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Archive pour la catégorie 'KIAROSTAMI Abbas'

Copie conforme (Roonevesht barabar asl ast) – d’Abbas Kiarostami – 2010

Posté : 7 juillet, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, KIAROSTAMI Abbas | Pas de commentaires »

Copie conforme

Abbas Kiarostami aime le flou, les frontières poreuses, jouer avec la perception. On le sentait déjà dans Le Goût de la cerise, qui a valu la Palme d’Or. C’est le sujet même de Copie conforme, film magnifique, à la fois très simple et tortueux, limpide et opaque. Une promenade douce-amère en Toscane, en compagnie d’une femme et d’une homme, deux étrangers l’un à l’autre, à moins que non.

Ce n’est pas un grand divulgâchage d’évoquer cette incertitude, qui plane d’emblée sur ces deux-là : elle, mère française d’un ado qui manque de cadre ; lui, auteur anglais misanthrope sur les bords. Se croisent-ils par hasard à l’occasion d’une conférence de ce dernier, comme toute la première partie le laisse croire ? Ou sont-ils des intimes, voire un couple, qui aurait perdu ce qui faisait la magie de leur rencontre ?

Le thème de la conférence (et le titre du film) donne une piste : la copie et l’original dans l’art. Avec ce constat : quelle importance qu’une copie soit une copie, ou qu’un original ne le soit pas, ce qui compte, c’est le regard que l’on porte sur l’œuvre d’art. C’est selon la perception qu’on en a que sa valeur change. Voir ces deux là revenir dans la petite ville proche de Florence, quinze ans après, est une manière de les confronter à ces différences de perception.

On se perdrait facilement à essayer de capter en quelques mots le sentiment que procure le film de Kiarostami. Et on en perdrait sans doute l’essence, tout reposant sur cette espèce d’entre-deux, sur l’incertitude de ce qu’on voit et vit, sur l’incertitude du présent, mais aussi du passé, et encore plus de l’avenir. Au-delà du sens, c’est le mélange de douceur extrême et de violence des sentiments qui frappe, et qui bouleverse.

Juliette Binoche, prix d’interprétation à Cannes, est sublime dans le rôle de cette femme trop seule, qui se raccroche à ses souvenirs, ou à ses envies, tantôt libre et solaire, tantôt étouffant et cynique. Face à elle, ou à ses côtés, William Shimell séduit d’emblée par sa prestance et sa belle voix de ténor, comédien novice (il est effectivement chanteur d’opéra) et présence magnétique, dont le jeu limité est un atout magnifique.

Parce que l’homme ne sait pas se livrer, et qu’il n’est au fond qu’une présence dont tous les gestes semblent gauches. Comme cette main maladroitement posée sur l’épaule de Binoche (un conseil donné par Jean-Claude Carrière dans une scène étonnante et touchante), peut-être le moment le plus bouleversant du film, celui où enfin les frontières semblent pouvoir tomber. La violence de la scène suivante n’en est que plus terrible.

Tout en nuances, le film est aussi, formellement, une merveille. Kiarostami, grand cinéaste, atteint ici une sorte de perfection esthétique et narrative, sa caméra se rapprochant et s’éloignant au fil des déambulations de ces deux êtres dans des paysages qui s’imposent ou s’estompent. On en sort sans être bien sûr de ce que Kiarostami a voulu dire, mais conquis et profondément ému par tant d’élégance, de beauté, d’intelligence, et de sensibilité. Oui, tout ça.

Le Goût de la Cerise (Ta’m e guilass) – d’Abbas Kiarostami – 1997

Posté : 29 juin, 2024 @ 8:00 dans 1990-1999, KIAROSTAMI Abbas, Palmes d'Or | Pas de commentaires »

Le Goût de la cerise

Un homme veut mourir. Il n’a besoin de personne pour ça. En revanche, il recherche quelqu’un pour recouvrir son corps… Ça se passe en Iran, sur les routes poussiéreuses qui entourent Téhéran, et même dans ce pays marqué par la guerre et par la mort, cette quête n’a rien de simple…

Palme d’Or en 1997 (ex-æquo avec L’Anguille d’Immamura), Le Goût de la Cerise frappe d’emblée par sa simplicité et son dépouillement. L’histoire elle-même ne dépasse pas ce cadre-là. Et pendant une grande partie du film, Kiarostami filme son anti-héros en gros plans fixes (ou est-ce une série de travellings ?), avec une caméra embarquée dans une voiture, qui capte le profil du conducteur, et son regard guettant celui qui l’accompagnera dans son suicide.

C’est simple, épuré, et fascinant. Ce voyage, dont on ne connaît pas les motivations, au cours duquel jamais l’homme ne se livre par des morts, est pourtant un voyage vers ce qu’il a de plus intime, de plus humain. En fait, plus il se tait, plus cet homme se révèle, et devient humain.

Il se révèle au fil de ses rencontres : ces hommes de tous horizons (un soldat, un séminariste, un taxidermiste…) qu’il embarque dans sa voiture, pour tenter de les convaincre. D’abord inquiétant, dérangeant, puis de plus en plus démuni, cédant de plus en plus la parole. Cette parole que chacun lance systématiquement face caméra, laissant planer le doute sur leur portée, et pourtant si pleine d’effets sur le spectateur pris à témoin.

Kiarostami filme au plus près des visages. Pourtant, les paysages sont omniprésents, vastes, désertiques, poussiéreux, mais fascinants. Parce que la lumière est belle. Parce qu’un arbre, au milieu des gravas, vient apporter une touche de beauté et de poésie. Parce qu’un virage harmonieux donne un charme inattendu à une piste poussiéreuse.

Dans le drame que filme Kiarostami, la vie éclate par petites touches, comme des éclats d’optimisme qui refusent de se soumettre. Et c’est beau. C’est même très beau, étrangement solaire malgré le sujet franchement désespéré.

Quant à la fin, inattendue et troublante, j’avoue qu’elle me laisse dubitatif. Non pas que l’idée de briser le quatrième mur me paraisse aberrant : son utilisation par Nuri Bilge Ceylan dans Les Herbes Sèches sera une trouvaille assez géniale. Mais là, Kiarostami donne simplement le sentiment de ne pas vouloir conclure et trancher, laissant au spectateur le soin de compléter le récit. Atténuant aussi in fine la puissance de son récit. C’est un peu dommage.

 

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