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Archive pour la catégorie 'LELOUCH Claude'

Il y a des jours… et des lunes – de Claude Lelouch – 1990

Posté : 13 juin, 2011 @ 3:24 dans 1990-1999, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Il y a des jours… et des lunes - de Claude Lelouch - 1990 dans 1990-1999 il-y-a-des-jours-et-des-lunes

La voix off de Claude Lelouch accompagne ses personnages tout au long du film, et conclut au final que la conclusion du film, aussi tragique soit-elle, est peut-être le début de « la belle histoire »… Lelouch annonce lui-même la couleur : son film se poursuivra d’une certaine manière, et d’une façon plus aboutie, plus ambitieuse et plus définitive, avec son film suivant, justement appelé La Belle Histoire. Et c’est vrai que Il y a des jours et des lunes peut être vue comme un brouillon de son film suivant, qui sera l’un des sommets de la filmographie. Pas un brouillon puéril comme Toute une vie, mais un brouillon attachant et fascinant, dans lequel Lelouch ne va simplement pas jusqu’au bout de ses envies.

Il y a des jours… et La Belle Histoire partent d’un postulat semblable : toute une série de petits événements a priori sans rapport les uns avec les autres, et mettant en scène de nombreux personnages qui, pour la plupart ne se connaissent pas, converge entièrement vers un unique événement, en l’occurrence la mort, annoncée par Lelouch dès les débuts du film, de l’un des personnages. Mais ce film est bien plus modeste que le suivant : l’événement annoncé est brutal et spectaculaire (et non pas une « simple » rencontre). Et le temps du film est bien sûr radicalement différent : là où La Belle Histoire se déroule sur près 2000 ans, Il y a des jours… ne dure… qu’une seule nuit.

Pas n’importe quelle nuit, puisqu’il s’agit d’une nuit de pleine lune, et que cette pleine lune a visiblement un effet étrange sur les personnages, qui vivront une nuit… disons pleine.

Il y a Gérard Lanvin, camionneur qui voit en quelques heures son couple, son boulot, son honnêteté et plus encore lui filer entre les doigts… Il y a Marie-Sophie L., amoureuse déçue par un mari absent et un amant cynique (Patrick Chesnais), qui ne trouve un peu d’attention que lors d’une rencontre fortuite avec un chanteur souffrant de solitude (Philippe Léotard)… Vincent Lindon, père de famille qui joue la garde de sa fille à pile ou face… Francis Huster, prêtre tiraillé entre sa relation avec un musicien, et l’amour d’une paroissienne… ou encore Paul Préboist, qui nous refait le coup du long monologue face caméra, cher à Lelouch, dissertant sur les effets, scientifiques ou pas, de la lune sur le monde et ses habitants.

C’est du pur Lelouch, du beau Lelouch, qui peine un peu à démarrer : il faut vingt bonnes minutes pour véritablement s’immerger dans ces petits destins, la magie ne prenant vraiment que lorsque la nuit tombe sur cette France à la fois quotidienne, et complètement barrée. Il y a ainsi de vrais moments de grâce, comme cette scène où Lanvin, au bout du rouleau, s’arrête sur une aire d’autoroute en pleine nuit, et enchaîne les mauvaises nouvelles au téléphone, pendant qu’une troupe de spectacle itinérante se met à chanter, comme si le film se transformait en une comédie musicale. C’est un moment de cinéma irréel et fascinant, l’un de ceux qui font la force du cinéma de Lelouch…

L’Aventure, c’est l’aventure – de Claude Lelouch – 1972

Posté : 6 avril, 2011 @ 10:03 dans 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

L'Aventure, c'est l'aventure - de Claude Lelouch - 1972 dans 1970-1979 laventure-cest-laventure

Ce film de bande fait figure de modèle indépassable pour beaucoup de cinéphiles (en tout cas, pour ceux qui ne sont pas allergiques à Lelouch). A le revoir, je dois me montrer beaucoup plus tempéré : oui, c’est un film très sympathique, dominé par un sentiment de liberté bienvenu. Mais le film est surtout la matrice imparfaite de tout un pan de la filmographie du cinéaste. Comme Toute une vie est l’ébauche du côté romanesque de Lelouch (qui sera perfectionné jusqu’à La Belle Histoire), L’Aventure c’est l’aventure est une ébauche du côté « gentil voyou » du réalisateur, déjà abordé dans l’indigeste Une fille et des fusils, et qui trouvera son apothéose avec Tout ça pour ça

Tout ça pour dire que L’Aventure, c’est l’aventure est loin d’être le plus enthousiasmant des Lelouch. Les thèmes sont là, mais de style point, ou si peu. A vrai dire, les images sont même d’une platitude étonnante, au regard de quelques films précédents (Un homme et une femme, pour ne citer que celui-là) et des grandes œuvres à venir. Bref, sur la forme, rien de bien excitant, à part quelques scènes inspirées, et particulièrement les séquences se situant en Amérique du Sud.

Du film, on retient généralement la bande de copains, et c’est bien là le principal intérêt : Lelouch a réuni une bande de pieds nickelés inédite, improbable et réjouissante. Autour de Lino Ventura, parfait dans son numéro d’autodérision, il rassemble Jacques Brel (sans doute le rôle le plus ingrat des cinq), Aldo Maccione (c’est dans ce film qu’il apprend à ses comparses sa fameuse démarche de dragueur), et surtout le fidèle Charles Gérard et Charles Denner, irrésistible.

L’ombre de ces cinq petits truands qui enchaînent les arnaques et braquages autant pour le plaisir que pour l’argent, et qui se retrouvent plongés plus ou moins malgré eux dans l’Histoire (avec un grand H) en marche, hantera une grande partie de la filmographie à venir de Lelouch, de Le Bon et les Méchants à Une pour toutes, en passant bien sûr par Tout ça pour ça.

Toute une vie – de Claude Lelouch – 1974

Posté : 10 février, 2011 @ 10:54 dans 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Toute une vie - de Claude Lelouch - 1974 dans 1970-1979 toute-une-vie

Les obsessions de Lelouch ne datent pas d’hier, décidément… Toute une vie n’est pas une grande réussite, c’est sûr. Mais ce film hyper ambitieux est fascinant, parce qu’il est la matrice de quasiment tous les grands films à venir de Lelouch. Le thème central, pour commencer : comment les vies de trois générations de personnages convergent toutes vers une rencontre entre un homme et une femme, des années, voire des décennies plus tard. On voit bien où Lelouch veut en venir, parce qu’on sait qu’il approfondira ce thème, jusqu’au vertige, dans La Belle Histoire. Mais dans ce dernier film, les époques se répondaient, et le poids des vies passées était tangible, et particulièrement émouvant, dans ce long chemin que suivaient Béatrice Dalle et Gérard Lanvin vers leur propre destin. Ici, l’impact d’une génération sur l’autre est plus discutable (sauf l’amour que portait Charles Denner à sa femme, et qu’il reporte sur sa fille, ce qui aurait fait le sujet d’un film en soi…). Et sans l’éclairage qu’apportent rétrospectivement les films que Lelouch tournera par la suite, on peut imaginer que Toute une vie a dû sembler bien vain, lors de sa sortie.

L’ambition est là, et bien là : Lelouch retrace tout le XXème siècle, y compris les années futures, dans une séquence fantasmée absolument insupportable, à l’esthétique new age qui en a pris un sacré coup dans l’aile. Mais voilà, si le cinéaste a les envies, il n’en a pas encore les moyens. Les moyens artistiques, s’entend, parce que les moyens financiers crèvent l’écran. Mais ce fameux style-Lelouch que j’aime tant, pure forme cinématographique à la fois intime et grandiose, romanesque et personnelle, ne se devine qu’à l’état embryonnaire.

Tout l’univers de Lelouch est là, déjà, mais en devenir. Le réalisateur essaye, tâtonne, fait parfois mouche (le ballet des valises, figure que n’aurait pas reniée Hitchcock), dessine à gros traits des esquisses qu’il peaufinera par la suite. Si on prend un certain plaisir à regarder le film, c’est parce qu’on découvre des scènes, ou des situations, qu’on reverra dans d’autres films de Lelouch, en mieux : dans La Belle Histoire, donc, mais aussi dans Itinéraire d’un enfant gâté, Les Misérables, Hasards ou coïncidences, et d’autres encore. Toute une vie est le laboratoire d’où sont sortis quelques chef d’œuvre, et c’est déjà pas mal…

A nous deux – de Claude Lelouch – 1979

Posté : 7 février, 2011 @ 2:06 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

A nous deux - de Claude Lelouch - 1979 dans * Polars/noirs France a-nous-deux

Dès le générique, très beau comme toujours chez Lelouch, le réalisateur nous met de son côté : il a décidément un don presque infaillible pour nous faire glisser directement dans son univers si marqué, dès les toutes premières images, les toutes premières notes de ses films. Et ici, c’est encore le cas, surtout qu’on est en terrain connu : le prologue peut même nous faire croire qu’on est dans une sorte de suite de Le Bon et les Méchants, qu’il avait tourné, déjà avec Jacques Dutronc, en 1975. Même époque (l’après-guerre), mêmes personnages (deux gangsters, Dutronc et Villeret), même couleur sépia…

Mais le sépia laisse vite la place à la couleur, le passé (qui restera très présent tout au long de ce film inhabituellement nostalgique) au présent, et le grand gangster Dutronc à son fils, toujours joué par Dutronc, qui a suivi la même voie que son père, et qui s’apprête à purger une longue peine de prison. Les chats ne font pas des chiens, donc, et un fils de voleur, selon Lelouch, a toutes les chances de suivre la même voie. Je ne commenterai pas cette hypothèse sur ce blog purement cinématographique…

Il y a en tout cas une filiation évidente entre Le Bon et les Méchants et ce A nous deux, qui n’est pas un remake, mais au contraire une sorte de double négatif : après l’entrée difficile dans le banditisme, c’est l’entrée encore plus difficile dans l’honnêteté qui est le sujet principal du film. Parce que c’est ce chemin que suivront Simon (Drutronc) et Françoise (Catherine Deneuve), deux jeunes gens réunis dans une même cavale, tous deux victimes à leur manière de la société : lui par son hérédité, elle parce qu’elle a été violée alors qu’elle menait une vie bourgeoise.

Le poids du passé, le poids de l’hérédité, le poids des préjugés, son omniprésents. Et Lelouch dévoile une facette qu’il cache le plus souvent : un profond pessimisme. Pour ses deux compagnons de route, il n’y a pas de réhabilitation possible. Pas dans cette société en tout cas, pas dans ce pays, pas dans cet environnement qui est le leur. Pour avoir une chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir vivre honnêtement, il leur faudra traverser l’Atlantique, et vivre leur rêve américain, dont on ne verra rien qu’une vue lointaine de New York, entourée d’un no man’s land franchement glauque.

Le film est aussi l’un des plus linéaires de Lelouch (et donc celui que je recommanderais en priorité à ses si nombreux et excessifs détracteurs), qui ne sort quasiment pas de son scénario. Peu de digressions, pas d’envolées lyriques… On est pourtant bel et bien dans l’univers du cinéaste, dont le style est bien là. Lelouch (dans un excellent entretien présenté en bonus du DVD) raconte lui-même que son film l’a frustré, que la rencontre entre Catherine Deneuve et Jacques Dutronc n’a pas été à la hauteur de ses attentes. « Il y avait trop de respects entre eux », explique-t-il, regrettant de ne pas avoir réussi à créer ces petits moments de magie « en marge » qui peuplent ses films.

Cher monsieur Lelouch, sachez que vous êtes bien sévère avec vous-même : votre film est un pur moment de cinéma, beau, triste, et en même temps plein d’espoir…

Edith et Marcel – de Claude Lelouch – 1983

Posté : 20 janvier, 2011 @ 11:09 dans 1980-1989, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Edith et Marcel - de Claude Lelouch - 1983 dans 1980-1989 edith-et-marcel

Vingt-cinq ans avant La Môme, il y a eu ce Edith et Marcel un peu tombé dans l’oubli, mais qui mériterait d’être redécouvert. Ce n’est pas un Lelouch majeur, cependant : souvent trop sage, il laisse par moments un petit sentiment de frustration. Mais à d’autres moments, la « patte » Lelouch, cet excès sirupeux qui agace ses détracteurs et enchante ses admirateurs (j’en suis), éclate bel et bien, offrant quelques séquences magnifiques, et tirant des larmes : de douleur comme, lorsqu’au tout début du film, Jean-Claude Brialy (magnifique) s’occupe de tous les visiteurs, tournant et retournant en attendant d’annoncer à Edith que l’avion de son Marcel s’est écrasé… Ou de bonheur comme lorsque les deux futurs amants se retrouvent pour la première fois dans un restaurant marocain de New York, deux Français à l’étranger, qu’ils s’observent sans trop savoir quoi se dire, avant de se trouver enfin dans un premier baiser joliment enfantin.

Même s’ils ne sont pas tout à fait à la hauteur de leurs rôles, Evelyne Bouix et Marcel Cerdan Jr (c’est Dewaere qui devait tenir le rôle, mais il est mort juste avant le tournage) apportent ce qu’il faut de cette part d’enfance et d’innocence, dissimulés derrière les excès de la chanteuse, et le visage cabossé du boxeur. En donnant le rôle de son père à Cerdan Jr, Lelouch ajoute d’ailleurs une émotion naturelle à son film, comme lors des scènes où il dirige Charles Aznavour dans son propre rôle (avec 35 ans de plus que lors des faits). Dans un film aussi ouvertement cinématographique et romantique, voir surgir ces éléments de vérité est troublant.

Mélange de reconstitution fidèle, de vision fantasmée du mythe, et de thèmes purement lelouchiens (le hasard, le destin, et la guerre en toile de fond), Edith et Marcel vieillit plutôt bien. Grâce à la passion qu’y a visiblement mis le réalisateur (tempérée cette fois, par moments, par un respect peut-être trop grand pour les deux icônes dont il raconte l’histoire parallèle puis commune). Et grâce aussi à la qualité des seconds rôles, tous formidables. Brialy, donc, mais aussi Jean Bouise, tout en retenue, et Jacques Villeret, bouleversant.

Villeret, d’ailleurs, apparaît dans une sorte d’histoire secondaire qui n’a rien à voir avec celle d’Edith et Marcel, si ce n’est qu’elle lui est contemporaine.

Pas moments, dans ce long film (deux heures et demi), Lelouch prend des chemins de traverses, et oublie totalement et longuement son sujet principal pour en raconter une autre : celle d’une jeune fille qui ressemble étrangement à Edith Piaf (normal, elle est jouée aussi par Evelyne Bouix), Margot, qui tombe amoureuse sans le connaître de Jacques, un soldat français prisonnier en Allemagne (Villeret), dont elle est la marraine de guerre, et avec qui elle correspond. Mais comme dans Cyrano, Margot est amoureuse des lettres qu’elle reçoit, lettres qui sont dictées à Jacques par un grand acteur de théâtre (Francis Huster).

Forcément, la première rencontre entre Margot et Jacques sera difficile. Cruelle, même, la jeune femme passant à deux reprises devant ce petit gros sans le reconnaître, elle qui attendait son prince charmant. Villeret, dans un rôle pas facile, est très émouvant.

Ce second film dans le film est lui aussi passionnant, mais la manière dont il s’intègre dans l’histoire principale (parce que, justement, il ne s’intègre pas), casse un peu le rythme. Dommage.

Mariage – de Claude Lelouch – 1974

Posté : 2 novembre, 2010 @ 3:17 dans 1970-1979, LELOUCH Claude | 2 commentaires »

Mariage - de Claude Lelouch - 1974 dans 1970-1979 mariage

Mariage est sans doute le plus cynique des films de Lelouch. La première séquence, pourtant, laisse penser qu’on va assister à une comédie légère et gentillette : un jeune couple sur le point de se marier visite une maison mise en vente face aux plages de Normandie. Nous sommes en juin 1944, et c’est sous le balcon-même du jeune couple que les Alliés s’apprêtent à débarquer… Cette première séquence est d’une fluidité étonnante, la caméra de Lelouch adoptant un mouvement incessant qui donne un bel élan et une vraie sensation de jeunesse à ce couple qui ne prononce que quelques mots timides…

Ce couple, improbable, mais mignon tout plein, c’est Bulle Ogier, jolie et craquante comme jamais, et Rufus, dont il nous faut quelques minutes seulement pour comprendre qu’il joue un pauvre type lâche et égoïste. Lorsque sa jeune femme lui rappelle qu’il lui a promis que, dès la fin de la guerre, ils iront s’installer à Paris, on sent bien qu’ils passeront leur vie dans cette petite ville de bord de mer, et que le Rufus se réfugie derrière les « on verra après la guerre » pour ne surtout pas faire quoi que ce soit…

On s’attend à trouver un homme lâche et égoïste… Eh bien on est surpris : les séquences suivantes sont bien pires ! L’ambition de Lelouch, pour Mariage, est de résumer une vie de couple à quatre dates : le jour de leur mariage (juin 1944), leur dixième anniversaire de mariage (juin 1954), puis leur vingtième (juin 1964) et leur trentième (juin 1974)… Mais il ne faut pas trente ans pour que le couple s’étiole : dès 1954, c’est une guerre ouverte qui se déclare entre les deux amants d’hier : elle se rattachant à des petits riens ; lui traitant sa femme (et son fils) avec une cruauté qui n’a pas de nom. Les coups ne pleuvent pas, mais les mots, eux, sont d’une férocité rare.

Bulle Ogier reproche à Rufus d’être devenu un Français moyen sans relief. Elle a tort : c’est un salaud intégral, borné et méchant, qui plus est sans la moindre once de courage. En 64, on découvre que leur fils est homosexuel, et qu’il reçoit son amant en secret, la nuit. On voit alors Rufus se lever, et aller chercher un couteau de cuisine. On se dit que ce beauf odieux va planter soit son fils, soit l’amant de celui-ci… Mais non : il se contente de crever les pneus de leur moto, et s’en retourne se coucher comme si de rien n’était… Un lâche absolu.

Mariage est un film assez fascinant (tourné dans un beau sépia, exception faite de la dernière séquence), mais aussi très dérangeant : la violence verbale de Rufus distille un malaise qui ne s’éteint pas, malgré le semblant d’optimisme de la dernière réplique, purement lelouchienne (« Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues »). Est-ce une comédie un peu burlesque, ou Lelouch est-il profondément allergique au mariage ? Le doute persiste, même si le réalisateur donne une image ahurissante de la vie en couple, qui donne froid dans le dos.

Cynique aussi, la manière dont Lelouch filme les cérémonies commémoratives du débarquement, comme une séquence qui se répète inlassablement au fil du temps, sans émotion, sans originalité, et sans une once de franchise. Elle est laide, cette France-là…

Une fille et des fusils – de Claude Lelouch – 1964

Posté : 6 octobre, 2010 @ 6:36 dans 1960-1969, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Une fille et des fusils - de Claude Lelouch - 1964 dans 1960-1969 une-fille-et-des-fusils

Oui, j’aime Claude Lelouch, et non, Lelouch n’a pas toujours été un grand cinéaste. Deux ans avant de trouver le public, la critique, son style, et en un mot la reconnaissance, avec Un Homme et une femme (chabadabada), le jeune cinéaste cherchait sa voie… et ne la trouvait pas. Avec Une fille et un fusil, il signe sans doute le plus « Nouvelle Vague » de ses films. Sauf que Lelouch est à peu près autant taillé pour la Nouvelle Vague que Steven Seagal pour le cinéma de David Lynch.

En filmant ces jeunes glandeurs attirés par le crime après avoir ingurgité des tas de mauvais films américains, on peut quand même se demander si Lelouch ne se moque pas gentiment de ses collègues d’alors, Jean-Luc Godard en tête. En fait, soit son film est une parodie gentillette des premiers Godard, en particulier A bout de souffle et Pierrot le fou, soit c’est un petit nanar pas vraiment sympathique, un brin ennuyeux, et franchement maladroit. Je penche pour la réponse B. La comparaison avec Godard (celui de cette époque, évidemment) est en tout cas incontournable : Lelouch va même jusqu’à citer le passage le plus célèbre du Mépris, le tournage d’une scène de film avec Brigitte Bardot, qu’il détourne ici pour en faire le ressort dramatique du film : l’enlèvement de « la star », sosie anonyme de BB.

Tout n’est pas raté dans Une fille et des fusils : les acteurs sont bons, et c’est avec un certain plaisir que l’on retrouve Jean-Pierre Kalfon, Pierre Barouh ou Amidou. Et puis les comédiennes sont jolies : Janine Magnan et Yane Bary (la patronne du bistrot) sont particulièrement mises en valeur par la caméra de Lelouch qui, il y a plus de quarante-cinq ans, aimait déjà visiblement beaucoup les femmes…

Hasards ou coïncidences – de Claude Lelouch – 1997

Posté : 15 septembre, 2010 @ 1:35 dans 1990-1999, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Hasards ou coïncidences - de Claude Lelouch - 1997 dans 1990-1999 hasards-ou-coincidences

Claude Lelouch a un égo surdimensionné ; il accumule les poncifs et se complaît dans des dialogues impossibles qui enchaînent les phrases sentencieuses et les grandes phrases définitives sur le sens de la vie, les hasards, les coïncidences… Et pourtant, j’adore son cinéma. Et ce Hasards ou coïncidences tout particulièrement, peut-être parce qu’il est une synthèse parfaite de toute l’œuvre lelouchienne. Le paradoxe de son cinéma, pompeux mais jubilatoire, se résume dans une séquence de ce film : un dialogue entre Alessandra Martines et Pierre Arditi, qui échangent leur vision de la vie. Le dialogue est une succession de clichés, qui me donnerait envie de zapper pour n’importe quel film. Mais voilà : Lelouch est un grand malade, mais c’est un malade d’une sincérité et d’une honnêteté absolues. Si bien que même les passages les plus énormes me paraissent délectables.

C’est une évidence, on adore Lelouch ou on le déteste. C’est d’ailleurs bien normal, vu son goût immodéré pour l’excès. Mais il faut tout de même bien reconnaître que les critiques ont souvent été complètement injustes, et même parfois d’une mauvaise foi confondante, au sujet de Lelouch. Après avoir revu Hasards ou coïncidences, j’ai ouvert le dictionnaire de Jean Tulard pour relire la notice relative au réalisateur. Lelouch, selon Tulard, serait dramatiquement dénué de style et d’originalité. Mouais… Hasards ou coïncidences est une nouvelle preuve éclatante du contraire. Lelouch y brasse de nombreux thèmes, bourre son film d’idées originales, mais ne perd jamais de vue l’essentiel : son cinéma est avant tout un cinéma d’atmosphère, d’ambiance, et de grand spectacle. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il sait plonger le spectateur au cœur du film, de ce qu’il appelle avec toute sa grandiloquence « le grand spectacle de la vie ».

Comme dans tous ses films les plus ambitieux, il choisit une structure éclatée et complexe, qu’il maîtrise parfaitement, faisant du film une sorte de symphonie envoûtante qui vous transporte pendant deux heures. Cette « symphonie » est particulièrement cruelle dans ce film, qui parle du deuil, de la solitude, et de la reconstruction. Sa « muse » Alessandra Martines (dans le rôle de sa vie) y incarne une danseuse, mère célibataire qui tombe amoureuse d’un faussaire (Pierre Arditi), et dont la vie bascule lorsque son fils et son futur mari sont victimes d’un stupide accident à bord d’un petit voilier. Ce n’est bien sûr que le point de départ d’un film vertigineux et terriblement émouvant.

Le film accumule les ruptures (brutales) de ton, les allers-retours temporels et géographiques. Plus que dans aucun autre film de Lelouch, Hasards ou coïncidences nous entraîne aux quatre coins du monde : après l’accident, la danseuse décide de se rendre dans tous les lieux que son fils rêvait de voir, pour y tourner des images à son intention. Son périple la conduit au Canada, dans le grand Nord, à New York, en Amérique du Sud et en Turquie… Des destinations qui inspirent à Lelouch autant d’ambiances différentes. Chaque lieu possède son propre style visuel : les séquences turques, notamment, évoquent avant l’heure le cinéma de Nuri Bilge Ceylan (la scène du train sur la neige, notamment), alors que les images new yorkaises présentent une vraie familiarité avec celles de Scorsese ou Woody Allen.

Lelouch réussit en outre à ajouter une histoire parallèle : celle d’un comédien et prospecteur, qui tombe par hasard sur la caméra d’Alessandra Martines qui lui a été volée après le drame, et se convainc en voyant le film qui s’y trouve encore qu’il doit la rencontrer pour lui sauver la vie. C’est Marc Hollogne qui interprète ce rôle : ce comédien belge s’était taillé une belle réputation dans les années 90, avec un spectacle qui mélangeait le jeu en direct, sur scène, et des images de cinéma projetées sur un grand écran. Ce principe est d’ailleurs repris dans le film. Quant au personnage qu’il interprète, antithèse de celui de Pierre Arditi pour qui le mensonge est un art de vie, son incapacité à dire autre chose que la vérité la plus dépouillée offre quelques beaux moments, drôles et parfois dérangeants.

Ambitieux, Lelouch l’est particulièrement pour ce film, qui pourrait souffrir d’un trop-plein d’idées, de thèmes, de lieux, de personnages… Mais la magie opère, et tous ces thèmes, toutes ces idées, tous ces lieux, tous ces personnages s’enrichissent les uns les autres, et s’équilibrent dans un mouvement d’une fluidité absolue, dont on ressort avec le sentiment d’avoir découvert un vrai, un grand spectacle de cinéma.

Partir, revenir – de Claude Lelouch – 1984

Posté : 14 septembre, 2010 @ 3:02 dans 1980-1989, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Partir, revenir - de Claude Lelouch - 1984 dans 1980-1989 partir-revenir

Il n’y avait que Lelouch pour commencer son film par un interminable plan suggestif, avec une caméra embarquée sur une voiture lancée à vive allure sur de petites routes de montagne, sous la pluie. Ce plan dure de très longues minutes, et c’est cette durée, inimaginable au cinéma, qui nous plonge pour de bon au cœur du film : surprenant, amusant, puis fascinant… Ce plan, qui évoque celui à moto dans Le Chat et la Souris du même Lelouch, ou le plan fixe sur la place de la Concorde au début de La Belle Histoire, permet aussi de poser les bases, plutôt originales, de la construction du film : toute l’histoire, qui se déroule entre la veille de la guerre et les semaines qui suivent la libération, est racontée par la jeune héroïne, devenue militante féministe, qui témoigne sur le plateau de Bernard Pivot en 1985, racontant le destin de sa famille, juive, et des amis qui les ont recueillis durant l’Occupation. On pourrait croire que la bande du Splendid a parodié cette construction dans le final de Papy fait de la résistance. Mais non : le film de Poiré est sorti un an avant celui de Lelouch.

Les allers-retours entre le plateau de Pivot et les séquences « historiques » sont incessantes, et la voix off des intervenants (Pivot, mais aussi BHL et Henri Amouroux) apparaît régulièrement. Le procédé pourrait être lourd, très lourd même. Mais Lelouch a un don quasiment unique pour transformer ce qui ressemble sur le papier à la pire des idées, en instrument idéal au service de sa vision inimitable du cinéma. Ce procédé offre aussi au réalisateur la possibilité de renouveler le processus du générique parlé (utilisé souvent par Guitry, ou par Truffaut dans Fahrenheit 451) : Pivot et Salomé Lerner (la jeune héroïne devenue vieille rescapée des camps) évoquent les comédiens qui pourraient jouer dans l’adaptation des mémoires de Salomé. Pivot dit qu’il imagine parfaitement Michel Piccoli entrer dans une pharmacie et aller à la rencontre de Françoise Fabian… L’imagination du spectateur se met en route… Et la scène telle qu’elle apparaît est plus belle encore que ce qu’on espérait…

Comme souvent lorsqu’il aborde des sujets historiques, Lelouch ne sort jamais de son point de vue « humain » : les événements tragiques que traverse le monde ne sont montrés que par les yeux des personnages. On ne verra des horreurs des camps que ce que le regard abimé d’Evelyne Bouix nous laissera imaginer. Quant à la présence des Allemands, elle se ressent plus qu’elle ne se voit (ou alors par quelques plans furtifs à travers des fenêtres), si ce n’est lors de la scène de l’arrestation. Pourtant, on est bien au cœur de l’histoire qui se noue, et les personnages en portent bien le poids. Il y a en particulier la séquence, très forte, de la fuite de Paris par la famille Lerner, juifs dénoncés par leur concierge. On a souvent vu des scènes de rafles ou d’exécutions au cinéma. Mais rarement on a vu filmé, de manière aussi réaliste et émouvante, le moment où une famille juive, pourtant parfaitement installée, réalise qu’elle doit tout quitter si elle veut espérer survivre. Dans ce long plan silencieux où toute la famille a les yeux braqués sur le père, Michel Piccoli, on ressent toute la gravité et la douleur du moment.

Il y a comme ça de nombreuses scènes magnifiques dans Partir, revenir. L’une des plus belles, qui sert de pivot (sans jeu de mot) au film, est celle du retour au village de Salomé-Evelyne Bouix. Cette longue séquence quasiment muette, durant laquelle la jeune femme jadis éclatante de jeunesse, traverse le village seule, semblable à un fantôme qui porterait les stigmates de toutes les souffrances du monde, est bouleversante. Les dialogues ne sont pas utiles : cette longue marche suffit pour faire comprendre au spectateur tout ce que la jeune femme a pu traverser durant ces mois (ces années ?) dans les camps.

Après ce retour au village, Lelouch, qui aime surcharger ses films, se laisse aller à un semblant de suspense : qui a dénoncé les Lerner ? Bien sûr, c’est efficace, et nos soupçons se portent tour à tour sur la plupart des protagonistes, mais le film n’avait pas vraiment besoin de ça. Cela dit, les doutes qui s’instillent dans l’esprit de Salomé donnent lieu à des moments assez forts. Mais on a surtout l’impression que Lelouch a installé cette atmosphère de suspicion pour le simple plaisir de citer Le Corbeau de Clouzot : pas seulement en montrant le plus fameux passage du film (« où est l’ombre, où est la lumière »…), mais en filmant une scène très, très inspirée de celle de la dictée dans le film de Clouzot. Le personnage de Jean-Louis Trintignant, paraît d’ailleurs dans la seconde moitié du film très inspiré par celui de Pierre Fresnay. Tout comme Annie Girardot (dans un très beau rôle) évoque Héléna Manson (alias Marie Corbin) dans Le Corbeau.

Je suis un peu plus dubitatif, par contre, face à un autre thème évoqué dans le film : la réincarnation. Un thème qui apparaît en fil rouge, mais que Lelouch semble traiter par-dessus la jambe. Comme si le seul intérêt pour lui était d’offrir au pianiste Erik Berchot (qui participera aux bandes originales de Il y a des jours… et des lunes et Les Misérables), un double-rôle. Présence d’autant plus importante qu’il passe une grande partie à interpréter le Concerto N°2 de Rachmaninoff, musique que Lelouch affirme avoir utilisée comme colonne vertébrale de son film.

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