Finalement – de Claude Lelouch – 2024
Finalement, pour reprendre le titre qui ressemble à une épitaphe, les films de Lelouch ne parlent plus que de Lelouch lui-même. Ça a peut-être toujours été le cas, mais cette tendance atteint une dimension quasi-absolue dans ce dernier long métrage, qui semble n’être construit que comme un vaste hommage à la filmographie de Lelouch. Parce qu’on n’est jamais mieux servi…
Jusqu’à en faire une sorte de suite de La Bonne Année, dont on voit quelques images. Le héros, joué par Kad Mérad, est né de l’histoire d’amour entre Lino Ventura et Françoise Fabian, qui reprend son rôle, dans la même logique que Jean-Louis Trintignant et Anouck Aimée dans Les plus belles années d’une vie. Ajoutons d’innombrables clins d’œil à d’autres films lelouchiens, dans des dialogues pas très fins (« l’aventure sera toujours l’aventure », « les uns dans les autres »)…
Bref, un festival d’autocitations qui, au fond, a quelque chose de très émouvant : c’est le regard d’un cinéaste qui n’a jamais eu de problème avec sa propre personne, et qui se sait en bout de course. Un cinéaste qui, au soir de sa vie, livre une espèce de film-somme, où il cherche à faire naître ces petits moments de vie en apesanteur comme il en a souvent réussi.
C’est encore (un peu) le cas ici, même si tout paraît forcé, manquant trop souvent de naturel et de spontanéité. Il y a une raison qui saute aux yeux : au fond, Lelouch n’a, ici, pas grand-chose à raconter si ce n’est son propre chemin, ses propres interrogations vitales.
Il donne quand même l’impression de survoler les belles idées qui émaillent son film : cet avocat qui craque de trop s’être mis à la place de ses clients, habitude qui a une fâcheuse tendance à brouiller la frontière entre la réalité et le fantasme, source intarissable de cinéma.
Ce thème fort laisse finalement vite la place à un autre, plus classique : les doutes et angoisses d’un homme mûr, qui veut encore vivre. C’est tout Lelouch, avec sa soif de vie et de liberté, son goût pour l’amour et les rencontres, son penchant pour les belles images et les chansons sirupeuses, et ses idées parfois très limites sur les rapports entre les hommes et les femmes.
C’est aussi un film où se bousculent les habitués du cinéma de Lelouch et ceux qui rêvaient de l’être, parfois pour le meilleur (joli personnage d’Elsa Zylberstein), parfois pour le pire (Raphaël Mezrahi, assez nul). Mais finalement, un Lelouch attachant. Oubliable et dispensable, mais attachant.









