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Archive pour la catégorie 'FORD John'

Le Costaud (Strong Boy) – de John Ford – 1929

Posté : 19 mars, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Strong Boy

Pas de miracle, hélas : ce film considéré perdu de John Ford a, jusqu’à présent en tout cas, bel et bien disparu. C’est même le plus récent des films de Ford à faire partie de cette triste liste des « lost films ». Mais une bande annonce d’époque a été retrouvée en 2010 dans les archives de la cinémathèque de Nouvelle Zélande avec une copie complète d’un autre film perdu de Ford, Upstream. Comme quoi d’heureuses surprises sont toujours possibles, même presque un siècle après l’avènement du parlant.

Cette bande annonce dévoile donc quelques images que l’on aurait pu ne jamais voir. Ô, pas grand-chose : cinquante secondes seulement, et encore y a-t-il dans cette poignée de secondes quelques intertitres accrocheurs qui nous promettent de la romance et de l’aventure. Et elles font envie ces images, qui semblent annoncer un film dans l’esprit d’un serial.

On y devine un Victor McLaglen mécanicien de train, confronté à des bandits, ou à une fiancée jouée par Leatrice Joy qui semble bien colère contre lui. Les images dévoilent ce qui doit être une grande scène d’action sur le toit du train en marche, dans des paysages spectaculaires, scène qui évoque celle des Mendiants de la vie, que Wellman a tourné un an plus tôt.

C’est bien peu bien sûr : moins d’une minute pour un film qui durait un peu plus d’une heure. Mais c’est aussi beaucoup pour les amoureux de John Ford. De quoi inciter les cinémathèques du monde entier à continuer de fouiller dans leurs archives…

Chesty (Chesty, a tribute to a legend) – de John Ford – 1970-1976

Posté : 9 février, 2021 @ 8:00 dans 1970-1979, DOCUMENTAIRE, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Chesty

Quelle tristesse, quand même, d’imaginer que Ford a vécu les dernières années de sa vie sans pouvoir réaliser de nouveau film. A l’exception de ce documentaire, tourné en 1970, mais sorti six ans plus tard, bien après la mort de Ford.

Chesty, surnom de Lewis B. Puller, officier multi-décoré de l’armée américaine, héros de Guadalcanal et de Corée. Un dur le genre a dire, lorsqu’il réalise que son unité est encerclée : « Tant mieux, maintenant on peut tirer sur ces enfoirés dans toutes les directions ». Vrai ? Faux ? Qu’importe : le film s’appelle « a tribute to a legend ». Et quand la légende est plus belle que la réalité, qu’est-ce qu’on imprime, déjà ?

Ici, elle est racontée par John Wayne lui-même, qui lui aussi joue avec sa légende, mine de rien. Parce qu’il porte ses habits de cow-boy, dans un décor de western. Et parce qu’il raconte, devant la caméra de son ami John Ford, sa rencontre avec Chesty durant la seconde guerre mondiale, laissant croire avec beaucoup d’affectation que lui aussi était au plus près du feu.

Un hommage, plus qu’un documentaire. D’ailleurs, Ford utilise tous les effets du cinéma traditionnel, avec une surabondance de bruits de coups de feu sur des images muettes, notamment celles tournées dans les années 20 au Nicaragua (images impressionnantes, nonobstant). Des effets parfois faciles, mais qui donnent du rythme et un aspect vraiment spectaculaire.

Beaucoup d’images d’archives, certaines montrant Chesty sur ses différents fronts, beaucoup de simples illustrations. Le travail de montage et le sens de la narration de Ford font le reste. C’est une curiosité, qui vaut surtout d’être vu parce qu’il s’agit du baroud d’honneur du cinéaste. Mais le film prend une dimension particulière dans ses dernières minutes, qui prennent une dimension presque crépusculaire.

Le temps de très courtes scènes, Ford met vraiment en scène son ami Chesty, filmant le vieil homme accoudé à la roue d’un canon dans la cour de l’école militaire où il a fait ses premiers pas de soldats, ou traînant ses pas lourds dans l’allée de son pavillon de retraité. Là, les réminiscences de ses années glorieuses ressurgissent en flash-backs, comme sortis de l’esprit de Chesty… Ultimes images du dernier film d’un géant.

Tête brûlée (A gun fightin’ gentleman) – de John Ford – 1919

Posté : 7 février, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

A gun fightin' gentleman

Harry retrouvera-t-il sa terre ? Partira-t-il avec la jolie fille de son riche ennemi ? Pour les réponses, il faut sans doute se plonger dans les archives papiers des vieux studios hollywoodiens, si elles existent. La fin de ce western de jeunesse de John Ford a, elle, disparu corps et bien. A peu près toute la seconde moitié du film est manquante, et c’est évidemment un crève-cœur. Non pas que A gun fightin’ gentleman ait l’intensité de certains autres films à moitié perdus de Ford (The Village Blacksmith, North of Hudson Bay, Mother Machree), mais il porte bien la marque du réalisateur.

Au programme : du western pur et dur, avec une séquence d’ouverture pleine de plans larges et fusillades, avec une belle utilisation de la profondeur de champs. Au programme aussi, et c’est là que le film est le plus passionnant : la confrontation de deux mondes, celui des « demi-sauvages » que sont les cow-boys, et celui dit de la civilisation. Avec une frontière bien trouble, que Ford s’amuse à contourner allégrement.

Le héros, c’est Harry Carey, incontournable compagnon des premières années de Ford. Il incarne ici le propriétaire d’un ranch qui refuse de vendre ses terres à un riche producteur de viandes. Après plusieurs tentatives violentes, ce dernier finit par trouver un moyen apparemment légale d’expulser Harry. C’est là que le cow boy débarque dans la belle demeure du riche industriel, pour une sorte de dîner de cons dont il serait l’invité d’honneur.

Bien sûr, Ford renverse les rôles. Les convives richement habillés croient singer l’homme des grandes plaines en mangeant avec leurs couteaux, devant le regard surpris d’un Harry aux manières parfaites… qui ne prend son couteau que pour se plier aux coutumes de ses hôtes, ces derniers éclatant alors de rire avec mépris. Sans surprise, on voit bien où va la sympathie de Ford.

Ce choc des mondes donne aussi une scène étonnante, et très brève : le riche industriel pense au cow-boy, qui apparaît alors en miniature sur un meuble, trucage déjà présent dans The Craving, tourné l’année précédente et attribué au frère de Ford, Francis. La suite est plus foutraque, la pellicule très abîmée, et l’issue très incertaine. Harry prend au mot un comte qui lui demande d’enlever la fille de l’industriel, et… la copie existante se termine à table, avec Harry et la belle qui confrontent une nouvelle fois leurs manières.

La Fille de Négofol (Kentucky Pride) – de John Ford – 1925

Posté : 6 février, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Kentucky Pride

Un an avant le très beau Shamrock Handicap, John Ford s’intéressait déjà au monde des courses avec cette curiosité aussi improbable que charmante. Il y a déjà une particularité mise en avant dès le nom des acteurs (ceux des chevaux, d’abord) dans le générique : le film est raconté à la première personne… par un cheval, nommée Virginia’s Future, la fille du champion Négofol, donc. Et on n’échappe à la voix off que parce qu’on est en 1925, et que le cinéma est toujours muet.

Un procédé douteux sur le papier, qui annonce avec vingt-cinq d’avance un certain Francis pas franchement glorieux, à ceci prêt que John Ford n’est pas Arthur Lubin, et que son Kentucky Pride est certes une étape mineure dans sa filmographie, y compris à cette époque (Le Cheval de fer l’année précédente, Trois sublimes canailles l’année suivante), mais fort sympathique, et jalonnée de très jolis moments.

Côté émotion, Ford filme une scène de retrouvailles entre un père et sa fille absolument magnifique, d’une simplicité et d’une pudeur extrême : la petite approche doucement et cache les yeux de son père, devant le regard humide du brave J. Farrel MacDonald. Côté humour : MacDonald, indispensable Irlandais fordien, toujours excellent et irrésistible, qu’il fasse les cent pas avec ses deux comparses dans une sorte de chorégraphie millimétrée, ou qu’il se transforme en policier très approximatif.

Côté suspense : deux séquences de courses hippiques parfaitement filmées, réservant leur lot de ressors dramatiques. La première, surtout, dont l’issue inattendue provoque la chute (au figuré) du premier propriétaire du cheval, joué par Henry B. Walthall. Et, plus tard, une rencontre fortuite entre son dernier et son cheval, qu’il croise sans le reconnaître au cœur d’une ville grouillante de vie. Moment aussi improbable que superbe.

Dans cette scène, plus que dans beaucoup d’autres où le procédé touche à sa limite avec un anthropomorphisme trop naïf, Ford tire le meilleur de son parti-pris narratif, rendant intenses et très émouvants les efforts désespérés du cheval pour être reconnus par ses anciens maîtres. Petit film, oui, mais que Ford réalise avec une belle conviction.

It’s your America (id.) – de John Ford – 1946

Posté : 30 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, FORD John | Pas de commentaires »

It's your America

De 1942 à 1945, John Ford a consacré toute son énergie à l’effort de guerre de l’armée américaine, s’engageant physiquement dans le conflit et signant quelques documentaires marquant. Son retour à la fiction sera d’ailleurs une sorte d’aboutissement de cette période : Les Sacrifiés, le meilleur de ses films de guerre.

It’s your America est un film plus obscur, dont la paternité n’est pas absolument certaine. Le générique ne fait mention d’aucun réalisateur, le film n’est pas évoqué dans la précieuse biographie que consacre Joseph McBride à Ford… Mais ce court métrage est souvent attribué au cinéaste, ce qui paraît très raisonnable.

On retrouve le style du Ford de ces années là, sa manière de plonger ses personnages à moitié dans l’ombre, et de filmer les hommes entre eux, avec ce sens immédiat de la camaraderie. On retrouve aussi Preston Foster, que Ford avait dirigé dans Le Mouchard ou Révolte à Dublin.

Le film fait partie de ces œuvres qu’Hollywood enchaînait pendant et juste après la guerre, pour encourager le patriotisme des Américains. Une fiction, certes, mais avant tout une leçon de citoyenneté, très didactique, et très américaine.

Narrateur et personnage principal, Arthur Kennedy apparaît en soldat américain sur le point de rentrer chez lui après plusieurs années sur le front européen. Il raconte : comment il était un Américain comme tant d’autres, et comment la guerre l’a transformé.

Les séquences de flash-back s’enchaînent, c’est un peu grandiloquent, mais c’est aussi un modèle de construction : chaque étape évoque l’un des détails figurant sur une pièce d’un penny. Et à chaque fois, c’est une révélation pour le personnage de Kennedy, qui comprend peu à peu ce que c’est que l’Amérique, et la démocratie.

La Route au Tabac (Tobacco Road) – de John Ford – 1941

Posté : 22 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

La Route au tabac

Sur le papier, Tobacco Road est une sorte de film jumeau des Raisins de la colère, un an après le succès de ce dernier. C’est l’histoire d’une famille miséreuse qui se débat pour garder sa terre sur « Tobacco Road », ancienne route fertile à la grande époque du Sud producteur de coton, où survivent dans des taudis ou dans les ruines des grandes propriétés les descendants de vieilles familles jadis prospères.

Mais le film est adapté d’une pièce de théâtre, elle-même tirée d’un roman. L’origine théâtrale se fait étrangement sentir dans les premières scènes, avec un jeu outré et des dialogues qui semblent ne pas tenir compte des grands espaces qu’offre le cinéma. « Faisons comme si on ne l’avait pas vu, soyons naturels », crient les personnages à portée de voix du nouveau venu…

Surtout, il y a un humour décalé qui vient probablement de la pièce, en tout cas en partie, et qui donne au film un ton étrange, déroutant. Ford filme ça avec une certaine légèreté, voire avec une franche dérision. Pourtant, la misère qu’il décrit est par certains aspects plus terrible encore que dans son adaptation de Steinbeck, qui au moins révélait une superbe humanité collective.

Il n’en est rien ici. Derrière la farce, Ford met en scène de vrais dégénérés qui passent leur vie à hurler, mentir, se voler, se tromper, s’humilier. Quelle famille ! Le père et la mère se cachent pour ne pas partager leur nourriture avec les enfants. La fille, jouée par Gene Tierney, est une sorte de nympho attardée. Le fils, lui, est un gamin demeuré et odieux, que veut épouser une veuve bigote, et qui hurle des horreurs au nez de ses parents… On est loin de la famille Joad !

S’il faut résumer, Tobacco Road est plutôt un ratage pour Ford, miné par quelques moments gênants : Gene Tierney et Ward Bond rampant dans la poussière l’un vers l’autre, dans une sorte de danse de pré-accouplement motivée par des navets… Un moment qu’on découvre avec des yeux ronds d’étonnement, disons.

Mais il faut aussi rendre au film une certaine justice. Il y a dans Tobacco Road quelques très belles scènes. Les larmes dans les yeux de Charley Grapewin (déjà Grandpa Joad dans Les Raisins…, et formidable dans un rôle typique du cinéma de Ford), le face-à-face silencieux avec sa femme (jouée par Elizabeth Patterson), le regard bienveillant de « l’ange gardien » (court rôle pour Dana Andrews)…

Esthétiquement, c’est même une réussite éclatante. Les images sont superbes, Ford filmant ces taudis comme les symboles d’un paradis perdu. La scène où le couple Lester quitte la maison et se dirige, le pas lourd, vers l’hospice, longeant en ombres chinoises des clôtures tellement fordiennes, est une image belle et déchirante.

Révolte à Dublin (The Plough and the Stars) – de John Ford – 1936

Posté : 15 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, FORD John, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Révolte à Dublin

Le Mouchard avait été un triomphe. C’est tout logiquement que la RKO a confié à Ford la réalisation de cette adaptation d’une pièce triomphale de Sean O’Casey, auteur que le cinéaste admirait (il lui avait proposé, en vain, d’écrire le scénario du Mouchard). Le contexte est le même, la lutte pour l’indépendance de l’Irlande, et on retrouve la même opposition entre la volonté jusqu’au-boutiste et la fragilité de l’individu.

Après la lâcheté inconsciente de Gypo dans le film précédent, Ford s’intéresse au regard des femmes. « Les hommes sont faits pour se battre, les femmes pour pleurer », lance Barbara Stanwyck, qui passe effectivement tout le film la larme à l’œil, filmée en gros plan. On lui doit sans doute le plan le plus fort du film, lorsque les premiers coups de feu retentissent et qu’on n’en voit que sa réaction à elle, dans une chambre un peu triste fermée sur l’extérieur.

The Plough and the Stars évoque les premières heures de la lutte : en 1916, lorsqu’une poignée d’hommes a occupé le bureau de Poste de Dublin dans une bataille sanglante et vouée à l’échec. Mais un échec fondateur, moment historique dont Ford tire un film étrange et inégal.

Pour la dimension historique, on retiendra surtout un drapeau arraché qui flotte dans le ciel avant de redescendre. Et, moins symbolique mais plus dynamique, une superbe poursuite sur les toits de Dublin. Pour le reste, la reconstitution de cette prise de la Poste manque étonnamment de souffle, expédiée en quelques plans fonctionnels.

On retrouve davantage la patte de Ford dans quelques scènes nocturnes, dans sa peinture des mères sacrificielles filmées comme des piétas, et surtout dans l’humour qu’il instille dans ses scènes de bar, d’où émerge la révélation du film : Barry Fitzgerald, l’un des rares comédiens de la pièce de théâtre à retrouver son rôle à l’écran. Ford le réutilisera à plusieurs reprises, toujours dans des rôles semblables de joyeux pochards à l’accent irlandais énorme, jusqu’à L’Homme tranquille.

Passionnant mais inégal ce film, dont on imagine bien ce qu’il a pu représenter d’important pour Ford, pourtant moins intéressé par l’héroïsme des Irlandais que par leurs aspects les moins glorieux : le romantisme exclusif de Barbara Stanwyck, bien sûr, mais aussi cette étonnante séquence centrale, où les Dublinois profitent du chaos pour piller les magasins. Étonnant.

La Dernière Fanfare (The Last Hurrah) – de John Ford – 1958

Posté : 14 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, CARRADINE John, FORD John | Pas de commentaires »

La dernière Fanfare

Un vieux politicien se lance dans une campagne pour sa réélection au poste de maire. Sa dernière campagne, qui sonne aussi, il le sait, comme la fin d’une époque, balayée par l’irruption de la télévision et de la radio. Ford, une nouvelle fois, s’intéresse au temps qui passe, aux révolutions, et aux traces que laisse le passé. Comme dans tant d’autres chefs d’œuvre, aussi différents que Qu’elle était verte ma vallée ou L’Homme qui tua Liberty Valance. Il le fait ici en filmant les coulisses d’une campagne électorale, et c’est à la fois passionnant et bouleversant.

Son « héros », joué par Spencer Tracy (dans un rôle nettement plus consistant que dans leur première collaboration, Up the river, qui avait vu les premiers pas de l’acteur vingt-cinq ans plus tôt), n’est pas un pur à l’honnêteté irréprochable. C’est un beau parleur, un hâbleur qui sait être dur et froid, autant qu’enjôleur. Mais la sympathie de Ford ne fait aucun doute, et se résume dans ces paroles de l’homme d’église :

« Je préfère voter pour un voyou séducteur que pour un idiot total. »

Une phrase qui correspond bien à Ford, cinéaste attaché à une certaine idée de l’Amérique et de la camaraderie, bien conscient que la télévision vient remettre en question beaucoup de choses. Le film parle du temps qui passe, des révolutions. Mais Ford a une belle lucidité, particulièrement évidente dans ce film : ces révolutions ne balayent pas tout, elles s’ajoutent aux précédentes, pour fabriquer l’histoire du pays. Le symbole en est cette confrontation absurde entre les « Irlandais » et les descendants du Mayflower, ces derniers reprochant aux premiers d’avoir pris leur place…

Beau film, intense et riche, marqué par deux longues et étonnantes veillées funèbres, où la quasi-totalité des nombreux personnages se retrouvent, comme si tout ce qui s’écrivait était forcément construit sur la mort. The Last Hurrah a quelque chose du film testamentaire pour Ford.

Comme si lui-même faisait ses adieux (ce n’est évidemment pas le cas, puisqu’il tournera encore huit ans, et signera quelques grands films de plus), Ford réunit la plupart de ses acteurs habituels, de Anna Lee à Donald Crisp en passant par Jeffrey Hunter, John Carradine, Jane Darwell ou Carleton Young, y compris des acteurs qu’il n’avait plus dirigé depuis des décennies comme Wallace Ford ou Pat O’Brien. Et c’est bouleversant.

Qu’elle était verte ma vallée (How green was my valley) – de John Ford – 1941

Posté : 8 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FORD John, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

Qu'elle était verte ma vallée

Dernier film tourné avant l’engagement militaire de Ford, How green… est une sorte de couronnement de cette période, tant dans le fond que pour le style. Ford enchaîne alors les films immenses. Comme Les Raisins de la colère, Les Hommes de la mer et quelques autres, cette adaptation d’un roman de Richard Llewellyn est à la fois un film d’un réalisme total dans sa manière de filmer les mineurs, et une sorte de fable, à sa manière.

Contrairement à ses précédents films, disons « sociaux », celui-ci se détache d’une réalité trop actuelle. L’histoire est racontée par un homme qui quitte la vallée où il a grandi, et qui évoque ses souvenirs d’enfance : ceux de l’harmonie familiale, des premiers émois, des drames et des joies, tous nombreux et immenses.

La clé du film repose dans une phrase que prononce le narrateur, évoquant le souvenir de ces caramels dont le goût se prolongeait des heures… « C’est en tout cas le souvenir que j’en ai. » Tout est ainsi, comme exacerbé par la mémoire d’un enfant devenu grand, avec la sensibilité et l’innocence du regard enfantin.

Visuellement splendide, dans ce décor quasi unique du coron menant à la mine, How green… est aussi l’un des plus beaux films sur l’enfance qui s’achève. Belle prestation du débutant Roddy McDowall, pierre angulaire autour duquel tout le film s’articule. C’est son monde à lui qui s’effrite, c’est sa vision de cette vallée idéale que l’on découvre, cette gaieté qui s’évapore en même temps que l’innocence…

Donald Crisp, Barry Fitzgerard, Anna Lee, Sara Allgood, et Maureen O’Hara qu’il dirige pour la première fois… Ford réunit quelques-uns de ses acteurs de prédilection, dans une communauté comme il les aime. Mais une communauté où la joie (et la comédie parfois) cache aussi des rancœurs, des mesquineries, et une vraie cruauté.

Grand film plein de paradoxes, où la religion est omniprésente, bienfaisante… et capable des pires cruautés. Où l’école est le seul moyen d’espérer un avenir meilleur, mais s’avère un lieu de sévices. Ou la tradition est la garantie de l’unité… mais pousse au malheur. Eloge de la famille et de l’individu, qui évoque la grandeur naissante des syndicats…

How green… est une merveille, belle à pleurer, c’est aussi l’un des films qui dit le mieux la complexité et la sincérité de Ford, traditionaliste humaniste. Un cinéaste qui filme en tout cas mieux que quiconque le temps qui passe, et les cendres qu’il laisse.

Sa nièce de Paris / Extra Dry (Lightnin’) – de John Ford – 1921

Posté : 1 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John | Pas de commentaires »

Lightnin

Un vieil homme n’aspire qu’à picoler avec son ami, en se prélassant sur l’herbe… Mais autour de lui, une épouse exigeante, une fille amoureuse, un duo d’escrocs, un juge qui roucoule, et un avocat poursuivi par un shérif viennent bousculer ses aspirations.

Du rythme, un grain de folie et beaucoup d’humour et de tendresse dans ce John Ford mineur, mais très attachant. Un Ford dans sa veine campagnarde langoureuse, qui annonce son triptyque avec Will Rogers… l’alcool en plus, omniprésent, massif, et toujours source de comédie.

Le vétéran Jay Hunt est excellent dans le rôle titre, très fordien. Un homme simple, une certaine vision de l’Amérique, pour qui la douceur de vivre, l’attachement à la terre et la justice sont étroitement liés. Comme il se doit, et c’est à la fois une des grandes figures du cinéma américain et de l’œuvre de Ford, c’est dans un tribunal que tout se réglera.

Tout, c’est-à-dire l’escroquerie en cours, et le sort de trois couples qui se forment ou se déchirent, tout ça convergeant vers une séquence finale aussi improbable que joyeuse.

Film mineur, mais marqué par de belles scènes d’intérieur, où la lumière extérieure éclaire par petites touches les personnages, images dégageant l’immense empathie de Ford qui, s’il ne prend pas son histoire très au sérieux, signe un film confortable… dans lequel on se sent bien, et dont on sort avec un sourire aux lèvres.

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