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Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Pas de printemps pour Marnie (Marnie) – d’Alfred Hitchcock – 1964

Posté : 11 mars, 2013 @ 3:46 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Pas de printemps pour Marnie (Marnie) – d’Alfred Hitchcock – 1964 dans * Polars US (1960-1979) pas-de-printemps-pour-marnie

Longtemps mal aimé, Marnie fait désormais l’objet d’un véritable culte auprès des cinéphiles. Le film occupe en tout cas une place à part dans l’œuvre d’Hitchcock, qui délaisse le suspense pur et signe une œuvre curieusement lancinante, où le cinéaste semble privilégier la psychologie au rythme. Le plus adulte de ses films, peut-être, le moins directement séduisant aussi.

Pourtant, on sent constamment la patte du cinéaste dans ce portrait d’une menteuse et voleuse pathologique. Dès la première séquence : avant même de nous montrer le joli minois de Tipi Hedren, dans un rôle très éloigné de celui des Oiseaux, Hitchcock identifie son personnage en filmant en gros plan un sac jaune qu’elle serre sous le bras, et dans lequel elle trimballe son butin.

L’actrice (malmenée par Hitchcock sur le tournage) est extraordinaire, dans ce qui restera le rôle de sa vie, et l’un des personnages les plus complexes de toute l’œuvre d’Hitchcock. A la fois dure et froide, et abîmée par une enfance qui, sans dévoiler la clé du film, n’a pas franchement été facile. La séquence finale avec sa mère, derrière une apparente simplicité, est d’une cruauté qui fait froid dans le dos. Les fantômes de Marnie, particulièrement douloureux, ont notamment le visage d’un Bruce Dern tout jeune, douze ans avant qu’il tienne le premier rôle de Complot de famille.

Cruel et sans concession, Marnie est réalisé par un Hitch qui, par moments, semble se citer lui-même : les réminiscences de Sueurs froides et de La Maison du Docteur Edwardes sont bien là. Mais c’est aussi un Hitch d’une infinie délicatesse, qui filme avec une pudeur extrême un personnage tragique.

Il offre aussi à Sean Connery l’un de ses meilleurs rôles. La manière dont il le filme se demandant où il a bien pu voir cette belle blonde qui vient postuler pour un emploi est un petit chef d’œuvre de mise en scène.

The Pleasure garden (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1925

Posté : 6 mars, 2013 @ 6:20 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

The Pleasure garden (id.) - d'Alfred Hitchcock - 1925 dans 1920-1929 the-pleasure-garden

Un film historique, forcément : le premier film réalisé par Alfred Hitchcock. Enfin, presque : trois ans plus tôt, le jeune cinéaste avait commencé le tournage d’un mystérieux film, Number Thirteen, resté inachevé et dont toutes les bobines semblent avoir définitivement disparu.

C’est donc une curiosité incontournable pour tous les amoureux du grand Hitch, même si le film est clairement loin de ses chefs d’œuvre. The Pleasure Garden peut trouver sa place dans une série de films réalisés par le jeune Hitchcock, qui évoquent les grandeurs et décadences d’êtres à qui tout pourrait réussir, mais qui finissent par tout perdre à force d’écouter leur mauvais génie, avant que leur ange gardien vienne leur offrir une ultime chance.

Dans le genre, il y aura Champagne (le pire film d’Hitchcock) et Downhill (très réussi). Celui-ci, du point de vue de la réussite artistique, est à mi-chemin. Plus complexe, aussi, du point de vue du scénario, puisque ce sont les destins de quatre personnages que le film raconte. Deux couples mal assortis qui seront ravagés par la cupidité, ou la luxure…

Le film commence un peu comme Une Etoile est née : une danseuse bien installée prend sous son aile une jeune apprentie qui grimpe rapidement les échelons. Mais plus elle réussit, moins elle pense à son gentil fiancé. Elle finit par s’installer dans la garçonnière d’un homme libidineux, mais riche. Pour le plus grand désespoir du fiancé, dont le pote épouse l’autre danseuse, avant de partir pour une mission professionnelle au bout du monde… où il tombera dans la pire des débauches (sans rentrer dans le détail, disons simplement qu’Hitchcock ne fait pas dans la demi-mesure avec ce personnage).

Je ne vais pas dévoiler la fin du film, qu’on voit quand même arriver de très loin : un homme délaissé ; une femme trahie… La suite est facile à deviner.

Ce n’est pas une grande œuvre hitchcockienne, non. Mais le film se regarde sans le moindre ennui, et on y reconnaît quand même par moments la patte du sieur Hitchcock. Dans la première séquence notamment, où on découvre une rangée de vieux riches reluquer avec un air franchement pervers les jambes des danseuses. Pour le reste, malgré quelques fulgurances de mise en scène (comme la noyade  impressionnante), et quelques belles idées de scénario (le comportement du chien en fil rouge), le film reste le plus souvent assez anonyme. Bien content de l’avoir vu, quand même…

Lifeboat (id.) – de Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 6 mars, 2013 @ 6:13 dans 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Lifeboat (id.) – de Alfred Hitchcock – 1944 dans 1940-1949 lifeboat

Dans la série des défis que s’est lancé Hitchcock (limiter un film à un long plan-séquence dans La Corde, immobiliser le héros dans Fenêtre sur cour…), celui-ci est sans doute le plus radical : la totalité de Lifeboat se déroule à l’intérieur d’un canot de sauvetage, perdu en pleine mer. Aucune tricherie, aucune facilité : le film commence après le naufrage d’un bateau, et se termine avant que les naufragés quittent le canot.

De ce huis clos en pleine mer, Hitchcok tire un chef d’œuvre absolu, un film qui réussit le pari assez fou de rendre constamment perceptible l’isolement des personnages au milieu de l’immensité de l’océan, tout en évitant l’étouffement d’un espace aussi confiné. Par une espèce de miracle, Hitchcock parvient à multiplier les angles de prise de vue, et signe une mise en scène d’une fluidité et d’une intelligence exemplaires. Même sa traditionnelle apparition relève du coup de génie : on le voit dans une publicité pour un régime, sur un journal que l’un des rescapés lit sur le canot.

Mieux : avec ce film de propagande adapté de John Steinbeck (dont le nom, cas rarissime, figure en aussi grands caractères que celui du réalisateur au générique), Hitchcock propose une sorte de condensé de l’humanité en temps de guerre. La « population » de ce canot regroupe des personnages qui représentent autant d’aspects de l’Amérique en guerre : le machiniste un peu brut, le marin fleur bleue, l’entrepreneur qui fait fortune grâce à l’effort de guerre, la reporter cynique, le noir pas tout à fait intégré…

Les caractères si marqués de ces personnages qui symbolisent chacun une classe de la société, vont tour à tour être soulignés ou gommés par cette situation hors du commun. Et l’irruption d’un autre rescapé, Allemand celui-là, va servir de catalyseur à cette soudaine promiscuité « contre-nature ».

De ce pari un peu fou, Hitchcock tire un film d’une évidence magistrale, porté par des comédiens exceptionnels (Tallulah Bankhead en snob qui se découvre un cœur, William Bendix en éclopé bouleversant…), fascinant portrait d’êtres humains en crise. Le cinéaste signe là l’un des plus fins, et des plus intelligents films de guerre. Simplement formidable.

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976

Posté : 13 février, 2013 @ 1:07 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976 dans * Polars US (1960-1979) complot-de-famille

Dernier film d’Hitchcock, qui clôt, quatre ans après l’excellent Frenzy, l’une des plus belles filmographies du monde. Vieillissant et diminué, le cinéaste ne livre pas pour autant une œuvre mortifère : après avoir renoué avec les rues de son enfance dans son précédent film, c’est l’humour et la légèreté de sa période anglaise qu’il ressuscite ici, concluant même par un clin d’œil face caméra malicieux et rigolard.

La légèreté du film, son apparente nonchalance, et l’intrigue pour le moins improbable, font souvent passer Family Plot pour un Hitchcock mineur. A tort : il y a au contraire dans ce film une énergie et une audace qui sont celles d’un jeune cinéaste, et qui évoque celle du Coppola de ces dernières années (est-ce un hasard si Coppola a fait appel à Bruce Dern, le héros de Family Plot, pour Twixt ?).

La construction est étonnante : les trajectoires de deux couples hors du commun, qui sont amenés à se rencontrer, sont racontés en parallèle. D’un côté, une pseudo psycho et son fiancé, qui tentent de retrouver l’héritier disparu d’une famille fortunée. De l’autre, l’héritier devenu kidnappeur de haut vol avec sa femme et complice.

Le scénario de Ernest Lehman renoue avec l’esprit feuilletonesque et les rebondissements de North by Northwest, que Lehman avait également écrit. Comme si le scénario n’avait pour objectif que d’aller d’une séquence à une autre. Mais la mise en scène d’Hitchcock fait le reste. Les transitions, d’un couple à l’autre, sont constamment inventives (la première surtout, qui nous fait passer brusquement et dans un long mouvement continu, d’une discussion à l’intérieur d’une voiture, à l’épilogue d’un kidnapping), tout comme les scènes de voyance.

La voyance semble être l’une des raisons d’être du film, mais n’a que peu d’importance : le thème permet juste quelques beaux moments de comédie.

Le film est aussi réussi dans le thriller que dans la comédie. Grâce aussi aux comédiens, parfaits : William Devane (qui remplace Roy Thinnes, engagé par dépit et renvoyé après plusieurs semaines de tournage lorsque Devane a été disponible), Karen Black et Bruce Dern, surtout, livrent de belles prestations, à la limite parfois du cabotinage. Leur jeu décomplexé et inspiré colle bien à la fraîcheur de ce film qui n’a rien d’une œuvre-testament.

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 10 février, 2013 @ 5:30 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928 dans 1920-1929 easy-virtue

Le jeune Hitchcock fait des merveilles avec ce muet méconnu et pourtant très hitchcockien, dans lequel on peut s’amuser à reconnaître les embryons de nombreux motifs de ses grands films à venir : l’atelier du peintre qui évoque celui de Chantage ; le cercle familial hostile que le cinéaste reprendra plusieurs fois, et notamment dans Les Enchaînés ; les routes sinueuses surplombant la Méditerranée de La Main au collet ; même la belle-mère haineuse et manipulatrice de l’héroïne est une sorte de Mrs Danvers (de Rebecca) avant l’heure.

Les premières vingt minutes, qui posent les bases, sont formidables : c’est l’une des nombreuses séquences de tribunal de l’œuvre d’Hitchcock. Et comme toujours, celle-ci ne ressemble à aucune autre. Encore tout jeune cinéaste, Hitchcok signe avec cette longue séquence un petit chef d’œuvre en soi, un constant va-et-vient entre le tribunal où est jugée une demande de divorce et des flash-backs qui racontent le drame qui s’est joué pour une jeune femme interprétée par Isabel Jean.

Mariée à un mari alcoolique et violent, aimée par un artiste qui se donnera la mort, Isabel Jean se retrouvera seule à l’issue du procès, bientôt courtisée par de nombreux jeunes hommes. Elle en épouse un autre, mais son passé scandaleux ne tarde pas à la rattraper.

Après le procès s’ouvre un autre film, moins vertigineux sans doute, mais émaillé de belles trouvailles visuelles : une discussion téléphonique qu’on suit uniquement en voyant les réactions de l’opératrice qui l’écoute ; quelques métaphores animalières amusantes (deux chevaux qui se frottent le museau, tandis que notre jeune couple s’embrasse ; une chienne délicate sur les bagages de madame, et un bouledogue sur ceux de monsieur)… Hitchcock s’amuse et souligne avec sa caméra les sentiments de ses amoureux.

Easy Virtue entre dans la veine des drames bourgeois muets du maître, avec Downhill (la demeure familiale de l’un rappelle étrangement celle de l’autre) et Champagne (avec deux plans très semblables : le juge qui regarde à travers son lorgnon au début de Easy Virtue, l’homme qui voit à travers son verre dans l’autre). Heureusement, Hitchcock est plus proche de la réussite de Downhill que de l’agaçant Champagne.

Le Faux coupable (The Wrong Man) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 25 janvier, 2013 @ 11:24 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Le Faux coupable (The Wrong Man) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) le-faux-coupable

Le titre le plus parfaitement hitchcockien cache l’un des films les plus opposés du cinéma habituel du génial cinéaste : si on retrouve son thème classique du faux coupable, The Wrong Man est, dans la forme, aux antipodes des grands chefs-d’œuvre du maître, où la langage cinématographique est poussé à l’extrême, où chaque cadrage, chaque transition, chaque mouvement de caméra, est pensé pour servir le sujet, le rythme et le suspense.

Point d’artifice, ici, et c’est même le sujet central du film. Hitchcock, qui aime expérimenter des choses différentes, s’est donné ici comme postulat de coller le plus possible à la réalité : son film, inspiré d’un authentique fait divers, est ce qui se rapproche le plus dans son œuvre du cinéma vérité.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur la voix off d’Hitch qui prévient le spectateur : ce qui suit n’a rien à voir avec ses précédents films. Il s’empare de l’histoire vraie d’un musicien accusé à tort de vols après qu’une employée de banque l’a reconnu comme celui qui a braqué l’établissement quelques mois plus tôt. Et il filme l’histoire de cet homme (Henry Fonda) en évitant au maximum les artifices et en ne changeant rien des faits ou des lieux.

C’est donc sur les lieux même du fait divers qu’Hitchcock pose ses caméras : dans les rues populaires et dans le club de jazz où « Manny » a ses habitudes.

Pas de mouvement de caméra savant non plus, dans ce film au noir et blanc granuleux et quasiment dénué de musique. Hitchcock se permet bien quelques petits « écarts » (le fondu-enchaîné superposant les visages de Fonda et de son « sosie »…), mais pour l’essentiel, il remplit son objectif de filmer un quasi-documentaire, constamment à hauteur d’hommes.

C’est la grande force du film, notamment grâce à la belle prestation très nuancée de Henry Fonda, parfait en monsieur tout le monde confronté à une erreur judiciaire, et à la peur de la prison (thème très hitchcockien), et à la douleur de voir sa femme (Vera Miles) perdre peu à peu la raison.

Totalement dénué d’humour, le film est aussi, et c’est une conséquence de son parti-pris, très loin de ses suspenses habituels. Le frisson présent dans la plupart de ses films cède la place ici à un malaise persistant.
L’expérience est concluante, mais Hitchcock en prendra dès son film suivant (Sueurs froides) le contrepoint absolu.

Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) – d’Alfred Hitchcock – 1949

Posté : 23 janvier, 2013 @ 1:46 dans 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) – d’Alfred Hitchcock – 1949 dans 1940-1949 les-amants-du-capricorne

Curieux film d’Hitchcock, mal aimé du public, de la critique, et même de son auteur. Les Amants du Capricorne, d’après Hitchcock lui-même, est le film d’un orgueilleux qui, fort du succès de ses précédents films, n’a choisi ce sujet que pour diriger à nouveau la grande star qu’était Ingrid Bergman, dans une grosse production prestigieuse. Comme souvent, Hitchcock a la dent bien dure avec lui-même.

Le film, à vrai dire, est bien plus personnel et hitchcockien que le cinéaste veut bien le reconnaître. Même s’il ne s’agit pas d’un suspense traditionnel, on y retrouve de nombreux thèmes et motifs chers à Hitch : le faux coupable, traité ici d’une manière totalement inédite ; la menace domestique (avec un verre de vin qui rappelle le verre de lait de Soupçons) ; ou encore cette gouvernante fascinée par son maître et aussi inquiétante que la Mme Danvers de Rebecca

Michael Wilding (que le réalisateur retrouvera dans Le Grand Alibi), pivot du film jusqu’au dernier tiers, débarque en Australie en 1831, avec son gouverneur de cousin. Venant d’Irlande, il y rencontre des concitoyens : un ancien bagnard (Joseph Cotten) et son épouse (Bergman), psychologiquement fragile, qu’il aide à sortir de sa dépression.

Il y a dans Les Amants… un parti-pris formel fascinant : le cœur du film, ce qui fait son essence, est presque constamment en retrait. La caméra filme des dialogues sans grande importance, des personnages sans relief, mais les échanges les plus forts, les présences les plus frappantes, sont constamment au second plan. Michael Wilding se réjouit des progrès d’Ingrid, et on aperçoit Joseph Cotten se refermer sur lui-même ; tandis que le gouverneur parle avec Wilding, Bergman lui prend doucement la main…

Plus généralement, le film, dans sa première partie, se concentre sur les relations troubles entre Wilding et Bergman, mais c’est le couple Cotten-Bergman qui est la raison d’être du film. Ce sont ces deux êtres, qui se sacrifient l’un pour l’autre depuis des années, par amour, et qui passent à côté de leur amour et de leur vie, qui intéressent Hitchcock.

Et c’est souvent bouleversant, en particulier grâce à Cotten, tout en retenue et très émouvant, et à une caméra qui enveloppe littéralement les personnages, les accompagnant avec discrétion dans de longs plans d’une fluidité exemplaire.

Hitchcock, à l’origine, voulait renouveler l’expérience de La Corde, son précédent film : ne faire que de longs plans de huit à dix minutes. Il ne reste hélas que quelques plans-séquences (remarquables), et ce sont ces moments qui sont les plus envoûtants.

Les autres sont formellement plus conventionnelles. C’est le principal défaut (avec le dénouement, un peu téléphoné) de ce film qui vaut bien mieux que sa réputation.

L’Etau (Topaz) – d’Alfred Hitchcock – 1969

Posté : 14 janvier, 2013 @ 12:41 dans 1960-1969, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Etau (Topaz) - d'Alfred Hitchcock - 1969 dans 1960-1969 letau
On ne peut pas dire que ce film tardif d’Hitchcock ait bonne réputation. Et cette fois, après avoir défendu becs et ongles d’autres films honnis du maître (Le Rideau déchiré, La Loi du silence…), je dois bien reconnaître qu’on n’est pas loin de la sortie de route, avec ce film d’espionnage trop ambitieux et trop anecdotique à la fois.

Le tournage de son précédent film (Torn Curtain) avait été un cauchemar pour Hitch, qui ne s’était pas entendu avec ses stars, Julie Andrews et Paul Newman. Comme il l’a souvent fait par le passé, son nouveau projet se monte donc en grande partie en réaction à cet échec. Il est ainsi toujours question de la guerre froide, à son apogée au cours de cette décennie ; le film commence également par un transfuge, mais cette fois de la Russie vers l’Amérique ; et surtout, pas la moindre star à l’horizon.

Et c’est l’un des points noirs du film. Pas l’absence de star, mais le choix des acteurs. Frederick Stafford, en agent secret français qui part enquêter à Cuba pour le compte des services secrets américains (au risque de créer un incident diplomatique avec la France), n’est pas franchement crédible. Quant à Michel Piccoli et Philippe Noiret, qui tiennent des rôles importants dans la dernière demi-heure, étrange de les entendre parler anglais lorsqu’ils sont entre Français. Seule figure hitchcockienne (on l’avait vu dans Mais qui a tué Harry ? et dans le téléfilm J’ai tout vu), John Forsythe n’a, lui, pas grand-chose à jouer.

L’autre problème du film, c’est un scénario complètement bancal, qui cherche à illustrer, dans toute sa complexité, la situation internationale de 1962, mais qui se résume au final à un réseau d’agents doubles assez minables, démasqués en trois secondes cinq dixième. Le final résume parfaitement le caractère hasardeux de l’entreprise : une fin qu’on devine improvisée, choisie uniquement parce que les deux autres fins envisagées (et tournées – gloire au DVD qui les présente en bonus) étaient grotesques.

Il y a de beaux moments, quand même : la première séquence, celle du transfuge, est une grande réussite formelle. Sans dialogue, Hitch signe l’un de ces moments de pur suspense dont il a le secret.

La suite, hélas, est souvent plus attendue, parsemée simplement de quelques fulgurances qui rappellent brièvement que le réalisateur s’appelle Alfred Hitchcock. La mort de Juanita, surtout, donne lieu à un plan d’une beauté éclatante, la robe de la belle s’étalant, comme une flaque de sang sur le sol immaculé. C’est peu, mais c’est déjà précieux.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 12 janvier, 2013 @ 3:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) lhomme-qui-en-savait-trop-56

« A single crash of cymbals, and how it rocked the lives of an american family »

De toute évidence, ce n’est pas le film le plus personnel d’Hitchcock, ni le plus ambitieux, puisqu’il se contente de refaire son propre film de 1934. Mais ce second The Man who knew too much illustre parfaitement le degré de perfection qu’Hitchcock avait atteint derrière la caméra. Pas de pari insensé ici, du genre tourner dans un canot de sauvetage (Lifeboat), ou se limiter à de longs plans de dix minutes (La Corde). Pas de profond mystère non plus, en particulier pour ceux qui ont vu l’excellente première version. Non, ici, Hitchcock s’offre un pur exercice de style : ou comment faire d’un suspense assez classique un grand classique tout court.

Le résultat est ébouriffant. De la première à la dernière image, pas une seconde de trop dans ce film formidable : Hitch nous ballotte d’une émotion à l’autre. Amusé, ému, effrayé… Le couple Doris Day/James Stewart est formidablement attachant, et la manière dont le cinéaste introduit ses personnages est absolument magistrale.

Tout semble évident dans ce film, mais rien ne l’est vraiment bien sûr. Hitchcock, par exemple, réussit à nous tenir en haleine pendant plus de dix minutes avec la recherche d’un homme, Ambrose Chapel, qui se révèle sans le moindre intérêt. L’action s’arrête durant de longues minutes pour laisser Doris Day chanter le fameux « Que sera, sera »… Qu’importe si l’intrigue se perd dans ces digressions, parce que l’intrigue à proprement parler n’est qu’un prétexte. Comme souvent chez le cinéaste, l’important est la manière de nous emmener à l’endroit où il veut nous conduire.

En l’occurrence, le marché de Marrakesh (tournée en studio, mais qui dégage une étonnante impression de réalité), la scène de la chapelle, et tous les autres épisodes génialement réalisés, avec une inspiration de chaque instant, nous dirigent vers cette hallucinante séquence de l’Albert Hall. Sans un mot, avec un montage étourdissant de quelques 120 plans, Hitch réussit l’une des scènes les plus dramatiques et les plus riches en suspense de toute l’histoire du cinéma.

La Taverne de la Jamaïque / L’Auberge de la Jamaïque (Jamaica Inn) – d’Alfred Hitchcock – 1939

Posté : 12 décembre, 2012 @ 1:40 dans 1930-1939, HITCHCOCK Alfred, O'HARA Maureen | 1 commentaire »

La Taverne de la Jamaïque

Hitchcock fait ses adieux à l’Angleterre avec ce film, tourné alors que son départ pour Hollywood était déjà acté. Curieux hasard : Jamaica Inn, rajouté sur son agenda après Une femme disparaît, qui devait être son ultime film réalisé en Angleterre, est une adaptation du Daphnee du Maurier, comme le sera son premier film américain, Rebecca. Egalement un film qu’il n’était pas censé tourner, puisqu’il partait à Hollywood avec le projet de réaliser un Titanic

De ce film tourné presque malgré lui, Hitchcock gardait un souvenir assez amer, affirmant même qu’il avait dû se plier aux volontés de son acteur-vedette, Charles Laughton, cabot génial qui fait de son personnage une créature abjecte et trouble, à la folie manifeste. On peut sérieusement imaginer qu’Hitchcock avait une vision sans doute plus nuancée du personnage.

Mineur, sans doute, dans l’œuvre immense du cinéaste, La Taverne de la Jamaïque n’en est pas moins une grande réussite. Un film inquiétant et fascinant, avec une poignée de séquences très mémorables.

La première scène, fabuleuse, campe le décor : les côtes escarpées des Cornouailles, au début du 19ème siècle. Et les personnages : des naufrageurs sanguinaires qui amènent les navires à s’échouer sur les rochers, avant de massacrer tous les marins jusqu’au dernier. Hitchcock filme ça presque sans parole, avec des cadrages impressionnants qui soulignent la beauté rugueuse et sinistre des lieues, et la cruauté des hommes. On n’est pas vraiment dans un conte de fée, et la sublime Maureen O’Hara (dans son premier rôle majeur), orpheline venue d’Irlande, ne va pas tarder à s’en rendre compte, découvrant que l’auberge tenue par son oncle et sa tante et le repère de cette bande de naufrageurs.

Tourné après une série de chefs-d’œuvre qui relevaient autant de la comédie que du thriller (à partir des 39 Marches), La Taverne de la Jamaïque marque une rupture de ton assez impressionnante pour Hitchcok. Preuve en est le changement de registre important que le cinéaste impose à Leslie Banks, père de famille exemplaire et vrai héros hitchcockien dans L’Homme qui en savait trop, transformé ici en brute sanguinaire dont l’humanité ne transparaît que par moments. La métamorphose est impressionnante.

Rien ne porte à rire dans cet univers presque exclusivement nocturne, balayé par le vent et les embruns. Jamais le cinéaste ne cherche à rendre l’histoire plus légère qu’elle ne l’est : son film sent le sang et l’alcool, et il ne restera pas grand-chose de l’innocence de la belle Maureen quand le mot « fin » apparaîtra…

Hitchcock, qui voulait en finir avec le bricolage (génial et indémodable) de sa période anglaise, semble tourner une page. Désormais, ses films seront plus complexes, plus adultes. Une nouvelle ère commence.

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