissé dans une voiture lancée à pleine vitesse, rendue absolument inoubliable grâce à un montage virtuose qui garde toute sa puissance.

El Dorado – de Marcel L’Herbier – 1921

Posté : 23 janvier, 2012 @ 2:53 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

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Eh ben voilà, bouleversé, que je suis, les larmes aux yeux, le nœud au ventre et la boule à la gorge… La totale, quoi. Il faut dire que le grand L’Herbier n’hésite pas à pousser très loin le bouchon du mélodrame avec cette pure merveille qui, comme L’Homme du Large un an plus tôt, a enthousiasmé la foule et les critiques de l’époque de sa sortie. En ce temps-là (le début des années 20, donc), on annonçait clairement la couleur : « mélodrame de Marcel L’Herbier », peut-on lire sur l’affiche d’El Dorado. Mais pas n’importe quel mélodrame : un chef d’œuvre qui a bouleversé l’art cinématographique de la narration.

Comme il avait magnifiquement porté à l’écran la nature sauvage de la côte bretonne dans L’Homme du large, L’Herbier plonge au cœur de l’Andalousie avec ce film tourné en grande partie en décors naturels. Un choix qui renforce l’aspect véridique d’un film qui joue constamment avec la réalité concrète des lieux : l’action se déroule notamment en partie dans la mythique Alhambra. Mais on n’est pas dans le documentaire : les décors réels ne sont qu’un élément parmi bien d’autres utilisés par un L’Herbier en constante recherche formelle.

Et son film est bourré de trouvailles d’autant plus géniales qu’elles tranchent avec à peu près tout ce qui a été fait auparavant au cinéma, y compris par les grands pionniers comme Griffith à qui on a trop vite attribué tout le langage cinématographique. Dès la première séquence – très longue – la réussite d’El Dorado est éclatante.
Dans L’Homme du large, L’Herbier avait glissé une scène osée pour l’époque, se déroulant dans un bar glauque abritant à peu près tous les vices et toutes les tentations. Mais les envies du cinéaste avait été bridées par la censure. Il va plus loin cette fois avec cette séquence qui se prolonge durant plus de quinze minutes, et au cours de laquelle L’Herbier multiplie les gros plans de visages très marqués, qui renforcent le côté « lieu de perdition » de ce cabaret qui donne son titre au film.

L’héroïne, danseuse vedette du cabaret, est un personnage complexe. La manière dont L’Herbier la présente au spectateur est à la fois brillante, inspirée, et d’une audace incroyable. Il y a d’abord ce flou qui l’isole du reste du cabaret. Et puis il y a surtout ce montage alterné, qui nous montre tour à tour la danseuse, Sibilla, arborant un large sourire sur scène, et son fils alité, malade, appelant sa mère avec le cri du désespoir… Mère indigne ? La réalité est bien complexe, et plus pathétique, encore.

Sibilla danse parce que c’est sa seule manière de gagner le peu d’argent qui pourrait sauver la vie de son garçon. Elle se souvient du père de l’enfant, un riche Espagnol qui les a abandonnés à la naissance du bébé, et qui refuse obstinément et froidement de les aider. Un pur monstre d’égoïsme, contrepoint parfait de la figure tragique de Sibilla. Cette tragédie en marche est renforcée par la présence de la fille du monstre, une jeune femme amoureuse d’un ami de Sibilla, et qui sera l’instrument de la vengeance de la mère bafouée.

Tragédie moderne, qui fait de L’Herbier (réalisateur et scénariste), l’un des grands auteurs du début du XXème siècle, El Dorado est un film bouleversant. Est-ce un hasard ? C’est dans ce film et Le Kid de Chaplin, sorti cette même année 1921, que l’on trouve les deux cris d’enfants (muets évidemment) les plus mémorables et insoutenables de l’histoire du cinéma. Deux films qui jouent à fond la carte du mélodrame, qui font pleurer à tous les coups, mais qui sont pourtant d’une pudeur extrême…

Cette pudeur, c’est à la réalisation de L’Herbier qu’on la doit. L’intelligence de la mise en scène, son sens du cadrage et du montage, l’utilisation des décors (un seul exemple, célèbre : Sibilla marchant au pied d’un immense mur qui renforce le sentiment d’accablement de la jeune femme). Il n’y a, dans El Dorado, pas la moindre image qui soit ne serait-ce que banale. L’Herbier utilise le montage, les clair-obscurs, les déformations de l’image, les travellings… avec une modernité exceptionnelle. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ils ne sont pas nombreux à maîtriser à ce point le langage cinématographique !

El Dorado est une date dans l’histoire du cinéma pour une autre raison, encore : c’est pour ce film que la première bande originale a été composée. Jusqu’alors, les musiciens improvisaient dans les salles, au gré de leur inspiration. Pour El Dorado, Marcel L’Herbier a commandé une partition originale à Marius-François Gaillard. Une partition qui, aujourd’hui encore, est considéré comme l’une des plus belles de l’histoire. Elle pose en tout cas les bases de près d’un siècle de musiques de film.

L’Homme du large – de Marcel L’Herbier – 1920

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:28 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

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Henri Langlois, qui avait vu quelques films, considérait L’Homme du large comme « le premier exemple d’écriture cinématographique ». Un commentaire qui suffit à souligner l’importance de ce film dans l’histoire du cinéma en tant qu’art ; l’importance, aussi, de Marcel L’Herbier, immense réalisateur français qui signe ici son cinquième long métrage, et dont on ne vantera jamais assez la richesse de ses films, en particulier de sa période muette (son dernier film muet, L’Argent, peut d’ailleurs être considéré comme le sommet de sa carrière).

Adapté d’un roman méconnu de Balzac (Un drame au bord de la mer), ce splendide mélodrame rompt en effet de manière flagrante avec la production des années 10, en multipliant notamment les effets de caméra : une utilisation savante des caches ; des dialogues qui s’écrivent directement sur l’image, soulignant ainsi les sentiments des personnages et évitant les ruptures de rythme ; des parties de l’image floues pour mettre un personnage en valeur ou pour accentuer le malaise… Il y a chez L’Herbier la même richesse de construction que chez les glorieux cinéastes des années 10, mais le Français va bien plus loin : la moindre de ses images est évocatrice, et ne se contente pas d’illustrer les intertitres.

D’ailleurs, L’Homme du large aurait pu se passer d’intertitres : sa force inouïe réside dans les images, dans ce qu’elles racontent de plus, dans les sentiments et les émotions qu’elles éveillent chez le spectateur. Raconté « platement », le film aurait sans doute été un mélo un peu imbuvable. L’histoire elle-même, en effet, utilise des ficelles qui ne sont pas de la plus grande finesse.

Le film est en fait un long flash-back : les souvenirs d’un marin vieillissant qui a fait vœu de silence, et qui se remémore ses heureuses années. Il y a bien longtemps, Nolff (Roger Karl) était marié et avait une fille et un fils. Ce fils (interprété par la vedette de la plupart des films muets de L’Herbier, Jaque-Catelain), qu’il destinait à devenir un fier marin comme lui, grandit avec la haine de la mer, et une attirance trouble pour les plaisirs coupables de la ville, attirance que son meilleur ami (interprété par un tout jeunôt Charles Boyer, encore loin de ses années de gloire) est là pour attiser…

A l’opposée de son frère fainéant et égoïste, la fille de Nolff (Marcelle Pradot, la femme de L’Herbier) fait tout pour ramener son petit frère à la raison. Mais lorsque le jeune homme se laisse aller à la luxure dans un cabaret glauque où tous les vices sont permis et pratiqués, alors que sa mère (Claire Prélia, la véritable mère de Marcelle Pradot) est sur son lit de mort, la famille atteint le point de non-retour…

On pourrait s’amuser des personnages souvent caricaturaux, ou de l’épilogue miraculeux (dans le sens premier du terme)… Mais non, la mise en scène de L’Herbier est d’une beauté telle que ces caricaturent deviennent terriblement touchants, voire inquiétantes quand le jeune homme se laisse dominer par ses démons. L’interprétation exceptionnelle de tous les comédiens fait aussi beaucoup pour la force du film.

Fiction magnifique, L’Homme du large est aussi l’un des films qui illustrent le mieux la Bretagne des pêcheurs (avec l’impressionnant Finis Terrae de Jean Epstein, peut-être) : L’Herbier a choisi de tourner en décors naturels, sur les côtes bretonnes et dans la campagne alentour, et ce choix lui inspire des plans d’une beauté rude et familière à la fois. C’est cette manière de mêler un réalisme extrême à une stylisation toujours inspirée qui fait de ce film l’un des chef d’œuvre du cinéaste, et du cinéma du début des années 20.

 

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