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Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Agent Secret (Sabotage) – d’Alfred Hitchcock – 1936

Posté : 26 juillet, 2011 @ 10:11 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Agent Secret (Sabotage) - d'Alfred Hitchcock - 1936 dans * Polars européens agent-secret

Formellement, ce film méconnu d’Hitchcock, adaptation d’un roman de Joseph Conrad, est une splendeur. Toute la première partie, d’ailleurs, est à placer dans le panthéon hitchcockien. Malgré une absence d’humour plutôt rare dans l’œuvre du cinéaste, cette plongée au cœur des quartiers populaires de Londres (pas ceux, moite et inquiétant, de Frenzy, plutôt un quartier modeste mais chaleureux, un village dans la ville ; les temps ne sont pas les mêmes) est passionnante et fascinante. En quelques plans étonnants, Hitch plante le décor : la capitale anglaise vit sous la menace de mystérieux terroristes.

Une menace que les Londoniens prennent plutôt à la légère (étonnante scène d’un métro plongé dans le noir, dont les passagers sortent un large sourire aux lèvres), mais dont on pressent que les conséquences vont être terribles : parce qu’on connaît le roman, mais surtout parce qu’un ton aussi sombre chez Hitchcock ne peut pas être anodin. Et de fait, le point d’orgue du film est une tragédie, sans doute la séquence la plus insoutenable de toute l’œuvre hitchcockienne. Et mieux vaut ne pas lire plus loin si on n’a jamais vu le film…

Cette séquence est marquée du sceau de l’horreur, parce qu’elle tourne autour de l’image même de l’innocence : un jeune garçon, qui trimballe sans le savoir une bombe dans les rues bondées de Londres. Cette bombe, le spectateur sait très exactement à quelle heure elle doit exploser. Et Hitchcock fait monter la tension en filmant ces images d’insouciances, et des plans de plus en plus rapprochés sur les horloges de la ville. Jusqu’à l’explosion, qui coûte la vie au garçon, et à plusieurs passagers d’un bus. Terrible.

Le principal défaut du film repose sur les conséquences de cette tragédie, trop facilement évacués. Après cette séquence, inoubliable, qui est sans doute la raison d’être du film, Hitchcock tombe un peu dans la facilité. Des rebondissements trop téléphonés, un semblant de happy-end, laissent un arrière-goût étrange, d’inachevé.

C’est dommage, parce que toute la première moitié du film est exceptionnelle. Les personnages, notamment, sont formidablement bien dessinés : il y a ce flic infiltré, qui soupçonne Verloc, le patron d’un cinéma (étonnant Oscar Homolka), d’être l’auteur des sabotages qui se multiplient. Il y a la femme de ce dernier, jeune beauté émouvante (Sylvia Sidney, craquante et bouleversante). Il y a un étonnant artificier clandestin, qui dissimule ses bombes dans la cuisine où travaille sa fille et où joue sa petite-fille… Hitchcock filme ce petit monde avec une ironie plus mordante qu’à l’accoutumée, qui crée un malaise persistant.

La dernière partie du film ne manque pas d’intérêt, cela dit. Plusieurs séquences sont même exceptionnelles. Celle, bouleversante, où Mme Verloc, qui vient d’apprendre la mort de son jeune frère, se met à rire devant un dessin animé… ; ce rire fait ressentir violemment l’horreur de cette innocence sacrifiée. Celle, aussi, de la mort de Verloc, tué de la main de sa femme ; s’est-il volontairement dirigé vers cette mort, rongé par la culpabilité ? Hitchcock le laisse penser, tout en faisant planer le doute.

Méconnu, mal aimé, Sabotage n’a pas connu un très gros succès en salles : les spectateurs n’y ont pas retrouvé la patte habituelle du cinéaste. Ils feront par contre un triomphe à ses deux réalisations suivantes : Jeune et innocent et Une femme disparaît.

Jeune et innocent (Young and innocent / The Girl was young) – d’Alfred Hitchcock – 1937

Posté : 21 juillet, 2011 @ 10:57 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Jeune et innocent

Après un Agent Secret inhabituellement sombre, Hitchcock revient à un thème qu’il connaît bien depuis L’Homme qui en savait trop, première version : celui du faux coupable, traité avec un mélange de suspense et de légèreté. Et malgré des acteurs pas tout à fait à la hauteur (ah… ce regard en deux-temps lorsque Derrick De Marney découvre le corps sur la plage), Young and Innocent est l’un des meilleurs films anglais du maître, un exercice de style réjouissant qui commence et se termine par des clignements des yeux : c’est le tic nerveux du méchant du film, qui précède le meurtre, et révélera son identité à ceux qui le recherchent.

Lors de la dernière séquence, c’est d’ailleurs l’un des plans les plus célèbres et ambitieux de toute l’œuvre hitchcockienne qui révèle ce tic : un long travelling aérien qui surplombe une piste de danse, se dirige vers un orchestre, puis vers le batteur, grimé en noir, puis vers ses yeux, pour s’achever par un très gros plan révélateur.

Entre deux, ce sont deux être totalement jeunes et innocents (oui, comme le titre l’indique) que l’on va suivre : Robert, qui découvre le corps d’une femme qu’il a connue (a-t-il couché avec elle ? il affirme que non, mais Hitchcock nous laisse penser que oui), et dont il est accusé du meurtre (alors que c’est lui qui a prévenu la police) ; et Erica, la fille du chef de la police, qui s’amourache du jeune homme et l’accompagne dans sa quête de la vérité.

Le scénario du film est d’une naïveté assez confondante. Le fait que Robert soit accusé du meurtre est déjà incroyable. Mais l’enquête elle-même repose sur un postulat encore plus difficile à avaler : pour les deux jeunes gens, toute la clé de l’énigme consiste à retrouver… une ceinture d’imperméable. On se croirait dans un jeu de piste enfantin, et c’est bien ainsi que Hitchcock le filme, sans prendre au sérieux l’histoire, mais en prenant bien au sérieux ce film, brillant dans sa forme et sa construction.

Comme beaucoup de grands films hitchcockiens (Les 39 Marches, Une femme disparaît, La Mort aux trousses…), Young and Innocent est un long mouvement dirigé vers un seul but, et parsemé de multiples rebondissements, qui s’apparentent ici aux attractions d’un parc pour enfants : le vieux moulin abandonné aux allures de manoir hanté ; la surprise party avec jeux de colin-maillard et gâteaux à volonté ; la mine qui s’effondre ; les maquettes de train… et rien de tout cela ne fait vraiment sérieux.

Et pourtant, on prend un plaisir fou à suivre les aventures de ce couple improbable, d’autant plus que Nova Pilbeam (qui était une grande vedette à l’époque) est charmante. Le film est un exemple particulièrement frappant de la maîtrise absolue de la narration selon Hitchcock. D’un sujet dont n’importe qui aurait tiré un film tout au plus sympathique, il tire un petit bijou. Un pur moment de bonheur cinématographique.

The Manxman (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1929

Posté : 20 juillet, 2011 @ 9:37 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

The Manxman

Dernier film muet d’Hitchcock, The Manxman est aussi le plus beau. Aussi important que The Lodger (qui marquait la naissance du style-Hictchcock), The Manxman est aussi bien plus atypique dans la filmographie du jeune maître, qui signe là son seul vrai mélo, un triangle amoureux sur le fond, mais d’une beauté tout bonnement sidérante. Tourné dans les décors naturels, et sublimes, de l’île de Man (comme le titre l’indique), le film est d’un dépouillement étonnant : le jeune Hitch évite soigneusement tout rebondissement spectaculaire, ou toute tentation grand-guignol, et reste constamment dans la note juste en se focalisant exclusivement sur son trio.

Malgré le sentiment de révolte qui plane chez les pêcheurs, tout commence dans une grande insouciance, avec deux amis d’enfance qui aiment à se retrouver malgré les chemins différents qu’ils ont pris : l’un est un simple pêcheur, l’autre un avocat promis à un grand avenir. Le premier séduit la jolie fille d’un aubergiste… dont le second est secrètement amoureux. Lorsque le premier part faire fortune en Afrique, la jeune femme promet de l’attendre. Mais elle aussi est amoureuse de l’avocat, et lorsque les deux jeunes gens apprennent que leur ami est mort, ils laissent éclater leur amour. Mais leur ami n’est pas mort, et revient bientôt sur l’île…

La jeune femme n’a rien d’une femme fatale. Rien, non plus, de l’innocence absolue de certaines héroïnes hitchcockienne à venir (Joan Fontaine, en particulier). C’est une femme un peu frivole et inconséquente, rattrapée par la complexité de l’amour. C’est Anny Ondra, première blonde hitchcockienne, et l’une des plus belles (allez, je me lance : « la » plus belle), qu’Hitchcock retrouvera pour Chantage. Mais l’accent de cette actrice tchécoslovaque était bien trop marqué pour faire carrière à Hollywood (dans Chantage, Joan Barry la double). Ses deux films hitchcockiens sont donc, hélas, à peu près tout ce qu’on connaît de sa carrière. Dommage : le seul plan dans lequel tombe l’innocence de la balle, après que le pêcheur lui ait déclaré sa flamme est magnifique (un plan fixe dépouillé d’Anny Ondra, face caméra, devant le cadre de sa fenêtre, la nuit étant balayée par le faisceau du phare)…

Quant aux deux amis du film, joués par Carl Brisson (le héros de The Ring, le précédent chef d’œuvre de Hitchcock) et Malcolm Keene, leur relation illustre bien le parti-pris de Hitchcock pour ce film : leur affrontement, tant attendu, n’aura jamais lieu. Les sentiments qui unissent ces trois personnages sont plus forts que tous les ressentiments. Il s’en dégage une profonde nostalgie, résumée (douloureusement) par un dernier plan sublime. Le destin était en marche dès les premières images, et personne n’y échappe.

A l’Américaine (Champagne) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 14 juin, 2011 @ 12:45 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

A l'Américaine

Vous ne lirez pas souvent la phrase qui suit sur ce blog : ce Hitchcock n’est pas un grand cru, loin s’en faut. A vrai dire, Champagne est, assez nettement, le film le moins intéressant de toute la carrière du génial Hitchcock. Un assez banal drame social qui raconte la déchéance d’une jeune femme, fille d’un richissime américain, qui se retrouve à travailler dans un établissement nocturne parisien fréquenté par des hommes peu fréquentables…

Le thème n’est pas sans évoquer le sous-estimé (même par Hitchcock lui-même) Downhill, qui racontait lui aussi une déchéance sociale, et où les bas-fonds se situaient également en France (décidément…). Mais Downhill était constamment inventif, et bénéficiait d’un solide suspense, ce qui n’est pas le cas de Champagne.

Hitchcock n’est pas entièrement responsable de cet échec : il a raconté à Peter Bogdanovich que son projet initial était très différent. Son héroïne devait être une ouvrière travaillant à Reims, chez un producteur de champagne, où elle voyait partir tous les jours des centaines de bouteilles vers Paris. Un jour, elle décidait d’aller à son tour tenter sa chance dans la capitale, mais ne tardait pas à découvrir les ravages que causait l’alcool qu’elle contribuait à produire, et devenait elle-même une espère de prostituée…

Même si on retrouve quelques bribes de cette histoire dans le film tel qu’il a été tourné, l’originalité du sujet (on imagine les trouvailles qu’Hitchcock aurait pu avoir autour du trajet des bouteilles de Champagne, et celui de son héroïne) a en grande partie disparu. L’héroïne du film, jouée par Betty Balfour, est la fille très volage d’un riche homme d’affaires, qui s’apprête à se marier avec l’homme qu’elle aime contre l’avis de son père. Prête à toutes les excentricités, elle entre même en scène en faisant amerrir son avion près du bateau où se trouve son amoureux, ce qui donne lieu à quelques scènes qui évoquent, avec quelques années d’avance, le nettement plus réjouissant A l’Est de Shanghaï.

Désespéré par le comportement d’enfant gâté de sa fille, le père lui annonce qu’ils sont totalement ruinés, et qu’elle doit désormais travailler pour subvenir à leurs besoins. Totalement faux, bien sûr, mais la jeune écervelée ne tarde pas à être embauchée, pour la beauté de ses jambes, dans un établissement bien peu fréquentable, ce que le fiancé prend bien mal. Et le père pas mieux…

Le scénario, à vrai dire, semble être en grande partie improvisé : on ne croit pas vraiment à ses rebondissements et à ses personnages pas très bien dessinés. Le film ne manque toutefois pas totalement d’intérêt. Le cynisme d’Hitchcock est là, en filigrane (si vous croyez que la jeune femme va découvrir dans la misère les vraies valeurs humaines, vous êtes loin du compte). Et Hitchcock expérimente bien de temps en temps, notamment avec une série de plans impossibles en caméra subjective : l’un des premiers plans du film met ainsi le spectateur dans la peau d’un homme qui boit une coupe de Champagne, et qui découvre la scène à travers le fond de son verre.

C’est bien peu par rapport à ce qu’on attend d’un Hitchcock (même à cette époque : le jeune réalisateur, qui signe là son avant-dernier film muet, est déjà un immense cinéaste), mais bien assez pour assurer l’intérêt, et éviter l’ennui.

Correspondant 17 (Foreign Correspondant) – d’Alfred Hitchcock – 1940

Posté : 9 juin, 2011 @ 11:40 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Correspondant 17

C’est, après Rebecca, le deuxième film américain d’Hitchcock, mais Correspondant 17 peut aussi être considéré comme l’apogée de sa période anglaise, ou LE film charnière entre ses deux périodes. Parce que, visuellement, le film évoque curieusement les meilleurs films anglais du maître, avec un recours gourmand aux maquettes lors de scènes particulièrement marquantes. Et parce qu’il reprend le goût du voyage de Hitchcock, déjà présent dans de nombreux films, tout en annonçant très clairement les grands chef d’œuvre à venir, qui trouveront leur apogée avec La Mort aux trousses.

Correspondant 17 est aussi l’un des premiers films américains (si ce n’est le premier) à prendre ouvertement partie contre le nazisme, ouvrant ainsi la voie à un véritable genre hollywoodien, qui donnera des dizaines de films jusqu’en 1945 : le film de propagande. Le dernier plan du film, ajouté à la dernière minute, est en cela particulièrement marquant, appelant les Américains à se dresser contre la menace nazie sur l’Europe et le monde.

Film de propagande, certes, mais Correspondant 17 est surtout un pur plaisir de cinéma, l’un des chef d’œuvre méconnu d’Hitchcock. Le héros, joué par Joel McCrea, est un journaliste américain un brin coupé des réalités du monde, que son journal envoie en Europe afin de couvrir les « événements », et qui découvre l’existence d’un complot visant à réduire à néant tous les espoirs de paix. Il tombe amoureux de la fille (Laraine Day) d’un homme affable qui est l’un des grands émissaires de la paix (Albert Basserman), mais dont il apprendra qu’il est l’un des responsables du complot. Il rencontre aussi un journaliste anglais (George Sanders, excellent, forcément) qui se révélera bien plus intelligent et clairvoyant que lui-même…

Dans le ton, Correspondant 17 s’inscrit dans la lignée des 39 Marches. On y trouve un sosie, des signaux secrets (les ailes d’un moulin tournent à l’envers), un crash d’avion très spectaculaire, des espions, une scène de fusillade dans un Londres noyé de pluie où le meurtrier prend la fuite dans une « mer de parapluies », et quelques moments de suspense absolument étourdissants.

On ne citera que deux séquences (mais quelles séquences !). Celle au cours de laquelle Joel McCrea s’introduit dans un moulin à vent et espionne les espions, scène baroque proche de l’expressionnisme des films muets de Lang, et au suspense insoutenable. Et puis une autre scène, qui montre le même McCrea escorté par un pseudo-garde du corps, qui est en fait un tueur chargé de le faire disparaître. Cette scène est à la fois drôle et terrifiante, et sort de tous les sentiers battus : le héros du film y révèle sa naïveté et ses limites intellectuelles.

Hitchcock aime jouer avec les codes et sortir des sentiers battus. Son héros est ainsi un homme certes courageux, mais plus intéressé par la beauté des jeunes femmes que par le sort de l’Europe. Son méchant est un homme séduisant et sympathique, qui finira en héros. Et le second rôle « léger » (Sanders) est celui qui fera véritablement avancer les choses. Chez Hitchcock, rien n’est jamais vraiment comme on s’y attend. Le plaisir, lui, est toujours immense.

A l’Est de Shanghai (Rich and Strange / East of Shanghai) – d’Alfred Hitchcock – 1931

Posté : 1 juin, 2011 @ 10:01 dans 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

A l'Est de Shanghai

Voilà sans doute le plus méconnu des très grands films anglais d’Hitchcock. L’un des plus atypiques aussi : délaissant le film à mystère ou à suspense, Hitchcock s’intéresse à un couple en crise, qu’il filme dans un grand périple à travers le monde. En apparence, c’est une pure gourmandise que nous offre là le jeune réalisateur. C’est en fait l’un des films les plus riches de ses débuts, et sans doute le plus personnel : on y retrouve les envies de voyage d’Hitchcock (envies qu’il n’a guère assouvies que par l’intermédiaire de ses films), ses rapports complexes avec les femmes, et la singularité de son éducation chrétienne rigoureuse…

C’est l’histoire d’un homme qui s’ennuie dans son travail, dans sa ville, dans son couple, qui en a assez de ces journées interminables au boulot, de ces voyages sans chaleur dans le métro surpeuplé de Londres, et des sempiternels rognons en pudding de sa femme. Bref, un râleur impénitent (joué par Henry Kendall), qu’on a envie de baffer de bout en bout, mais que sa femme, visage et cœur d’ange, aime malgré tout. La jolie jeune femme est interprétée par Joan Barry, dans le rôle de sa vie : l’actrice restera surtout dans l’histoire du cinéma pour un scandale qui l’a opposée à Charles Chaplin. C’est elle, cependant, qui doublait Anny Ondra dans la version parlante de Chantage.

C’est l’histoire de ce couple qui, alors qu’il est en train d’étouffer, reçoit comme par miracle la lettre d’un oncle qui lui offre une somme considérable pour qu’ils puissent assouvir leurs envies de voyage. Et voilà Emily et Fred Hill, couple anglais si parfait et banal, partis à la recherche d’aventure : la traversée de la Manche, d’abord, où le mari réalise que son goût pour la mer est contrarié par un cœur mal accroché ; puis la traversée de Paris ; puis Marseille, puis l’embarquement pour la Méditerranée, le canal de Suez, la découverte de l’Asie…

Hitchcock nous fait voir du pays, certes, mais il profite essentiellement des riches possibilités du bateau, lieu vaste mais clos où se forme une nouvelle communauté… et de nouveaux liens, dont la morale ne sortira pas vainqueur. On est chez Hitchcock, après tout.

Pendant que Fred combat sa nausée dans sa cabine, Emily s’ennuie, et se laisse séduire par le capitaine, homme qui possède la classe qui fait défaut à Fred. Un simple baiser, une attirance mutuelle, et un sentiment de culpabilité dont la prude Emily ne se défait pas (enfin, elle ne se débat pas très fort, quand même). Lorsqu’il est enfin sur pied, Fred tombe sous le charme de la première princesse venue. Une aventurière, bien sûr, et Hitchcock multiplie les signes qui montrent que ces deux-là ne se contentent pas d’un baiser…

Délicieusement amoral et grinçant, le film est aussi très drôle, notamment grâce à un second rôle que Hitchcock retrouvera à l’avenir : Elsie Randolph en vieille fille à potins, irrésistible et insupportable à la fois. Et formellement, le film est éblouissant : la sortie de bureau de Fred (qui évoque avant l’heure celle des Temps Modernes, de Chaplin), une soirée costumée à bord étourdissante, un plan sublime du bateau traversant le canal de Suez, un naufrage filmé de l’intérieur d’une cabine… Le génie d’Hitchcock est éclatant, plus peut-être que dans aucun autre de ses films à ce stade de sa carrière. Des années après, le film restera d’ailleurs l’un de ses préférés de sa période anglaise.

Numéro 17 (Number Seventeen) – d’Alfred Hitchcock – 1932

Posté : 30 mai, 2011 @ 3:57 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Numéro 17

Le génie de Hitchcock a toujours transcendé les sujets de ses films. Mais avec Numéro 17, le réalisateur n’est sans doute jamais allé aussi loin dans le pur exercice de style : l’unique intérêt de cette adaptation d’une pièce de théâtre à succès (à l’époque, la majorité des films de Hitch étaient des adaptations de pièces), c’est la réalisation de Hitchcock, qui s’amuse visiblement beaucoup avec des décors qui ressemblent à des jouets.

Le film est clairement divisé en deux parties. La première se déroule intégralement dans le décor sombre et inquiétant d’une maison déserte, où des inconnus se retrouvent (par hasard ?), et découvrent un corps qui gît là, arrivé comme par magie. Dans ce décor sorti tout droit d’un film d’épouvante, Hitchcock s’amuse à faire entrer constamment de nouveaux personnages, sans que l’on sache vraiment qui est qui. Qui est policier ? Qui est truand ? Qui est victime ? Qui est là par hasard ? Ils sont bientôt sept ou huit à se regarder avec méfiance, et à évoquer à mots cachés le trafic de bijoux qui, visiblement, les a réunis.

Puis les masques commencent à tomber, et le film sort du cadre étouffant de cette maison. Sortant de la maison comme dans le plus improbable des serials (un escalier donne à la cave, puis directement sur la voie ferrée qui passe à proximité), gentils et méchants se retrouvent à bord d’un train lancé à vive allure. Hitchcock en profite pour sortir un autre de ses jouets : ses indispensables maquettes, qui font le charme (dont je ne me lasserai jamais) de ses films anglais. Cette deuxième partie est spectaculaire : le train finira même sa course en heurtant à toute vitesse un bateau accosté !

Et c’est encore une fois une pure démonstration du génie d’Hitchcock. Alors que, dans la première partie, il joue avec les ombres, les jeux de lumière et les gueules marquées de ses personnages (en particulier le visage de Leon M. Lion dans le rôle, central, de Ben, benêt pas si froussard que ça, qu’il avait créé sur scène en 1925, et qu’il jouera de nouveau en 1939), sa manière d’utiliser les maquettes, qu’il filme magistralement en alternance avec de gros plans sur les acteurs, donne un rythme extraordinaire au film.

Après l’échec public de A l’Est de Shanghaï, Hitchcock revenait à un genre qui, a priori lui convenait mieux. Mais il le fait d’une façon totalement inattendue, en se basant sur un scénario (volontairement ?) incompréhensible, mais avec un style de chaque instant.

Le Masque de cuir (The Ring) – d’Alfred Hitchcock – 1927

Posté : 29 mai, 2011 @ 8:45 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Masque de cuir (The Ring) - d'Alfred Hitchcock - 1927 dans 1920-1929 le-masque-de-cuir

Hitchcock a raconté que l’envie de faire ce film (muet) est venu de deux images toutes simples : alors qu’il assistait régulièrement à des combats de boxe, à Londres, le jeune réalisateur avait été frappé par la présence d’un public de bourgeois vêtus de blanc. Il avait aussi été frappé par l’utilisation de champagne, que l’entraîneur versait sur la tête du boxeur entre deux rounds. Deux images que l’on retrouve d’ailleurs dans ce film, muet, tourné alors que le jeune Hitch était déjà un réalisateur tout puissant en Angleterre. Un réalisateur qui pouvait déjà tourné à peu près ce qu’il voulait.

n peut alors s’étonner que son choix se soit porté sur une intrigue aussi classique : The Ring, c’est l’histoire on ne peut plus banale (même à cette époque) du triangle amoureux. Une femme aimée par deux hommes, qui se battent pour elle. Littéralement, ici, parce que les deux hommes en question sont boxeurs. Le fiancé officiel (Carl Brisson) est un jeune pugiliste plein de promesses, mais cantonné à de petits combats dans des fêtes foraines. L’amant (Ian Hunterà est un champion national (d’Australie), qui embauche le fiancé, officiellement pour lui servir de sparing partner, officieusement pour attirer la belle (Lillian Hall-Davies) vers lui…

Rien d’original dans l’histoire en elle-même, donc, si ce n’est la dimension exceptionnelle que lui donne la boxe en toile de fond. Dans un genre auquel il n’est pas habitué, Hitchcock se révèle particulièrement inspiré : le film est une splendeur, qui s’ouvre sur une plongée impressionnante dans l’univers de la fête foraine. La caméra plonge dans la foule et recrée, sans l’aide du son bien sûr, l’effervescence qui règne à la fois dans le public très nombreux, et chez les forains. Entre plans de foules et gros plans, ces premières minutes démontrent la maîtrise parfaite d’un cinéaste qui n’a pas 30 ans, mais qui est déjà le plus grand de son pays.

On retrouve indéniablement la patte d’Hitchcock, cette manière qui n’appartient qu’à lui d’être le plus politiquement incorrect des grands maîtres, l’air de ne pas y toucher. Avec une légèreté qui n’est qu’un leurre, il filme un policier qui regarde, rigolard, un noir se faire ridiculiser par une bande de garnements, avant d’intervenir contraint et forcé.Il filme aussi magnifiquement la jalousie qui naît chez le brave boxeur, par petites touches délicates. Mais surtout, il filme les coulisses de la boxe et les combats eux-mêmes avec un génie de tous les instants, se renouvelant scène après scène. Le premier combat se déroule même hors champs ; lors d’un autre, la caméra reste fixée sur le visage de ce jeune boxeur dont l’ascension ne peut que culminer avec ce combat face à celui qui fut son mentor, qui est son rival, et qui sera son rédempteur…

Le film était le plus gros budget du cinéma anglais à l’époque. Il fut aussi un triomphe critique et public, et reste, 84 ans plus tard, un sommet du cinéma muet britannique.

Alfred Hitchcock présente : Incident de parcours (Alfred Hitchcock presents : One more mile to go) – d’Alfred Hitchcock – 1957

Posté : 3 mai, 2011 @ 3:10 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Incident de parcours

Hitchcock signe là l’un des tout meilleurs épisodes de sa série. Ce 67ème court métrage (tourné au court de la troisième saison) est un film passionnant, et un brillant exercice de style, digne des grands films du maître. D’ailleurs, ce jeu du chat et de la souris nocturne sur une route déserte évoque, avec trois ans d’avance, l’une des premières séquences de Psychose.

Tout le début du film est muet. Ça commence par une scène de ménage violente entre un homme et sa femme, dispute dont on n’entendra rien : elle est filmée à travers la fenêtre de leur maison. La caméra ne se rapproche que lorsque l’homme a tué sa femme. Le soudain gros plan sur l’homme (David Wayne, excellent) semble ramener ce dernier à la réalité, comme s’il prenait enfin conscience de ce qu’il a fait.

Ce court métrage est d’une économie de moyen extrême : il ne raconte que la route parcourue par l’homme pour se débarrasser discrètement du corps de sa femme morte, cachée dans son coffre. Uniquement ça, et un petit grain de sable : un feu arrière qui fonctionne mal, et qui attire l’attention d’un policier à moto, bien décidé à faire réparer ce satané feu…

Il ne se dit presque rien au cours de ce voyage nocturne, mais la tension est terrible. Le premier chef d’œuvre télévisuel d’Hitchcock.

Alfred Hitchcock présente : Le Secret de Mr. Blanchard (Alfred Hitchcock presents : Mr. Blanchard’s Secret) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 26 avril, 2011 @ 9:10 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente secret de mme blanchard

Difficile de ne pas penser à Fenêtre sur cour, chef d’œuvre réalisé deux ans plus tôt, avec ce court métrage, 52ème épisode de la série Alfred Hitchcock présente (avant-dernier de la deuxième saison), sixième réalisé par Hitchcock. Le point de départ est le même : immobilisée chez elle comme James Stewart dans son loft (parce qu’elle est romancière et femme au foyer), une jeune femme observe ses voisins, et se persuade que l’un d’entre eux à tuer sa femme.

Seulement, Hitch choisit ici le mode comique et parodique, se moquant de lui-même et de son propre chef d’œuvre avec cette héroïne tête-à-claque, femme de lettre à l’imagination galopante qui cache mal sa déception alors que la « victime » ne cesse de réapparaître dès qu’elle échafaude les scénarios les plus macabres.

C’est léger et charmant, une vraie réussite dans le genre.

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