Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Frenzy (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1972

Posté : 20 janvier, 2012 @ 12:19 dans * Polars européens, 1970-1979, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Frenzy

Non, décidément, le talent d’Hitchcock n’a pas irrémédiablement décliné après Les Oiseaux. Frenzy, son avant-dernier film, est un chef d’œuvre de plus (son dernier ? il faut que je revoie Family Plot). Après une série d’échecs (Pas de printemps pour Marnie, Le Rideau déchiré et L’Etau), ils n’étaient pas nombreux, au début des années 70, à croire en l’avenir cinématographique d’une cinéaste unanimement salué, mais à la santé déclinante. Et pourtant, en retrouvant le quartier londonien de son enfance, celui de Covent Garden, l’émigré qui vivait avec un sentiment de culpabilité sa nationalisation américaine, retrouve l’enthousiasme et l’inspiration qui l’on caractérisé dès ses débuts.

Quarante-cinq ans après The Lodger, autre film de tueur en série dans les rues de Londres, Hitchcock renoue avec un thème qu’il a visité tout au long de sa carrière (de l’oncle Charlie de L’ombre d’un doute au Norman Bates de Psychose, les tueurs en série reviennent régulièrement dans son œuvre, toujours pour le meilleur). A première vue, c’est un nouveau Hitchcock que l’on découvre : plus cru, plus brutal, enfin débarrassé des limites du code Hayes. Mais à mieux y regarder, Frenzy est un film totalement hitchcockien, que le cinéaste mène sur deux fronts en parallèle : d’un côté, le parcours, une nouvelle fois, d’un faux coupable ; de l’autre, le portrait d’un criminel aux allures de monsieur tout le monde.

Entre les deux, Hitchcock fait rapidement son choix : son faux coupable (interprété par Jon Finch, peu charismatique, mais convaincant) passe très vite au second plan, Hitch privilégiant son tueur, incarné par le rouquin Barry Foster, avec lequel le cinéaste s’est particulièrement bien entendu sur le tournage. C’est lui qui a les scènes les plus marquantes du film : les séquences de meurtre (la première, dont on ne rate rien, dépasse en cruauté celle du Rideau déchiré ; la seconde est un chef d’œuvre d’abstraction), mais aussi la scène incroyable dans laquelle le tueur, à l’arrière d’un camion en marche rempli de sacs de pommes de terre, se bat avec un cadavre qu’il a balancé là pour tenter de retrouver un objet qui pourrait le démasquer.

Ce qui marque aussi dans le film, c’est la crudité des images et la laideur des visages. Les gros plans, nombreux, ne mettent pas en valeur les gueules atypiques de ces personnages qui sont tous soit victimes, soit bourreau. Seul (et c’est aussi une quasi première chez Hitchcock), le personnage du flic est séduisant et sympathique. Alec McGowen, qui interprète ce policier qui doute peu à peu de ces propres déductions, apporte une petite touche d’humour bienvenue au film, grâce au couple qu’il forme avec sa femme dans le film, Vivien Merchant, adepte de la nouvelle gastronomie au grand dam de son mari…

Si le film est visuellement si différent des films anglais d’Hitchcock, c’est aussi que Londres a changé depuis son départ pour Hollywood, plus de trente ans auparavant. Covent Garden est toujours là (ce marché géant joue d’ailleurs un rôle primordial dans le film), mais l’atmosphère londonienne n’est plus la même, comme l’a souvent dit le cinéaste. Frenzy ne pouvait clairement pas ressembler à The Lodger, malgré la similarité des deux histoires… Entre temps, Hitchcock a aussi réalisé une cinquantaine de films, dans lesquels il n’a cessé de vouloir se dépasser.

La toute dernière scène en est un exemple frappant : conscient, peut-être, que le long discours du psychiatre à la fin de Psychose gâchait un peu l’effet que laissait le film au spectateur, Hitchcock conclut Frenzy brusquement, en réunissant pour la première fois ses trois personnages masculins principaux : le faux coupable (encore une fois le moins bien servi par le réalisateur), le flic et l’assassin. Après avoir étirer le suspense jusqu’aux derniers instants, laissant planer la possibilité d’une issue tragique pour le faux coupable, Hitchcock délivre ses personnages et les spectateurs par un sourire surpris du tueur, et une réplique lapidaire du flic. C’est anti-spectaculaire au possible, mais c’est pourtant l’une des meilleures conclusions de toute l’œuvre de Hitchcock. Brillant…

Alfred Hitchcock Hour : J’ai tout vu (The Alfred Hitchcock Hour : I saw the whole thing) – d’Alfred Hitchcock – 1962

Posté : 20 janvier, 2012 @ 12:11 dans 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock Hour j'ai tout vu

Dernière réalisation d’Hitchcock pour la télévision (la seule pour Alfred Hitchcock Hour, série de téléfilms d’une heure), I saw the whole thing a été tourné alors que le cinéaste préparait activement Les Oiseaux. On sent bien que son futur long métrage occupe l’esprit d’Hitchcock, qui filme ce moyen métrage avec une application sage, mais sans ses habituels éclairs de génie.

Le résultat n’en est pas moins une vraie réussite, basée sur un scénario malin, et sur une révélation finale inattendu. Le film commence au coin d’une rue, par un accident de la route dont on ne voit rien, mais dont on découvre l’un après l’autre les témoins. Ces mêmes témoins qui viendront, lors du procès, témoigner à la barre contre le chauffeur qui a causé l’accident, et qui assure lui-même sa défense.

Ce chauffeur, qui ne dit pas tout ce qu’il sait vraiment, est interprété par John Forsythe, futur patriarche de la série Dynastie, qui est surtout un acteur hitchcockien, qui avait trouvé le rôle le plus marquant de sa carrière dans Mais qui a tué Harry ? (1955), et qui sera également à l’affiche de L’Etau (1969).

Alfred Hitchcock présente : Arthur (Alfred Hitchcock presents : Arthur) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 20 janvier, 2012 @ 12:08 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Arthur

Après le tournage de La Mort aux trousses (et alors qu’il préparait Psychose), Hitchcock fait une petite pause en tournant cet épisode original dans la forme, mais totalement dans l’esprit de la série. Arthur est le propriétaire d’une batterie de volailles qui tue sa femme et la fait disparaître. Bientôt soupçonné par la police, il fait preuve d’un sang froid étonnamment.

C’est Laurence Harvey qui interprète cet homme glacial et solitaire, que l’on voit d’abord s’adresser longuement au spectateur face caméra, évoquant avec un étrange sourire le crime qu’il a commis et pour lequel il n’éprouve pas l’ombre d’un remord.

Cette longue introduction face caméra fait toute l’originalité de ce court film, mais c’est aussi sa limite : le procédé, qui suit l’habituelle introduction d’Hitchcock lui-même (et qui n’est pas la plus inspirée de la série, loin s’en faut), fait sourire dans un premier temps, mais s’étire trop longuement.

La partie plus conventionnelle qui suit est plus passionnante. Elle est essentiellement basée sur des face-à-face très tendus : entre Arthur et sa femme (Hazel Court) d’abord, séquences dont on connaît d’avance l’issue fatale ; puis entre Arthur et son ami policier (joué par le jeune Patrick McNee, futur interprète de John Steed dans Chapeau melon et botte de cuir), troublant jeu du chat et de la souris.

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:29 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960 dans * Polars US (1960-1979)

Tout a été dit, souvent et bien, sur ce chef d’œuvre indépassable, l’un des films les plus commentés, les plus admirés, les plus copiés de l’histoire du cinéma : combien de classiques ont eu droit, comme Psycho, à quatre suites pas si mal (voir Psychose 2), un remake plan par plan, et des dizaines d’hommages ou parodies plus ou moins inspirées ? Alors forcément, tout cinéphile connaît par cœur le moindre plan du film, et peut s’imaginer sans difficulté l’enchaînement parfait de séquences toutes mythiques.

Dès les premières images : la caméra survolant Phoenix et pénétrant par la fenêtre dans une chambre d’hôtel où Janet Leigh, sculpturale, et John Gavin, sans grande envergure mais convaincant, viennent visiblement de consommer un amour clandestin. En les filmant presque nus, Hitchcock fait un pied de nez grandiose à la censure, avec laquelle il s’est battu tout au long de sa carrière, emportant bien souvent des victoires inattendues. Avec Psycho¸ il va plus loin que jamais, transgressant ostensiblement la plupart des tabous.

Hitchcock ne se moque d’ailleurs pas que de la censure : il transgresse également tous les codes narratifs, tous les codes et genres du cinéma. Film d’horreur, thriller ? Bien sûr, mais il faut attendre la fameuse scène de la douche, la musique stridente de Bernard Herrmann et ct inoubliable plan arrêté sur l’œil de Janet Leigh, pour que le vrai sujet du film se dévoile. Nous sommes alors à la moitié du film… Jusque là, on assiste à l’histoire, racontée à la première personne, d’une jeune femme qui se laisse tenter à dérober l’argent qui lui a été confié par son patron, et qui prend la fuite à travers le pays. Un road movie simple et passionnant, centré sur un personnage très attachant interprété par la star du film.

Sauf qu’avec cette fameuse séquence de douche, bien sûr, Hitchcock prend tout le monde à contre-pied et change radicalement le point de vue et le ton de son film. Il en change la star, aussi : aujourd’hui, pour tout le monde, Psychose c’est avant tout Anthony Perkins, jeune acteur qui trouve évidemment le rôle de sa vie. Un rôle miraculeux qui a paradoxalement détruit la carrière brillante qui s’ouvrait à lui. Hanté à jamais par le personnage de Norman Bates, il y reviendra même trente ans plus tard pour une série de suites évidemment très loin du film d’Hitchcock, mais pas sans qualités.

Personnage profondément attachant et d’autant plus déstabilisant, il est sans doute l’un des psychopathes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Ses rapports avec sa mère (je reste vague au cas où un internaute débarquerait de Mars et tomberait sur ce texte avant de voir le film) sont aussi l’une des clés de l’œuvre du cinéaste, peuplée de ces mères dévorantes.

Impossible de dire quoi que ce soit du film sans avoir l’impression de répéter ce qui a déjà été dit. J’ajouterai juste que la scène de l’escalier avec Arbogast est aussi traumatisante et virtuose que la scène de la douche ; que l’apparition du motard de la police vers le début du film est peut-être la plus brillante illustration de la « peur du gendarme » qu’on a pu voir ; ou encore que Hitchcock démontre définitivement avec une scène apparemment secondaire qu’il est bien le maître du suspense. Grâce à la seule magie de sa mise en scène (pas de musique dans cette scène), le spectateur retient son souffle lorsque le tueur tente de faire disparaître la voiture de sa victime dans un marais, et que la voiture refuse de s’enfoncer dans l’eau. Faire partager les émotions du « méchant » pour le seul plaisir de donner le frisson… c’est tout Hitchcock qui est résumé là.

Au sommet de sa gloire, de son art et de sa carrière, Hitchcock réussit aussi avec ce film le trait d’union parfait entre ses films et sa série TV. Après La Mort aux trousses, chef d’œuvre en cinémascope, road movie spectaculaire à travers l’Amérique, le cinéaste prend le contre-pied total, signant un petit budget en noir et blanc, sans grande star, et avec son équipe de Alfred Hitchcock présente. Résultat : un film exceptionnel, presque sans défaut.

Presque, parce qu’il y a quand même la toute dernière scène qui, pour être tout à fait honnête, gâche un peu le cauchemar ! Après avoir vu le film une demi-douzaine de fois (en l’aimant de plus en plus), je continue à me poser la question : pourquoi Hitchcock a-t-il gardé cette interminable tirade du psy qui explique lourdement ce qui se passe dans la tête de Norman Bates ? Le film aurait nettement gagné à s’arrêter cinq minutes plus tôt.

Sueurs froides (Vertigo) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Sueurs froides

Rien à jeter, rien à critiquer, aucun superlatif à modérer en ce qui concerne ce chef d’œuvre absolu et ultime du grand Hitchcock, alors au sommet de sa gloire et de son génie (il allait enchaîner avec La Mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux… difficile de faire mieux). Pourtant, ce monument maintes fois copié (son influence se ressent constamment dans Basic Instinct, pour ne citer qu’un film) a été un échec commercial, et même critique, cinglant lors de sa sortie : il faudra la postérité pour en révéler l’infinie richesse, l’intelligence de la construction, et l’atmosphère presque onirique.

Hitchcock dirige James Stewart pour la quatrième fois, lui offrant le plus complexe de ses rôles : celui d’un ancien flic ayant démissionné après avoir causé involontairement la mort d’un autre policier. C’est alors qu’un vieil ami fait appel à lui pour lui demander de suivre sa femme : cette dernière a un comportement étrange, perdant par moments le contrôle d’elle-même, comme si une femme au destin tragique ayant vécu quelques décennies plus tôt prenait le contrôle de son esprit…

Hitchcock rompt avec son éternelle thématique du faux coupable, mais ne délaisse pas pour autant les faux semblants, bien au contraire : jusqu’à la toute dernière image, le cinéaste s’évertue à brouiller les pistes et à nous faire croire le contraire de ce qu’il nous montre. Et il le fait avec un style exceptionnel. Hitchcock est au sommet de son talent, et il fait preuve d’une maîtrise hallucinante de son art, enchaînant des scènes inoubliables, alternant plans larges sublimes et gros plans fascinants, réussissant même les plus beaux fondus-enchaînés de toute l’histoire du cinéma (lorsque James Stewart sort Kim Novak de l’eau).

Surtout, Hitchcock donne à son film un nombre incroyable de niveaux de lecture. Au premier degré, Vertigo est un formidable thriller basé sur la manipulation, une enquête obsessionnelle et fascinante dans les rues et les alentours d’un San Francisco transformé en décor fantasmé.

A cette intrigue hitchcockienne exceptionnelle s’ajoute le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs qui, peu à peu, se dégage des événements traumatisants de son passé pour se laisser vamper par une beauté presque irréelle dont il tombe réellement amoureux après sa mort (une variation sur le même thème que Laura, de Preminger ?).

La mort, elle-même, est omniprésente dans le film, les liens les plus forts semblant se tisser au-delà de la tombe. La jeune femme « hantée » par le spectre de sa grand-mère, le détective qui sort la jeune femme des bras du fleuve mais n’en tombe réellement amoureux que lorsqu’elle meurt sous ses yeux. Pour les bienheureux qui n’ont pas encore vu le film, mieux vaut ne pas en dire plus, mais ces thèmes de la mort, de l’obsession et des faux-semblants restent étroitement liés jusqu’à la conclusion du film, aussi inattendue que terriblement sombre.

Dans la construction du scénario, dans l’approche visuelle (un voile troublant donne un sentiment irréel aux apparitions de la belle), dans la force avec laquelle Hitchcock rend perceptibles les obsessions de ses personnages, le film est une immense réussite, l’un des sommets de la carrière du cinéaste, et l’un des plus beaux films du monde, tout simplement.

C’est aussi l’un des plus grands rôles de James Stewart, qui est de toutes les scènes et que le spectateur voit sombrer de plus en plus profondément dans une obsession proche de la folie, dont on sait qu’il ne sortira jamais plus tout à fait, d’autant plus qu’Hitchcock, à mi-film, donne au spectateur une « clé » importante que Stewart lui-même n’aura pas avant la fin du métrage, lorsqu’il sera trop tard. Et qui donnera lieu à une ultime image d’une force inouïe, l’une des plus marquantes du cinéma hitchcockien.

Soupçons (Suspicion) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Soupçons

Toute sa carrière durant (en Amérique, en tout cas), Hitchcock a dû jouer avec la censure et le politiquement correct, jouant avec délectation avec des sous-entendus (le train pénétrant dans le tunnel à la fin de La Mort aux trousses, pour ne citer qu’un exemple), ou s’accommodant de décisions prises par les producteurs à l’encontre de ses propres envies. Soupçons est l’exemple le plus frappant de ce combat permanent du cinéaste à Hollywood. En devant se plier aux dictats du studio (la RKO), et faire avec une fin qui est l’opposée de ce qu’il avait imaginer, Hitchcock signe un film qui dit le contraire de ce qui est initialement prévu. Résultat : encore un chef d’œuvre.

Finalement, c’est « malgré » Hitchcock que Soupçons est l’un des films les plus sensibles et complexes de sa filmographie. Le cinéaste imaginait un thriller conjugal, qui aurait pu être comparé avec L’Ombre d’un doute, autre chef d’œuvre qu’il réalisera cinq ans plus tard : son héroïne est une jeune ingénue (Joan Fontaine¸ jolie comme c’est pas permis, dans un rôle très semblable à celui qu’elle tenait dans Rebecca, le premier film hollywoodien d’Hitchcock), qui épouse un riche séducteur qu’elle imagine bientôt être un tueur calculateur décidé à l’éliminer pour profiter de sa fortune.

Dans la version souhaitée par le réalisateur, le mari était effectivement un tueur. Mais en confiant le rôle à Cary Grant, qui sera pour lui, pendant vingt ans, l’acteur-idéal par excellence, l’incarnation fantasmée de la plupart de ses héros masculins, Hitchcock réussit à la fois un coup de maître, et un véritable suicide artistique. Coup de maître, parce que le cinéaste joue merveilleusement avec l’image très positive et légère de la star : cette image est très précisément ce qu’arbore Johnnie, le héros du film, mais elle cache une vérité beaucoup moins romantique, celle d’un homme hanté par ses démons et par son incapacité à assumer son rôle d’homme dans une société encore à l’ancienne, où l’homme se doit d’être d’une solidité à toute épreuve.

Mais ce choix d’acteur, s’il enrichit considérablement le personnage du mari, condamne paradoxalement le projet du réalisateur. Inimaginable, pour les producteurs, de laisser Cary Grant, l’une des plus grandes stars de l’époque, jouer le rôle d’un tueur (même si lui-même le voulait). En changeant la dernière scène en fin de tournage, la production modifie totalement le film, donnant à toutes les scènes déjà tournées un sens radicalement différent : on n’est plus dans un thriller psychologique (l’idée première était de montrer une Joan Fontaine déterminée à se laisser tuer par amour pour son mari/assassin), mais dans le portrait dérangeant d’une femme qui se persuade, à tort, d’avoir épousé un Barbe-Bleue en puissance.

Ce sentiment plonge le spectateur dans la psychée de la mariée, et donne lieu à quelques séquences d’anthologie. La plus fameuse est celle où Cary Grant monte lentement l’escalier de la maison (encore une scène extraordinaire située dans un escalier, élément incontournable de la filmographie du maître), apportant à sa femme malade un verre de lait qu’Hitchcock éclaire de l’intérieur, le mettant ainsi en valeur et suggérant la présence d’un poison dans le liquide…

C’est aussi la (petite) faiblesse du film, qui donne parfois le sentiment d’être manipulé éhontément : en jouant son rôle, Cary Grant était convaincu qu’il était un meurtrier, ce qui donne lieu à quelques facilités dramatiques qui, a posteriori, sonnent faux. D’autant plus que cette interprétation est soulignée par la caméra d’un Hitchcock lui-même persuadé que son acteur est un assassin…

Mais ce sentiment ne gâche pas le film, et Joan Fontaine est décidément magnifique et incroyablement touchante dans son rôle d’ultime romantique, prête à tout accepter pour celui qu’elle aime : rompre avec des parents aimants, vivre dans un dénuement auquel elle n’est pas habituée, cohabiter avec l’ami un peu benêt de son mari (l’excellent Nigel Bruce), admettre le démon du jeu qui habite ce dernier, et même se laisser assassiner… Il fallait bien le regard de biche de l’actrice pour faire avaler ce dévouement absolu…

Quatre de l’espionnage (Secret Agent) – d’Alfred Hitchcock – 1936

Posté : 16 septembre, 2011 @ 8:37 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Quatre de l'espionnage

J’avais le souvenir d’un film un peu maladroit, mais ce film méconnu de la période anglaise d’Hitchcock m’a franchement bluffé. Après un premier tiers pas tout à fait convaincant (malgré une première scène surprenante, qui nous montre un vétéran manchot renversant un cercueil vide à l’issue d’une cérémonie funéraire), cette histoire d’espionnage assez conventionnelle prend une dimension inattendue, et le film devient admirable, en grande partie grâce à la mise en scène d’Hitchcock.

Ne sous-estimons pas toutefois la réussite du scénario (adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’un roman de Somerset Maugham), particulièrement habile et manipulateur, qui nous fait tout d’abord croire à une fantaisie d’aventures autour d’un triangle amoureux, traité avec une grande légèreté et beaucoup d’humour, pour se transformer peu à peu en un suspense sombre et cynique, cruelle histoire d’espionnage débarrassée de tout folklore romantique.

La menace d’une nouvelle guerre mondiale est sous-jacente dans ce film tourné en 1936. Mais l’intrigue prend place dans une autre époque troublée, pas si lointaine : nous sommes en 1916, et le personnage principal (joué par John Gielgud, acteur shakespearien par excellence), un écrivain travaillant pour les services secrets britanniques, est chargé de se rendre en Suisse pour démasquer un agent double au service de l’Allemagne. Sur place, il découvre que son patron lui a « attribué » une épouse (magnifique Madeleine Carroll, qui passe admirablement de la légèreté presque inconséquente, à la gravité douloureuse), un peu trop occupée à folâtrer avec un Anglais de passage (Robert Young). Il est également aidé dans sa tâche par un homme de main, le « Général », qui se prétend mexicain (Peter Lorre qui, même s’il est dans le bon camps, fait froid dans le dos).

Hitchcock s’amuse à prendre continuellement le contre-pied de ce qu’on attend de lui. Le film n’est ainsi jamais ce qu’il prétend être : alors qu’il pose les bases d’une comédie, Hitchcock nous entraîne vers un drame sombre et tendu ; alors qu’il nous annonce un « whodunit » dans lequel il faudrait découvrir l’identité du traître, il nous mâche le travail. Parce que l’identité de l’agent double ne fait aucun doute : d’ailleurs, Hitchcock ne prend même pas la peine de nous présenter différents candidats possibles : le coupable est ainsi tout désigné.

Loin d’affaiblir le film, cette certitude accroît sa force. Et c’est dans une séquence d’une grande cruauté que se trouve le tournant du film : notre héros et le Général entraînent dans une escapade en montagne l’homme qu’ils pensent être le coupable (et dont nous savons parfaitement qu’il est innocent), après l’avoir « démasqué » grâce à un bouton de manchette, et le tuent sans songer à l’interroger… Cynique et cruelle, ce passage est l’un des sommets du film (il sera d’ailleurs repris avec quelques variantes par Clint Eastwood dans La Sanction).

Le film est imparfait, certes, mais il est parsemé de passages mémorables : la découverte du cadavre à l’église, sublime moment de suspense avec un style proche de l’expressionnisme allemand ; l’incontournable scène de train, avec une catastrophe ferroviaire très cinégénique ; l’innocence perdue dans les yeux de Madeleine Carroll, le regard vide alors que le village est en fête autour d’elle…

Plus encore que dans Les 39 Marches, l’actrice est sublime. Comme Anny Ondra (The Manxman et Chantage) ou Joan Barry (A l’Est de Shanghai), Madeleine Carroll est une blonde hitchcockienne dont on n’a pas dit assez de bien…

Les 39 marches (The 39 steps) – d’Alfred Hitchcock – 1935

Posté : 29 août, 2011 @ 8:45 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les 39 marches

En deux films, Hitchcock assoit définitivement son style, et sa réputation : L’Homme qui en savait trop (première version), et surtout ces 39 marches, chef d’œuvre qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Dans cette adaptation d’un roman de Buchnan, tout l’univers hitchcockien est déjà là, très maîtrisé : son thème de prédilection du faux coupable bien sûr, mais aussi son goût pour les grands espaces, pour les trains, pour les intrigues d’espionnage, ou encore pour les couples mal assortis qui se nouent dans l’adversité.

Le film évoque évidemment La Mort aux trousses, chef d’œuvre absolu qu’il tournera près d’un quart de siècle plus tard. Les points communs entre les deux films sont nombreux : la rencontre dans un train, l’importance de monuments historiques (le mont Rushmore dans La Mort…, le Forth Bridge d’Edinbourgh dans Les 39 marches), ou encore le poignard planté dans le dos d’une victime qui meurt dans les bras du héros, Cary Grant là, Robert Donat ici.

Donat, d’ailleurs, est sans doute le premier vrai héros hitchcockien : il a l’humour et l’assurance d’un « monsieur tout le monde » un peu hors normes, dont Cary Grant sera l’interprète idéal de la période américaine. Les 39 marches est bien plus qu’un brouillon de La Mort aux trousses : c’est l’un des sommets de la période anglaise d’Hitchcock, l’un de ses films les plus maîtrisés. Moins léger que Une Femme disparaît, mieux interprété que Jeune et innocent, mieux construit que L’Homme qui en savait trop, le film est mené à un rythme frénétique, sans le moindre temps mort : c’est une course à travers le pays (comme La Mort aux trousses), qui commence à Londres et se termine au fin fonds de l’Ecosse, ou le personnage de Robert Donat espère trouver les personnes qui sauront l’innocenter : un soir, à Londres, il a rencontré une mystérieuse jeune femme qui se disait poursuivie par des espions, et qui a trouvé refuge chez lui. Au petit matin, il l’avait retrouvée poignardée. Lui-même poursuivi par un réseau d’espions, les « 39 marches », et par la police qui voit en lui le coupable désigné, son visage en première page de tous les journaux, il part sur la piste du seul indice dont il dispose, qui le conduit en Ecosse.

Hitchcock filme magnifiquement la sublime lande écossaise, comme il filme avec amour la campagne anglaise dans nombre de ses films. Mais on lui sent beaucoup moins d’empathie pour les Ecossais que pour les Anglais pur souche : le portrait qu’il dresse de la vie dans la campagne écossaise est plutôt morbide. Mais la scène est belle et d’une grande efficacité, comme toutes les scènes dans la lande, ou encore la rencontre-évasion sur le pont de Forth, particulièrement virtuose.

C’est aussi là qu’on rencontre l’une des blondes hitchcockiennes les plus marquantes de la période anglaise : Madeleine Carroll, jolie comme c’est pas possible. Enchaînée malgré elle à Robert Donat, elle fera tout son possible pour le faire arrêter, avant de réaliser, tardivement, qu’il est réellement innocent. Le couple que ces deux-là forment est formidable.Les séquences londoniennes, qui ouvrent et referment le film, sont curieusement plus statiques, et moins vivantes, que le cœur écossais de l’intrigue, ébouriffante démonstration de maîtrise cinématographique…

Laquelle des trois ? (The Farmer’s Wife) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 24 août, 2011 @ 8:44 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Laquelle des trois

Voici l’une des rares incursions d’Hitchcock dans la pure comédie. Comme souvent à cette époque, le jeune cinéaste adapte une pièce de théâtre qui a connu un grand succès à Londres. Le film est une commande, mais Hitchcock ne prend pas le travail à la légère. Désormais pleinement maître du langage cinématographique, il s’attache à transformer cette pièce paraît-il excessivement bavarde en une œuvre visuelle d’une fluidité parfaite, et débarrassé au maximum des intertitres de rigueur dans le muet.

Effectivement, le film possède peu d’intertitres, alors même que les personnages sont particulièrement bavards. C’est le principal tour de force de cette comédie certes pas très originale, mais d’une réjouissante légèreté, avec cette petite pointe d’amoralité qu’Hitchcock aime distiller dans ses films : pas sûr que les féministes apprécient beaucoup la peinture qu’il fait des femmes et de leur place dans la société…

Le film raconte l’histoire d’un riche fermier dont la femme vient de mourir, et dont la fille se marie. Désormais seul avec son employé de ferme et sa servante, il dresse une liste des prétendantes qu’il pourrait épouser en seconde noce… et part faire ses courses. Pas franchement romantique, ni regardant, ce fermier pourtant séduisant derrière ses grandes moustaches part déclarer sa flamme aux quatre vieilles filles qu’il a repérées (oui, il y en a quatre, ce qui n’explique pas le titre français).

Mais toutes le renvoient dans ses buts, ce qui a pour effet de l’irriter franchement : pas terrible pour son image ou pour son ego. Et dire que pendant tout ce temps, alors qu’il courait après la vieille rombière, la perle absolue était sous ses yeux : sa gouvernante, charmante et dévouée, bonne femme d’intérieur et oreille attentive (la femme idéale, quoi…). Il lui faudra bien du temps pour la regarder autrement que comme une serveuse, alors que le spectateur a depuis la toute première minute compris que son bonheur était là, dans le visage pur et la délicate silhouette de Lillian Hall-Davis (qu’Hitchcock avait déjà dirigée dans The Ring).

Charmant et drôle, le film donne le sentiment d’un tournage particulièrement joyeux, avec des comédiens qui, à l’exception de la belle Lillian, jouent tous de manière légèrement (ou franchement) excessive. Le fermier lui-même (Jameson Thomas) a la moustache qui frétille à longueur de film ; l’une de ses conquêtes part à la renverse dans de grands cris effarouchés dès qu’il lui propose le bonheur conjugal ; la quatrième est une tenancière de bar vulgaire à la gueule pas possible…

Mention spéciale à Gordon Harker, dans le rôle de l’ouvrier de ferme. Déjà vu dans The Ring, cet acteur grimaçant joue merveilleusement bien les idiots sans savoir vivre. Sa prestation dans The Farmer’s Wife n’est pas très originale, mais elle est franchement réjouissante.

Une femme disparaît (The Lady vanishes) – d’Alfred Hitchcock – 1938

Posté : 17 août, 2011 @ 9:17 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | 1 commentaire »

Une femme disparaît

Le plan qui ouvre ce sommet de la période anglaise d’Hitchcock est inoubliable : ce long plan surplombe un village perdu dans les Alpes suisses, recouvert par la neige. Lentement, la caméra nous fait découvrir ce lieu isolé, dont le calme est à peine perturbé par une voiture qui circule sans bruit, presque fantomatique, s’approchant peu à peu des habitations, laissant apercevoir quelques personnes immobiles sur le quai de la gare. Totalement immobile, et pour cause : dans ce plan beau et irréel, Hitchcock ne filme qu’une grande maquette, ne faisant aucun effort pour tenter de convaincre le spectateur du contraire.

Toute la période anglaise du maître est marquée par la présence de ces maquettes qu’Hitchcock prenait un plaisir fou et enfantin à filmer. Celle-ci est inoubliable. Pourtant, après ce plan d’ouverture, les maquettes disparaissent pour de bon. Du film et de l’œuvre d’Hitchcock, qui pense alors tourner son ultime film anglais (son départ pour Hollywood, où il doit réaliser un Titanic qui ne se fera finalement pas avec lui, est programmé). Il aura toutefois le temps de tourner un dernier film en Angleterre, La Taverne de la Jamaïque, avec Charles Laughton. Mais le contrôle lui échappera en partie, et Une femme disparaît peut objectivement être considérée comme les véritables adieux d’Hitchcock à son pays natal (jusqu’à Frenzy en tout cas).

Et ces adieux ne pouvaient pas être plus réjouissants. Une femme disparaît est une réussite de tous les instants, l’un des meilleurs « films de train » qui soient, sans doute le meilleur en mode léger. Le ton du film, malgré la menace de conflit mondial qui s’inscrit en filigrane sur cette histoire d’espionnage, est en effet au pur divertissement, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que le cinéaste prend son travail à la légère, bien au contraire : on assiste à une démonstration exceptionnelle du génie hitchcockien.

En une séquence époustouflante, il dresse le décor : une auberge de Suisse dans laquelle cohabitent malgré eux des voyageurs de toutes les nationalités, et de toutes les catégories sociales. Un seul point commun entre eux : ils attendent un train retardé par la neige, et doivent passer une nuit supplémentaire sur place, durant laquelle on apprendra à mieux les connaître. Il y a cette riche héritière (Margaret Lockwood), oisive et inconséquente, promise à un mariage de raison. Il y a cette vieille dame, Miss Froy, qui rentre en Angleterre après des années d’absence, et avec laquelle elle sympathise (Dame May Whitty). Il y a ce musicien plein de vie, qui noue une relation d’amour-haine avec l’héritière (c’est Michael Redgrave). Il y a cet avocat carriériste qui refuse de s’afficher avec sa maîtresse.

Il y a encore ce tandem d’Anglais totalement hermétiques à la crise mondiale, et qui ne pensent qu’à avoir des nouvelles de leur équipe de crocket préférée… Ce tandem, interprété avec un flegme irrésistible par Basil Radford et Naunton Wayne, est la caution humoristique de ce film. Les deux personnages, pourtant secondaires, ont à ce point marqué le film de leur présence, qu’on les reverra dans les années suivantes dans quelques autres films, notamment dans Train de Nuit pour Munich, autre « film de train » avec Margaret Lockwood (réalisé par Carol Reed).

Cette séquence dans l’auberge ne sert toutefois qu’à présenter les personnages : la partie principale du film commence le lendemain matin, dans le train qui les ramène vers l’Angleterre. Et c’est là que le génie hitchcockien prend toute son ampleur. Loin de se sentir à l’étroit dans le décor d’un train, le cinéaste profite de cette contrainte pour signer un film au mouvement perpétuel : qui va continuellement de l’avant, au même rythme que le train.

Formellement, c’est un bijou. Quant à l’histoire, elle est cauchemardesque à souhait : après s’être endormie face à la brave Miss Froy, notre oisive héritière se réveille pour entendre l’ensemble des voyageurs affirmer qu’il n’y avait pas de vieille dame avec elle. Presque convaincue elle-même d’avoir rêvé, elle ne reçoit le soutient que de ce musicien qui lui a gâché sa dernière nuit dans l’auberge…

Le suspense, le rythme, l’humour, l’alchimie entre les comédiens… Une femme disparaît est une réussite absolue, l’un de ces nombreux états de grâce que Hitchcock a eu tout au long de sa carrière. Comme Les 39 Marches ou La Mort aux trousses, c’est aussi l’un de ces purs divertissements (malgré la toile de fond où l’angoisse de la guerre est bien présente) vers lesquels Hitchcock a toujours aimé revenir, régulièrement, tout au long de sa carrière.

1...34567
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr