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Archive pour la catégorie 'FORD John'

Les Deux Cavaliers (Two rode together) – de John Ford – 1961

Posté : 18 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Deux Cavaliers

La Prisonnière du désert est un chef d’œuvre, l’un des plus beaux films de Ford, sans doute son plus beau western. Mais ce monument consacré à l’obsession d’un homme ne fait qu’évoquer un thème souvent présenté comme centrale, à tort : le sort réservé aux blancs enlevés par les Indiens, et leur hypothétique retour à « la civilisation » après des années de vie captive au sein d’une tribu.

Les Deux Cavaliers est en quelque sorte le prolongement de ce chef d’œuvre, et l’occasion pour Ford d’aller au bout de cette question. Et si la représentation des Indiens eux-mêmes restent très hollywoodienne (les deux chefs sont incarnés par le blanc Henry Brandon, qui retrouve un rôle similaire à celui de The Searchers, et par le noir Woody Strode), le ton est sombre, et l’approche de Ford sans concession, et sans manichéisme.

La peinture presque caricaturale est contrebalancée par un refus de magnifier le drame. L’approche visuelle simple et sans fioriture, aux antipodes de La Prisonnière…, sonne moins comme du laisser-aller de la part du cinéaste (comme beaucoup de critiques l’affirment) que comme une volonté d’aborder ce thème sombre avec sincérité et respect. Respect que l’on ressent constamment vis-à-vis des Indiens.

Ford les respecte jusque dans l’horreur de leurs actes, bien plus qu’il ne respecte l’hypocrisie et la mesquinerie des bons Américains bien comme il faut, finalement bien plus cruels avec cette jeune captive que ne l’était son pourtant terrible conjoint comanche… Mine de rien, le film propose un point de vue assez radical et bouleversant sur un sujet complexe.

Radical, Ford l’est aussi dans sa manière d’étirer les situations et les dialogues. Quel grand cinéaste populaire, aujourd’hui, se permettrait un plan fixe de près de cinq minutes cadrant deux acteurs assis côte à côte, au bord d’une rivière qu’on voit à peine, et parlant nonchalamment de broutilles sans réel rapport avec l’histoire, sans enjeu dramatique ? Ford le fait, avec deux très grands acteurs (Richard Widmark et James Stewart, qu’il dirige pour la première fois), et cela donne un grand et beau moment de cinéma, simple et enthousiasmant.

Toute la première partie instaure d’ailleurs une atmosphère apaisée et bienveillante. La patte d’un immense cinéaste sûr de son art, qui sait prendre son temps et trouvant, toujours, le ton et le rythme justes. Souvent oublié dans la liste des grands westerns de Ford (lui-même n’était pas tendre avec le film), Les Deux Cavaliers est pourtant une merveille, atypique et passionnante. Un film assez formidable, où Stewart atteint de réjouissants sommets de cynisme. « Est-ce que l’argent peut vous faire changer d’avis ? -… Oui ! »

La Prisonnière du Désert (The Searchers) – de John Ford – 1956

Posté : 21 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Prisonnière du désert

The Searchers serait l’un des plus grands westerns de toute l’histoire du western, affirment certains. A revoir le film pour la énième fois (et la première fois depuis longtemps), il faut bien reconnaître que : a) c’est vrai ; b) c’est réducteur. The Searchers est l’un des grands chefs d’œuvre du western, mais aussi un immense film tout court, et l’un des plus beaux films en couleurs. L’un de ceux où la couleur est le mieux utilisée, déclenchant à elle seule (et dans les superbes compositions d’images) des torrents d’émotion.

A revoir le film, aussi, ce qui frappe le plus, c’est l’importance du hors champs. Les morts, la violence, et même les discussions cruciales… Quasiment toutes les actions marquantes de l’histoire se déroulent en dehors du champs, ou hors de portée de voix. The Searchers donne le sentiment d’être un film ample et spectaculaire. Pourtant, Ford élude l’action pour se focaliser sur les visages, les corps, les âmes de ses personnages.

Et il offre au passage à John Wayne son plus grand rôle, sans doute : celui d’un homme qui ne trouve pas la paix, ni le repos. Un homme lancé sur la piste d’Indiens qui ont enlevé sa jeune nièce et massacré sa famille. Une quête qui dure des années… Ford filme le temps qui passe en donnant corps aux saisons. Les images sont d’une beauté renversante.

Visuellement, formellement, Ford renoue avec ses grands films d’avant-guerre, y ajoutant des couleurs, flamboyantes ou glaciales. C’est peut-être le plus abouti de tous films. On y trouve tous ses thèmes et motifs (le rapport aux morts, l’obsession, et même une scène de bal), ses acteurs fétiches (Ward Bond, Olive Carey, Hank Worden, Ken Curtis, John Qualen, Harry Carey Jr…), Monument Valley bien sûr, filmé comme jamais.

C’est comme si toute l’œuvre de Ford, en tout cas son œuvre westernienne, atteignait son apogée ici. Un bémol, un seul dans ce chef d’œuvre ultime : le personnage de Debbie, devenue grande sous les traits de Natalie Wood, qui peine à rendre crédible son tiraillement entre sa vie de Comanche et ses liens de sang. Qu’importe : ce qui marque surtout, c’est le regard de John Wayne, sombre et douloureux.

Et cette démarche, chancelante, un peu paumée, dans l’encadrement de cette porte qui se reforme sur un Monument Valley soudain étouffant… Magnifique.

Alamo (The Alamo) – de John Wayne – 1960

Posté : 19 septembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John, WAYNE John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Alamo

John Wayne l’avait dans les tripes, ce film. À l’image de Davy Crockett évoquant avec ferveur l’effet que le mot République lui procure, la star s’y livres sans doute comme jamais. Davy Crockett (mais aussi Jim Bowie), c’est l’incarnation de l’homme américain tel que le voit Wayne. Alamo est plus qu’un baptême du feu derrière la caméra pour lui, c’est une sorte d’aboutissement, de synthèse, de sommet de tout ce qu’il a fait.

Bien sûr il a un paquet d’authentiques chefs d’œuvre derrière lui, et quelques-uns à venir, mais Alamo est son grand œuvre à lui : un film qu’il a porté pendant plus de quinze ans avant de pouvoir, enfin, en assurer la paternité. Première mise en scène, donc. Et du scénario de son complice James Edward Grant, il tire un western ambitieux, ample et intime à la fois, maîtrisé de bout en bout, et simplement formidable.

2h40 qui passent comme un souffle. Alamo est un film d’une fluidité parfaite. John Wayne maîtrise si bien son sujet que tout semble naturel, dans sa narration. Dans les scènes épiques, ou des centaines de figurants apparaissent, sa caméra épouse le spectaculaire décor avant de se recentrer sur deux, ou trois personnages, créant immédiatement une sorte d’intimité.

Le trio principale (Wayne, Richard Widmark et Laurence Harvey) et les second rôle (Guinn Williams, Hank Worden, Ken Curtis… que du bon) sont formidables. Mais la mise en scène l’est aussi. Les batailles, amples et fluide. Les face à face, intimes et pleins de tension. Les scènes nocturnes, surtout, d’une grande beauté visuelle… John Wayne réussit sur tous les tableaux.

Longtemps, la paternité du film a été mise en doute, la présence de John Ford sur le plateau laissant planer le doute sur les talents véritables de Duke. Il semble au contraire que Wayne ait confié quelques plans secondaires à son mentor, histoire de se débarrasser de cette présence écrasante. Alamo, c’est bien le film de John Wayne. Et c’est un chef d’œuvre.

The Craving (id.) – de Francis Ford (et John Ford) – 1918

Posté : 22 mai, 2020 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD Francis, FORD John | Pas de commentaires »

The Craving

Parfois attribué à John Ford, The Craving est sans doute l’œuvre exclusive de Francis Ford, le grand frère, celui qui a amené le grand John (Jack à l’époque) à se lancer dans le cinéma. Ce dernier était déjà réalisateur (et déjà grand) : antérieur à The Craving, on connaît Straight Shooting et Bucking Broadway, deux westerns formidables. Il a toutefois participé d’une manière ou d’une autre au tournage de The Craving, apparemment comme assistant réalisateur de son frère, co-scénariste, et peut-être co-réalisateur…

Quoi qu’il en soit, le film n’a rien de fordien. Enfin si, peut-être, mais pas du Ford que l’on connaît : l’autre, le frangin, celui dont on ne connaît que très peu des films qui lui ont valu une certaine gloire dans les années 1910, celui que Ford (le vrai, le grand) fera travailler souvent en lui confiant des rôles de vieux poivrots barbus.

Dans The Craving, Francis Ford n’est pas encore barbu, mais il est déjà poivrot. Un héros, qui terrassera le méchant et emballera la fille. Un scientifique, inventeur d’un explosif puissant dont le méchant convoite la formule. Mais un poivrot, qui picole jusqu’à être pris de crises de delirium tremens.

L’histoire, compliquée et sans grand intérêt, semble n’exister que pour aboutir à ces moments de délire éthylique, où les visions du Francis donnent lieu à des trucages qui font leur petit effet. De simples transparences, bien sûr, mais que l’aîné des Ford filme avec un vrai sens du cadre et de l’effet.

Le film manque de rythme, pêche par un scénario un peu con en plus d’être embrouillé, mais quelques scènes sont de grandes réussites. Celle où Francis regarde de minuscules danseuses s’ébattre dans son verre en est une. Celle où il s’imagine (en deux exemplaires) hanter les champs de batailles d’Europe en est une autre.

Pourtant, c’est peut-être lorsqu’il se filme face à un miroir dans des plans de trois-quarts dos assez dynamiques, que Ford est le plus percutant. Ou lorsqu’il enchaîne les gros plans dans une scène de restaurant, créant immédiatement une tension forte entre ses personnages.
Pas du grand art, non, mais une belle curiosité, et un film qui donne envie d’en voir plus de l’autre Ford.

Maman de mon cœur (Mother Machree) – de John Ford – 1928

Posté : 4 mai, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Mother Machree

Ford est immense. Cela se mesure au bonheur que l’on a de voir cette rareté. Cela se mesure aussi à la frustration que l’on a de ne pouvoir en voir qu’une petite partie. Une petite demi-heure, soit quatre séquences, les seules à avoir survécu.

C’est déjà plus que la majorité des films muets de Ford bien sûr, mais c’est bien peu au vu de la beauté et de la puissance visuelle de ce qui reste. La première scène, surtout, qui trouve sa place dans le panthéon des grands moments fordiens.

Dans une Irlande telle que la rêve Ford, une femme de pêcheurs et son fils attendent le retour du père. La tempête éclate, le drame survient… Ce drame, Ford ne le filme qu’à travers le regard de cette jeune femme dont on pressent le destin tragique. La pluie qui martèle les carreaux, des éclairs comme des coups de poignards, et l’annonce du drame, qui se limite à l’apparition des tenants de l’ordre, prêtre et gendarmes…

Après une première séquence aussi forte, Ford réussit à garder une belle intensité. La veuve et son fils partent vers l’Amérique et croisent en route un ogre de cirque, le grand Victor McLaglen, qui tombe amoureux de la belle et la suivra de l’autre côté de l’océan. Leur relation donne quelques passages plus légers, plein d’humour et de tendresse. Mais, une fois sur le sol américain, c’est surtout le manque de l’Irlande qui se dégage de ces deux-là.

En Amérique, où la mère courage ne retrouve pas l’humanité de la Verte Érin. Pas de grandes scènes dramatiques ou lyriques pour illustrer ce manque : juste un escalier interminable que notre héroïne, fatiguée, ne gravit que pour trouver porte close.

Dommage, quand même, qu’une grande partie du film ait disparu. La dernière séquence nous retrouver notre héroïne des années plus tard, dans une grande demeure dont on ne comprend pas trop si elle en est la propriétaire ou si elle y est gouvernante, ni de quoi parlent les jeunes gens qui s’y retrouvent.

Ce qu’on comprend en voyant le film, en revanche, c’est que son fils est devenu un jeune homme à la belle prestance, et qu’il chante (bien) une jolie chanson à la gloire des mères courages, un chant (seul passage vraiment sonore dans ce film muet) qui émeut la maman aux larmes. Rideau…

Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath) – de John Ford – 1940

Posté : 14 avril, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, FORD John | Pas de commentaires »

Les Raisins de la colère

Grand livre, grand film, grand sujet, grand réalisateur, grands acteurs, grands dialogues… Que voulez-vous rajouter de plus : Les Raisins de la colère, c’est le genre de films qui font la grandeur du cinéma. A la fois une œuvre importante par sa portée sociale, et un spectacle d’une beauté stupéfiante.

Quelles images viennent immédiatement en tête quand on évoque la Grande Dépression ? Les portraits de la photographe Dorothea Lange, et la famille Joad sur la route, filmée par un John Ford au sommet de son art. C’est le Ford de la Fox, celui dont le style a été marqué par une rencontre avec Murnau, avec des images profondément stylisées. La moindre image, dans ce film, pourrait être accrochée à un mur et symboliserait à elle seule les drames humains de la Dépression.

Cinéaste humaniste, Ford s’est passionné pour l’histoire de la famille Joad, aussi parce qu’elle résonne avec celle des millions d’Irlandais forcés de quitter leurs terres quelques décennies plus tôt. Les Joad, et leur fils aîné Tom en tête, sont le symbole des laissés pour compte du capitalisme. La tirade finale de Henry Fonda a tout du plaidoyer. Celle de Jane Darwell, sa mère de cinéma, tout autant. Deux personnages universels, deux acteurs extraordinaires que Ford filme plus que comme des héros : comme des symboles, d’une humanité extraordinaire.

Visuellement, le film est une splendeur, l’un des plus beaux de Ford. Mais plus encore que sa beauté plastique, c’est son humanité qui marque les esprits. La manière dont Ford filme le moindre second rôle, avec une empathie totale. Que ce soit le révérend qui a tourné le dos à dieu (John Carradine), les grands-parents que la mort réunit, le policier forcé de faire respecter une loi à laquelle il n’adhère pas (Ward Bond), ou même le beau-frère qui fuit ses responsabilités de père… Ford aime ses personnages, tous.

Le film ne personnifie jamais le Mal dont sont victimes les petites gens, qui ont tout perdu. Si le fermier que joue John Qualen est devenu fou d’avoir perdu sa terre, c’est aussi parce qu’il n’a personne vers qui se retourner. Les propriétaires ? Les banques ? Les actionnaires ? Le capitalisme, en fait. Et comment menacer le capitalisme avec un simple fusil ?

Henry Fonda était déjà le symbole d’une certaine Amérique (notamment depuis Vers sa destinée). Il devient ici celui des laissés pour compte. Il est d’autant plus impressionnant qu’il reste le plus souvent en retrait, témoin de son époque, victime qui ne se révolte que du mal que l’on fait aux autres. Un homme bien, qui devient un symbole lorsqu’il disparaît dans l’ombre. « Là où on se bat pour que des gens qui ont faim puissent manger je serai là. Là où un policier frappe un type je serai là… »

Vers la mort / Le pionnier de la Baie d’Hudson (North of Hudson Bay) – de John Ford – 1923

Posté : 30 mars, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

North of Hudson Bay

Dans la série des raretés signées Ford, ce North of Hudson Bay a bien belle allure. Certes, le film a en partie disparu (il n’en reste que 40 minutes, version tronquée et amputée de sa dernière partie). Mais même en l’état, ce film d’aventures dans le Grand Nord canadien s’impose comme le digne pendant nordique de The Iron Horse ou Three Bad Men, ses grands westerns muets. Et puis la version survivante, si incomplète soit-elle, permet de suivre l’intrigue sans problème, ce qui est déjà une bonne chose.

L’histoire, c’est donc celle d’un jeune aventurier que joue Tom Mix, et qui décide de partir vers le Grand Nord pour rejoindre son frère (Eugene Pallette, dont on croit déjà percevoir la truculence de la voix, même sans le son). Ce dernier vient de trouver un énorme filon dans la mine qu’il exploite avec son partenaire. De quoi attiser la convoitise des salauds de ce bout du monde, notamment le potentat local, qui imagine un ingénieux système pour que la lumière du soleil déclenche, en son absence, un fusil habilement disposé.

Lorsque Tom Mix arrive, c’est pour découvrir que le frangin a été assassiné, et que c’est son partenaire qui est accusé du crime, condamné à la « marche de la mort » : obligé de s’enfoncer dans la nature hostile jusqu’à ce que mort s’ensuive. Bien sûr, le Tom va s’en mêler, comprendre l’imposture, affronter les éléments et les méchants, séduire la belle (qui n’est autre que la nièce du machiavélique basterd), et triompher.

Enfin on le suppose, parce que c’est en pleine action que le métrage survivant s’arrête. Certes, notre couple semble alors provisoirement tiré d’affaires, mais les méchants sont toujours là, la nature est toujours hostile, et on sort alors d’une longue séquence d’action franchement bluffante qui rend cette fin abrupte particulièrement frustrante.

Dans les minutes qui précèdent, on a quand même vu Tom Mix affronter une meute de loups à mains nus (dans une tanière très cinégénique, John Ford n’est sans doute jamais aussi enthousiasmant que quand il a des ombres à filmer), puis se battre avec deux méchants armés dans la neige, et enfin se lancer en canoë à la poursuite de la belle perdue dans les rapides…

Le sens de l’action de Ford est la grande force de ce film, qui commence pourtant un peu mollement, autour de l’une de ces figures maternelles tragiques comme les aime le cinéaste, mais avec une utilisation trop abondante d’intertitres. Mais dès qu’il s’agit de filmer l’action et la violence, Ford se réveille, de la manière la plus inventive et brutale qui soit, à l’image de Tom Mix dégondant une porte pour s’en servir comme d’un bouclier et foncer vers des hommes armés.

De quoi faire regretter, outre les scènes manquantes, que ce North of Hudson Bay soit l’unique occasion de découvrir les étincelles que provoque la rencontre entre John Ford et Tom Mix. Les deux hommes, qui sont pourtant deux des plus grands noms du western ces années-là, n’ont travaillé ensemble que sur deux films. Le premier, Three jumps ahead (un « vrai » western celui-là) est considéré comme perdu.

Tête brûlée (Air Mail) – de John Ford – 1932

Posté : 9 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, FORD John | Pas de commentaires »

Air Mail

Ford ne pouvait pas passer à côté d’un tel sujet : l’aéropostale, ses pionniers, groupe d’hommes prêts à braver la mort pour accomplir leur mission. Le genre de microcosme qui a toujours inspiré le cinéaste, et pas seulement dans ses films sur la cavalerie. La preuve…

Encore que, dans Air Mail, la camaraderie en prend, dans la première partie en tout cas, un sacré coup dans l’aile. Les bravent se crashent dans des séquences spectaculaires et surtout très forte émotionnellement (la première surtout, où le boss vide son pistolet sur son pote, en train de brûler vif, pour lui éviter les pires souffrances…). Restent les salauds.

Parmi les personnages : un pilote étrangement discret, dont on découvre qu’il a autrefois sauté d’un avion en péril en abandonnant tous ses passagers à une mort certaine… Et un nouveau venu, joué par Pat O’Brian (quatre ans avant Brumes, autre film sur le sujet que signera Hawks), frimeur dragueur qui se réjouit de la mort de son rival et se contrefout de ce pour quoi ses partenaires sont prêts à mourir : le courrier.

Durant la première heure, Ford cantonne à peu près son film aux bureaux de l’aéroport en plein désert, huis clos qui met en évidence les amitiés, les tensions, les personnalités de chacun. Des hommes, donc. Les rares femmes sont cantonnées à des rôles de faire-valoir qui collent bien avec le sujet : pas de place pour elles dans cet univers d’hommes entièrement dévoués à leur cause. Pas même pour la jolie Gloria Stuart, nettement plus jeune que dans Titanic (qui lui vaudra une nomination à l’Oscar… 65 ans plus tard).

Ford est aussi inspiré dans ce huis clos que dans la dernière partie, nettement plus épique. Mike, le héros (Ralph Bellamy), est coincé en pleine montagne après un crash. Personne n’est capable de se poser à proximité pour le sauver, aucun pilote, si ce n’est son pire ennemi, Pat O’Brien…

Héroïsme, suspense, rédemption… avec toujours une pointe d’humour très fordienne. Un scénario en or pour le cinéaste, que signe Frank Wead, cet ancien pilote qui écrira aussi le scénario de Brumes, et dont la vie inspirera à Ford son beau L’Aigle vole au soleil.

L’Homme aux camées (Cameo Kirby) – de John Ford – 1923

Posté : 7 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Cameo Kirby

Le film ayant été vu dans une copie aux images particulièrement dégueulasses, l’avis qui suit pourrait être soumis à révision. Mais Cameo Kirby ne semble pas être un Ford absolument majeur. Tourné juste avant ses grands classiques du muet (Le Cheval de fer notamment, dès l’année suivante), le film a quand même une petite importance cinématographiquement parlant : c’est le premier signé John Ford, et plus Jack Ford.

Cela n’a l’air de rien, mais ce petit changement symbolise quand même les ambitions grandissantes du cinéaste, qui aspire désormais à des sujets plus amples, et à des formes (encore) plus élaborées. Cette ambition n’est vraiment perceptible ici que par moments, en particulier lors d’une séquence d’embuscade et de poursuite d’une grande virtuosité, longue séquence centrale où le sens du rythme et du cadrage de Ford fait des merveilles.

On la retrouve aussi (cette ambition) dans la dernière séquence, avec l’apparition de la belle dans le reflets d’un puits, image poétique et romantique assez magnifique qui clôt le film de la plus belle des manières.

D’une manière générale, toutes les scènes tournées en extérieur sont très réussies, Ford utilisant joliment ses décors (souvent boisés) qu’il baigne d’une chaude lumière traversant le feuillage des arbres.

Les toutes premières images sont ainsi pleines de promesses. En une poignée de plans simples et courts, Ford fait ressentir la douceur de vivre au bord du fleuve de ce Sud qu’il l’inspirera aussi pour ses trois films avec Will Rogers, et notamment pour Steamboat round the bend.

Mais les scènes d’intérieur sont pour la plupart nettement plus convenues, et souffrent d’un rythme beaucoup plus lâche. A une exception près quand même : ce plan large impressionnant où le héros, joué par John Gilbert, plombe tranquillement l’homme qui l’agressait au couteau…

On sent bien aussi que Ford n’ait pas particulièrement stimulé par la suavité de Gilbert, loin des héros fordiens habituels. Malgré toutes les qualités évidentes du film, il manque quand même cette petite touche fordienne d’un cinéaste qui semble par moments s’ennuyer sans sa troupe habituelle de comédiens.

A l’assaut du boulevard (Bucking Broadway) – de John Ford – 1917

Posté : 4 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bucking Broadway

Avec John Ford, la notion « d’œuvre de jeunesse » n’a finalement pas grand sens, tant ses premiers films sont, déjà, exceptionnels, loin au-dessus de la production de l’époque… Seule une poignée de ses premiers films a survécu. Et plus encore que dans Straight Shooting, le premier de ces films survivants, Bucking Broadway est un western d’une maîtrise totale.

La comparaison entre ces deux premiers films connus de Ford est incontournable. Pas seulement parce que les deux mettent en scène le fidèle compagnon des premières années Harry Carey dans son rôle de Cheyenne Harry. Mais aussi et surtout parce que les deux films illustrent déjà la cohérence visuelle et thématique du cinéma de Ford.

Comme dans le précédent, on retrouve dans Bucking Broadway l’attachement de Ford pour les grands espaces, qu’il filme comme personne à l’époque (ou depuis), jouant de la profondeur de champs comme des plongées avec un art exceptionnel de la mise en scène. On retrouve aussi, comme dans le précédent, un plan cadrant la silhouette d’un homme dans l’encadrement d’une porte ouverte sur la nature, que l’on retrouve régulièrement jusqu’à The Searchers, bien sûr…

Mais plus encore que Straight Shooting, Bucking Broadway affiche une ambition esthétique et une richesse narrative hors du commun de la part de Ford, qui passe de la comédie au drame dans un même élan, ce qui sera toujours l’une des forces de sa filmographie. Dans la scène de fiançailles, il filme le visage de Carey passant de la joie à la gravité comme il le fera de celui de Ward Bond, John Wayne ou Henry Fonda dans tant de films (pensons à la scène du bal de Fort Apache par exemple), créant à cette occasion l’un de ces moments de grande camaraderie qui peupleront son cinéma.

Peut-être, sans doute même, le film n’existe-t-il au fond que pour ces quelques plans montrant des cowboys du Wyoming chevauchant au milieu des voitures sur Broadway (tournés à Los Angeles, mais qu’importe)… Mais Ford ne néglige aucun passage. Ni cette très belle scène intime entre Harry et sa promise, filmée à la seule lumière de la bougie. Ni la grande bagarre finale d’anthologie. Ni le moment où Harry retrouve l’espoir de conquérir sa belle et saute dans un train en marche…

Ford filme tout ça avec la même intensité, la même puissance visuelle. Un grand, dès 1917.

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