Dimanches (Yakshanba) – de Shokir Kholikov – 2023
Je ne le jurerai pas, mais il me semble bien que c’est le tout premier film ouzbek que je vois de toute ma vie. Une première qui se mérite : le film n’étant programmé dans aucun cinéma de mon département, il m’a fallu faire 200 bons kilomètres pour découvrir ce film dont l’affiche et le grain de l’image me faisaient tant envie. Si tu lis ces lignes et que toi aussi tu as un jour fait autant de kilomètres pour un film ouzbek, n’hésite pas à me laisser un message, nous pourrons échanger sur nos névroses respectives…
Sans révolutionner quoi que ce soit, ce Dimanches est un bien beau film, et l’acte de naissance d’un jeune cinéaste dont ce premier long métrage donne très envie d’en voir plus. Il a un regard, ce Shokir Kholikov. Un regard, et un joli sens du cadre, dont il ne faut pas longtemps pour découvrir la principale influence. Une caméra au niveau du sol qui filme un vieux couple ancré dans la tradition, dont les habitudes sont bousculées par l’irruption de la modernité dans leur vie…
Bon sang : Kholikov aurait-il vu quelques films d’Ozu ? Ça ne paraît pas aberrant d’affirmer que non seulement il les connaît, mais il les a vus, revus, et digérés, comme si toute sa grammaire cinématographique s’était construite sur la vision de Voyage à Tokyo, Le Goût du Saké et autres chefs d’œuvre indépassables. C’est d’ailleurs la principale limite de Dimanches, en tout cas de sa première partie : ce sentiment d’assister aux premiers pas d’un disciple qui peine à se démarquer de son maître.
Il faut attendre le tiers du métrage pour qu’enfin, Kholikov ose se démarquer de son maître, débridant sa caméra, le cadre de son histoire, mais aussi son ton, qui ose des grands écarts entre l’humour et l’émotion, et même quelques touches de cruauté. De ce regard si singulier enfin se dégage un double portrait magnifique et poignant d’un vieux couple dont la vie toute simple est parfaitement réglée.
Kholikov filme inlassablement ces moments qui se répètent jour après jour, ces soirées devant une télévision plantée dans la cour que personne ne regarde vraiment, la domination sourde mais tendre du mari, la fausse résignation et la tendresse de la femme, l’émancipation qui se profile. Et toujours, cette tendresse qui finit par serrer le cœur dans un final digne et bouleversant.
