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Archive pour la catégorie 'HUSTON John'

Les Désaxés (The Misfits) – de John Huston – 1961

Posté : 12 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John | Pas de commentaires »

Les Désaxés

C’est pour des films comme The Misfits que le terme « mythique » a été inventé, sûr… Rarement un film et sa légende auront été aussi parfaitement raccord. Rarement la légende aura nourri à ce point la force d’un film, à moins que ce soit le contraire.

Dans The Misfits, tous les personnages survivent, hantés par un passé qu’ils voient et ressentent cruellement comme un paradis perdu : la femme morte d’Eli Wallach, le mari de Thelma Ritter parti avec sa meilleure amie, les enfants de Clark Gable, les parents de Montgomery Clift, et les rêves d’enfants de Marylin. Un passé que tous pensent surmonter en s’enfonçant dans un paysage désolé, tout en montagnes escarpées et en déserts arides, et en se confrontant à des mustangs sauvages, derniers rescapés d’une Amérique de liberté.

Un décor de fin du monde qui colle parfaitement à l’histoire autour du film, qui symbolise elle aussi la fin d’un monde, celui de l’âge d’or d’Hollywood, qui brûle ici ses derniers feux. C’est le tout dernier rôle de Clark Gable, qui mourra quelques jours après le tournage. C’est le dernier film achevé de Marilyn Monroe. Et c’est le dernier très grand film de Montgomery Clift, qui n’est plus que le fantôme de lui-même avec cette gueule abîmée et ses épaules fatiguées… Tout un pan du cinéma hollywoodien qui disparaît dans cet ultime chef d’œuvre.

Le film est en soi une merveille, magnifique et envoûtante. Son côté légendaire lui donne une dimension supplémentaire, déchirante, qui ne fait que renforcer sa force, la douleur explosive de Marilyn, superbement émouvante, celle toute en arrogance de Gable, ivre de liberté. Et la cruauté avec laquelle tous voient leurs illusions se heurter à la réalité dans l’inoubliable scène des mustangs. La liberté a un prix ? C’est la leçon pleine d’amertume que prendront les personnages.

African Queen / L’Odyssée de l’African Queen / La Reine africaine (The African Queen) – de John Huston – 1951

Posté : 17 octobre, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

African Queen

J’ai toujours eu un faible pour ce Huston là, sans doute moins parfait que Le Faucon maltais, Quand la ville dort ou Le Trésor de la Sierra Madre, mais tellement attachant. Sans doute surtout parce que le film est avant tout une histoire d’amour comme il n’y en a peu dans l’histoire du cinéma. Malgré le contexte guerrier, Huston raconte là une romance d’une tendresse rare, totalement dénuée de mesquinerie, ou même d’ego. La rencontre au bout du monde, dans un univers qui sombre dans le chaos, de deux êtres radicalement différents, mais tous deux d’une innocence pure.

Humphrey Bogart a décroché un Oscar pour le rôle de « Mr. Allnut », le capitaine mal dégrossi et mal rasé d’un petit vapeur qui transporte le courrier sur une rivière paumée d’Afrique noire. Katharine Hepburn est une vieille fille un peu rigide, missionnaire vivant là depuis dix ans, loin de leur Angleterre natale. Deux solitudes que tout oppose, mais que les premiers soubresauts de la guerre « enferment » sur l’African Queen (le nom du bateau) le temps d’un voyage vers l’inconnu.

Qu’importe le but même du voyage. Pour Huston, c’est le voyage lui-même qui compte, et comment il va marquer les existences de ces deux là. Ce qui frappe avant tout dans leurs rapports, ce sont les marques de respect, la douceur même de leurs échanges, malgré les aspects grossiers de l’un et le côté un rien tyrannique de l’autre. Ce qui les oppose est évident. Ce qui les rapproche l’est finalement tout autant, mais tout en délicatesse.

Il arrive à Huston de prendre ses films à la légère. Ici, il se montre d’une délicatesse rare, visiblement sous le charme de ses deux personnages et de l’étrange histoire d’amour qui se noue. Il a raison. C’est très beau, d’une sensibilité et d’une douceur extrêmes, avec un mélange de dérision et d’émotion constamment juste.

A voir et à revoir African Queen, on reste envoûté par cette love story, comme par la fluidité du récit, à peine troublé par quelques transparences techniquement discutables. Mais l’essentiel a été tourné en Afrique, dans des décors réels (comme le racontera Clint Eastwood en interprétant un certain John Wilson dans son très beau Chasseur blanc, cœur noir) qui font beaucoup pour la réussite picturale du film. On sent l’humidité, la chaleur et la moiteur comme on sent l’émotion qui étreint les personnages. Sous le charme, une fois de plus.

L’Homme qui voulut être roi (The Man who would be king) – de John Huston – 1975

Posté : 9 juin, 2019 @ 8:00 dans 1970-1979, HUSTON John | Pas de commentaires »

L'Homme qui voulut être roi

L’Homme qui voulut être roi est à l’image de John Huston : passionné, trouble, lettré, tiraillé entre un profond respect de l’autre et une vision très personnelle voire égotiste du monde. Comment en serait-il autrement ? Huston a voulu adapter la nouvelle de Rudyard Kipling pendant près de vingt-cinq ans.

Le résultat est, comme souvent lorsque le cinéaste se confronte aux écrivains qu’il admire, une œuvre personnelle et à peu près unique en son genre. En l’occurrence, une sorte de parcours initiatique qui commence aux Indes britanniques des années 1860 pour s’achever dans une province quasi-légendaire au Nord de l’Afghanistan.

Pour réussir le film, il fallait d’abord un duo d’acteurs qui fonctionne : les deux personnages sont comme les deux faces d’une même pièce, deux aventuriers britanniques liés l’un à l’autre par une amitié totale, qui se base sur les rites de la franc-maçonnerie. Pas sûr, d’ailleurs, qu’on puisse trouver un autre film qui aborde aussi frontalement les loges maçonniques. Initialement, Huston avait pensé à Bogart et Gable. Tous deux étant morts, il s’est tourné vers d’autres possibilités, avant de porter son choix sur Michael Caine et Sean Connery.

Un choix parfait, et quasi-évident même, a posteriori : les deux acteurs sont eux aussi les deux faces d’une même pièce, avec des carrières qui n’ont cessé de se répondre sans pourtant jamais se croiser, à cette notable exception près. Il y a aussi un troisième larron : un certain journaliste basé aux Indes, nommé Rudyard Kipling et qu’interprète Christopher Plummer. C’est Huston qui a voulu mettre en scène l’écrivain, qui n’apparaît pas lui-même dans sa nouvelle.

C’est devant lui que les deux aventuriers s’engagent dans leur quête hallucinante : traverser une partie du Moyen-Orient pour se rendre dans un petit pays où aucun blanc ne s’est rendu depuis Alexandre, 2000 ans plus tôt. Leur objectif : devenir rois et profiter de leur nouveau pouvoir pour s’accaparer les richesses du pays… Oui, on a beau s’attacher très vite à ce tandem d’aventuriers, ils représentent l’arrogance et le cynisme du blanc dominant.

Huston, fidèle à son habitude, ne donne aucun indice clair signifiant qu’il condamne le comportement de ses « héros ». Il en fait même des hommes pleins de charmes qui, arrivés au pouvoir (car ils y arriveront, plus fort qu’il se l’imaginaient, jusqu’à en payer le prix fort), donneront une sorte de justice bienveillante. L’un d’eux en tout cas, grisé par le pouvoir qu’on lui attribue, l’autre préférant profiter des richesses qui lui tendent les bras. Deux faces d’une même pièce, deux sentiments qui les tiraillent.

Huston les filme avec une certaine bienveillance, partageant avec ces personnages le goût de l’aventure, qui a marqué sa jeunesse et toute son œuvre. Il filme aussi les autochtones avec la passion de celui qui aime et respecte les cultures différentes, laissant longuement sa caméra filmer des gestes simples, des visages, des rues grouillantes, un enfant dans le désert, ou des villageois découvrant les codes de l’armée anglaise. Un regard plein d’amour, même.

C’est un film d’aventures à grand spectacle que signe Huston, mais un film qui adopte constamment le point de vue de ses personnages. Toujours à hauteur d’hommes, donc, et marqué par une forme de cynisme et d’ironie mêlés, à l’image de ses deux héros, à la fois flamboyant et à la limite de la folie. Un film passionnant.

A nous la victoire (Escape to Victory) – de John Huston – 1981

Posté : 21 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, HUSTON John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

A nous la victoire

Eh oui, Stallone a tourné sous la direction de John Huston. OK, pas pour le meilleur film de ce dernier (pas au top en ce tout début des années 80: il venait de réaliser Phobia), mais quand même. Sur un CV, un film de Huston, ça vous classe immédiatement un acteur…

Auréolé de sa jeune gloire rocky-esque, le trentenaire déjà fort musclé se voyait encore comme un possible acteur de composition à l’époque: entre deux épisodes de sa saga déjà bien entamée (cette année-là, il sort aussi Rocky 3), il s’essaye à différents genres, passant de l’univers de Norman Jewison (F.I.S.T.) au polar noir très seventies (Les Faucons de la nuit). Avec, donc, une sorte d’apothéose: être embauché par Huston en personne.

Sauf qu’on a connu Huston nettement plus impliqué que dans ce drôle de film d’évasion qui semble totalement anachronique en ce début de décennie, avec un camp de concentration qui ressemble plus à un club de vacances vaguement contraignant, avec ses gardiens débonnaires et ses tentatives d’évasion pour la forme. Tout ça passerait sans problème si le film était une comédie, mais non.

D’ailleurs, la toute première scène, sombre et intense, vient d’emblée souligner le danger mortel qui plane sur le personnage. Une belle scène d’ailleurs, visuellement très soignée comme toutes les (rares) séquences nocturnes qui suivront, et qui crée une atmosphère que l’on ne retrouvera à aucun moment. A se demander même si cette première scène n’a pas été rajoutée in fine pour rendre l’atmosphère du film moins « conviviale »…

Drôle de film en tout cas, qui évoque l’organisation d’un match de football entre des soldats prisonniers de tous les pays alliés qui doivent affronter une sélection nationale de la wehrmacht. Le climax, c’est bien sûr le match lui-même, « chorégraphié » par le mythique Pelé, qui joue lui-même au côté d’autres grands noms du foot que les spécialistes connaissent sans doute. Un match qui possède une force dramatique indéniable, même si Huston filme ça à l’arrache et monte à la va-comme-je-te-pousse.

Le film de sport a cette capacité d’emporter et d’émouvoir (même dans des réussites très discutables comme Rocky 4). C’est le cas ici. Quelques plans accrochent la rétine (celui sur Pelé à sa sortie du terrain, très beau), et cette caméra qui semble filmer n’importe comment finit par dégager une sorte de vérité brute et brouillonne, qui donne à la Marseillaise qui ne manque pas de retentir dans le stade une vraie force émotionnelle.

Pas un ratage complet, donc, mais Huston est visiblement en roue libre la plupart du temps et semble ne pas même chercher à créer une sorte de cohérence entre les personnages, livrés à eux-mêmes pour la plupart. Max Von Sydow en affable officier allemand, Michael Caine en entraîneur passionné, Sylvester Stallone en chien fou américain, Jean-François Stévenin en résistant très impliqué, ou Carole Laure (« introducing Carole Laure », comme le générique l’annonce, elle qui avait déjà une bonne dizaine d’année de carrière…). Aucun n’est mauvais, mais chacun semble faire son film dans son coin. C’est un peu gênant…

La Bible (The Bible : in the beginning) – de John Huston – 1966

Posté : 1 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Bible

Il faut un certain courage pour passer les premières minutes du film, interminables. Du courage, ou l’envie profonde de voir ou revoir toute la filmographie de John Huston, entreprise pleine de récompenses enthousiasmantes, mais aussi de quelques écueils. Celui-ci n’est pas le moindre, en tout cas dans cette première partie assez imbuvable.

Avec La Bible, John Huston se lance dans un projet ambitieux, voire démesuré : porter à l’écran les différents chapitres de l’Ancien Testament, de la création du monde en sept jours au sacrifice d’Abraham en passant par la tentation d’Eve, la pomme et le serpent, Abel et Caïn, Noé, le déluge et son arche, Sodome et Gomorrhe, l’arrivée en Terre promise… Un projet titanesque pour une superproduction comme Dino de Laurentiis en avait le goût.

Le résultat est pour le moins problématique. Et le premier problème, c’est que cette première partie consacrée à la Genèse donne l’impression que ça été tourné en temps réel. Et sept jours, c’est long quand on s’ennuie. Et quand ce qu’on voit est d’une telle laideur. Attention : les images sont assez belles, mais Huston se contente alors de coller entre elles de belles vues de nature, soulignant lourdement leur pureté et leur caractère apaisant. On se croirait dans une boutique zen…

La suite est à peine moins agaçante, avec une esthétique new age qui domine dans toute la première partie. Et puis l’effet catalogue interdit une quelconque empathie pour aucun de ces personnages que l’on connaît, dont on connaît l’histoire, mais qui n’ont pas d’existence propre devant la caméra de Huston. Le film se résume alors à une spectaculaire illustration de la Bible, joliment mise en scène mais totalement désincarnée.

Finalement, c’est quand Huston lui-même apparaît sous la barbe de Noé que le film prend une ampleur nouvelle. Parce qu’il est impeccable, parce qu’il y prend un plaisir visible à se mettre en scène au côté de tous ces animaux, parce qu’il incarne vraiment son personnage, en lui apportant une ironie bienvenue, qui manquait à la première heure. Et parce qu’il prend le temps de développer un fil narratif, pour le coup convainquant, et au moins aussi bien que le gros truc interminable avec Russell Crowe.

Et puis le film retombe dans ses travers. Vient le repeuplement, figuré par une sorte de pyramide humaine stylisée mais un peu facile. Ça nous mène à la Tour de Babel, et là aussi c’est visuellement splendide et très impressionnant, mais désincarné et pour tout dire un peu chiant.

Enfin arrive George C. Scott qui interprète Abraham. Et là commence un nouveau film, dont on se dit qu’il aurait effectivement dû faire l’objet d’un film pour lui seul, tant il y a une cohérence dans l’esthétique et les enjeux narratifs autour du personnage. C’est la plus longue partie du film, la dernière, celle où Huston prend le plus le temps de développer les personnages, dont certains sont très beaux : celui d’Ava Gardner notamment, qui permet d’aborder très en avance le thème de la GPA.

De belles trouvailles visuelles aussi, comme la mise en scène de cet ange de Dieu aux trois visages, tous de Peter O’Toole, dont les apparitions sont assez poétiques. Mais aussi une manière de mettre en scène les aspects les plus problématiques de la Bible, comme une manière plutôt audacieuse d’évoquer le fanatisme religieux. Pas toujours passionnant, mais intéressant. C’est déjà ça.

Dieu seul le sait (Heaven knows, Mr. Allison) – de John Huston – 1957

Posté : 19 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, HUSTON John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Dieu seul le sait

Durant la seconde guerre mondiale, un soldat américain échoue sur une île du Pacifique où ils rencontre une jeune religieuse, seule rescapée de sa congrégation. Ces deux êtres que tout sépare vont devoir apprendre à cohabiter pour survivre.

Robert Mitchum et Deborah Kerr ne sont pas tout à fait seuls à l’écran : l’île sur laquelle ils se trouvent est tour à tour envahie par les Japonais et les Américains. Mais ces derniers n’apparaissent que comme une sorte d’entité, plus que comme des personnages à part entière.

De fait, Heaven knows… est peut-être le plus intime des films de Huston, une magnifique variation sur le thème d’African Queen : un homme d’action rencontre une femme d’église dans une région en guerre. Sur le papier, la situation est plus stéréotypée encore : l’homme est un marine, parangon du mâle viril et héroïque ; la femme est une nonne, sur le point de prononcer ses vœux. Quant à l’île, elle est la plupart du temps totalement déserte.

Et pourtant, point l’ombre d’un stéréotype ou d’une facilité dans cette rencontre superbe et d’une infinie délicatesse entre deux solitaires à la croisée des chemins. Deborah Kerr est d’une justesse incomparable dans son rôle de jeune femme pieuse mais pas aveugle, bien consciente des sentiments qu’elle peut provoquer. Et Mitchum, hilarant dans sa scène de beuverie, est tout en nuances, mélange d’assurance et de maladresse, de virilité exacerbée et d’honnêteté presque enfantine.

Entre eux, l’alchimie touche à la magie. Simple désir ou amour sincère, qu’importe : Huston filme une sorte de parenthèse magnifique dans un monde en guerre. Un havre où, comme par miracle, tout s’arrête et des liens, forts mais peut-être fragiles, peuvent se créer. Et Huston signe un film formidable, au rythme absolument parfait, qui joue aussi bien sur les (beaux) décors naturels que sur les différences entre ses deux personnages, traités avec la même attention infinie.

Le Vent de la plaine (The Unforgiven) – de John Huston – 1960

Posté : 15 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John, LANCASTER Burt, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vent de la plaine

John Huston s’attaque au western, et cela donne un film magnifique et totalement atypique, parsemé de moments de pure grâce.

Un seul exemple : alors que les Indiens qui assiègent la maison des Zachary se mettent à jouer de leur flûte de guerre pour intimider leurs proies, ces derniers sortent un piano à queue, et la matriarche s’y assoit pour répondre…

Cette image de Lilian Gish jouant du piano dans l’obscurité, entourée par les silhouettes de Burt Lancaster, Audrey Hepburn et Doug McClure (formidable casting, avec aussi Audie Murphy, Charles Bickford ou John Saxon) est fascinante, et résume assez bien l’atmosphère du film : il y est question de famille, de grands espaces menaçants, de racines aussi. Surtout de racines : de celles que l’on reçoit et de celles que l’on choisit dans un pays où tout est à conquérir.

Huston n’est ni Ford, ni Hawks. Son western ne pouvait pas suivre un schéma classique. De fait, jusqu’à l’extraordinaire (et longue) séquence finale, superbement dramatique, le film est spectaculairement… dénué d’action, à l’exception de quelques rares et brèves émergences de la violence.

Ce sont les paysages, plats et verdoyants, qui dominent, ces grands espaces qui sont à la fois familiers et sources de menace. Fascinante aussi, l’apparition de ce vieil homme poussiéreux portant sabre, qui semble revenir de l’au-delà, et qui ramène avec lui un secret profondément enfoui dans l’inconscient collectif, brisant l’harmonie d’une collectivité naissante.

A la fois spectaculaire et intime, crépusculaire et porteur d’espoir, The Unforgiven est un western humain et humaniste. Magnifique.

Plus fort que le Diable (Beat the Devil) – de John Huston – 1953

Posté : 11 août, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Plus fort que le diable

Humphrey Bogart et Robert Morley, ennemis mortels, entrent en bavardant tranquillement dans une pièce pleine de personnages persuadés qu’ils sont morts tous les deux… La scène est étonnante, et illustre bien la nature déroutante de ce film, faux polars vaguement parodique, constamment outré mais jamais ouvertement comique, où John Huston se laisse aller à une certaine démesure qui ne tombe pas non plus dans le grand-guignol, et où les comédiens semblent entre deux eaux : ni réalistes, ni en roue libre.

Bref, c’est un drôle d’OVNI qui vient clore la somptueuse collaboration entre Bogart et Huston. Des six films que ces deux-là ont tourné ensemble, Beat the Devil est l’un des plus faibles (Griffes jaunes reste quand même le plus anecdotique de tous). Mais le film distille pas mal de petits plaisirs parfois indicibles, qui reposent notamment sur cet étrange quatuor amoureux qui se met en place autour des couples Bogart-Gina Lolobridgida et Jennifer Jones-Edward Underdown.

L’ébauche de film noir (Bogart, Peter Lorre, Morley en sosie outrancier de Sydney Greenstreet, un mystérieux trésor…) ne tient guère : Huston s’en moque et n’a aucune envie de refaire Le Faucon maltais. Pas plus que son dernier scénariste, un certain Truman Capote, visiblement aussi désireux que lui de casser tous les codes et de jouer avec les attentes du public. Quitte à déstabiliser : Beat the Devil est un film pas facilement aimable, qu’il m’a fallu plusieurs visions pour apprécier vraiment.

Et encore garde-t-il une large part de mystère. Avec ses ruptures de ton étonnantes, le film semble n’exister réellement que pour l’envie, grandissante alors, de Huston de filmer les populations locales, les rassemblements populaires et les paysages avec un regard d’ethnologue.

Quand la ville dort (The Asphalt Jungle) – de John Huston – 1950

Posté : 18 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HUSTON John | Pas de commentaires »

Quand la ville dort

Dans ses grands films noirs de cette période, John Huston a souvent évoqué l’inexorable marche vers l’échec de groupes d’individus hétéroclites. C’était le cas dès son premier film avec les improbables adversaires de Sam Spade (Le Faucon maltais). C’était aussi le cas dans l’exceptionnel Trésor de la Sierra Madre. Deux chefs d’œuvres absolus, auxquels on peut ajouter celui-ci, aussi abouti, sur un ton une nouvelle fois très différent.

Dès la séquence générique, c’est la manière dont Huston filme la ville qui surprend et donne le ton, dans ce formidable « film de casse ». Contrairement aux films noirs habituels, rien de romantique dans la ville, avec ses rues froides et ses entrelacs de fils électriques qui barrent l’horizon. Et les personnages ne sont pas de vrais citadins, mais des êtres comme enfermés dans cet environnement sans horizon, confrontés à leur propre solitude, et à leurs obsessions.

Ce sont ces obsessions qui mènent les personnages à leur perte : l’avidité pour l’un, le goût des jeunes femmes pour un autre, l’alcool, le jeu… Ou cette nostalgie de l’enfance qui fait tenir Sterling Hayden, sublime paumé qui n’a qu’une ambition : se débarrasser de la pourriture de la ville, pour reprendre ses mots, et retrouver ces instants précieux de l’enfance qui le hantent jusque dans son sommeil.

Pour lui (pour lui seulement), la libération semble à portée de main, et a les doux traits de Jean Hagen… Aussi paumées que les hommes, mais encore pures à leur manière, les femmes représentent ce qui aurait pu être, dans d’autres circonstances, avec d’autres envies, dans d’autres endroits. Autour de Louis Calhern, vieil homme riche et indigne, pathétique et magnifique, on trouve ainsi deux femmes : son épouse, qui ne vit que dans le souvenir de leur bonheur évanoui avec l’âge ; et une très jeune femme qu’il entretient et qui pourrait sa petite fille. C’est Marylin Monroe, pas encore superstar mais déjà troublante quand elle sussure « Uncle… ». Et déjà adorée par la caméra.

Si le film est aussi fort, c’est en partie parce que le moindre personnage existe d’une manière incroyable. Chez le chauffeur bossu et loyal jusqu’au bout (James Whitmore), chez le chef de gang qui refuse de porter une arme (formidable Sam Jaffe), chez le commissaire qui utilise la méthode forte (John McIntire)… Il y a une belle profondeur chez ces personnages. Une noblesse et une simplicité touchante aussi. Plutôt rares dans le genre…

John Huston n’invente pas le genre du « film de casse ». Il en respecte même scrupuleusement la construction : la préparation, le casse lui-même, les conséquences. Mais son scénario (adapté d’un roman de W.R. Burnett) est remarquable, et sa mise en scène est d’une fluidité et d’une précision impressionnantes, et réussit constamment à faire ressentir la douleur et les faux espoirs de ses personnages.

Jusqu’à un final éblouissant et bouleversant, dans une pâture baignée de soleil. John Huston a toujours su conclure merveilleusement ses films. Mais cette fin-là est peut-être la plus belle de toute sa filmographie. Et oui, ça se discute: va savoir si je ne penserai pas la même chose pour le prochain…

Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre) – de John Huston – 1948

Posté : 18 décembre, 2015 @ 2:11 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Le Trésor de la Sierra Madre

La quintessence de la « thématique de l’échec » chère à John Huston… Avec ce chef d’œuvre absolu, le cinéaste réalise le plus purement hustonien de ses films. Pleinement ancré dans ce Mexique qu’il aimait tant, peuplé d’anti-héros condamnés par leur propre mesquinerie (un thème présent dans son cinéma dès Le Faucon maltais, son premier film), et avec Bogart en pauvre type superbement pathétique.

Dès la séquence d’ouverture, le film est d’une intensité rare, qui ne retombera jamais. On y découvre l’acteur fétiche de Huston aux antipodes de Sam Spade, gringo en errance au Mexique, quémandant de l’argent dans la rue… Huston filme ce paumé et ses rencontres fortuites avec empathie mais sans misérabilisme. Sans chercher non plus à magnifier les destins ou les physiques de ces êtres sales et sans avenir.

Mais ce qui intéresse le cinéaste, c’est confronter ses personnages à leurs pires démons. En s’enfonçant dans ce territoire désert où ils vont trouver la fortune, et leur destin, en les coupant du monde de la manière la plus spectaculaire qui soit, Huston crée un microcosme où se révèle l’humanité dans ce qu’elle a de plus primale.

Bogart, Tim Holt et Walter Huston (qui décroche un Oscar du meilleur second rôle, tandis que son fils obtient celui du meilleur réalisateur) sont extraordinaires dans des registres très différents, mais avec la même intensité. Leur « descente aux enfers » n’est pas linéaire, et c’est dans les pauses que se trouvent les plus beaux moments du film. Cette bouleversante scène des funérailles de Cody, le « quatrième homme », dont ses trois bourreaux potentiels découvrent l’humanité et la vie brisée en l’enterrant ; ou encore la superbe scène du « sauvetage » de l’enfant noyé, par un Walter Huston transformé en dieu vivant, dans un village mexicain peuplé de visages hagards.

Les visages : Huston les filme avec une attention extrême. Avec un mélange d’empathie et de sévèrité pour ces hommes emportés par la folie de l’or. Avec une touchante tendresse aussi, pour les populations indigène, et sans l’ombre de cette condescendance que Hollywood leur réserve souvent. Le cinéaste filme des gueules incroyables, mais pour mieux faire sentir le poids de chaque individualité, attentive à l’autre. On sent bien que vers eux que va sa sympathie, même s’il ne « charge » pas ses trois héros, dont il fait des victimes de la « fièvre de l’or ». Des victimes consentantes, capables a priori des pires horreurs, mais des victimes tout de même.

Le Trésor de la Sierra Madre est une merveille, un chef d’œuvre total. That’s the stuff the Hollywood dream is made of…

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