Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'FORD John'

Born reckless (id.) – de John Ford – 1930

Posté : 30 novembre, 2014 @ 5:00 dans * Films de gangsters, * Pre-code, 1930-1939, BOND Ward, FORD John | Pas de commentaires »

Born reckless

C’est l’un des premiers films parlants de Ford. Et comme beaucoup de ses films tournés à cette période, celui-ci est tombé dans un oubli quasi-total. La raison paraît évidente durant le premier quart d’heure : cette histoire de petits gangsters, d’amitié et de famille paraît bien mineure, au regard des grandes oeuvres passées ou à venir de Ford. Et puis techniquement, le film a les défauts de beaucoup des petites productions tournées à la va vite au début du parlant : un manque de rythme dans les dialogues qui sonne curieusement aujourd’hui, les personnages semblant constamment comprendre ce qui se passe avec un temps de retard…

Curieux mélange des genres, où le drame et la comédie ne sont jamais loin, comme dans beaucoup de Ford de cette époque d’entre-deux (entre ses sommets du muet et son âge d’or de la fin des années 30). Et puis il y a cette coupure brutale dans le film. Arrêté par la police pour un vol de bijoux, notre héros, joué par Edmund Lowe, échappe à la prison mais doit partir se battre sur le front de France à la place. Là, Ford semble plus à l’aise. Il fait des classes l’un de ces moments de camaraderie virile et presque burlesque que l’on retrouvera tout au long de sa carrière (avec des visages connus qui font de brèves apparitions : Ward Bond et Jack Pennick), et livre l’une des visions de la guerre les plus surprenantes de sa filmographie.

La guerre, dans Born reckless, se résume à deux plans qui se répondent : une colonne de cavaliers qui part vers le front, serpentant entre des épouses pleines d’espoirs dans une nuit brumeuse magnifiquement photographiée ; et cette même colonne que l’on voit traverser un champ de bataille, un chariot vide s’écrasant devant la caméra.

La guerre aura donc duré moins d’une minute à l’écran, mais le reste du film s’en ressentira profondément. Le petite film un peu maladroit révèle la profondeur de son sujet, tandis que notre voleur revient transformé par le champ de bataille. Il est question du poids de ses racines, et de la difficulté de rompre avec son passé. Edmund Lowe n’aspire qu’à être un homme bien, mais cette notion implique la fidélité avec ses anciens complices…

Pas d’issue propre possible, et pas de triomphalisme dans l’héroïsme. C’est à coups de feu que tout se règle, dans une série d’affrontements incroyablement secs et intenses. L’ombre d’Edmund Lowe se dessinant sur la porte derrière laquelle l’attend son ami d’enfance, tous deux conscients de ce qui ne peut être évité : une image du niveau de la porte qui se referme sur la silhouette de Wayne à la fin de La Prisonnière du désert.

Vers sa destinée (Young Mr. Lincoln) – de John Ford – 1939

Posté : 1 juillet, 2014 @ 8:33 dans 1930-1939, BOND Ward, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Vers sa destinée

C’est l’un des sommets du cinéma fordien, un chef d’œuvre d’une beauté sidérante, nostalgique et ouvert sur l’avenir, à l’échelle d’un mythe et d’une simplicité étonnante à la fois. Depuis Le Cheval de fer, on savait la fascination qu’avait Ford pour Lincoln, figure majeure de la construction américaine.

Ce qui est beau avec ce film, c’est que Ford évoque, comme l’indique les titres français et original, la jeunesse d’une figure historique hors du commun, mais sans la moindre grandiloquence, sous les attraits d’un film de genre purement américain. Young Mr. Lincoln est un film sur la jeunesse d’un homme, mais aussi d’un pays : en empruntant les figures du western et du film de procès, genres typiquement américains, Ford plonge dans les racines de l’Amérique, pour dessiner le portrait d’un pays qui se construit dans la violence et dans la difficulté, grâce à des hommes comme Lincoln.

En dirigeant pour la première fois Henry Fonda, qui sera le héros de quelques chefs d’œuvre à venir, encore méconnu à l’époque, Ford choisit un visage modelable, dont il fait une sorte de statue, les traits à moitié dissimulés derrière un faux nez qui en fait une figure mythique, plus qu’un véritable personnage. Lincoln n’est effectivement pas un personnage comme un autre : le poids de son destin à venir est constamment présent, dans la moindre de ses paroles, dans le moindre de ses gestes.

Le sublime discours qu’il adresse à une foule en colère, sur le point de lyncher deux jeunes hommes, symbolise à lui seul tout ce que représente Lincoln dans l’inconscient populaire : un sage et un juste, qui devra faire face à la violence d’un peuple pour lequel il éprouve un amour immodéré. L’opposition entre cette figure au calme presque inhumain, et cette meute qui évoque la foule rendue folle d’un Fury (le chef d’œuvre de Lang sorti trois ans plus tôt), est bouleversant.

Si le film est si beau, c’est aussi parce que Ford n’est passé à côté d’aucun des grands moments du destin de Lincoln. Au contraire, chacune de ses étapes importantes fait l’objet d’un très grand moment de cinéma, à commencer par la mort du premier amour de Lincoln, Ann Rutledge, dont Ford choisit de ne rien montrer, préférant une ellipse extraordinaire, peut-être la plus belle de toute l’histoire du cinéma (ben oui). De la même manière, le premier discours de Lincoln, la manière dont il règle sa première affaire, sa première rencontre avec la famille de fermier qu’il défendra quelques années plus tard… Chaque étape renforce le caractère exceptionnel de l’homme, en même temps que son humanité.

Jusqu’à l’ultime image du film, sublime elle aussi : prêt à affronter son destin, le jeune Lincoln gravit une colline surplombant une ville où sa clairvoyance a amené la vraie justice, tandis que des nuages s’amoncellent, et que le tonnerre gronde au loin, évoquant les canons de la guerre civile à venir. La force de l’Histoire en marche et le plaisir simple du film de genre : c’est ce que Ford associe dans ce monument indépassable du cinéma.

Mogambo (id.) – de John Ford – 1953

Posté : 16 septembre, 2013 @ 2:03 dans 1950-1959, FORD John | Pas de commentaires »

Mogambo (id.) – de John Ford – 1953 dans 1950-1959 mogambo

Le succès des Mines du roi Salomon a donné des idées aux producteurs d’Hollywood : ainsi, l’Afrique pouvait être un argument commercial. De leurs côtés, plusieurs cinéastes aventuriers (Huston, Hawks plus tard) se sont engouffrés dans la brèche, et se sont offerts leur périple africain. Ford suit le mouvement, et le résultat est absolument merveilleux.

Des images superbes, des crépuscules bouleversants qui contrastent magnifiquement avec les lumières écrasantes du grand jour… Le travail sur la lumière fait partie des plus beaux de toute l’œuvre fordienne, et souligne impact de cet environnement à la fois féérique et hostile sur les relations humaines. Loin de chez eux, les personnages semblent constamment se dissimuler derrière des rideaux d’obscurité, des persiennes ou des moustiquaires, qui créent une étrange intimité.

Ford, lui, loin des studios, et loin de ses paysages westerniens habituels, fait ce qu’il a rarement fait avant : il se consacre entièrement aux sensations de ses personnages, à leurs attirances,t à leurs désirs, à leurs sensations. Débarrassé de toute velléité purement dramatique (à l’image du Hatari ! de Hawks, aux thèmes et au cadre remarquablement similaires), Ford ne tombe pas non plus dans l’excès de spectaculaire, se contentant de filmer son sublime triangle amoureux.

C’est magnifiquement réussi : la frustration d’Ava Gardner est déchirante ; Grace Kelly, blonde froide et coincée, révèle dans ce cadre inamical une sensualité qu’elle-même semble découvrir.

Clark Gable est à la hauteur de cet affrontement de beautés mythiques. Dans un rôle qu’il connaît parfaitement pour l’avoir déjà interprété trente ans plus tôt (Mogambo est un remake de La Belle de Saïgon de Victor Fleming, dont il tenait la vedette en 1932, en studios cette fois), il est un pur fantasme fordien, l’un de ces personnages qui ont fait les grandes heures d’Hollywood, et qui renvoie d’ailleurs directement à l’un des plus célèbres de tous : Rhett Butler, qui semble réapparaître lors d’un baiser fougueux entre Gable et Kelly sur fond de soleil couchant rougeoyant.

Riley the Cop (id.) – de John Ford – 1928

Posté : 4 juillet, 2013 @ 4:21 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Riley the Cop (id.) – de John Ford – 1928 dans 1920-1929 riley-the-cop

Tourné après des monuments comme Le Cheval de Fer, Les 3 Sublimes Canailles ou Quatre Fils, Riley the Cop fait figure d’aimable divertissement dans la filmographie muette de Ford. Le cinéaste aborde visiblement ce projet comme une récréation, et semble ne pas s’être investi à fond, même si on retrouve clairement ce qui fait l’esprit de beaucoup de ses films : un esprit frondeur irlandais qui définit nombre de ses personnages.

Riley est joué par J. Farrell McDonald (l’une des trois « sublimes canailles » de son western), mais ce pourrait être Victor McLaglen. Un Américain comme Ford les affectionne : marqué par ses origines irlandaises, porté sur l’alcool, et n’aimant rien tant que les amitiés viriles et les virées entre hommes.

Celui-ci est un flic de quartier, bonhomme et tir au flanc, qui a trouvé une sorte de havre de paix sur le trottoir dont il a la charge. Les dix premières minutes le montrent dans son « travail », côtoyant des habitants qu’il considère plus comme ses enfants, ou ses petits frères, que comme des suspects potentiels. Cette première partie, légère (comme tout le film) et pleine d’humour, est aussi curieusement assez émouvante : Ford filme une harmonie que l’on devine fragile.

Puis, Riley est chargé d’aller en Europe pour extrader l’une de ses ouailles, jeune homme amoureux parti retrouvé sa belle, mais arrêté pour un vol qu’il n’a pas commis. N’attendez pas qu’un semblant de suspense se mette en place : le film se résume essentiellement à une virée alcoolisée à Munich et à Paris, où Riley trouve l’amour (une Bavaroise au caractère bien trempé), tente de passer incognito mais est accueilli comme un prince par tous les policiers d’Europe qui reconnaissent en lui un confrère à la simple vue de ses (grandes) chaussures, boit énormément, et envisage de s’installer sur ce vieux continent qui n’a pas choisi cette loi si inhumaine de la Prohibition !

Bref, rien de sérieux à l’horizon. Riley the Cop est une rareté très mineure dans la filmo de Ford, très loin de ses chef d’œuvre, mais un film qui porte bel et bien la marque du cinéaste, son univers si personnel et chaleureux.

La Chevauchée fantastique (Stagecoach) – de John Ford – 1939

Posté : 19 avril, 2013 @ 1:12 dans 1930-1939, CARRADINE John, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

La Chevauchée fantastique (Stagecoach) – de John Ford – 1939 dans 1930-1939 la-chevauchee-fantastique-1

Que dire sur ce monument du western ? Treize ans après Trois sublimes canailles, Ford renoue avec un genre qu’il avait totalement délaissé depuis la fin du muet. Avec ces retrouvailles, le cinéaste signe une espèce de western définitif, qui rassemble toutes les grandes figures du genre : attaque d’Indiens, cavalerie à la charge, duel dans la nuit.

Surtout, Ford réunit dans une diligence tous les personnages typés du genre westernien : le hors-la-loi, le médecin alcoolique, le joueur de poker, le banquier hautain, le petit homme un peu lâche, la femme du monde qui arrive dans l’Ouest pour retrouver son mari, le shérif, le conducteur débonnaire, et la « fille » au passé sulfureux.

De ces stéréotypes, Ford fait des personnages à part entière, extraordinairement bien écrits et vivants. Le cinéaste a un vrai génie pour donner de la consistance au moindre second rôle de ses films, et pour créer des communautés éphémères, qui ont tout d’une vrai famille, avec ses attirances, ses inimitiés, ses engueulades, ses coups bas. Il est ici épaulé par des acteurs absolument formidables. De Claire Trevor (très émouvante) à Thomas Mitchell (forcément attachant), en passant par John Carradine (forcément fourbe), Berton Churchill (forcément détestable) ou Andy Devine (forcément bon bougre), que des grands acteurs, dans des rôles taillés sur mesure. Et que des habitués du cinéma de Ford.

la-chevauchee-fantastique-2 dans CARRADINE John

Et puis il y a John Wayne, bien sûr. L’acteur avait déjà fait quelques panouilles pour Ford à la fin du muet (notamment dans Hangman’s house), et avait déjà tenu la vedette de La Piste des géants pour Walsh, en 1930. Mais depuis près de dix ans, il enchaînait les westerns de série B (C ? D ?…) assez miteuses. C’est bien dans Stagecoach que Wayne devient un acteur puissant. Et une star par la même occasion.

D’ailleurs, on sent bien que Ford a décidé de faire de Wayne une star : l’acteur apparaît pour la première fois dans un travelling qui se termine en gros plan sur son visage impressionnant. Ce plan spectaculaire est de ceux qui créent les légendes…

Wayne est le vrai pivot d’un film qui combine merveilleusement l’intime et le spectaculaire, l’exiguïté de cette diligence avec l’immensité de Monument Valley, les drames personnels des personnages et les guerres indiennes qui font rage. Stagecoach est l’un des chef d’œuvre de Ford (et du western). De cette accumulation de figures obligées, Ford a tiré un film très personnel, et constamment inspiré. Un classique incontournable, oui.

Steamboat round the bend (id.) – de John Ford – 1935

Posté : 17 avril, 2013 @ 2:56 dans 1930-1939, FORD John | Pas de commentaires »

Steamboat round the bend (id.) – de John Ford – 1935 dans 1930-1939 steamboat-round-the-bend

Troisième et dernier film tourné par Will Rogers avec John Ford (l’acteur mourra peu avant la sortie du film, victime d’un accident d’avion), Steamboat round the bend s’inscrit dans la lignée des deux précédents (Judge Priest et Doctor Bull). Une nouvelle fois, Rogers est le symbole d’une Amérique rurale qui n’aspire qu’au calme et à la bonté.

Nouveau propriétaire d’un bateau à aube qu’il a acheté avec son neveu, il n’a plus qu’un rêve : fumer sa pipe et boire ses cafés dans la cabine, au fil des futurs voyages le long du fleuve. Un rêve qui est menacé lorsque son neveu, qui s’est amouraché d’une « fille des marais » un peu sauvageonne, est condamné à mort pour avoir tué un homme.

Cette Amérique-là n’a sans doute jamais existé, mais elle nous semble pourtant tellement familière et chaleureuse. C’est une contrée où le shérif (l’indispensable Eugene Pallette) confie la clé de sa cellule au prisonnier, en lui disant de s’installer où bon lui semble. Où une tentative d’évasion se termine par des excuses gênées. Où les prisonniers s’unissent dans un orchestre improvisé. Et où la survie d’un homme peut dépendre de l’issue d’une course de bateau le long du fleuve.

C’est du pur Ford, où se croisent des tas de figures familières : Rogers bien sûr, mais aussi Berton Churchill en prédicateur, et l’indispensable Francis Ford, une nouvelle fois en vieil alcoolique constamment ivre.

On y sent aussi constamment la complexité de Ford : son attachement pour une Amérique traditionnelle où les minorités n’ont pas le beau rôle (Stepin Fetchit dans son éternel emploi de « nègre » pour le moins discutable), est intimement lié à sa veine humaniste (la vision nuancée des « gens du marais »).

Surtout, Steamboat round the bend est un petit moment de pur plaisir cinématographique. Une invitation à côtoyer de doux dingues formidablement attachants, sur des eaux tranquilles et bienveillantes. Un voyage qui ne se refuse pas.

Le Forgeron du village (The Village Blacksmith) – de John Ford – 1922

Posté : 8 avril, 2013 @ 1:35 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Le Forgeron du village (The Village Blacksmith) - de John Ford - 1922 dans 1920-1929 the-village-blacksmith-2

(photogramme tiré d’une séquence disparue)

11 minutes : c’est tout ce qui a survécu de cette œuvre de jeunesse de Ford, long métrage dont la quasi-totalité semble avoir disparu à jamais. Mais l’unique bobine qui nous soit parvenue est impressionnante : The Village Blacksmith, ou ce qu’il en reste, est à placer parmi les très grandes réussites muettes de Ford. La perte des autres bobines n’en est que plus désolante.

Evidemment, on ne peut juger du film dans son ensemble, mais ce passage, qui correspond vraisemblablement à la fin du film, est tout simplement extraordinaire. On est apparemment en plein climax, et Ford nous livre un montage alterné ahurissant où plusieurs drames semblent se dénouer.

Les deux tiers de la bobine se déroulent durant une nuit sombre et orageuse, dans une campagne inquiétante. Durant ces quelques minutes, Ford filme un homme handicapé qui rampe dans la boue animé par une rage peu commune (vision qui paraît tout droit sortie d’un film de Tod Browning) ; une jeune femme foudroyée ; une bagarre à main nue sous la pluie ; un père et son fils battant à coup de cravache et avec un sourire incroyablement sadique le jeune handicapé cloué au sol ; le père de celui-ci traînant les deux salauds à travers la nuit menaçante…

the-village-blacksmith-1 dans FILMS MUETS

(image tirée de l’unique bobine rescapée)

Au sommet de son art, déjà, Ford compose des images inoubliables qui impressionnent, même si l’enjeu dramatique reste relativement obscur. On devine quand même que le jeune handicapé (qui retrouvera l’usage de ses jambes grâce à son frère chirurgien) et son père, des gens modestes visiblement, ont été accusés à tort d’avoir volé de l’argent destiné aux bonnes œuvres, et que ce vol a en fait été commis par les membres d’une famille nettement plus « respectable ».

Mais tout ça finit bien : après cette séquence mémorable, Ford conclut son film par une fête comme il les aime. Un mariage filmé avec légèreté, et où on devine l’esprit de communauté cher à Ford, avec ses gueules irlandaises (notamment celle de Francis Ford, le grand frère, qui n’était pas encore cet éternel vieillard alcoolique à la barbe blanche, figure incontournable des films de John) et ses amitiés viriles.

Cette ultime bobine de The Village Blacksmith est une rareté, évidemment. C’est aussi un témoignage précieux qui rappelle que, même si quelques films sont encore miraculeusement retrouvés (Upstream, récemment), la grande majorité des œuvres muettes de Ford, comme de beaucoup d’autres cinéastes, est sans doute irrémédiablement perdue.

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962

Posté : 19 mars, 2013 @ 6:48 dans 1960-1969, FORD John, HATHAWAY Henry, MARSHALL George, STEWART James, THORPE Richard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962 dans 1960-1969 la-conquete-de-louest

La démesure est le mot qui définit le mieux ce western hors norme, expérience à peu près unique dans l’histoire du cinéma. Près de trois heures de métrage, un écran qui n’en finit plus de s’élargir (le film est tourné en Cinérama, un procédé qui a fait long feu, qui implique l’utilisation de trois caméras simultanément, et la projection sur trois écran, plongeant ainsi le spectateur au cœur de l’action), des tas de stars parfois réduites à des apparitions (John Wayne, James Stewart, Henry Fonda, Gregory Peck et beaucoup, beaucoup d’autres), et même trois grands réalisateurs : Ford, Hathaway et Marshall.

L’ambition, surtout, est de réunir dans un même film toutes les grandes figures du western. A travers le destin d’une famille de pionniers, c’est toute la conquête de l’Ouest qui est racontée : plus de trente ans d’épopée à travers trois générations de cette famille Prescott : Agnes Moorehead, Karl Malden et leurs descendants.

Le long voyage des colons, les guerres indiennes, la guerre civile, la construction du chemin de fer, l’arrivée de la loi dans l’Ouest encore sauvage… Le film est une suite de cinq épisodes inégaux et à peu près indépendants (la famille Prescott sert de fil conducteur) auxquels il manque sans doute un peu plus de cohérence. Mais à travers ces destins hors normes, c’est toute l’histoire américaine du XIXème siècle que le film retrace, rien moins.

Hathaway signe la majeure partie du film : trois des cinq épisodes qui ouvrent et ferment le film, lui donnant ses bases et son rythme. Ford, lui, signe le plus court, et visuellement le plus impressionnant : celui consacré à la guerre civile, dont on ne voit pas grand-chose, si ce n’est les conséquences sur les hommes. Pas de scène de bataille, dans cette parenthèse très sombre, mais deux dialogues en parallèle, au soir de la bataille de Shiloh, l’une des plus meurtrières de toute cette guerre : le général Sherman (Wayne) qui réconforte le général Grant, et deux soldats de base, l’un Nordiste l’autre Sudiste, qui partagent la même horreur des combats. C’est là que figure le plus beau moment du film : le jeune Nordiste (George Peppard) boit de l’eau dans la rivière, lui trouve un goût étrange, et réalise qu’elle est rouge du sang des centaines de morts…

Quant à l’épisode consacré au chemin de fer (signé Marshall), il est le plus spectaculaire, utilisant merveilleusement le Cinerama dans une séquence de fusillade sur le train lancé à pleine vitesse. Impressionnant, comme cette hallucinante cavalcade de centaines de bisons qui dévastent tout sur leur passage, ne laissant derrière eux que morts et ruines.

Pourtant, malgré sa démesure et ces quelques morceaux de bravoure, cette énorme production laisse un sentiment nostalgique et cruel. Ce qui marque dans cette épopée de l’Ouest américain, ce sont les sacrifices humains, et le poids du temps qui passe. Les hommes meurent, laissant les femmes passer le témoin à leur place. Les générations passent, et c’est avec ces morts que la société avance, pour le meilleur ou pour le pire.

Pas de grand héroïsme ici. Même les plus braves (comme le personnage de James Stewart), qui accomplissent les actions les plus nobles, meurent seuls. Le film, qui se veut une ode à l’esprit d’entreprise des pionniers américains, porte clairement la marque de vieux briscards qui ne se font plus guère d’illusion sur la vie et leur place dans le monde…

Quatre hommes et une prière (Four Men and a prayer) – de John Ford – 1938

Posté : 11 mars, 2013 @ 3:42 dans 1930-1939, CARRADINE John, FORD John, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

Quatre hommes et une prière (Four Men and a prayer) – de John Ford – 1938 dans 1930-1939 quatre-hommes-et-une-priere

Film de commande, a priori loin de l’univers de Ford, d’autant plus que les héros sont des frères d’une grande famille anglaise… un comble pour cet Irlandais de cœur et d’esprit, dont l’œuvre est bien plus marquée par l’amour de la verte Erin.

Quatre frères, donc (dont George Sanders et David Niven), qui enquêtent à travers le monde pour réhabiliter le nom de leur père (C. Aubrey Smith), grand militaire mort dans le déshonneur.

Cette enquête internationale concerne une sombre histoire de trafic d’armes, étonnamment obscure et complexe pour une œuvrette qui, la plupart du temps, reste très légère. Une complexité quasi parodique, comme si Ford cherchait délibérément à nous éloigner de l’intrigue, au profit d’une étude de caractère pleine de charmes, de légèreté et d’ironie, que résume admirablement le personnage de Loretta Young, formidable et belle comme c’est pas permis.

Une petite légèreté, où Ford impose sa marque, notamment lors d’une scène de bagarre mémorable dans un bar, portée par l’Irish et Fordien Barry Fitzgerald.

Mais la plus belle scène, inattendue et marquante, se passe sur une île d’Amérique du Sud, en proie à la Révolution. Un décor de carte postale, que Loretta Young  découvre avec une excitation de touriste. Et soudain, elle prend conscience de la réalité, de sa violence et de sa cruauté, en assistant à un massacre épouvantable… Cette soudaine immersion dans la noirceur et l’horreur est d’autant plus frappante et dure qu’elle fait irruption soudainement, au cœur d’un océan de faux semblants.

Pas une œuvre majeure, non, mais un petit film gonflé et insolent, derrière des apparence un rien inconséquentes.

La Patrouille perdue (The Lost Patrol) – de John Ford – 1934

Posté : 1 février, 2013 @ 11:20 dans 1930-1939, FORD John | Pas de commentaires »

La Patrouille perdue (The Lost Patrol) – de John Ford – 1934 dans 1930-1939 la-patrouille-perdue

C’est l’un des films les plus dépouillés de Ford, tourné à une époque de transition pour lui (entre ses chefs d’œuvre du muet et ses grands classiques à venir à partir de la fin des années 30), où il touchait à tous les genres, tous les styles, tous les tons.

Considéré, à l’époque, comme l’un des meilleurs films de cette année 1934, La Patrouille perdue est à la fois une œuvre atypique dans les films fordiens (pas de femme, même si elles sont souvent évoquées ; une unité de lieu et de temps ; et un dispositif étonnant de huis-clos à ciel ouvert), et un film très représentatif de l’univers de Ford : ce qu’il filme ici, comme souvent dans sa carrière, c’est un groupe d’hommes réunis par les circonstances.

L’action se déroule durant la Grande Guerre, dans les grandes étendues désertiques de la Mésopotamie. Mais le contexte historique n’est qu’un prétexte. Ce qui compte pour Ford et son scénariste Dudley Nichols (c’est leur première collaboration), c’est de s’attacher à ce groupe de soldats perdus dans un univers qui n’est pas le leur, et où la menace (des soldats arabes qu’on ne verra jamais avant les toutes dernières minutes) est omniprésente.

Après avoir erré dans les dunes de sables, ces hommes dirigés par Victor McLaglen se réfugie dans une oasis, sans grand espoir de s’en sortir. Les soldats se font descendre, l’un après l’autre, mais Ford ne s’intéresse pas aux combats, réduits à leur plus simple illustration (un coup de feu, un corps qui tombe). Il reste constamment à hauteur d’homme, soulignant avec infinie délicatesse la peur grandissante de ces hommes confrontés à leur propre mort.

Réalisé avec une belle économie de moyens, dans des décors (l’oasis) simples et beaux, le film est passionnant et d’une grande délicatesse, porté par des comédiens d’une grande justesse. Seul bémol : l’interprétation outrancière, qui supporte mal l’épreuve du temps, de Boris Karloff, bien moins à l’aise en soldat taraudé par sa foi qu’en créature de Frankenstein.

123456
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr