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Archive pour la catégorie 'HUSTON John'

Quand la ville dort (The Asphalt Jungle) – de John Huston – 1950

Posté : 18 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HUSTON John | Pas de commentaires »

Quand la ville dort

Dans ses grands films noirs de cette période, John Huston a souvent évoqué l’inexorable marche vers l’échec de groupes d’individus hétéroclites. C’était le cas dès son premier film avec les improbables adversaires de Sam Spade (Le Faucon maltais). C’était aussi le cas dans l’exceptionnel Trésor de la Sierra Madre. Deux chefs d’œuvres absolus, auxquels on peut ajouter celui-ci, aussi abouti, sur un ton une nouvelle fois très différent.

Dès la séquence générique, c’est la manière dont Huston filme la ville qui surprend et donne le ton, dans ce formidable « film de casse ». Contrairement aux films noirs habituels, rien de romantique dans la ville, avec ses rues froides et ses entrelacs de fils électriques qui barrent l’horizon. Et les personnages ne sont pas de vrais citadins, mais des êtres comme enfermés dans cet environnement sans horizon, confrontés à leur propre solitude, et à leurs obsessions.

Ce sont ces obsessions qui mènent les personnages à leur perte : l’avidité pour l’un, le goût des jeunes femmes pour un autre, l’alcool, le jeu… Ou cette nostalgie de l’enfance qui fait tenir Sterling Hayden, sublime paumé qui n’a qu’une ambition : se débarrasser de la pourriture de la ville, pour reprendre ses mots, et retrouver ces instants précieux de l’enfance qui le hantent jusque dans son sommeil.

Pour lui (pour lui seulement), la libération semble à portée de main, et a les doux traits de Jean Hagen… Aussi paumées que les hommes, mais encore pures à leur manière, les femmes représentent ce qui aurait pu être, dans d’autres circonstances, avec d’autres envies, dans d’autres endroits. Autour de Louis Calhern, vieil homme riche et indigne, pathétique et magnifique, on trouve ainsi deux femmes : son épouse, qui ne vit que dans le souvenir de leur bonheur évanoui avec l’âge ; et une très jeune femme qu’il entretient et qui pourrait sa petite fille. C’est Marylin Monroe, pas encore superstar mais déjà troublante quand elle sussure « Uncle… ». Et déjà adorée par la caméra.

Si le film est aussi fort, c’est en partie parce que le moindre personnage existe d’une manière incroyable. Chez le chauffeur bossu et loyal jusqu’au bout (James Whitmore), chez le chef de gang qui refuse de porter une arme (formidable Sam Jaffe), chez le commissaire qui utilise la méthode forte (John McIntire)… Il y a une belle profondeur chez ces personnages. Une noblesse et une simplicité touchante aussi. Plutôt rares dans le genre…

John Huston n’invente pas le genre du « film de casse ». Il en respecte même scrupuleusement la construction : la préparation, le casse lui-même, les conséquences. Mais son scénario (adapté d’un roman de W.R. Burnett) est remarquable, et sa mise en scène est d’une fluidité et d’une précision impressionnantes, et réussit constamment à faire ressentir la douleur et les faux espoirs de ses personnages.

Jusqu’à un final éblouissant et bouleversant, dans une pâture baignée de soleil. John Huston a toujours su conclure merveilleusement ses films. Mais cette fin-là est peut-être la plus belle de toute sa filmographie. Et oui, ça se discute: va savoir si je ne penserai pas la même chose pour le prochain…

Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre) – de John Huston – 1948

Posté : 18 décembre, 2015 @ 2:11 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Le Trésor de la Sierra Madre

La quintessence de la « thématique de l’échec » chère à John Huston… Avec ce chef d’œuvre absolu, le cinéaste réalise le plus purement hustonien de ses films. Pleinement ancré dans ce Mexique qu’il aimait tant, peuplé d’anti-héros condamnés par leur propre mesquinerie (un thème présent dans son cinéma dès Le Faucon maltais, son premier film), et avec Bogart en pauvre type superbement pathétique.

Dès la séquence d’ouverture, le film est d’une intensité rare, qui ne retombera jamais. On y découvre l’acteur fétiche de Huston aux antipodes de Sam Spade, gringo en errance au Mexique, quémandant de l’argent dans la rue… Huston filme ce paumé et ses rencontres fortuites avec empathie mais sans misérabilisme. Sans chercher non plus à magnifier les destins ou les physiques de ces êtres sales et sans avenir.

Mais ce qui intéresse le cinéaste, c’est confronter ses personnages à leurs pires démons. En s’enfonçant dans ce territoire désert où ils vont trouver la fortune, et leur destin, en les coupant du monde de la manière la plus spectaculaire qui soit, Huston crée un microcosme où se révèle l’humanité dans ce qu’elle a de plus primale.

Bogart, Tim Holt et Walter Huston (qui décroche un Oscar du meilleur second rôle, tandis que son fils obtient celui du meilleur réalisateur) sont extraordinaires dans des registres très différents, mais avec la même intensité. Leur « descente aux enfers » n’est pas linéaire, et c’est dans les pauses que se trouvent les plus beaux moments du film. Cette bouleversante scène des funérailles de Cody, le « quatrième homme », dont ses trois bourreaux potentiels découvrent l’humanité et la vie brisée en l’enterrant ; ou encore la superbe scène du « sauvetage » de l’enfant noyé, par un Walter Huston transformé en dieu vivant, dans un village mexicain peuplé de visages hagards.

Les visages : Huston les filme avec une attention extrême. Avec un mélange d’empathie et de sévèrité pour ces hommes emportés par la folie de l’or. Avec une touchante tendresse aussi, pour les populations indigène, et sans l’ombre de cette condescendance que Hollywood leur réserve souvent. Le cinéaste filme des gueules incroyables, mais pour mieux faire sentir le poids de chaque individualité, attentive à l’autre. On sent bien que vers eux que va sa sympathie, même s’il ne « charge » pas ses trois héros, dont il fait des victimes de la « fièvre de l’or ». Des victimes consentantes, capables a priori des pires horreurs, mais des victimes tout de même.

Le Trésor de la Sierra Madre est une merveille, un chef d’œuvre total. That’s the stuff the Hollywood dream is made of…

Griffes jaunes (Across the Pacific) – de John Huston – 1942

Posté : 12 août, 2014 @ 4:28 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

Griffes jaunes

L’année précédente, John Huston était passé pour la première fois derrière la caméra en signant un immense chef d’œuvre, Le Faucon maltais, qui faisait passer Humphrey Bogart définitivement du côté des mythes immortels du cinéma. Pour leurs retrouvailles, les deux comparses ne réitèrent pas le miracle de leur première collaboration. Mais Griffes Jaunes, film de propagande tourné alors qu’Hollywood contribuait à sa manière à l’effort de guerre (l’attaque de Pearl Harbor a eu lieu pendant la préparation du film, incitant les auteurs à « déménager » l’intrigue de Hawai à Panama), est loin d’être une œuvre mineure.

Griffes jaunes a tout du film de commande : film de propagande, donc, il semble aussi avoir été produit en grande partie pour renouer avec le triomphe du Faucon… puisque Bogart y côtoie une nouvelle fois Mary Astor et Sydney Greenstreet. Dans le beau livre qu’il a consacré à John Huston, Patrick Brion affirme aussi que Peter Lorre fait une brève apparition dans un rôle de serveur. Mais il faudra que je le revoie pour le confirmer…

Ce qui sera d’ailleurs avec plaisir : Griffes jaunes, est un pur plaisir, et un curieux objet particulièrement riche. On est d’abord surpris par cet étrange mélange de légèreté et de profonde noirceur : les jeux romantiques et presque enfantins de Bogart et Mary Astor, qui semblent prendre un plaisir fou (et communicatif) à se moquer l’un de l’autre, s’inscrivent dans un contexte très sombre et violent : l’action du film se déroule dans les quelques jours qui précèdent le 7 décembre 1941.

On sent bien que les comédiens et le cinéaste se sont amusés sur le tournage. Pour autant, on est loin de la nonchalance qui a pesé sur quelques films tardifs de Huston. Le cinéaste apporte une grande attention à la composition de chaque plan, y compris le plus anodin. Il suffit souvent d’un rien : une fumée de cigarette qui coupe l’image, la brume qui estompe les silhouettes, un reflet dans un miroir, une ombre portée sur un mur, la lune qui fait briller l’eau d’un port… Le film, magnifiquement photographié (par Arthur Edeson, déjà présent sur Le Faucon maltais), bénéficie aussi d’un montage très efficace de Don Siegel, et de décors exceptionnels (signés Casey Roberts).

Des décors que Huston utilise avec une belle intelligence, et son sens du cadrage, lors de quelques séquences d’action assez formidables, notamment celle, tendue et impressionnante, dans la salle de cinéma. Across the Pacific est sans doute un film mineur dans la filmo commune de Bogie et Huston, marqué aussi par racisme anti-nippon à remettre évidemment dans le contexte historique de l’époque (sur le monde « ils se ressemblent tous »). Mais le plaisir de spectateur est absolument jubilatoire.

• Un DVD a été édité il y a quelques années par Warner, avec un documentaire consacré aux films de propagandes hollywoodiens, et le bêtiser de l’année, court métrage produit par Warner en 1942.

Le Piège (The Mackintosh Man) – de John Huston – 1973

Posté : 2 juin, 2013 @ 6:28 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, HUSTON John, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Le Piège (The Mackintosh Man) – de John Huston – 1973 dans * Polars US (1960-1979) le-piege

Film de genre, oeuvre sans doute mineure dans la filmographie de Huston, The Mackintosh Man est un thriller assez formidable, que le cinéaste réussit constamment à sortir des sentiers battus.

Le scénario, signé Walter Hill, est excellent, ménageant mystère et suspense. Newman interprète un espion chargé d’une mission très particulière : se faire condamner à une lourde peine de prison, dans le but d’infiltrer une organisation criminelle qui a mis au point un réseau d’évasion.

Mais Huston magnifie ce scénario original et efficace, en prenant systématiquement le contre-pied du film d’espionnage. Paul Newman n’a pas grand-chose d’héroïque, le « méchant » James Mason est charmant, et Dominique Sanda, le quota charme du film, est absolument glaciale. Le film excelle aussi par l’utilisation des décors, exceptionnelle et originale.

Les marécages d’Irlande dans une séquence d’évasion inoubliable et étonnante. Le plan où Paul Newman quitte la maison en feu et se dirige droit vers ces marécages barrés jusqu’à l’horizon de murs de pierres est inoubliable.
Dans ce film de genre, Huston excelle à créer des atmosphères, des ambiances. La longue séquence qui se déroule dans un petit village d’Irlande est incroyablement vivante.

Les séquences londoniennes, plus anecdotiques, n’en sont pas moins très réussies, grâce là encore à l’utilisation des décors : un marché à ciel ouvert, une station de métro, le Parlement… Autant de décors très british dont Huston fait des personnages à part entière, qui donnent le ton de chaque scène.

Changement d’ambiance, encore, avec le dénouement à Malte, île de rêve et de danger qui, pour les amateurs de Huston et de son premier film, évoque forcément beaucoup de choses.

La Lettre du Kremlin (The Kremlin Letter) – de John Huston – 1970

Posté : 17 mai, 2012 @ 8:29 dans 1970-1979, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Lettre du Kremlin

Un groupe d’agents secrets américains est envoyé à Moscou pour récupérer une lettre mettant en danger l’équilibre mondial. C’est l’intrigue de base de ce film d’espionnage glaçant signé John Huston, et ça n’a guère d’importance : tout l’intérêt du film, comme d’autres films d’espionnage « réalistes » (The Human Factor par exemple, chef d’œuvre méconnu d’Otto Preminger, au ton relativement proche), réside dans la peinture sans concession des agents secrets. Et il y a effectivement de quoi faire froid dans le dos.

La Lettre du Kremlin n’est pas un film séduisant, ni un film facile à aimer. Le scénario est très complexe (peux pas dire que j’ai compris tous les rouages, même si on ne perd jamais vraiment le fil), les personnages sont tous assez antipathiques, les images ont ce réalisme un peu laid des années 70. Mais tout cela est au service d’un film volontairement froid et désagréable. Parce qu’il décrit un univers machiavélique, qui n’a vraiment rien à voir avec OO7. Pas la moindre once d’héroïsme.

Il y a pourtant un aspect presque parodique : les noms de code des agents sont tellement grotesques, et les consignes reçus par le « héros », Nigel Green, sont tellement étonnants, qu’on se demande parfois si le film doit vraiment se voir au premier degré. La performance surprenante de George Sanders en vieille folle décatie n’arrange rien…

Mais la violence est palpable. Pas dans les images : même si les morts se succèdent, on ne voit pas grand-chose des horreurs quotidiennes de ces espions, qui ne portent pas d’armes et meurent sans héroïsme. Mais dans le ton, d’un cynisme et d’une cruauté assez terribles. Dans cet imbroglio où la vie ne pèse pas lourd, les rares touches d’innocence n’ont pas leur place. Bibi Andersson, sexy en diable et à la fragilité déroutante, en paiera le prix fort. Elle est le personnage le plus émouvant, le seul à dégager une vraie humanité. Tragique, mais humaine.

Le reste du casting est impressionnant : Richard Boone au charisme inquiétant, Max Von Sydow en monstre hanté par ses fantômes, ou encore Orson Welles en ogre d’une froideur extrême.

D’un genre à l’autre, d’un style à l’autre, John Huston continue à creuser un sillon unique dans son genre. Même à l’intérieur d’un genre bien balisé, le cinéaste n’est jamais où on l’attend. La preuve avec ses trois films d’espionnage : pas grand-chose à voir entre le parodique Casino Royale, le glaçant La Lettre du Kremlin et le plus classique Le Piège.

Key Largo (id.) – de John Huston – 1948

Posté : 10 janvier, 2011 @ 7:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, HUSTON John | Pas de commentaires »

 Key Largo

La même année, Huston et Bogart ont fait Le Trésor de la Sierra Madre… Ça se passe de commentaires, ça ! Un réalisateur et un acteur qui collaborent, en quelques mois seulement, à deux immenses chef d’œuvre, ce n’est pas unique dans l’histoire (Vers sa destinée et Les Raisins de la colère, par Ford et Fonda, c’est pas du brin non plus), mais ça force le respect. Surtout qu’en renouant avec le film noir, Huston risquait à coup sûr la comparaison avec Le Faucon maltais, film immense qui marquait ses débuts derrière la caméra, et le début de sa riche collaboration avec la star.

Mais la comparaison tourne court : Key Largo prend le contre-pied du Faucon Maltais. Là où l’adaptation de Dashiel Hammett créait un pur mythe cinématographique, avec des personnages bigger than life, des répliques percutantes et un respect de toutes les règles du genre (et quel mythe !), Key Largo est un film profondément ancré dans la réalité. On sent bien que Huston et Richard Brooks (son co-scénariste) ont passé du temps sur cette île de Floride, pour s’imprégner de l’atmosphère, de la chaleur humides et du quotidien de l’endroit. Tout ce qu’on retrouve effectivement au cœur du film. Une volonté de vérité qui semble se figer le temps d’un plan anormalement long sur le visage incroyable d’une vieille femme indienne aux rides profondes. Un moment de liberté rare dans une production hollywoodienne de cette ampleur, mais qui ancre clairement le film dans un certain réalisme.

On n’est pas pour autant dans un cinéma-vérité, loin s’en faut. Le film est même une allégorie sur le bien et le mal, avec des personnages forts et contrastés. Edward G. Robinson joue de son passé de gangster au cinéma pour personnifier une certaine vision du mal (ressassant continuellement son passé glorieux, et attendant un retour en grâce avec une nouvelle Prohibition). Face à ce péril qui menace l’Amérique, une galerie de personnages représentant la difficulté d’incarner le bien. Lionel Barrymore, homme au franc-parler sans faille, mais dont le courage moral est limité par son handicap physique ; Lauren Bacall, belle intransigeante et courageuse, mais ramenée à son statut de « simple femme » par un Johnny Rocco écoeurant qui lui susurre à l’oreille des paroles que l’on ne distingue pas, mais qui ne semblent pas être de Prévert ; Claire Trevor, pathétique et bouleversante chanteuse devenue alcoolique à force d’être humiliée par Rocco ; et puis Bogart lui-même, héros de guerre revenu de tout, qui tente de se convaincre lui-même qu’il n’est pas un héros, et qu’il n’a pas à mourir pour empêcher à un Johnny Rocco de sévir…

Bogart, justement, réussit une performance très différente de son interprétation de Sam Spade dans Le Faucon maltais, qui avait fait de lui une immense star, et l’une des grandes icônes immortelles du cinéma. Ici, et après Le Trésor de la Sierra Madre, il prouve qu’il est un acteur immense. Sa prestation, toute en finesse et en nuances, aurait mérité l’Oscar qui lui reviendra finalement six ans plus tard avec African Queen (de Huston, encore). La scène où Bogart raconte à Bacall et Barrymore comment leur mari et fils est mort au combat, est d’une sobriété totale, et belle à pleurer.

Bogart restera étonnamment à l’écart durant une grande partie du film, alors que le petit groupe est retenu prisonnier par Rocco et ses hommes dans un hôtel désert de Key Largo, alors qu’un ouragan menace. Il ne revient sur le devant de la scène que lorsqu’il accepte de jouer le rôle qu’on attend de lui : celui du héros, qu’il laisse entrevoir lorsqu’il prend la défense de la pauvre Claire Trevor, et qu’il endosse enfin lorsqu’il part en mer avec les gangster, prêt à sceller son destin…

Le Faucon maltais (The Maltese Falcon) – de John Huston – 1941

Posté : 13 août, 2010 @ 2:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, BOND Ward, HUSTON John | Pas de commentaires »

Le Faucon maltais (The Maltese Falcon) - de John Huston - 1941 dans * Films noirs (1935-1959) le-faucon-maltais

Bien sûr, c’est un classique absolu, la meilleure adaptation du roman de Dashiel Hammett, le film qui a fait de Bogart un mythe vivant… Mais une fois qu’on a dit tout ça, on est loin d’avoir rendu l’hommage qui lui convient à ce chef d’œuvre qui reste, soixante-dix ans après sa sortie, la meilleure transposition à l’écran du fameux style « hard boiled » des romans de Hammett.

L’histoire est complexe, et n’a finalement que peu d’intérêt. Le détective Sam Spade reçoit la visite d’une jeune femme qui l’engage pour une enquête de routine. Archer, l’associé de Spade, s’en charge, mais il est assassiné. Le détective comprend vite que la jeune femme au nom imprononçable (Brigid O’Shaughnessy) cache bien des secrets. Elle et d’autres individus peu recommandables sont en fait sur la trace d’une mystérieuse statue de faucon qui représente une fortune immense…

Dès son premier film derrière la caméra (il était jusqu’alors un scénariste réputé), John Huston signe une œuvre visuellement exceptionnelle, où les ombres et les hors-champs sont merveilleusement utilisés. Mais en grand amoureux de littérature qu’il est, il s’attache surtout à respecter l’esprit du roman original (ce que n’avaient pas fait les précédentes adaptations), ce qui signifie une violence de ton inouïe. Il faut voir le sourire sadique de Bogie alors que, le poing fermé, il s’apprête à frapper Joel Cairo, génialement interprété par Peter Lorre. La caméra de Huston suit avec attention ce long mouvement qui n’en finit pas, Spade/Bogie semblant savourer avec délectation la terreur qu’il inspire à Cairo/Lorre. Le coup de poing qui suit apparaît presque comme une délivrance pour ce dernier.

Dans ce film, pas de place pour les sentiments. Cairo, justement, qui apparaît comme le plus émotif de tous les personnages, n’inspire que du mépris à tous ceux qui le côtoient. Brigid (Mary Astor, vedette depuis la fin du muet) et l’énorme Gutman (indispensable Sydney Greenstreet, qui commençait ici une longue collaboration avec Peter Lorre) sont eux prêts à tout pour arriver à leurs fins. Quant à Spade, il est sans doute l’un des personnages les plus complexes de l’histoire du film noir. Il utilise les femmes et n’hésite pas à les « jeter » lorsqu’elles deviennent trop pressantes (la manière dont il traite la veuve d’Archer, avec qui il avait une aventure, est d’une cruauté extrême). Mais d’un autre côté, il se révèle inflexible devant l’idée qu’il se fait de la justice. Les rapports qu’il entretient avec la police (l’un d’eux est interprété par Ward Bond, acteur fétiche de Ford et second rôle incontournable de l’époque) sont à la fois basés sur un grand respect… et sur une virilité à toute épreuve !

Et puis, surtout, il y a le cynisme hallucinant avec lequel il fait abstraction, sans la moindre hésitation, de ses sentiments personnels lorsqu’il s’agit de châtier la coupable. Il l’aime, mais elle mérite la prison. Et le regard paniqué de Mary Astor — l’unique mouvement de sincérité de son personnage — ne changera rien. Dur, cruel, inflexible, Spade lâche alors une tirade qui met le spectateur KO, quelque part entre une déclaration d’amour et une exécution froide : « I’ll be waiting for you. If they hang you, I’ll always remember you ».

Avec Huston, qu’il retrouvera pour quelques-uns de ses plus grands rôles, Bogie a trouvé celui qui, après des années de panouilles et de films oubliables, a su tirer le meilleur de lui. Avec Le Faucon Maltais, avec ses plans extraordinaires en contre plongée qui transforment Spade en icône, avec ses dialogues fabuleux (écrits par Huston), Bogart devient un mythe en l’espace de deux heures. Tant pis pour George Raft, à qui le rôle était destiné, mais qui a refusé de tourner avec un réalisateur débutant (il a aussi refusé High Sierra, et refusera également Casablanca… ce qui explique peut-être le relatif anonymat dans lequel l’histoire a plongé Raft, alors que Bogart restera à jamais l’un des grands mythes du 7ème art). Le Faucon Maltais, c’est « the stuff the dreams are made of »

 

• Les éditions Warner ont sorti il y a quelques années une magnifique édition collector en deux DVD, qui propose notamment une séance typique des années 40, avec courts métrages, dessins animés, bandes annonces et actualités. Indispensable pour les nostalgiques de l’âge d’or d’Hollywood.

 

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