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Le Bon, la brute et le truand (Il buono, il brutto, il cattivo) – de Sergio Leone – 1966

Posté : 29 août, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bon, la brute et le truand

Film après film, la fameuse “trilogie du dollar” de Sergio Leone n’aura cessé de gagner en ambition, sans rien perdre de son originalité et de son esprit, ni de sa volonté de rendre hommage au grand western traditionnel américain tout en le dézinguant allègrement. Avec Pour une poignée de dollars puis Et pour quelques dollars de plus, Leone avait posé les bases esthétiques et thématiques que l’on retrouve ici démultipliées, et magnifiées.

A commencer par cette manière si nouvelle d’étirer l’action à l’extrême et de filmer les temps morts comme d’authentiques moments de vie. C’est flagrant dès la scène d’ouverture, long moment muet tout en faux semblants dans les rues désertiques et poussiéreuses d’une petite ville de l’Ouest. Ça l’est encore plus dans le mythique duel à trois (on doit dire “truel” ?) au milieu des tombes qui clôt le film, chef d’oeuvre de découpage qui sera maintes fois copié.

Surtout, Leone confirme, avec le soutien d’un Clint Eastwood déjà mythologique, son désir de rompre avec l’esprit chevaleresque et l’héroïsme des westerns classiques. Le “bon” qu’interprète Clint est en effet un type aussi peu fréquentable que le “truand” joué avec gourmandise par Eli Wallach. Et lorsque ce terme, “Le Bon”, apparaît à l’écran à la fin du long prologue, c’est juste après qu’il ait trahi son complice en l’abandonnant au beau milieu d’un désert. Ou comment s’amuser avec cynisme et jubilation des vieux mythes de l’Ouest…

Le Bon, la brute et le truand est un film d’une richesse à peu près inépuisable. Une véritable fresque historique, autant qu’une histoire assez traditionnelle de chasse aux trésors. Un film monumental construit, avec une fluidité exemplaire, comme une succession de moments d’anthologie tous inoubliables. Le visage de Clint brûlé par le soleil dans le désert ? La rencontre cruelle et émouvante de Tuco/Eli Wallach avec son frère moine ? Les musiciens de la prison qui jouent pour couvrir les cris des victimes de la “brute” Lee Van Cleef ? Difficile de dire quel est le moment le plus marquant de ces presque trois heures de pur plaisir.

Mais il y a là une ampleur qui fait plaisir à voir, et une manière fascinante de construire le films en épisodes qui pourraient être indépendants mais qui forment un tout absolument cohérent. Avec la guerre en civile en toile de fond, à la fois prétexte de l’intrigue, et fil conducteur d’un sous-texte curieusement pacifiste.

Car si Leone filme avec un plaisir ironique les trois personnages principaux qui se trahissent ou tentent constamment de s’entre-tuer, c’est une vision tragique de la guerre qu’il offre, avec ces colonnes de soldats fatigués, ou ces gros plans sur des visages encore jeunes mais d’une tristesse abyssale. Jusqu’à cette hallucinante séquence du pont, belle dénonciation des absurdités de la guerre. « J’avais encore jamais vu crever autant de monde », lance même un Clint Eastwood pourtant habitué à la violence…

Clint Eastwood, justement, qui refusera de prolonger cette période “spaghetti”, estimant qu’il y avait dans les films de Leone de moins en moins de place pour exister : lui qui était la seule vedette de Pour une poignée de dollars devait partager le haut de l’affiche avec Lee Van Cleef dans Et pour quelques dollars de plus. Cette fois, ils sont trois, et c’est vrai que Eli Wallach, extraordinaire, a clairement le rôle le plus spectaculaire et le plus réjouissant. Pourtant, le charisme de Clint joue à fond. Et même sans avoir grand-chose à jouer, il dévore littéralement l’écran dès qu’il apparaît. Un mythe !

On peut quand même émettre une petite réserve sur la version longue du film : vingt minutes rajoutées au métrage en 2002. Certes, ce montage “intégral” colle à la volonté première de Leone. Mais les sept scènes rajoutées n’apportent pas grand-chose à l’histoire, et auraient même tendance à mettre à mal la fluidité de l’ensemble. Et puis il n’existait plus que la version italienne de ces scènes. La majorité des comédiens étant américains, le choix de cette version n’est peut-être pas le plus judicieux. Clint Eastwood et Eli Wallach ont donc redoublé leurs personnages plus de trente-cinq ans après le tournage pour les scènes inédites, mais avec des voix qui ont énormément changé. Certains autres acteurs, morts, sont même doublés par d’autres voix (comme dans la version française), ce qui crée un sentiment étrange.

Pour une poignée de dollars (Per un pugno di dollari) – de Sergio Leone – 1964

Posté : 29 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Pour une poignée de dollars

Un cigarillo dont le goût et l’odeur le mettaient d’une humeur exécrable idéale pour le rôle, des bottes et un revolver empruntés au Rowdy Yates de sa série Rawhide, un poncho dégoté chez un fripier, une barbe de cinq jours pour gommer son côté trop lisse, et la plupart de ses dialogues effacés pour privilégier l’intensité de son regard… En quelques plans, en prenant le contre-pied de son image de jeune premier télévisuel, Clint Eastwood profite d’un tournage estival en Espagne pour entrer dans la légende.

Sans lui, le film aurait sans doute quand même marqué l’histoire du western et du cinéma italien. Sans doute. Mais le succès aurait-il été le même ? Le génie de Sergio Leone, déjà frappant mais pas encore aussi spectaculaire que pour Il était une fois dans l’Ouest, aurait-il été aussi bien mis en valeur ? Pas sûr, pas sûr…

Pour une poignée de dollars est un film mythique, c’est aussi l’histoire d’une rencontre qui a scellé le destin de l’acteur, du réalisateur, du western, et de la production cinéma des dix ans à venir en Italie. On ne va pas revenir sur la naissance du « western spaghetti » et sur les centaines de films qui ont fait vivre le genre, n’égalant que rarement la réussite de cette « trilogie du dollars » qui se poursuivra avec Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la brute et le truand.

On a souvent dit que Leone avait dynamité les codes du western hollywoodien. Ce n’est pas tout à fait vrai. Toute l’imagerie westernienne traditionnelle est bien là, dans cette histoire d’un cavalier mystérieux qui débarque dans une petite ville rongée par la guerre que se livrent deux familles puissantes. Ce que Leone apporte, c’est sa volonté de rendre palpable la poussière, la violence et le sang.

C’est aussi son style inimitable mais si souvent copié : cette manière de dilater le temps et d’alterner plans très larges et très gros plans (une logique qu’il poussera encore plus loin dans ses westerns suivants). Plus que l’intrigue, adaptée du Yojimbo de Kurosawa, c’est cette approche visuelle que Leone emprunte au cinéma japonais, filmant les duels aux pistolets comme les combats des films de sabre.

Pour une poignée de dollars est un film entièrement tourné vers le plaisir du spectateur, quitte à prendre quelques libertés avec la vraisemblance. Cette logique est frappante dans la séquence de cavalcade qui suit la délivrance de Marisol et de sa famille. L’enjeu pour « l’homme sans nom » (qui en a un : Joe) est de prendre de vitesse les sbires de Gian Maria Volonte entre une maison et une autre, qui paraissent relativement proches, mais entre lesquelles les personnages se lancent dans une course poursuite interminable à travers la montagne et le désert. Pour le seul plaisir de créer un suspense effectivement très efficace.

C’est aussi dans ce film qu’apparaît la vocation masochiste de Clint Eastwood, battu avec sadisme par les hommes de Volonte et laissé pour mort, avant de se relever et de réapparaître lors d’un duel, comme à l’abri des balles. La naissance d’une autre figure récurrente du cinéma eastwoodien, qui ne cessera de revenir d’entre les morts, de L’Homme des hautes plaines à Pale Rider en passant par Le Retour de l’Inspecteur Harry.

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in piu) – de Sergio Leone – 1965

Posté : 3 janvier, 2013 @ 3:53 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in piu) - de Sergio Leone - 1965 dans 1960-1969 et-pour-quelques-dollars-de-plus

Plus stylisé que Pour une poignée de dollars, moins extrême que Le Bon, la brute et le truand, ce deuxième western de Leone est un petit chef d’œuvre du genre. Bien plus qu’un simple prolongement du premier film. On pourrait se dire que le cinéaste se contente de profiter du succès du précédent, en retrouvant Eastwood et son personnage déjà mythique d’homme sans nom. Mais cette fausse suite (rien ne dit que le personnage soit effectivement le même) est surtout l’occasion pour Leone de peaufiner son style, et d’aller plus loin dans son approche stylistiquement radicale du western. Il le sera encore plus (radical) dans le troisième volet de sa trilogie du dollar, et dans Il était une fois dans l’Ouest.

Même s’il crée le western spaghetti, Leone s’inscrit aussi dans la grande tradition du genre hollywoodien. Et pour quelques dollars de plus est ainsi clairement inspiré de Vera Cruz (le bracelet de force de Clint rappelle celui de Burt Lancaster), ou encore de Los Bravados (la montre à gousset est un détail commun aux deux films)…

Ici, Eastwood n’est plus tout à fait solitaire : chasseur de primes, il fait équipe avec un Lee Van Cleef mystérieux et fascinant, véritable révélation du film après des années de seconds rôles plus ou moins visibles, parfois dans de grands films (Le Train sifflera trois fois, Victime du destin, L’Homme qui n’a pas d’étoile, L’Homme qui tua Liberty Valance, et beaucoup d’autres). La relation des deux hommes, amitié virile et taiseux, est l’une des grandes forces du film. Et dès leur rencontre, génial concours de virilité totalement immature, qui se finit autour d’une bouteille.

Les deux personnages sont la plupart du temps quasiment muets, mais on sent entre eux un respect et un affection presque filiale. Leur défiance mutuelle, les coups fourrés qu’ils se font… Tout cela relève plus du jeu de gamins que d’un affrontement sérieux.

Face à eux, Gian Maria Volonte va plus loin encore que dans le précédent film, dans son personnage de très méchant à la limite de la folie. Odieux, secoué par des rictus sadiques, perdu parfois dans le souvenir d’un crime qui le hante parce qu’il lui a révélé l’humanité terrifiante de ses victimes, il fait froid dans le dos.

Inoubliable, oui. Pourtant, son cabotinage n’y fait rien : Clint, même sans rien faire (et il ne fait effectivement pas grand chose dans ce film qui, sur le papier, donne plutôt le beau rôle à Van Cleef et Volonte) happe littéralement l’écran.

Un petit sourire narquois (lorsqu’il apparaît furtivement, posant un bâton de dynamite derrière les barreaux d’une cellule), une grimace inquiète… Il ne fait rien, mais il existe d’une manière incroyable, plein d’une ironie meurtrière. Eastwood attendra peut-être encore quelques années pour devenir une superstar, avec le triomphe de L’Inspecteur Harry au début des années 70, mais c’est dans ces films, sous ce poncho et avec ce cigarillo, qu’il est devenu un mythe. Son personnage d’homme sans nom fait partie du Panthéon du cinéma, au même titre que Charlot ou Indiana Jones…

 

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