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Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:29 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960 dans * Polars US (1960-1979)

Tout a été dit, souvent et bien, sur ce chef d’œuvre indépassable, l’un des films les plus commentés, les plus admirés, les plus copiés de l’histoire du cinéma : combien de classiques ont eu droit, comme Psycho, à quatre suites pas si mal (voir Psychose 2), un remake plan par plan, et des dizaines d’hommages ou parodies plus ou moins inspirées ? Alors forcément, tout cinéphile connaît par cœur le moindre plan du film, et peut s’imaginer sans difficulté l’enchaînement parfait de séquences toutes mythiques.

Dès les premières images : la caméra survolant Phoenix et pénétrant par la fenêtre dans une chambre d’hôtel où Janet Leigh, sculpturale, et John Gavin, sans grande envergure mais convaincant, viennent visiblement de consommer un amour clandestin. En les filmant presque nus, Hitchcock fait un pied de nez grandiose à la censure, avec laquelle il s’est battu tout au long de sa carrière, emportant bien souvent des victoires inattendues. Avec Psycho¸ il va plus loin que jamais, transgressant ostensiblement la plupart des tabous.

Hitchcock ne se moque d’ailleurs pas que de la censure : il transgresse également tous les codes narratifs, tous les codes et genres du cinéma. Film d’horreur, thriller ? Bien sûr, mais il faut attendre la fameuse scène de la douche, la musique stridente de Bernard Herrmann et ct inoubliable plan arrêté sur l’œil de Janet Leigh, pour que le vrai sujet du film se dévoile. Nous sommes alors à la moitié du film… Jusque là, on assiste à l’histoire, racontée à la première personne, d’une jeune femme qui se laisse tenter à dérober l’argent qui lui a été confié par son patron, et qui prend la fuite à travers le pays. Un road movie simple et passionnant, centré sur un personnage très attachant interprété par la star du film.

Sauf qu’avec cette fameuse séquence de douche, bien sûr, Hitchcock prend tout le monde à contre-pied et change radicalement le point de vue et le ton de son film. Il en change la star, aussi : aujourd’hui, pour tout le monde, Psychose c’est avant tout Anthony Perkins, jeune acteur qui trouve évidemment le rôle de sa vie. Un rôle miraculeux qui a paradoxalement détruit la carrière brillante qui s’ouvrait à lui. Hanté à jamais par le personnage de Norman Bates, il y reviendra même trente ans plus tard pour une série de suites évidemment très loin du film d’Hitchcock, mais pas sans qualités.

Personnage profondément attachant et d’autant plus déstabilisant, il est sans doute l’un des psychopathes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Ses rapports avec sa mère (je reste vague au cas où un internaute débarquerait de Mars et tomberait sur ce texte avant de voir le film) sont aussi l’une des clés de l’œuvre du cinéaste, peuplée de ces mères dévorantes.

Impossible de dire quoi que ce soit du film sans avoir l’impression de répéter ce qui a déjà été dit. J’ajouterai juste que la scène de l’escalier avec Arbogast est aussi traumatisante et virtuose que la scène de la douche ; que l’apparition du motard de la police vers le début du film est peut-être la plus brillante illustration de la « peur du gendarme » qu’on a pu voir ; ou encore que Hitchcock démontre définitivement avec une scène apparemment secondaire qu’il est bien le maître du suspense. Grâce à la seule magie de sa mise en scène (pas de musique dans cette scène), le spectateur retient son souffle lorsque le tueur tente de faire disparaître la voiture de sa victime dans un marais, et que la voiture refuse de s’enfoncer dans l’eau. Faire partager les émotions du « méchant » pour le seul plaisir de donner le frisson… c’est tout Hitchcock qui est résumé là.

Au sommet de sa gloire, de son art et de sa carrière, Hitchcock réussit aussi avec ce film le trait d’union parfait entre ses films et sa série TV. Après La Mort aux trousses, chef d’œuvre en cinémascope, road movie spectaculaire à travers l’Amérique, le cinéaste prend le contre-pied total, signant un petit budget en noir et blanc, sans grande star, et avec son équipe de Alfred Hitchcock présente. Résultat : un film exceptionnel, presque sans défaut.

Presque, parce qu’il y a quand même la toute dernière scène qui, pour être tout à fait honnête, gâche un peu le cauchemar ! Après avoir vu le film une demi-douzaine de fois (en l’aimant de plus en plus), je continue à me poser la question : pourquoi Hitchcock a-t-il gardé cette interminable tirade du psy qui explique lourdement ce qui se passe dans la tête de Norman Bates ? Le film aurait nettement gagné à s’arrêter cinq minutes plus tôt.

Sueurs froides (Vertigo) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Sueurs froides

Rien à jeter, rien à critiquer, aucun superlatif à modérer en ce qui concerne ce chef d’œuvre absolu et ultime du grand Hitchcock, alors au sommet de sa gloire et de son génie (il allait enchaîner avec La Mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux… difficile de faire mieux). Pourtant, ce monument maintes fois copié (son influence se ressent constamment dans Basic Instinct, pour ne citer qu’un film) a été un échec commercial, et même critique, cinglant lors de sa sortie : il faudra la postérité pour en révéler l’infinie richesse, l’intelligence de la construction, et l’atmosphère presque onirique.

Hitchcock dirige James Stewart pour la quatrième fois, lui offrant le plus complexe de ses rôles : celui d’un ancien flic ayant démissionné après avoir causé involontairement la mort d’un autre policier. C’est alors qu’un vieil ami fait appel à lui pour lui demander de suivre sa femme : cette dernière a un comportement étrange, perdant par moments le contrôle d’elle-même, comme si une femme au destin tragique ayant vécu quelques décennies plus tôt prenait le contrôle de son esprit…

Hitchcock rompt avec son éternelle thématique du faux coupable, mais ne délaisse pas pour autant les faux semblants, bien au contraire : jusqu’à la toute dernière image, le cinéaste s’évertue à brouiller les pistes et à nous faire croire le contraire de ce qu’il nous montre. Et il le fait avec un style exceptionnel. Hitchcock est au sommet de son talent, et il fait preuve d’une maîtrise hallucinante de son art, enchaînant des scènes inoubliables, alternant plans larges sublimes et gros plans fascinants, réussissant même les plus beaux fondus-enchaînés de toute l’histoire du cinéma (lorsque James Stewart sort Kim Novak de l’eau).

Surtout, Hitchcock donne à son film un nombre incroyable de niveaux de lecture. Au premier degré, Vertigo est un formidable thriller basé sur la manipulation, une enquête obsessionnelle et fascinante dans les rues et les alentours d’un San Francisco transformé en décor fantasmé.

A cette intrigue hitchcockienne exceptionnelle s’ajoute le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs qui, peu à peu, se dégage des événements traumatisants de son passé pour se laisser vamper par une beauté presque irréelle dont il tombe réellement amoureux après sa mort (une variation sur le même thème que Laura, de Preminger ?).

La mort, elle-même, est omniprésente dans le film, les liens les plus forts semblant se tisser au-delà de la tombe. La jeune femme « hantée » par le spectre de sa grand-mère, le détective qui sort la jeune femme des bras du fleuve mais n’en tombe réellement amoureux que lorsqu’elle meurt sous ses yeux. Pour les bienheureux qui n’ont pas encore vu le film, mieux vaut ne pas en dire plus, mais ces thèmes de la mort, de l’obsession et des faux-semblants restent étroitement liés jusqu’à la conclusion du film, aussi inattendue que terriblement sombre.

Dans la construction du scénario, dans l’approche visuelle (un voile troublant donne un sentiment irréel aux apparitions de la belle), dans la force avec laquelle Hitchcock rend perceptibles les obsessions de ses personnages, le film est une immense réussite, l’un des sommets de la carrière du cinéaste, et l’un des plus beaux films du monde, tout simplement.

C’est aussi l’un des plus grands rôles de James Stewart, qui est de toutes les scènes et que le spectateur voit sombrer de plus en plus profondément dans une obsession proche de la folie, dont on sait qu’il ne sortira jamais plus tout à fait, d’autant plus qu’Hitchcock, à mi-film, donne au spectateur une « clé » importante que Stewart lui-même n’aura pas avant la fin du métrage, lorsqu’il sera trop tard. Et qui donnera lieu à une ultime image d’une force inouïe, l’une des plus marquantes du cinéma hitchcockien.

Soupçons (Suspicion) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Soupçons

Toute sa carrière durant (en Amérique, en tout cas), Hitchcock a dû jouer avec la censure et le politiquement correct, jouant avec délectation avec des sous-entendus (le train pénétrant dans le tunnel à la fin de La Mort aux trousses, pour ne citer qu’un exemple), ou s’accommodant de décisions prises par les producteurs à l’encontre de ses propres envies. Soupçons est l’exemple le plus frappant de ce combat permanent du cinéaste à Hollywood. En devant se plier aux dictats du studio (la RKO), et faire avec une fin qui est l’opposée de ce qu’il avait imaginer, Hitchcock signe un film qui dit le contraire de ce qui est initialement prévu. Résultat : encore un chef d’œuvre.

Finalement, c’est « malgré » Hitchcock que Soupçons est l’un des films les plus sensibles et complexes de sa filmographie. Le cinéaste imaginait un thriller conjugal, qui aurait pu être comparé avec L’Ombre d’un doute, autre chef d’œuvre qu’il réalisera cinq ans plus tard : son héroïne est une jeune ingénue (Joan Fontaine¸ jolie comme c’est pas permis, dans un rôle très semblable à celui qu’elle tenait dans Rebecca, le premier film hollywoodien d’Hitchcock), qui épouse un riche séducteur qu’elle imagine bientôt être un tueur calculateur décidé à l’éliminer pour profiter de sa fortune.

Dans la version souhaitée par le réalisateur, le mari était effectivement un tueur. Mais en confiant le rôle à Cary Grant, qui sera pour lui, pendant vingt ans, l’acteur-idéal par excellence, l’incarnation fantasmée de la plupart de ses héros masculins, Hitchcock réussit à la fois un coup de maître, et un véritable suicide artistique. Coup de maître, parce que le cinéaste joue merveilleusement avec l’image très positive et légère de la star : cette image est très précisément ce qu’arbore Johnnie, le héros du film, mais elle cache une vérité beaucoup moins romantique, celle d’un homme hanté par ses démons et par son incapacité à assumer son rôle d’homme dans une société encore à l’ancienne, où l’homme se doit d’être d’une solidité à toute épreuve.

Mais ce choix d’acteur, s’il enrichit considérablement le personnage du mari, condamne paradoxalement le projet du réalisateur. Inimaginable, pour les producteurs, de laisser Cary Grant, l’une des plus grandes stars de l’époque, jouer le rôle d’un tueur (même si lui-même le voulait). En changeant la dernière scène en fin de tournage, la production modifie totalement le film, donnant à toutes les scènes déjà tournées un sens radicalement différent : on n’est plus dans un thriller psychologique (l’idée première était de montrer une Joan Fontaine déterminée à se laisser tuer par amour pour son mari/assassin), mais dans le portrait dérangeant d’une femme qui se persuade, à tort, d’avoir épousé un Barbe-Bleue en puissance.

Ce sentiment plonge le spectateur dans la psychée de la mariée, et donne lieu à quelques séquences d’anthologie. La plus fameuse est celle où Cary Grant monte lentement l’escalier de la maison (encore une scène extraordinaire située dans un escalier, élément incontournable de la filmographie du maître), apportant à sa femme malade un verre de lait qu’Hitchcock éclaire de l’intérieur, le mettant ainsi en valeur et suggérant la présence d’un poison dans le liquide…

C’est aussi la (petite) faiblesse du film, qui donne parfois le sentiment d’être manipulé éhontément : en jouant son rôle, Cary Grant était convaincu qu’il était un meurtrier, ce qui donne lieu à quelques facilités dramatiques qui, a posteriori, sonnent faux. D’autant plus que cette interprétation est soulignée par la caméra d’un Hitchcock lui-même persuadé que son acteur est un assassin…

Mais ce sentiment ne gâche pas le film, et Joan Fontaine est décidément magnifique et incroyablement touchante dans son rôle d’ultime romantique, prête à tout accepter pour celui qu’elle aime : rompre avec des parents aimants, vivre dans un dénuement auquel elle n’est pas habituée, cohabiter avec l’ami un peu benêt de son mari (l’excellent Nigel Bruce), admettre le démon du jeu qui habite ce dernier, et même se laisser assassiner… Il fallait bien le regard de biche de l’actrice pour faire avaler ce dévouement absolu…

Quatre de l’espionnage (Secret Agent) – d’Alfred Hitchcock – 1936

Posté : 16 septembre, 2011 @ 8:37 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Quatre de l'espionnage

J’avais le souvenir d’un film un peu maladroit, mais ce film méconnu de la période anglaise d’Hitchcock m’a franchement bluffé. Après un premier tiers pas tout à fait convaincant (malgré une première scène surprenante, qui nous montre un vétéran manchot renversant un cercueil vide à l’issue d’une cérémonie funéraire), cette histoire d’espionnage assez conventionnelle prend une dimension inattendue, et le film devient admirable, en grande partie grâce à la mise en scène d’Hitchcock.

Ne sous-estimons pas toutefois la réussite du scénario (adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’un roman de Somerset Maugham), particulièrement habile et manipulateur, qui nous fait tout d’abord croire à une fantaisie d’aventures autour d’un triangle amoureux, traité avec une grande légèreté et beaucoup d’humour, pour se transformer peu à peu en un suspense sombre et cynique, cruelle histoire d’espionnage débarrassée de tout folklore romantique.

La menace d’une nouvelle guerre mondiale est sous-jacente dans ce film tourné en 1936. Mais l’intrigue prend place dans une autre époque troublée, pas si lointaine : nous sommes en 1916, et le personnage principal (joué par John Gielgud, acteur shakespearien par excellence), un écrivain travaillant pour les services secrets britanniques, est chargé de se rendre en Suisse pour démasquer un agent double au service de l’Allemagne. Sur place, il découvre que son patron lui a « attribué » une épouse (magnifique Madeleine Carroll, qui passe admirablement de la légèreté presque inconséquente, à la gravité douloureuse), un peu trop occupée à folâtrer avec un Anglais de passage (Robert Young). Il est également aidé dans sa tâche par un homme de main, le « Général », qui se prétend mexicain (Peter Lorre qui, même s’il est dans le bon camps, fait froid dans le dos).

Hitchcock s’amuse à prendre continuellement le contre-pied de ce qu’on attend de lui. Le film n’est ainsi jamais ce qu’il prétend être : alors qu’il pose les bases d’une comédie, Hitchcock nous entraîne vers un drame sombre et tendu ; alors qu’il nous annonce un « whodunit » dans lequel il faudrait découvrir l’identité du traître, il nous mâche le travail. Parce que l’identité de l’agent double ne fait aucun doute : d’ailleurs, Hitchcock ne prend même pas la peine de nous présenter différents candidats possibles : le coupable est ainsi tout désigné.

Loin d’affaiblir le film, cette certitude accroît sa force. Et c’est dans une séquence d’une grande cruauté que se trouve le tournant du film : notre héros et le Général entraînent dans une escapade en montagne l’homme qu’ils pensent être le coupable (et dont nous savons parfaitement qu’il est innocent), après l’avoir « démasqué » grâce à un bouton de manchette, et le tuent sans songer à l’interroger… Cynique et cruelle, ce passage est l’un des sommets du film (il sera d’ailleurs repris avec quelques variantes par Clint Eastwood dans La Sanction).

Le film est imparfait, certes, mais il est parsemé de passages mémorables : la découverte du cadavre à l’église, sublime moment de suspense avec un style proche de l’expressionnisme allemand ; l’incontournable scène de train, avec une catastrophe ferroviaire très cinégénique ; l’innocence perdue dans les yeux de Madeleine Carroll, le regard vide alors que le village est en fête autour d’elle…

Plus encore que dans Les 39 Marches, l’actrice est sublime. Comme Anny Ondra (The Manxman et Chantage) ou Joan Barry (A l’Est de Shanghai), Madeleine Carroll est une blonde hitchcockienne dont on n’a pas dit assez de bien…

Les 39 marches (The 39 steps) – d’Alfred Hitchcock – 1935

Posté : 29 août, 2011 @ 8:45 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les 39 marches

En deux films, Hitchcock assoit définitivement son style, et sa réputation : L’Homme qui en savait trop (première version), et surtout ces 39 marches, chef d’œuvre qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Dans cette adaptation d’un roman de Buchnan, tout l’univers hitchcockien est déjà là, très maîtrisé : son thème de prédilection du faux coupable bien sûr, mais aussi son goût pour les grands espaces, pour les trains, pour les intrigues d’espionnage, ou encore pour les couples mal assortis qui se nouent dans l’adversité.

Le film évoque évidemment La Mort aux trousses, chef d’œuvre absolu qu’il tournera près d’un quart de siècle plus tard. Les points communs entre les deux films sont nombreux : la rencontre dans un train, l’importance de monuments historiques (le mont Rushmore dans La Mort…, le Forth Bridge d’Edinbourgh dans Les 39 marches), ou encore le poignard planté dans le dos d’une victime qui meurt dans les bras du héros, Cary Grant là, Robert Donat ici.

Donat, d’ailleurs, est sans doute le premier vrai héros hitchcockien : il a l’humour et l’assurance d’un « monsieur tout le monde » un peu hors normes, dont Cary Grant sera l’interprète idéal de la période américaine. Les 39 marches est bien plus qu’un brouillon de La Mort aux trousses : c’est l’un des sommets de la période anglaise d’Hitchcock, l’un de ses films les plus maîtrisés. Moins léger que Une Femme disparaît, mieux interprété que Jeune et innocent, mieux construit que L’Homme qui en savait trop, le film est mené à un rythme frénétique, sans le moindre temps mort : c’est une course à travers le pays (comme La Mort aux trousses), qui commence à Londres et se termine au fin fonds de l’Ecosse, ou le personnage de Robert Donat espère trouver les personnes qui sauront l’innocenter : un soir, à Londres, il a rencontré une mystérieuse jeune femme qui se disait poursuivie par des espions, et qui a trouvé refuge chez lui. Au petit matin, il l’avait retrouvée poignardée. Lui-même poursuivi par un réseau d’espions, les « 39 marches », et par la police qui voit en lui le coupable désigné, son visage en première page de tous les journaux, il part sur la piste du seul indice dont il dispose, qui le conduit en Ecosse.

Hitchcock filme magnifiquement la sublime lande écossaise, comme il filme avec amour la campagne anglaise dans nombre de ses films. Mais on lui sent beaucoup moins d’empathie pour les Ecossais que pour les Anglais pur souche : le portrait qu’il dresse de la vie dans la campagne écossaise est plutôt morbide. Mais la scène est belle et d’une grande efficacité, comme toutes les scènes dans la lande, ou encore la rencontre-évasion sur le pont de Forth, particulièrement virtuose.

C’est aussi là qu’on rencontre l’une des blondes hitchcockiennes les plus marquantes de la période anglaise : Madeleine Carroll, jolie comme c’est pas possible. Enchaînée malgré elle à Robert Donat, elle fera tout son possible pour le faire arrêter, avant de réaliser, tardivement, qu’il est réellement innocent. Le couple que ces deux-là forment est formidable.Les séquences londoniennes, qui ouvrent et referment le film, sont curieusement plus statiques, et moins vivantes, que le cœur écossais de l’intrigue, ébouriffante démonstration de maîtrise cinématographique…

Laquelle des trois ? (The Farmer’s Wife) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 24 août, 2011 @ 8:44 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Laquelle des trois

Voici l’une des rares incursions d’Hitchcock dans la pure comédie. Comme souvent à cette époque, le jeune cinéaste adapte une pièce de théâtre qui a connu un grand succès à Londres. Le film est une commande, mais Hitchcock ne prend pas le travail à la légère. Désormais pleinement maître du langage cinématographique, il s’attache à transformer cette pièce paraît-il excessivement bavarde en une œuvre visuelle d’une fluidité parfaite, et débarrassé au maximum des intertitres de rigueur dans le muet.

Effectivement, le film possède peu d’intertitres, alors même que les personnages sont particulièrement bavards. C’est le principal tour de force de cette comédie certes pas très originale, mais d’une réjouissante légèreté, avec cette petite pointe d’amoralité qu’Hitchcock aime distiller dans ses films : pas sûr que les féministes apprécient beaucoup la peinture qu’il fait des femmes et de leur place dans la société…

Le film raconte l’histoire d’un riche fermier dont la femme vient de mourir, et dont la fille se marie. Désormais seul avec son employé de ferme et sa servante, il dresse une liste des prétendantes qu’il pourrait épouser en seconde noce… et part faire ses courses. Pas franchement romantique, ni regardant, ce fermier pourtant séduisant derrière ses grandes moustaches part déclarer sa flamme aux quatre vieilles filles qu’il a repérées (oui, il y en a quatre, ce qui n’explique pas le titre français).

Mais toutes le renvoient dans ses buts, ce qui a pour effet de l’irriter franchement : pas terrible pour son image ou pour son ego. Et dire que pendant tout ce temps, alors qu’il courait après la vieille rombière, la perle absolue était sous ses yeux : sa gouvernante, charmante et dévouée, bonne femme d’intérieur et oreille attentive (la femme idéale, quoi…). Il lui faudra bien du temps pour la regarder autrement que comme une serveuse, alors que le spectateur a depuis la toute première minute compris que son bonheur était là, dans le visage pur et la délicate silhouette de Lillian Hall-Davis (qu’Hitchcock avait déjà dirigée dans The Ring).

Charmant et drôle, le film donne le sentiment d’un tournage particulièrement joyeux, avec des comédiens qui, à l’exception de la belle Lillian, jouent tous de manière légèrement (ou franchement) excessive. Le fermier lui-même (Jameson Thomas) a la moustache qui frétille à longueur de film ; l’une de ses conquêtes part à la renverse dans de grands cris effarouchés dès qu’il lui propose le bonheur conjugal ; la quatrième est une tenancière de bar vulgaire à la gueule pas possible…

Mention spéciale à Gordon Harker, dans le rôle de l’ouvrier de ferme. Déjà vu dans The Ring, cet acteur grimaçant joue merveilleusement bien les idiots sans savoir vivre. Sa prestation dans The Farmer’s Wife n’est pas très originale, mais elle est franchement réjouissante.

Une femme disparaît (The Lady vanishes) – d’Alfred Hitchcock – 1938

Posté : 17 août, 2011 @ 9:17 dans * Espionnage, * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | 1 commentaire »

Une femme disparaît

Le plan qui ouvre ce sommet de la période anglaise d’Hitchcock est inoubliable : ce long plan surplombe un village perdu dans les Alpes suisses, recouvert par la neige. Lentement, la caméra nous fait découvrir ce lieu isolé, dont le calme est à peine perturbé par une voiture qui circule sans bruit, presque fantomatique, s’approchant peu à peu des habitations, laissant apercevoir quelques personnes immobiles sur le quai de la gare. Totalement immobile, et pour cause : dans ce plan beau et irréel, Hitchcock ne filme qu’une grande maquette, ne faisant aucun effort pour tenter de convaincre le spectateur du contraire.

Toute la période anglaise du maître est marquée par la présence de ces maquettes qu’Hitchcock prenait un plaisir fou et enfantin à filmer. Celle-ci est inoubliable. Pourtant, après ce plan d’ouverture, les maquettes disparaissent pour de bon. Du film et de l’œuvre d’Hitchcock, qui pense alors tourner son ultime film anglais (son départ pour Hollywood, où il doit réaliser un Titanic qui ne se fera finalement pas avec lui, est programmé). Il aura toutefois le temps de tourner un dernier film en Angleterre, La Taverne de la Jamaïque, avec Charles Laughton. Mais le contrôle lui échappera en partie, et Une femme disparaît peut objectivement être considérée comme les véritables adieux d’Hitchcock à son pays natal (jusqu’à Frenzy en tout cas).

Et ces adieux ne pouvaient pas être plus réjouissants. Une femme disparaît est une réussite de tous les instants, l’un des meilleurs « films de train » qui soient, sans doute le meilleur en mode léger. Le ton du film, malgré la menace de conflit mondial qui s’inscrit en filigrane sur cette histoire d’espionnage, est en effet au pur divertissement, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que le cinéaste prend son travail à la légère, bien au contraire : on assiste à une démonstration exceptionnelle du génie hitchcockien.

En une séquence époustouflante, il dresse le décor : une auberge de Suisse dans laquelle cohabitent malgré eux des voyageurs de toutes les nationalités, et de toutes les catégories sociales. Un seul point commun entre eux : ils attendent un train retardé par la neige, et doivent passer une nuit supplémentaire sur place, durant laquelle on apprendra à mieux les connaître. Il y a cette riche héritière (Margaret Lockwood), oisive et inconséquente, promise à un mariage de raison. Il y a cette vieille dame, Miss Froy, qui rentre en Angleterre après des années d’absence, et avec laquelle elle sympathise (Dame May Whitty). Il y a ce musicien plein de vie, qui noue une relation d’amour-haine avec l’héritière (c’est Michael Redgrave). Il y a cet avocat carriériste qui refuse de s’afficher avec sa maîtresse.

Il y a encore ce tandem d’Anglais totalement hermétiques à la crise mondiale, et qui ne pensent qu’à avoir des nouvelles de leur équipe de crocket préférée… Ce tandem, interprété avec un flegme irrésistible par Basil Radford et Naunton Wayne, est la caution humoristique de ce film. Les deux personnages, pourtant secondaires, ont à ce point marqué le film de leur présence, qu’on les reverra dans les années suivantes dans quelques autres films, notamment dans Train de Nuit pour Munich, autre « film de train » avec Margaret Lockwood (réalisé par Carol Reed).

Cette séquence dans l’auberge ne sert toutefois qu’à présenter les personnages : la partie principale du film commence le lendemain matin, dans le train qui les ramène vers l’Angleterre. Et c’est là que le génie hitchcockien prend toute son ampleur. Loin de se sentir à l’étroit dans le décor d’un train, le cinéaste profite de cette contrainte pour signer un film au mouvement perpétuel : qui va continuellement de l’avant, au même rythme que le train.

Formellement, c’est un bijou. Quant à l’histoire, elle est cauchemardesque à souhait : après s’être endormie face à la brave Miss Froy, notre oisive héritière se réveille pour entendre l’ensemble des voyageurs affirmer qu’il n’y avait pas de vieille dame avec elle. Presque convaincue elle-même d’avoir rêvé, elle ne reçoit le soutient que de ce musicien qui lui a gâché sa dernière nuit dans l’auberge…

Le suspense, le rythme, l’humour, l’alchimie entre les comédiens… Une femme disparaît est une réussite absolue, l’un de ces nombreux états de grâce que Hitchcock a eu tout au long de sa carrière. Comme Les 39 Marches ou La Mort aux trousses, c’est aussi l’un de ces purs divertissements (malgré la toile de fond où l’angoisse de la guerre est bien présente) vers lesquels Hitchcock a toujours aimé revenir, régulièrement, tout au long de sa carrière.

Agent Secret (Sabotage) – d’Alfred Hitchcock – 1936

Posté : 26 juillet, 2011 @ 10:11 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Agent Secret (Sabotage) - d'Alfred Hitchcock - 1936 dans * Polars européens agent-secret

Formellement, ce film méconnu d’Hitchcock, adaptation d’un roman de Joseph Conrad, est une splendeur. Toute la première partie, d’ailleurs, est à placer dans le panthéon hitchcockien. Malgré une absence d’humour plutôt rare dans l’œuvre du cinéaste, cette plongée au cœur des quartiers populaires de Londres (pas ceux, moite et inquiétant, de Frenzy, plutôt un quartier modeste mais chaleureux, un village dans la ville ; les temps ne sont pas les mêmes) est passionnante et fascinante. En quelques plans étonnants, Hitch plante le décor : la capitale anglaise vit sous la menace de mystérieux terroristes.

Une menace que les Londoniens prennent plutôt à la légère (étonnante scène d’un métro plongé dans le noir, dont les passagers sortent un large sourire aux lèvres), mais dont on pressent que les conséquences vont être terribles : parce qu’on connaît le roman, mais surtout parce qu’un ton aussi sombre chez Hitchcock ne peut pas être anodin. Et de fait, le point d’orgue du film est une tragédie, sans doute la séquence la plus insoutenable de toute l’œuvre hitchcockienne. Et mieux vaut ne pas lire plus loin si on n’a jamais vu le film…

Cette séquence est marquée du sceau de l’horreur, parce qu’elle tourne autour de l’image même de l’innocence : un jeune garçon, qui trimballe sans le savoir une bombe dans les rues bondées de Londres. Cette bombe, le spectateur sait très exactement à quelle heure elle doit exploser. Et Hitchcock fait monter la tension en filmant ces images d’insouciances, et des plans de plus en plus rapprochés sur les horloges de la ville. Jusqu’à l’explosion, qui coûte la vie au garçon, et à plusieurs passagers d’un bus. Terrible.

Le principal défaut du film repose sur les conséquences de cette tragédie, trop facilement évacués. Après cette séquence, inoubliable, qui est sans doute la raison d’être du film, Hitchcock tombe un peu dans la facilité. Des rebondissements trop téléphonés, un semblant de happy-end, laissent un arrière-goût étrange, d’inachevé.

C’est dommage, parce que toute la première moitié du film est exceptionnelle. Les personnages, notamment, sont formidablement bien dessinés : il y a ce flic infiltré, qui soupçonne Verloc, le patron d’un cinéma (étonnant Oscar Homolka), d’être l’auteur des sabotages qui se multiplient. Il y a la femme de ce dernier, jeune beauté émouvante (Sylvia Sidney, craquante et bouleversante). Il y a un étonnant artificier clandestin, qui dissimule ses bombes dans la cuisine où travaille sa fille et où joue sa petite-fille… Hitchcock filme ce petit monde avec une ironie plus mordante qu’à l’accoutumée, qui crée un malaise persistant.

La dernière partie du film ne manque pas d’intérêt, cela dit. Plusieurs séquences sont même exceptionnelles. Celle, bouleversante, où Mme Verloc, qui vient d’apprendre la mort de son jeune frère, se met à rire devant un dessin animé… ; ce rire fait ressentir violemment l’horreur de cette innocence sacrifiée. Celle, aussi, de la mort de Verloc, tué de la main de sa femme ; s’est-il volontairement dirigé vers cette mort, rongé par la culpabilité ? Hitchcock le laisse penser, tout en faisant planer le doute.

Méconnu, mal aimé, Sabotage n’a pas connu un très gros succès en salles : les spectateurs n’y ont pas retrouvé la patte habituelle du cinéaste. Ils feront par contre un triomphe à ses deux réalisations suivantes : Jeune et innocent et Une femme disparaît.

Jeune et innocent (Young and innocent / The Girl was young) – d’Alfred Hitchcock – 1937

Posté : 21 juillet, 2011 @ 10:57 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Jeune et innocent

Après un Agent Secret inhabituellement sombre, Hitchcock revient à un thème qu’il connaît bien depuis L’Homme qui en savait trop, première version : celui du faux coupable, traité avec un mélange de suspense et de légèreté. Et malgré des acteurs pas tout à fait à la hauteur (ah… ce regard en deux-temps lorsque Derrick De Marney découvre le corps sur la plage), Young and Innocent est l’un des meilleurs films anglais du maître, un exercice de style réjouissant qui commence et se termine par des clignements des yeux : c’est le tic nerveux du méchant du film, qui précède le meurtre, et révélera son identité à ceux qui le recherchent.

Lors de la dernière séquence, c’est d’ailleurs l’un des plans les plus célèbres et ambitieux de toute l’œuvre hitchcockienne qui révèle ce tic : un long travelling aérien qui surplombe une piste de danse, se dirige vers un orchestre, puis vers le batteur, grimé en noir, puis vers ses yeux, pour s’achever par un très gros plan révélateur.

Entre deux, ce sont deux être totalement jeunes et innocents (oui, comme le titre l’indique) que l’on va suivre : Robert, qui découvre le corps d’une femme qu’il a connue (a-t-il couché avec elle ? il affirme que non, mais Hitchcock nous laisse penser que oui), et dont il est accusé du meurtre (alors que c’est lui qui a prévenu la police) ; et Erica, la fille du chef de la police, qui s’amourache du jeune homme et l’accompagne dans sa quête de la vérité.

Le scénario du film est d’une naïveté assez confondante. Le fait que Robert soit accusé du meurtre est déjà incroyable. Mais l’enquête elle-même repose sur un postulat encore plus difficile à avaler : pour les deux jeunes gens, toute la clé de l’énigme consiste à retrouver… une ceinture d’imperméable. On se croirait dans un jeu de piste enfantin, et c’est bien ainsi que Hitchcock le filme, sans prendre au sérieux l’histoire, mais en prenant bien au sérieux ce film, brillant dans sa forme et sa construction.

Comme beaucoup de grands films hitchcockiens (Les 39 Marches, Une femme disparaît, La Mort aux trousses…), Young and Innocent est un long mouvement dirigé vers un seul but, et parsemé de multiples rebondissements, qui s’apparentent ici aux attractions d’un parc pour enfants : le vieux moulin abandonné aux allures de manoir hanté ; la surprise party avec jeux de colin-maillard et gâteaux à volonté ; la mine qui s’effondre ; les maquettes de train… et rien de tout cela ne fait vraiment sérieux.

Et pourtant, on prend un plaisir fou à suivre les aventures de ce couple improbable, d’autant plus que Nova Pilbeam (qui était une grande vedette à l’époque) est charmante. Le film est un exemple particulièrement frappant de la maîtrise absolue de la narration selon Hitchcock. D’un sujet dont n’importe qui aurait tiré un film tout au plus sympathique, il tire un petit bijou. Un pur moment de bonheur cinématographique.

The Manxman (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1929

Posté : 20 juillet, 2011 @ 9:37 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

The Manxman

Dernier film muet d’Hitchcock, The Manxman est aussi le plus beau. Aussi important que The Lodger (qui marquait la naissance du style-Hictchcock), The Manxman est aussi bien plus atypique dans la filmographie du jeune maître, qui signe là son seul vrai mélo, un triangle amoureux sur le fond, mais d’une beauté tout bonnement sidérante. Tourné dans les décors naturels, et sublimes, de l’île de Man (comme le titre l’indique), le film est d’un dépouillement étonnant : le jeune Hitch évite soigneusement tout rebondissement spectaculaire, ou toute tentation grand-guignol, et reste constamment dans la note juste en se focalisant exclusivement sur son trio.

Malgré le sentiment de révolte qui plane chez les pêcheurs, tout commence dans une grande insouciance, avec deux amis d’enfance qui aiment à se retrouver malgré les chemins différents qu’ils ont pris : l’un est un simple pêcheur, l’autre un avocat promis à un grand avenir. Le premier séduit la jolie fille d’un aubergiste… dont le second est secrètement amoureux. Lorsque le premier part faire fortune en Afrique, la jeune femme promet de l’attendre. Mais elle aussi est amoureuse de l’avocat, et lorsque les deux jeunes gens apprennent que leur ami est mort, ils laissent éclater leur amour. Mais leur ami n’est pas mort, et revient bientôt sur l’île…

La jeune femme n’a rien d’une femme fatale. Rien, non plus, de l’innocence absolue de certaines héroïnes hitchcockienne à venir (Joan Fontaine, en particulier). C’est une femme un peu frivole et inconséquente, rattrapée par la complexité de l’amour. C’est Anny Ondra, première blonde hitchcockienne, et l’une des plus belles (allez, je me lance : « la » plus belle), qu’Hitchcock retrouvera pour Chantage. Mais l’accent de cette actrice tchécoslovaque était bien trop marqué pour faire carrière à Hollywood (dans Chantage, Joan Barry la double). Ses deux films hitchcockiens sont donc, hélas, à peu près tout ce qu’on connaît de sa carrière. Dommage : le seul plan dans lequel tombe l’innocence de la balle, après que le pêcheur lui ait déclaré sa flamme est magnifique (un plan fixe dépouillé d’Anny Ondra, face caméra, devant le cadre de sa fenêtre, la nuit étant balayée par le faisceau du phare)…

Quant aux deux amis du film, joués par Carl Brisson (le héros de The Ring, le précédent chef d’œuvre de Hitchcock) et Malcolm Keene, leur relation illustre bien le parti-pris de Hitchcock pour ce film : leur affrontement, tant attendu, n’aura jamais lieu. Les sentiments qui unissent ces trois personnages sont plus forts que tous les ressentiments. Il s’en dégage une profonde nostalgie, résumée (douloureusement) par un dernier plan sublime. Le destin était en marche dès les premières images, et personne n’y échappe.

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