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Archive pour la catégorie 'FORD John'

L’Homme aux camées (Cameo Kirby) – de John Ford – 1923

Posté : 7 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Cameo Kirby

Le film ayant été vu dans une copie aux images particulièrement dégueulasses, l’avis qui suit pourrait être soumis à révision. Mais Cameo Kirby ne semble pas être un Ford absolument majeur. Tourné juste avant ses grands classiques du muet (Le Cheval de fer notamment, dès l’année suivante), le film a quand même une petite importance cinématographiquement parlant : c’est le premier signé John Ford, et plus Jack Ford.

Cela n’a l’air de rien, mais ce petit changement symbolise quand même les ambitions grandissantes du cinéaste, qui aspire désormais à des sujets plus amples, et à des formes (encore) plus élaborées. Cette ambition n’est vraiment perceptible ici que par moments, en particulier lors d’une séquence d’embuscade et de poursuite d’une grande virtuosité, longue séquence centrale où le sens du rythme et du cadrage de Ford fait des merveilles.

On la retrouve aussi (cette ambition) dans la dernière séquence, avec l’apparition de la belle dans le reflets d’un puits, image poétique et romantique assez magnifique qui clôt le film de la plus belle des manières.

D’une manière générale, toutes les scènes tournées en extérieur sont très réussies, Ford utilisant joliment ses décors (souvent boisés) qu’il baigne d’une chaude lumière traversant le feuillage des arbres.

Les toutes premières images sont ainsi pleines de promesses. En une poignée de plans simples et courts, Ford fait ressentir la douceur de vivre au bord du fleuve de ce Sud qu’il l’inspirera aussi pour ses trois films avec Will Rogers, et notamment pour Steamboat round the bend.

Mais les scènes d’intérieur sont pour la plupart nettement plus convenues, et souffrent d’un rythme beaucoup plus lâche. A une exception près quand même : ce plan large impressionnant où le héros, joué par John Gilbert, plombe tranquillement l’homme qui l’agressait au couteau…

On sent bien aussi que Ford n’ait pas particulièrement stimulé par la suavité de Gilbert, loin des héros fordiens habituels. Malgré toutes les qualités évidentes du film, il manque quand même cette petite touche fordienne d’un cinéaste qui semble par moments s’ennuyer sans sa troupe habituelle de comédiens.

A l’assaut du boulevard (Bucking Broadway) – de John Ford – 1917

Posté : 4 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bucking Broadway

Avec John Ford, la notion « d’œuvre de jeunesse » n’a finalement pas grand sens, tant ses premiers films sont, déjà, exceptionnels, loin au-dessus de la production de l’époque… Seule une poignée de ses premiers films a survécu. Et plus encore que dans Straight Shooting, le premier de ces films survivants, Bucking Broadway est un western d’une maîtrise totale.

La comparaison entre ces deux premiers films connus de Ford est incontournable. Pas seulement parce que les deux mettent en scène le fidèle compagnon des premières années Harry Carey dans son rôle de Cheyenne Harry. Mais aussi et surtout parce que les deux films illustrent déjà la cohérence visuelle et thématique du cinéma de Ford.

Comme dans le précédent, on retrouve dans Bucking Broadway l’attachement de Ford pour les grands espaces, qu’il filme comme personne à l’époque (ou depuis), jouant de la profondeur de champs comme des plongées avec un art exceptionnel de la mise en scène. On retrouve aussi, comme dans le précédent, un plan cadrant la silhouette d’un homme dans l’encadrement d’une porte ouverte sur la nature, que l’on retrouve régulièrement jusqu’à The Searchers, bien sûr…

Mais plus encore que Straight Shooting, Bucking Broadway affiche une ambition esthétique et une richesse narrative hors du commun de la part de Ford, qui passe de la comédie au drame dans un même élan, ce qui sera toujours l’une des forces de sa filmographie. Dans la scène de fiançailles, il filme le visage de Carey passant de la joie à la gravité comme il le fera de celui de Ward Bond, John Wayne ou Henry Fonda dans tant de films (pensons à la scène du bal de Fort Apache par exemple), créant à cette occasion l’un de ces moments de grande camaraderie qui peupleront son cinéma.

Peut-être, sans doute même, le film n’existe-t-il au fond que pour ces quelques plans montrant des cowboys du Wyoming chevauchant au milieu des voitures sur Broadway (tournés à Los Angeles, mais qu’importe)… Mais Ford ne néglige aucun passage. Ni cette très belle scène intime entre Harry et sa promise, filmée à la seule lumière de la bougie. Ni la grande bagarre finale d’anthologie. Ni le moment où Harry retrouve l’espoir de conquérir sa belle et saute dans un train en marche…

Ford filme tout ça avec la même intensité, la même puissance visuelle. Un grand, dès 1917.

Du sang dans la prairie (Hell Bent) – de John Ford – 1918

Posté : 3 septembre, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hellbent

Même dans ces westerns de jeunesse que Ford enchaînait alors à un rythme effréné avec Harry Carey, il y a déjà la marque du futur auteur de Vers sa destinée ou Fort Apache. Dans sa manière de filmer les paysages d’abord, en plans larges, en plongées ou contre-plongées spectaculaires, la caméra soulignant la grandeur, la beauté ou le danger d’un lieu.

Mais aussi dans sa manière toute particulière de glisser une pointe d’humanité bien réelle entre les personnages : un simple regard qu’une jeune femme lève vers son héros qui vient de la libérer de la meute lubrique d’un saloon…

L’histoire de Hell Bent n’a pas un intérêt énorme. Les détails en sont d’ailleurs un peu difficile à suivre, dans cette copie disponible, visiblement remontée au scalpel et dont quelques photogrammes manquent. En gros : Cheyenne Harry, fuyard, tombe sous le charme d’une jeune femme forcée de travailler dans un « dance hall », et la sauvera des griffes d’un bandit, qu’il affrontera dans un final épique au milieu d’un désert aride et mortel…

Qu’importe cette histoire, qui en vaut d’autres. La scène inaugurale, d’ailleurs, joue joyeusement avec cette idée que le western d’alors est un genre particulièrement propice aux clichés. Le film commence avec un auteur de westerns lisant une lettre de son éditeur lui reprochant de ne pas créer de personnages réalistes. Il s’approche alors d’un tableau représentant un saloon saccagé par une bagarre. Et quand la caméra cadre le tableau plein écran, la scène prend vie… Le film est lancé.

En quelques secondes, habiles et originales, Ford répond d’avance aux critiques, se dédouanant des invraisemblances, dont il fait même la force de son film. Il se permet ainsi une scène totalement improbable, où Harry traverse le hall d’un saloon et grimpe l’escalier qui mène aux chambres en restant sur son cheval. Une scène particulièrement réjouissante où le héros rencontre celui qui va devenir son meilleur ami, après que les deux hommes se sont balancés successivement par la fenêtre…

Ford alterne alors avec bonheur l’humour et le tragique, jusqu’à cette belle séquence de désert, avec une tempête de sable qui en annonce bien d’autres qui marqueront le genre, du Stroheim des Rapaces au Leone du Bon, la brute et le truand

D’un rayon de lumière qui éclaire le visage de Neva Gerber à l’air las et mélancolique de Duke Lee qui annonce les grands personnages de Wayne, Ford a déjà posé les bases de son art et de ses classiques à venir. Hell Bent n’est pas exempt de défauts : un rythme inégal, des situations parfois caricaturales… Mais c’est déjà, bien, du John Ford. Jusqu’à la dernière (et très belle) image, avec cette clôture qui conduit Cheyenne Harry vers le bonheur conjugal. Tellement fordien…

Les Aventures de Marco Polo (The Adventures of Marco Polo) – d’Archie Mayo (et John Ford, et John Cromwell) – 1938

Posté : 6 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, CROMWELL John, FORD John, MAYO Archie L. | Pas de commentaires »

Les Aventures de Marco Polo

Ah ! Marco Polo, le symbole-même du grand voyageur, le premier à avoir raconté longuement et dans le détail les merveilles et les curiosités qu’il a découvertes en Asie. La promesse d’une grande fresque pleine de dépaysements et de décors spectaculaires…

Promesse pas tout à fait tenue, il faut bien le dire : du voyage lui-même, il ne reste qu’une suite de tableaux se succédant rapidement au cours d’une séquence aussi marquante que courte. Séquence qui a été en grande partie réalisée non par Archie Mayo, ni par John Cromwell (qui a commencé le tournage avant d’être remercié), mais par John Ford, qui expliquait lui-même avoir travaillé six jours sur ce film (sans être payé, affirmait-il) : c’est d’ailleurs là l’unique collaboration de Ford avec Gary Cooper.

Avant ces quelques courtes minutes de voyage, le prologue a mis en valeur les incontournables canaux d’une Venise de carte postale, où la notion même de marche semble avoir été proscrite (pourquoi marcher quand on a des gondoles si cinégéniques ?). Après le voyage, le film s’installe en Chine, dans un Pékin de carte postale, ou Marco Polo/Gary Cooper ne tarde pas à tomber sur un bon père de famille qui lit la Bible à ses enfants dans un anglais parfait.

Une langue qui attirer l’oreille, forcément, dans cette Chine qui n’a vu que très peu d’occidentaux jusqu’alors. Et on attend l’explication : où donc cet homme a-t-il appris à maîtriser si bien l’anglais (oui, pour les Vénitiens, on sait bien que c’est une convention : on ne va quand même pas faire parler l’Italien à Gary Cooper, ce serait ridicule avec son accent américain)… Eh bien à Hollywood, tout simplement.

Oui, parce qu’en fait, tout le monde parle anglais dans ce monde d’Hollywood tellement marqué par la Bible, mais tellement apte à oublier l’épisode de Babel. Bon, ce n’est ni le premier film, ni le dernier à prendre ce parti-pris. Indiens, Hindous, Africains, Asiatiques… pourquoi s’emmerder avec des langues que personne ne comprend.
Mais alors pourquoi suis-je à ce point agacer par ce film ? Peut-être parce que, à peine s’est-on fait à l’idée que tout le monde parlait anglais, qu’on s’aperçoit que la plupart des Chinois sont joués par d’authentiques « caucasiens », dont certains n’ont pas le début de commencement d’un œil bridé. Alan Hale en prince mongol, Basil Rathbone en vil arabe… Vraiment ?

C’est vif et souvent amusant, notamment lorsque Gary Cooper fait preuve de pédagogie avec une princesse chinoise pour lui apprendre les rudiments du baiser occidental. L’action est rondement menée, et réserve son lot de frissons. Bref, c’est irréprochable au niveau du spectacle. Mais c’est aussi symptomatique de ce que Hollywood a de plus paresseux et de plus caricatural. Une petite chose.

Le Jeune Cassidy (Young Cassidy) – de John Ford et Jack Cardiff – 1965

Posté : 25 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, CARDIFF Jack, FORD John | Pas de commentaires »

Le Jeune Cassidy

Un film de John Ford réalisé par Jack Cardiff. C’est ainsi que le générique de début résume la paternité de ce film. Résumé un peu hâtif : Ford ne s’est pas contenté de préparer le tournage, il a bel et bien réalisé lui-même plusieurs scènes. Combien ? Le cinéaste minimisait sa participation, affirmant qu’il n’avait filmé que les scènes entre Rod Taylor et Julie Christie. De belles scènes d’ailleurs, sensuelles et pleines de vie.

Il semble en fait que la participation de Ford soit plus conséquente, et qu’il ait tourné toutes les scènes entre Cassidy et sa mère notamment, y compris celle, particulièrement forte et cruelle, autour du cercueil. Celle du bar aussi, où les frères Cassidy et des joueurs de croquet commencent une bagarre virile et fraternelle, totalement fidèle à « l’esprit irlandais » de Ford.

De la même manière, on jurerait que c’est lui qui a tourné les toutes premières minutes et d’autres passages qui évoquent furieusement un autre film irlandais de Ford, L’Homme tranquille. Il y a quelque chose de cet amour de la terre, dans Young Cassidy. Mais cet amour est nettement plus amer ici, puisque le destin de cet ouvrier qui veut devenir auteur s’inscrit dans la grande histoire : celle du Dublin des années 10 et 20, marqué par la révolte et par le sang.

Adapté du récit autobiographique du dramaturge Sean O’Casey, le film manque sans doute de cohérence. La faute, en partie, à la maladie de Ford qui l’obligea à céder sa place à Jack Cardiff. Ce dernier ne démérite pas : grand directeur de la photo, Cardiff est aussi un habile réalisateur. Mais son style n’est pas celui de Ford, d’où l’impression de passer par moments d’un film à l’autre.

Impression renforcée par la construction du film, dont l’histoire s’étend sur plus de dix ans à travers surtout deux époques : les prémices de la révolte, et les années qui suivent. Deux époques, et deux enjeux : la première évoque avec beaucoup de force et d’émotion les ravages de la misère et de l’oppression sur des êtres simples (terrible personnage de la sœur de Cassidy), quand la seconde se concentre sur les affres de la création d’un Cassidy devenu auteur incompris par son époque.

Les deux parties sont également réussies, mais semblent fonctionner indépendamment l’une de l’autre. Cela dit, même imparfait, même légèrement bancal, le film reste beau et fort. Et Rod Taylor, dans le rôle principal, se révèle un choix idéal (bien que secondaire : le rôle était promis à Sean Connery, avant que celui-ci ne devienne 007). Sa force brute et son regard clair font de Cassidy un personnage mémorable.

Le Sergent noir (Sergeant Rutledge) – de John Ford – 1960

Posté : 27 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Sergent noir

John ne s’est jamais vraiment engagé politiquement. Mais s’il y a un mot qui caractérise sa vision du cinéma, et de la vie telle qu’elle transparaît dans ses films, c’est l’humanisme. Ses films sont toujours du côté de l’humain. Cela va parfois avec un regard conservateur charmant mais border-line : dans ses comédies champêtres avec Will Rogers par exemple, le noir de service était le bon nègre tel qu’on le voyait dans cette Amérique d’un autre temps.

Avec Sergeant Rutledge, Ford se montre tel qu’il est : un grand pourfendeur des injustices. Il le sera encore avec le magistral Les Cheyennes, où il effacera tous les mauvais traitements qu’il a réservé aux Indiens au cours de ses précédents films. Ici, la notion de justice est même centrale puisque, comme dans Vers sa destinée, l’action se déroule au cours d’un procès.

C’est même ici toute l’action qui est racontée par les témoins de ce procès, dans des flash-backs joliment introduits par d’audacieux jeux de lumière. Visuellement plus modeste que The Searchers par exemple, le film confirme pourtant l’extraordinaire sens de l’image de Ford, qui compose de splendides images, à la fois dans Monument Valley et dans des décors de studios.

La scène nocturne du bivouac, avec Woody Strode se dressant dans la nuit, est magnifique. Comme la première apparition de l’acteur d’ailleurs, habituel second rôle de Ford à qui le cinéaste offre un très beau rôle de soldat noir (le seul personnage à donner son nom à un film de Ford, en VO, de toute sa carrière). Tout un symbole : un ancien esclave fier de faire partie de l’armée américaine, tout en n’étant dupe de rien.

« On est fou de se battre pour les blancs », lui lance un autre soldat noir mortellement blessé. « On se bat pour notre fierté », lui répond-il.

Et pour l’avenir, aussi. Si l’action se déroule en 1881, le film se projette ouvertement sur l’Amérique du 20e siècle. Lorsque Woody Strode évoque son émancipation, il reconnaît qu’il n’est pas libre… peut-être le sera-t-il un jour. Et quand son défenseur Jeffrey Hunter tente de défendre l’Ouest aux yeux de la belle Constance Towers (toujours formidable, même si son rôle est moins intéressant que dans The Horse Soldiers), il clame : « C’est un beau pays… Peut-être pas maintenant, mais il le sera un jour. »

L’Aigle vole au soleil (The Wings of Eagles) – de John Ford – 1957

Posté : 2 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Aigle vole au soleil

Pilote d’avion, officier de marine, auteur de romans et de pièces de théâtre (on lui doit Ceiling Zero notamment que Hawks portera à l’écran), scénariste à Hollywood… Frank W. « Spig » Wead a eu plusieurs vies. Il a bien connu John Ford aussi, pour qui il a signé les scripts de Air Mail et Les Sacrifiés. Ford qui lui rend un superbe hommage avec ce film, aussi riche et généreux que la vie de Wead a été bien remplie malgré sa brièveté (il est mort en 1947, à l’âge de 52 ans).

On sent bien que Ford est très attaché à ce personnage, que visiblement il admire et aime à la fois. A tel point qu’il se met (presque) en scène lui-même, confiant à son éternel complice Ward Bond le rôle d’un réalisateur d’Hollywood volontiers grande gueule et bougon, dont le bureau est rempli d’accessoires de westerns, et les murs recouverts de portraits d’acteurs, Tom Mix et Harry Carey trônant en bonne place. Autant dire que ce Ford-là a une saveur toute particulière.

A deux ou trois moments, on le sent d’ailleurs un peu bridé par son sujet, comme s’il ne voulait pas aller au bout des zones d’ombre de son personnage, préférant exhaler son patriotisme, sa sensibilité refoulée, son courage face au handicap qui le frappe, son sens du sacrifice aussi. Et pourquoi pas, d’ailleurs… Le film est certes inspiré de faits authentiques, mais il prend des libertés revendiquées avec son modèle. Ce qui intéresse Ford, c’est l’esprit de Spig, et de cette vie extraordinaire.

Cette vie permet à Ford de signer l’un de ses films les plus riches, passant d’un burlesque assumé comme un clin d’œil aux premiers films d’action et à leurs cascades improbables (cet hydravion qui traverse un hangar avant de finir sa course entre deux arbres, on jurerait l’avoir déjà vu en noir et blanc !), au drame de guerre tendu et sombre, en passant par la tragédie familiale. De longues séquences dans l’espace exigu d’un hôpital, à des morceaux de bravoure sur mer ou dans les airs.

Ford se permet aussi d’audacieuses ellipses pour raconter en moins de deux heures vingt-cinq ans de cette vie bien remplie. Avec, comme un fil conducteur, les amours contrariés de Spig et de sa femme. Pour que ce « liant » soit efficace, il fallait un couple qui tienne la route. Qui d’autre, pour Ford, que John Wayne et Maureen O’Hara ? Sur un tout autre registre que L’Homme tranquille, ces deux-là forment un couple magnifique encore une fois. Entre eux, au-delà de toute caricature possible, il y a quelque chose de grand et de bouleversant qui se passe.

L’Homme tranquille (The Quiet Man) – de John Ford – 1952

Posté : 2 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Homme tranquille

Y a-t-il plus belle déclaration d’amour à l’Irlande que la chevelure flamboyante de Maureen O’Hara sur l’herbe d’un vert irréel des paysages ? Voilà en tout cas un Ford aussi modeste qu’immense. Modeste, parce qu’il s’agit au fond d’une simple histoire d’amour, même si le film évoque aussi la fin des traditions, le choc des civilisations, le poids du passé. Mais tout ça, au fond, n’a pas grande importance. Et immense… eh bien parce que c’est d’une beauté, d’une pureté, d’une simplicité aussi absolues. Et parce que c’est magnifique, tout simplement.

Et puis aussi parce que Ford ne pose pas un regard béât sur ce pays et ces gens qu’il aime tant. Les paysages sont superbes, les personnages sont extraordinairement attachants, mais il y a aussi une présence parfois pesantes des traditions ancestrales dans cette communauté, qu’il n’estompe pas vraiment, même s’il préfère en sourire plutôt que d’en faire une vraie critique. Ce qui ressort quand même de ce film, c’est la belle harmonie qui règne dans ce petit village irlandais. Si bien que le principal drame qui se noue, et qui noue l’estomac, concerne le sort du révérend (formidable Arthur Shields), menacé de devoir partir faute de fidèles.

Parce que, bien sûr, il ne fait aucun doute que Maureen O’Hara et John Wayne finiront ensemble. Entre eux, c’est fusionnel autant qu’explosif dès le premier regard. Il y a comme ça des couples d’une évidence absolue sur un écran, et c’est dans ce film qu’il est le plus évident, le plus émouvant, le plus enthousiasmant. Mais que les écueils que ces deux-là rencontrent sont réjouissants, contrariés par l’implacable grand frère Victor MacLaglen, chaperonnés par le génial Barry Fitzgerald, incarnation rêvée de l’Irlandais cher au cœur de Ford (très porté sur le whisky, donc).

Et il y a ce final éblouissant dans lequel Ford s’amuse à sa manière de la figure féministe et libre de Maureen O’Hara, qu’il fait littéralement traîner par John Wayne sous le regard complice des villageois, jusqu’à une bagarre homérique, peut-être la plus longue et la plus drôle du cinéma de Ford. De l’amour, des beaux paysages, du whisky, des coups de poings… Tout le bonheur irlandais est là !

Frontière chinoise (7 women) – de John Ford – 1966

Posté : 18 avril, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John | Pas de commentaires »

Frontière chinoise

Etrange année, quand même, qui a vu deux des plus grands géants du 7e Art tourner leurs derniers films : Chaplin avec La Comtesse de Hong Kong, et Ford avec ce 7 women qui en a dérouté plus d’un à sa sortie, du côté du public comme de la critique. C’est pourtant sur une pure merveille que Ford termine sa carrière, lui qui, diminué physiquement, aurait pu s’arrêter sur un échec : celui de Young Cassidy dont il quittera le tournage après deux semaines seulement.

Heureusement, il lui restait suffisamment de santé, et d’envie, pour se lancer dans un projet qui semble pourtant loin de son cinéma : l’adaptation d’une nouvelle, l’histoire d’un petit groupe de femmes blanches qui vivent isolées dans une mission en Chine, loin de leur civilisation, et entourées de dangers. Une histoire de femmes ? C’est presque une première pour Ford qui a certes souvent filmé de beaux personnages de femmes, de la Frau Bernl de Four Sons à Maureen O’Hara dans tous ses films, mais souvent un peu en retrait par rapport aux hommes.

Ici, les hommes sont quasi-absents, et le titre original lui-même revendique l’ambition du réalisateur : il n’est question que de ces femmes, de ce qu’elles sont, de ce qu’elles ont abandonné pour venir vivre dans cette région chinoise hostile dominée par un terrifiant maître de guerre. Les dangers qu’elles rencontrent – l’épidémie de peste et l’attaque des bandits – ne sont que des révélateurs de ce que ces femmes vivent.

Et quelle galerie de personnages ! Une directrice qui dissimule mal derrière son autoritarisme et sa foi ses profondes névroses (Margaret Leighton, à la fois glaçante et pathétique) ; une vieille fille qui cherche un sens à sa vie ; une femme vieillissante qui n’est là que pour avoir suivi son mari, seul homme du groupe, et qui se retrouve enceinte dans cette contrée lointaine ; une toute jeune fille pleine d’espérances (Sue Lyon, la Lolita de Kubrick) ; ou encore une femme médecin dont la liberté va bousculer cet ordre bien établi (Anne Bancroft).

Les personnages sont des femmes qui ont renoncé à la société pour d’obscures raisons, des femmes confrontées à leurs propres choix, à leurs doutes, à leurs envies inassouvies. L’image de Margaret Leighton qui observe la jeunesse affolante de Sue Lyon est aussi osée qu’émouvante : envie-t-elle simplement sa jeunesse et son avenir ? ou lutte-t-elle contre une pulsion saphique qu’elle veut à tout prix contrôler ? A chacun son interprétation, mais le trouble du personnage crée un malaise profond.

Et Ford filme ce petit monde dans de belles couleurs un peu passées, et avec une grande délicatesse, à l’image de ce gros plan fixe et magnifique sur les visages d’Anne Bancroft et Eddie Albert qui observent les flammes au loin, annonciatrices du chaos qui s’approche. Ford aurait pu faire de ce film un grand film d’aventure exotique et spectaculaire. Il privilégie constamment les personnages et son huis clos, la caméra ne s’éloignant jamais de la mission.

Pas une seule faute de goût dans ce film (bon, Woody Strode est quand même très noir pour jouer un Chinois !), jusqu’à la conclusion, dont je ne dirai rien si ce n’est qu’elle est magnifique et bouleversante. Ford clôt son dernier film de fiction sur une ultime image sublime et rageuse. Un coup de poing, un adieu à la hauteur de sa filmographie hallucinante.

Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun shines bright) – de John Ford – 1953

Posté : 9 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, FORD John | Pas de commentaires »

Le Soleil brille pour tout le monde

Dix-neuf ans après, Ford signe le remake de son beau Judge Priest. Drôle de choix, alors qu’il sort du triomphe de son Homme tranquille, de renouer avec un ton qui renvoie clairement à son cinéma des années 30, et en particulier au triptyque qu’il a tourné avec Will Rogers, son Priest originel : une plongée dans un Sud certes encore marqué par la guerre civile, mais aussi baigné dans une séduisante langueur.

En apparence, c’est le même film que refait Ford : avec le même décor de cette petite ville qui semble si tranquille, le même contexte de campagne électorale pour le bon juge, l’opposition entre les méthodes humaines et peu orthodoxes de ce dernier et le cynisme politique de son concurrent, la même toile de fond d’un couple improbable qui se forme, même choix du noir et blanc… jusqu’aux partitions de Stepin Fetchit et sa voix de crécelle, et de Francis Ford et son inséparable cruchon.

Pourtant, quelque chose a radicalement changé entre ces deux films. Dix-neuf ans séparent les deux tournages, mais surtout, quinze ans séparent l’action des deux longs métrages, celui-ci se déroulant au tout début du 20 siècle. Cela peut sembler peu de chose, mais l’effet est radical. La guerre, bien plus présente ici, renvoie les personnages non seulement à une époque fondatrice de leur existence, mais aussi à leur jeunesse perdue.

Ford évoque ainsi, avec humour et émotion, le destin des vétérans de guerre, qui font vivre le souvenir en dépit du temps qui passe. Quinze ans plus tôt, les vétérans étaient des héros auxquels on ne touchait pas. Désormais, ils sont considérés comme « des éclopés », qui imposent une vision dépassée de la société. Et pour Ford, la douce mélancolie des années 30 a laissé la place à une nostalgie cruelle, qui trouve son illustration la plus déchirante dans la toute dernière image, qui annonce celle, tout aussi cruelle, de La Prisonnière du désert.

Il y a par moments un côté un peu brouillon dans ce film, dû en grande partie au désintérêt dont Ford semble faire preuve pour le couple qui se forme. Dans le rôle du futur fiancé, John Russell (qui sera le sinistre marshall de Pale Rider) est d’ailleurs d’une fadeur rare dans son cinéma. Mais Charles Winninger est particulièrement émouvant dans le rôle de Priest, donnant au personnage une toute autre tonalité que dans le film de 1934.

Et puis il y a une séquence absolument magnifique : celle de l’enterrement de cette femme dont personne ne voulait plus, qui est pourtant revenue mourir dans sa ville natale. Un cortège funéraire traverse alors la ville, d’abord menée par un Judge Priest totalement seul, sous les rires narquois des bien pensants. Cortège qui s’agrandit peu à peu pour, bientôt, rassembler une grande partie de la ville, soudain ramenée à une humanité simplement décente. Ford, cinéaste humaniste…

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