Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Mary (Sir John greift ein) – d’Alfred Hitchcock – 1931

Posté : 16 novembre, 2012 @ 7:30 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Mary

Drôle d’expérience, de découvrir ce méconnu Mary après avoir revu Meurtre !, l’un des bijoux oubliés du jeune Hitchcock : Mary est la version allemande du précédent. A une époque, les premières années du parlant, où le doublage n’existait pas encore, et où de nombreuses productions françaises et anglaises étaient tournées simultanément dans la langue originale, et en allemand pour l’important marché outre-Rhin, Mary est l’unique version allemande d’un de ses films que tourne Hitch lui-même.

Les décors sont les mêmes, le scénario est le même. On imagine bien Hitchcock boucler ses scènes anglaises, et enchaîner en dirigeant ses acteurs allemands pour « l’autre film ». Car les deux films sont quasiment identiques, les acteurs ne sont pas les mêmes. D’où, lorsqu’on voit les deux films à la suite comme votre serviteur l’a fait, l’étrange impression d’avoir vécu une expérience rare.

Malgré leurs similitudes, avantage certain à la version anglaise originale. Pour la version allemande, Hitchcock semble avoir traité avec un peu plus de nonchalance un certain nombre de séquences : la première apparition de Fane, comédien travesti en femme dont l’ambiguïté sexuelle disparaît d’ailleurs presque entièrement de la version allemande ; la fameuse séquence du miroir avec le dilemme moral du héros illustré en musique, plus platement ici ; ou encore celle du repas entre Sir John et le couple de modestes régisseurs, qui reste amusante, ne va plus aussi loin dans le contraste entre deux mondes. Exit aussi le tapis très épais dans lequel semblent s’enfoncer les invités.

La fin est également nettement moins romantique et originale (un rideau de théâtre qui tombait dans la version anglaise, les deux héros à l’arrière d’une voiture ici). Quant à Alfred Abel, solide acteur habitué des films de Fritz Lang (Docteur Mabuse, Metropolis), sa prestation est bien moins suave et habitée que celle d’Herbert Marshall. Même les « défauts » de la version anglaise semblent manquer ici, comme les étranges hésitations du juré n°1 qui se trompait en comptant les papiers « coupables » et « non coupables ». Mine de rien, tout est un peu plus lisse, dans cette version allemande.

Voilà pour le jeu des sept différences. Mais Mary reste un film virtuose et passionnant, comme sa version originale. Et c’est une curiosité incontournable pour tout vrai passionné de Sir Hitchcock.

Le Rideau déchiré (Torn Curtain) – d’Alfred Hitchcock – 1966

Posté : 22 septembre, 2012 @ 12:44 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Le Rideau déchiré (Torn Curtain) – d’Alfred Hitchcock – 1966 dans * Polars US (1960-1979) le-rideau-dechire

OK, le couple Paul Newman / Julie Christie ne fonctionne pas vraiment. OK, on a un peu de mal à voir le scientifique qui se cache derrière la mâchoire carrée de Newman. Et OK, on sent bien que Hitchcock ne filme pas ses acteurs avec autant de passion que lorsqu’il filmait Cary Grant et Grace Kelly. Et pour cause, les deux stars maisons ont été imposées à un réalisateur éprouvé par l’échec de Marnie, par les pontes de Universal. Julie Christie, surtout, ne correspond vraiment pas à l’image de la blonde hitchcockienne, sophistiquée et sauvage à la fois, et pleine de mystères.

Mais ces réserves mises à part, Torn Curtain est loin d’être le ratage que l’on dit souvent. Le film marque le retour au thriller d’espionnage pour Hitchcock. Mais La Mort aux trousses est passée par là, et le résultat n’a pas grand-chose à voir avec les grands films du genre qu’il a réalisés dans les années 30 ou 40. De fait, on retrouve ici nombre d’éléments qui semblent tout droit sortis de son chef d’œuvre de 1959 : les plans très larges dans les champs entourant Berlin rappellent ceux qui ont vu Cary Grant affronter le fameux avion ; les héros piégés dans une salle de spectacle bondée évoquent la scène des enchères de North by Northwest

Surtout, l’époque de la seconde guerre mondiale est révolue. En pleine guerre froide, Hitchcock se montre bien plus septique, et nettement plus cynique : la frontière entre les gentils et les méchants est ainsi particulièrement ténue. Car si Newman, faux traître à sa patrie américaine, passe à l’Est devant une fiancée médusée, c’est pour voler à un illustre savant des formules qu’il est incapable de trouver seul. Et lorsque la fiancée accepte d’aider son savant de mec, elle pense encore qu’il est bel et bien un traître. Ajoutons que la fuite du couple fera bien des dégâts collatéraux auxquels ils feront à peine attention : leur simple passage à Berlin Est causera de graves problèmes au couple de fermiers, aux passagers du bus, ou encore à cette pathétique « comtesse » polonaise, interprétée par une Lila Kedrova inoubliable.

On sent bien que Hitchcock n’a pas une tendresse débordante pour ses personnages. Mais comme souvent chez le cinéaste, l’important est moins dans l’intrigue que dans la manière de la raconter. Ici, le suspense repose en partie sur un étirement étonnant de moments qui pourraient être anodins. Une discussion filmée de loin et dont on n’entend rien ; un voyage en bus ; une visite dans un musée ; un échange entre deux savants à base d’obscures formules mathématiques… et bien sûr cette incroyable scène de meurtre.

Flanqué d’un « guide » durant son séjour à Berlin, le professeur Paul Newman se voit obligé de le tuer avec l’aide d’une fermière. Mais les complices improvisées ne peuvent pas faire usage d’une arme à feu, qui attirerait l’attention. La mort du « pauvre » Gromek est ainsi l’une des plus traumatisantes de l’histoire du cinéma. Poignardé, étranglé, battu à coups de pelles, et asphyxié dans une gazinière, il mettra de longues minutes à mourir.

On sent bien que cette séquence, montée sans la moindre note de musique, dans un silence effrayant, est l’une des raisons qui ont poussé Hitchcock à faire ce film. C’est en tout cas la scène la plus mémorable d’un film dont la richesse et la complexité sont à redécouvrir.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1934

Posté : 7 septembre, 2012 @ 5:28 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Homme qui en savait trop 34

Hitchcock trouve définitivement son créneau avec ce film dont on a tendance à sous-évaluer l’audace : derrière le flegme et la légèreté apparents de ce polar british, au-delà de l’impression que tout est filmé avec une certaine indolence, Hitchcock glisse une noirceur et une violence de propos assez inattendues…

La longue fusillade de fin en est un bon exemple : Hitchcock y souffle le chaud et le froid d’une manière particulièrement audacieuse. A la fois pleine d’humour (le chef de la police qui boit son thé imperturbable tandis que les coups de feu secouent le quartier), grinçante (les policiers qui ne peuvent répliquer au déluge de feu parce qu’ils ne sont pas armés), et d’une violence assez rare. Car cette fusillade est une véritable boucherie qui n’a rien de fun : flics et voyous y meurent sous les balles.

Avec ce mélange des styles, mine de rien, Hitchcock se montre grave et évoque la perte de l’innocence. La petite Nova Pilbeam (qui sera trois ans plus tard une belle héroïne hitchcokienne dans Jeune et Innocent) ne sortira pas indemne de cette histoire dont elle est le moteur passif. Et quand une jeune femme en petite tenue, débordant de vie et d’insouciance, cède sa chambre à des policiers en mission, c’est la mort qu’elle laisse entrer dans son environnement. Comme le Royal Albert Hall, lieu prestigieux des grandes festivités londoniennes, se transforme en théâtre mortel…

L’histoire est strictement la même que dans le remake que signera Hitchcock lui-même deux décennies plus tard (la neige de Saint-Moritz sera remplacée par le soleil du Maroc, et le Français Pierre Fresnay par le Français Daniel Gélin) : un couple en vacances découvre un projet d’attentat, dont les auteurs enlèvent leur enfant pour les pousser à garder le silence. Même trame, et même climax, dans ce Royal Albert Hall où un coup de cymbale doit coïncider avec le coup de feu mortel, avec une même montée en puissance, la même puissance, et le même cri libératoire.

Dans cette première version, la mise en scène d’Hitchcock est moins sophistiquée que dans celle de 1956. Mais elle est tout de même d’une grande inventivité, et regorge de grandes idées. L’apparition de Pierre Fresnay en sauteur à ski par exemple, malgré des transparences très approximatives, est d’une grande originalité, et plonge immédiatement le spectateur au cœur de l’action.

Et si le jeu de Leslie Banks n’a pas la force et les nuances de celui de James Stewart, le couple qu’il forme avec Edna Best ne manque pas non plus de charme. Quant à Peter Lorre, impressionnant en tueur stoïque au milieu des balles, il est inoubliable, dans une composition qui évoque celle de James Cagney dans White Heat (avec une relation trouble avec une femme qui pourrait être sa mère, étonnant parallèle avec le film à venir de Walsh). C’est son premier film hors d’Allemagne, et on sent que Hitchcock est fasciné par l’interprète de M le maudit. Encore un point commun avec Fritz Lang…

L’Inconnu du Nord-Express (Strangers on a train) – d’Alfred Hitchcock – 1951

Posté : 23 juin, 2012 @ 8:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Inconnu du Nord-Express

C’est l’un des Hitchcock les plus acclamés, et pourtant, cette adaptation d’un bon roman de Patricia Highsmith m’a toujours semblé en deçà des plus grands films du maître. Peut-être parce que l’idée de base, aussi géniale soit-elle, suffit à peine à un long métrage. D’ailleurs, si le début est excellent, et la fin carrément formidable, Strangers on a train souffre d’un long ventre mou qui, malgré de bons moments, enchaîne les rebondissements inutiles dans un rythme un peu lent.

Dommage, car la mise en place de l’histoire est magistrale. La caméra de Hitchcock, brillantissime, introduit la rencontre improbable, dans un train, de deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : un grand joueur de tennis (Farley Granger), et un fils de bonne famille (Robert Walker, probablement le taré le plus authentique de toute la filmographie hitchcockienne).

Face au sportif aux manières parfaites, cet héritier oisif et très prolixe crée d’emblée le malaise, qui ne fait que grandir à mesure que l’on découvre la vie de ce jeune homme qui partage avec une mère étouffante une relation trouble et malsaine. Hitchcock a bien souvent montré des mères possessives et castratrices dans ses films. Mais il est rarement allé aussi loin. Celle-ci est d’autant plus effrayante qu’elle est presque comique, et que l’horreur qu’elle inspire tient à de petits détails (elle fait les ongles de son fils…).

Dans ce train, les deux hommes (enfin, surtout Robert Walker) en viennent à évoquer leurs misères respectives, et les meurtres qui pourraient tout résoudre. Walker évoque même ce qui serait le crime parfait : si les deux hommes échangeaient leurs meurtres, il n’existerait aucun mobile… Les films de Hitchcock sont émaillés de ces discussions autour de crimes de sang, vues comme d’aimables amusements. Mais dans sa folie, Walker prend cette discussion pour un pacte… et assassine bel et bien l’ex-femme de Granger, lors d’un plan mémorable vu par le prisme des lunettes de la victime.

Ce plan exceptionnel marque hélas une rupture de ton dans le film. Car la suite, aussi bien foutue soit-elle, manque cruellement de rythme et se révèle bien trop longue. Les rebondissements inutiles se succèdent, comme s’il avait fallu « allonger la sauce » pour obtenir un long métrage. On a donc droit à une longue demi-heure pas très emballante.

Paradoxalement, c’est cette même limite narrative qui fait la force de la dernière demi-heure du film, magistrale. Le ressors dramatique de cette ultime partie est mince, très mince : il s’agit de mettre la main sur le briquet de Guy-Farley Granger, l’un de ces macguffin qu’affectionne le cinéaste. Hitch réussit la gageure d’étirer le temps au maximum, et de baser le suspense, hyper efficace, sur des choses on ne peut plus banales : l’issue d’un match de tennis, le briquet qui tombe dans un caniveau, le soleil qui tarde à se coucher… même un carrousel de chevaux de bois devient source de terreur, se transformant en une terrible machine de mort.

Rien que pour cette demi-heure, L’Inconnu du Nord-Express est un film important. C’est la virtuosité de Hitchcock, à son meilleur : débarrassé de toute logique narrative, de toute volonté de faire avancer l’histoire, le cinéaste se contente de filmer la peur et le suspense. D’une manière brute, incroyable, et totalement jouissive…

Alfred Hitchcock présente : C’est lui (Alfred Hitchcock presents : Revenge) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 23 mai, 2012 @ 11:39 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente : C’est lui (Alfred Hitchcock presents : Revenge) – d’Alfred Hitchcock – 1955 dans 1950-1959 alfred-hitchcock-presente-cest-lui

Hitchcock est le réalisateur le plus célèbre du monde lorsqu’il accepte une proposition qui va constituer une sorte de séisme dans le monde du cinéma. Alors qu’il tourne L’Homme qui en savait trop, Hitchcock devient le premier cinéaste important à signer un contrat au long cours avec une chaîne de télévision : CBS, qui lui proposait de produire une série anthologique nommée Alfred Hitchcock présente, qui réunirait des courts métrages de suspense, et dont le réalisateur serait l’hôte, introduisant chacun des épisodes hebdomadaires. Cette série lui a valu une fortune immense, et a renforcé sa popularité déjà extrême.

Hitchcock a également assuré la réalisation de quelques-uns des 266 films de cette série, et des autres séries dérivées qui vont suivre. Ce Revenge est le tout premier épisode. Tourné en trois jours, diffusé le 2 octobre (quelques jours avant la sortie en salles de La Main au collet), ce court métrage d’une petite demi-heure pose les bases de ce que sera cette formidable série. Le scénario, basé sur une histoire classique de vengeance, se termine par une révélation finale qui laisse un goût amer et fait froid dans le dos. La vie d’un couple fraîchement marié installé dans une caravane est bouleversée lorsque la jeune épouse est agressée par un mystérieux représentant de commerce, et plonge dans une sorte de catatonie. Le mari est bien décidé à retrouver l’agresseur et à le tuer. Déambulant dans les rues de la ville, la femme sort soudain de son silence et pointe le doigt vers un homme en disant « c’est lui »

Charmant portrait d’un couple qui se découvre encore jour après jour, ce petit film très inspiré est une vraie réussite. Hitchcock y dirige Ralph Meeker (tête d’affiche cette même année de En quatrième vitesse, le chef d’œuvre de Robert Aldrich), et surtout Vera Miles, qu’il venait de prendre sous contrat et dont il pensait faire la nouvelle Grace Kelly…

Alfred Hitchcock présente : Jour de pluie (Alfred Hitchcock presents : Wet Saturday) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 23 mai, 2012 @ 11:33 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente : Jour de pluie (Alfred Hitchcock presents : Wet Saturday) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans 1950-1959 alfred-hitchcock-presente-jour-de-pluie

Cinquième réalisation d’Hitchcock pour “sa” série (dont il constitue le quarantième épisode), ce court métrage est un étonnant huis clos qui reprend un thème que le cinéaste a souvent abordé : la demeure d’un notable qui cache de noirs secrets. Mais cette fois, c’est un ton légèrement parodique que le cinéaste adopte.

Le film a quelque chose de théâtral : l’essentiel de l’action se résume à un dialogue entre les personnages dans une unique pièce. Et on n’en sort que rarement, pour aller dans une grange qui ne s’ouvre pas non plus sur l’extérieur.

Sir Cedric Hardwicke, qui avait joué les victimes pour Hitchcock dans La Corde et L’Inconnu du Nord Express, interprète ici un chef de famille d’une dignité à toute épreuve, dignité qu’il est bien décidé à conserver intacte, en dépit de la débilité apparente de son fils, et de la folie pas si douce de sa fille, qui vient de tuer l’homme qu’elle pensait pouvoir aimer. Et pour la conserver, il est prêt à faire porter le chapeau à un autre acteur hitchcockien, l’excellent John Williams (Le Crime était presque parfait, La Main au collet). Sans sourciller.

Le sel du film repose d’ailleurs essentiellement sur Hardwicke, qui n’en finit pas de soliloquer avec un flegme très british, échafaudant les plans les plus retors et condamnant son prochain avec une froideur réjouissante. Une drôle de curiosité.

La Mort aux trousses (North by Northwest) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 11 mai, 2012 @ 9:23 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Mort aux trousses

Difficile d’affirmer que La Mort est aux trousses est le plus grand film d’Hitchcock : de The Lodger à Frenzy en passant par Manxman, Chantage, Les 39 marches, Une femme disparaît, L’Ombre d’un doute, Les Enchaînés, Fenêtre sur cour, Sueurs froides, Psychose et Les Oiseaux, ses chef d’œuvre absolus sont si nombreux qu’il est quasiment impossible d’établir un classement définitif. Pourtant, on peut dire que ce film constitue le sommet de sa carrière, parce qu’il représente le film ultime vers quoi il se tournait depuis plus de trente ans. La Mort aux trousses réunit à peu près tous les thèmes de prédilection du cinéaste, et synthétise, dans une sorte d’apogée impressionnante, tout son cinéma.

Le faux coupable, la traversée du pays, les grands monuments transformés en décor à suspens, les grandes maisons bourgeoises qui cachent de terribles complots, la blonde glacée à l’extérieur et brûlante à l’intérieur, le macguffin, les trains, la passion qui naît dans la fuite… Tous les éléments qu’Hitchcock n’a cessé de décliner film après film sont réunis ici. Mais pas comme dans un vulgaire melting-pot : le moindre de ces éléments est poussé à l’extrême avec une virtuosité de chaque instant.

On a beau connaître le film par cœur, dans le moindre de ses détails, revoir La Mort aux trousses pour la septième ou huitième fois (à vue de nez) procure toujours le même plaisir hallucinant. Dès le générique de début, ces lignes qui se forment et se croisent rythmées par l’inoubliable musique de Bernard Herrmann, et qui se fondent bientôt dans les lignes d’un immeuble de verre qui reflète la foule new-yorkaise. Ce simple générique donne le rythme d’un film qui ne ralentira pas une seconde.

L’histoire elle-même n’est ni meilleure ni moins bonne que n’importe quel autre film de Hitchcock : Cary Grant, alias Roger Thornhill, publicitaire pressé, est pris pour Kaplan,un agent du gouvernement par un groupe d’espions qui l’enlève et tente de le faire disparaître. Il parvient à s’échapper, mais finit par être accusé meurtre, obligé à partir sur la piste de Kaplan pour prouver son innocence. Mais Kaplan n’est qu’un leurre, et n’existe pas vraiment, et Cary Grant croise la belle Eva Marie Saint, chaude comme la braise et bien mystérieuse…

Tout le plaisir réside dans la forme que Hitchcock donne à son film, à sa virtuosité frappante dans la plus petite scène. Cinéaste ayant fait ses débuts à l’époque du muet, Hitchcock a toujours raconté ses histoires d’abord avec les images, refusant systématiquement de tomber dans la facilité d’un film trop dialogué. A sa place, beaucoup se seraient contenté de dialogues ambigus pour que Cary Grant soit pris pour un espion. Lui le fait par la seule magie de sa mise en scène. Et c’est prodigieux.

Avec La Mort aux trousses, Hitchcock s’amuse. Sûr de son art, il se permet toutes les audaces. Celles de faire de Eva Marie Saint, actrice digne et un peu froide, peut-être le plus sexué de tous ses personnages (un demi-siècle plus tard, le face-à-face de l’actrice avec Cary Grant dans le wagon restaurant reste l’un des plus érotiques qui soit). Le sexe est d’ailleurs très présent dans ce film, mais toujours en sous-textes (évidents), à l’image de ce fameux dernier plan du train pénétrant dans le tunnel…

Hitchcock s’amuse aussi à détourner les codes du cinéma. L’exemple le plus frappant est l’ultra-célèbre scène de l’avion. Le réalisateur a expliqué qu’il s’est demandé comment renouveler le motif ultra-rabâché des rendez-vous qui se révèlent être des pièges mortels, vus dans des dizaines de films noirs, et qu’il a décidé de faire l’exact inverse de ce à quoi on a l’habitude. Généralement, le rendez-vous est donné de nuit, dans des ruelles humides et étroites. Ici, c’est en plein jour, dans une région totalement aride et désertique, sans le moindre relief. Ajoutez un champ de maïs, un avion, et un camion citerne, et vous aurez l’une des séquences les plus acclamées de l’histoire du cinéma.

C’est évidemment totalement invraisemblable, mais qu’importe : le film ne fait pas dans la vraisemblance. On se moque des secrets que vend James Mason, on se moque que son jardin donne sur le sommet du Mont Rushmore, on se moque des hasards incroyables qui marquent les rencontres de Eva Marie Saint et Cary Grant… La Mort aux trousses est un pur plaisir de cinéma, l’un des plus grands qui soient. Un bonheur absolument inusable.

La Loi du Silence (I confess) – d’Alfred Hitchcock – 1953

Posté : 24 février, 2012 @ 12:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Loi du silence

Film mal aimé du grand Hitch, tourné à l’aube de sa période d’état de grâce, La Loi du Silence est un bon film imparfait, basé sur une grande idée assez mal exploitée. Fait plutôt rare dans l’œuvre du cinéaste, le héros de La Loi du Silence n’est pas un monsieur tout le monde plongé dans une situation exceptionnelle mais un prêtre dont les règles de vie font de lui un coupable tout désigné. Un faux coupable, comme on en trouve des dizaines dans le cinéma hitchcockien, à cela près que celui-là ne fait rien pour tenter de s’innocenter…

Montgomery Clift, dans le rôle du prêtre, n’est ni formidable, ni mauvais. Il est juste là, dans un rôle tellement effacé qu’il en devient peu intéressant, et peu aimable. Ce prêtre qui cache une ancienne relation avec la femme d’un notable (rien de honteux pourtant : la liaison date d’avant les vœux du prêtre, et le mariage de la dame), reçoit un soir la confession de son homme de confiance, qui lui avoue avoir tué un homme. Secret de la confession oblige, le prêtre ne peut rien dire à la police, même quand lui-même devient le suspect numéro 1.

Que le tueur se soit déguisé en prêtre pour commettre son crime relève du mystère, mais qu’importe : ce genre de facilités scénaristiques émaillent la filmo du maître, sans que cela enlève quoi que ce soit à la réussite de ses films. Le vrai problème est qu’Hitchcock ne sait visiblement pas bien quoi faire de ce postulat de base pourtant très excitant : le prêtre doit-il rompre son serment, doit-il se taire et risquer lui-même la prison, ou envoyer devant la justice cet homme qui s’est confessé à lui ?

Dans toute la première moitié du film, la question est presque totalement évacuée, au profit de cette vieille liaison entre Monty et Anne Baxter. Cette intrigue « bis » est certes intéressante et riche en enjeux dramatiques, mais elle détourne le film de sa question centrale, qui ne revient que tardivement, et à laquelle aucune vraie réponse ne sera apportée : un rebondissement final spectaculaire mais un peu artificiel détourne l’attention et conclut le film sur une spirale maligne, mais frustrante.

Frustrante aussi, la prestation effacée de Monty Clift. Il est plutôt convaincant, et parfois émouvant, mais ses démons intérieurs passent à l’arrière plan face à des seconds rôles autrement plus gratifiants : celui d’Anne Baxter notamment, mais surtout de Karl Malden en flic intègre et persévérant totalement à côté de la plaque, et de O.E. Hasse en sacristain assassin malgré lui, mari aimant qui se laisse dévorer par une spirale du sang et du mensonge qui le pousse jusqu’à l’irréparable.

Heureusement, il y a la mise en scène d’Hitchcock, continuellement inventive et inspirée. Dans ce film imparfait, il s’amuse à adopter alternativement toute une série de points de vue différents, qui donnent chacun un éclairage différent aux scènes que l’on suit. C’est brillant, et visuellement d’une grande beauté, avec un jeu merveilleux sur les ombres et le hors-champs. Largement de quoi tenir en haleine.

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954

Posté : 21 février, 2012 @ 1:11 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954 dans * Films noirs (1935-1959) le-crime-etait-presque-parfait

Le Crime était presque parfait est un projet en apparence très mineur, dans la filmographie d’Hitchcock. Lui-même d’ailleurs ne s’en cachait pas : le film fait partie de ses projets tournés pour ne pas rester inactif alors qu’il n’avait sur le feu aucun projet plus personnel et enthousiasmant. C’est une habitude qu’il avait depuis ses débuts dans les années 20 : plutôt que d’attendre un hypothétique sujet excitant, mieux vaut s’emparer d’une pièce de théâtre à succès et la porter à l’écran.

C’est ce qu’il fait ici encore avec ce film effectivement théâtral dans sa construction, qui respecte l’unité de lieu presque à la lettre : seuls quelques plans de la rue (vus de l’appartement) et une courte scène dans un club pour gentlemen ouvrent la scène vers l’extérieur. Mais loin de tomber dans le piège du théâtre filmé, Hitchcock fait de cette contrainte une occasion de démontrer sa virtuosité : le film est aussi fluide que n’importe lequel de ses films (comme l’était d’ailleurs La Corde, autre adaptation théâtrale utilisant l’unité de temps et de lieu).

Hitchcock assume totalement et ouvertement cet aspect « théâtre film », construisant son film en deux actes clairement séparés… par un entracte indiqué par un panneau. Les deux actes sont aussi séparés par une séquence de procès extraordinairement elliptique. Innombrables dans ses films, les scènes de procès sont très souvent inattendues et brillantes : dans Frenzy, par exemple, la séquence se limite, idée géniale, à la porte battante du tribunal s’ouvrant et se fermant, ne laissant percevoir que le verdict. Ici, l’économie de moyen est tout aussi impressionnante : le procès se limite à un long gros plan fixe sur le visage de Grace Kelly, éclairé de couleurs différentes et ponctué par une voix off implacable. Rien de plus… et le résultat est l’un des « procès » les plus mémorables de toute l’œuvre hitchcockienne.

Mis à part cet intermède, tout le film se déroule dans un appartement cossu de Londres, avec un nombre limité de personnages : Ray Milland (formidable, comme toujours, dans ce qui est peut-être le plus célèbre de ses rôles), oisif aux goût de luxe décidé de faire assassiner sa femme (Grace Kelly, très jolie bien sûr) qu’il soupçonne de vouloir partir avec son amant romancier (Robert Cummings, qui fait le minimum dans le moins intéressant des rôles, et qui retrouve Hitchcock douze ans après Cinquième Colonne) et sa fortune ; s’y ajoutent l’assassin manipulé par le mari, et tué contre toute attente par l’épouse (Anthony Dawson), et le flic au flegme british et au flair de limier, interprété parle savoureux John Williams, lui aussi acteur hitchcockien (La Main au Collet).

L’exiguïté de son décor inspire Hitchcock, comme cela est toujours le cas pour les contraintes qu’il s’impose régulièrement (le canot de sauvetage de Lifeboat, les longs plans séquences de La Corde…). Le film est absolument brillant, et cela dès les premières images : en quelques plans muets d’une apparente simplicité, le cinéaste présente le trio de personnage. Premier plan : Grace Kelly et Ray Milland s’embrassent poliment, c’est un couple installé sans passion. Deuxième plan : Grace Kelly apprend dans le journal l’arrivée imminente d’un romancier et lève des yeux prudents vers Milland, on comprend qu’elle a une liaison secrète avec ce romancier. Troisième plan. Grace Kelly et Robert Cummings s’embrassent avec passion… C’est simple, intelligent, et formidable.

Mais le génie d’Hitchcock est tout aussi frappant dans les longues scènes de dialogue. Le film est d’une extraordinaire fluidité, et le suspense s’installe durablement, dans une atmosphère à la fois feutrée et inquiétante : le bonheur domestique est décidément rare dans le cinéma hitchcockien ! Variation sur le même thème que L’Inconnu du Nord-Express, Le Crime était presque parfait a été tourné pour être projeté en 3D. Une expérimentation qui restera sans suite pour Hitchcock, et qui n’a pas le moindre intérêt : en l’état, le film est un nouveau bijou.

Le Grand Alibi (Stage Fright) – d’Alfred Hitchcock – 1950

Posté : 8 février, 2012 @ 4:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi

Le rideau se lève, et Hitchcock nous plonge directement dans l’action : une voiture qui roule dans les rues d’un Londres en reconstruction, et à son bord, un homme (Richard Todd) qui raconte à sa fiancée (Jane Wyman) qu’il est accusé à tort du meurtre du mari de sa maîtresse, une actrice de théâtre renommée (Marlène Dietrich). C’est peut-être l’entrée en matière la plus rapide de toute l’œuvre américaine de Hitchcock (avec Sueurs froides), qui semble renouer avec le rythme de ses films anglais, dix ans après ses débuts à Hollywood.

Nostalgique Hitch ? Il en donne effectivement l’impression : Stage Fright est de tous ses films américains celui qui se rapproche le plus de l’esprit de ses débuts. Le décor londonien n’y est bien sûr pas pour rien, mais c’est surtout ce mélange de suspense et de comédie, qui avait marqué des films comme Jeune et Innocent ou Les 39 Marches, qui frappe ici. Frappants aussi : les seconds rôles très typés, qui semblent eux aussi sortis de la période anglaise d’Hitchcock (tout particulièrement le rôle du père de Jane Wyman, génialement interprété par un Alistair Sim irrésistible). Le flic, interprété par Michael Wilding, est lui aussi une réminiscence des héros de ses films des années 30 (il ressemble d’ailleurs étrangement à Michael Redgrave, le héros de Une Femme disparaît).

Comme dans ses « policiers » anglais, Hitchcock s’amuse aussi à insérer dans son film des passages qui n’ont strictement aucun intérêt pour l’intrigue (la drôle de scène de tir aux canards par exemples) mais qui, loin de casser le rythme du film, lui donne une légèreté bienvenue.

Quant à l’histoire elle-même, ainsi que la toile de fond, elles éviquent l’un des premiers films parlants de Hitchcock : Murder !, autre film policier se déroulant dans les coulisses d’un théâtre. Le monde du spectacle vivant a d’ailleurs souvent inspiré Hitchcock. Le personnage de comédienne joué par une Marlene Dietrich impériale s’inscrit dans la lignée d’autres personnages dans l’œuvre du cinéaste. Face à une telle personnalité, Jane Wyman s’en sort bien. Dans un rôle plus désuet, et plus effacé, elle est même formidable. Son mélange de fragilité et de volonté à toute épreuve lui permet d’exister au milieu de personnages a priori tous nettement plus marquants que le sien.

Méconnu, mal aimé, Stage Fright a souvent été critiqué par Hitchcock lui-même, qui disait que l’une des plus grandes erreurs de sa carrière était le faux flash-back de ce film, qui manipulait le spectateur en lui donnant de fausses informations. Pourtant, si Stage Fright a un défaut majeur, ce n’est pas celui-là : en faisant de son premier narrateur un imposteur, Hitchcock se montre même étonnamment moderne, cette méthode particulière étant devenue particulièrement répandue, ces derniers temps. Il faut s’y faire, ce qu’on voit à l’écran n’est plus forcément la réalité. Qu’elle qu’en soit la cause (mensonge, folie…), c’est même devenu une espère de sous-genre : de Usual Suspects à Shutter Island, les exemples sont innombrables. Hitchcock était simplement en avance sur son temps.

D’ailleurs, le rideau qui s’ouvre sur le générique de début (préfigurant le générique de Fenêtre sur cour) laisse déjà penser que le milieu du spectacle dans lequel l’intrigue se déroule n’est pas anodine : on est dans le faux-semblant, dans la représentation, et pas forcément dans la pure réalité. L’histoire que raconte le personnage de Richard Todd

La vraie erreur consiste par contre à faire de ce « faux » faux coupable un type aussi antipathique. Si le personnage de Cooper évoque les fêlures et la maladie mentale d’un Norman Bates (tout juste dix ans avant Psychose), Richard Todd se révèle l’antithèse d’Anthony Perkins, dont la douceur tranchait avec la face cachée. Todd en est bien loin, et son interprétation est froide et peu aimable. Si Hitchcock voulait brouiller les pistes, ses choix concernant ce personnage lui font rater sa cible. Il reste bien d’autres qualités au film…

1234567
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr