Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976

Posté : 13 février, 2013 @ 1:07 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976 dans * Polars US (1960-1979) complot-de-famille

Dernier film d’Hitchcock, qui clôt, quatre ans après l’excellent Frenzy, l’une des plus belles filmographies du monde. Vieillissant et diminué, le cinéaste ne livre pas pour autant une œuvre mortifère : après avoir renoué avec les rues de son enfance dans son précédent film, c’est l’humour et la légèreté de sa période anglaise qu’il ressuscite ici, concluant même par un clin d’œil face caméra malicieux et rigolard.

La légèreté du film, son apparente nonchalance, et l’intrigue pour le moins improbable, font souvent passer Family Plot pour un Hitchcock mineur. A tort : il y a au contraire dans ce film une énergie et une audace qui sont celles d’un jeune cinéaste, et qui évoque celle du Coppola de ces dernières années (est-ce un hasard si Coppola a fait appel à Bruce Dern, le héros de Family Plot, pour Twixt ?).

La construction est étonnante : les trajectoires de deux couples hors du commun, qui sont amenés à se rencontrer, sont racontés en parallèle. D’un côté, une pseudo psycho et son fiancé, qui tentent de retrouver l’héritier disparu d’une famille fortunée. De l’autre, l’héritier devenu kidnappeur de haut vol avec sa femme et complice.

Le scénario de Ernest Lehman renoue avec l’esprit feuilletonesque et les rebondissements de North by Northwest, que Lehman avait également écrit. Comme si le scénario n’avait pour objectif que d’aller d’une séquence à une autre. Mais la mise en scène d’Hitchcock fait le reste. Les transitions, d’un couple à l’autre, sont constamment inventives (la première surtout, qui nous fait passer brusquement et dans un long mouvement continu, d’une discussion à l’intérieur d’une voiture, à l’épilogue d’un kidnapping), tout comme les scènes de voyance.

La voyance semble être l’une des raisons d’être du film, mais n’a que peu d’importance : le thème permet juste quelques beaux moments de comédie.

Le film est aussi réussi dans le thriller que dans la comédie. Grâce aussi aux comédiens, parfaits : William Devane (qui remplace Roy Thinnes, engagé par dépit et renvoyé après plusieurs semaines de tournage lorsque Devane a été disponible), Karen Black et Bruce Dern, surtout, livrent de belles prestations, à la limite parfois du cabotinage. Leur jeu décomplexé et inspiré colle bien à la fraîcheur de ce film qui n’a rien d’une œuvre-testament.

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 10 février, 2013 @ 5:30 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928 dans 1920-1929 easy-virtue

Le jeune Hitchcock fait des merveilles avec ce muet méconnu et pourtant très hitchcockien, dans lequel on peut s’amuser à reconnaître les embryons de nombreux motifs de ses grands films à venir : l’atelier du peintre qui évoque celui de Chantage ; le cercle familial hostile que le cinéaste reprendra plusieurs fois, et notamment dans Les Enchaînés ; les routes sinueuses surplombant la Méditerranée de La Main au collet ; même la belle-mère haineuse et manipulatrice de l’héroïne est une sorte de Mrs Danvers (de Rebecca) avant l’heure.

Les premières vingt minutes, qui posent les bases, sont formidables : c’est l’une des nombreuses séquences de tribunal de l’œuvre d’Hitchcock. Et comme toujours, celle-ci ne ressemble à aucune autre. Encore tout jeune cinéaste, Hitchcok signe avec cette longue séquence un petit chef d’œuvre en soi, un constant va-et-vient entre le tribunal où est jugée une demande de divorce et des flash-backs qui racontent le drame qui s’est joué pour une jeune femme interprétée par Isabel Jean.

Mariée à un mari alcoolique et violent, aimée par un artiste qui se donnera la mort, Isabel Jean se retrouvera seule à l’issue du procès, bientôt courtisée par de nombreux jeunes hommes. Elle en épouse un autre, mais son passé scandaleux ne tarde pas à la rattraper.

Après le procès s’ouvre un autre film, moins vertigineux sans doute, mais émaillé de belles trouvailles visuelles : une discussion téléphonique qu’on suit uniquement en voyant les réactions de l’opératrice qui l’écoute ; quelques métaphores animalières amusantes (deux chevaux qui se frottent le museau, tandis que notre jeune couple s’embrasse ; une chienne délicate sur les bagages de madame, et un bouledogue sur ceux de monsieur)… Hitchcock s’amuse et souligne avec sa caméra les sentiments de ses amoureux.

Easy Virtue entre dans la veine des drames bourgeois muets du maître, avec Downhill (la demeure familiale de l’un rappelle étrangement celle de l’autre) et Champagne (avec deux plans très semblables : le juge qui regarde à travers son lorgnon au début de Easy Virtue, l’homme qui voit à travers son verre dans l’autre). Heureusement, Hitchcock est plus proche de la réussite de Downhill que de l’agaçant Champagne.

Le Faux coupable (The Wrong Man) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 25 janvier, 2013 @ 11:24 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Le Faux coupable (The Wrong Man) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) le-faux-coupable

Le titre le plus parfaitement hitchcockien cache l’un des films les plus opposés du cinéma habituel du génial cinéaste : si on retrouve son thème classique du faux coupable, The Wrong Man est, dans la forme, aux antipodes des grands chefs-d’œuvre du maître, où la langage cinématographique est poussé à l’extrême, où chaque cadrage, chaque transition, chaque mouvement de caméra, est pensé pour servir le sujet, le rythme et le suspense.

Point d’artifice, ici, et c’est même le sujet central du film. Hitchcock, qui aime expérimenter des choses différentes, s’est donné ici comme postulat de coller le plus possible à la réalité : son film, inspiré d’un authentique fait divers, est ce qui se rapproche le plus dans son œuvre du cinéma vérité.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur la voix off d’Hitch qui prévient le spectateur : ce qui suit n’a rien à voir avec ses précédents films. Il s’empare de l’histoire vraie d’un musicien accusé à tort de vols après qu’une employée de banque l’a reconnu comme celui qui a braqué l’établissement quelques mois plus tôt. Et il filme l’histoire de cet homme (Henry Fonda) en évitant au maximum les artifices et en ne changeant rien des faits ou des lieux.

C’est donc sur les lieux même du fait divers qu’Hitchcock pose ses caméras : dans les rues populaires et dans le club de jazz où « Manny » a ses habitudes.

Pas de mouvement de caméra savant non plus, dans ce film au noir et blanc granuleux et quasiment dénué de musique. Hitchcock se permet bien quelques petits « écarts » (le fondu-enchaîné superposant les visages de Fonda et de son « sosie »…), mais pour l’essentiel, il remplit son objectif de filmer un quasi-documentaire, constamment à hauteur d’hommes.

C’est la grande force du film, notamment grâce à la belle prestation très nuancée de Henry Fonda, parfait en monsieur tout le monde confronté à une erreur judiciaire, et à la peur de la prison (thème très hitchcockien), et à la douleur de voir sa femme (Vera Miles) perdre peu à peu la raison.

Totalement dénué d’humour, le film est aussi, et c’est une conséquence de son parti-pris, très loin de ses suspenses habituels. Le frisson présent dans la plupart de ses films cède la place ici à un malaise persistant.
L’expérience est concluante, mais Hitchcock en prendra dès son film suivant (Sueurs froides) le contrepoint absolu.

Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) – d’Alfred Hitchcock – 1949

Posté : 23 janvier, 2013 @ 1:46 dans 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) – d’Alfred Hitchcock – 1949 dans 1940-1949 les-amants-du-capricorne

Curieux film d’Hitchcock, mal aimé du public, de la critique, et même de son auteur. Les Amants du Capricorne, d’après Hitchcock lui-même, est le film d’un orgueilleux qui, fort du succès de ses précédents films, n’a choisi ce sujet que pour diriger à nouveau la grande star qu’était Ingrid Bergman, dans une grosse production prestigieuse. Comme souvent, Hitchcock a la dent bien dure avec lui-même.

Le film, à vrai dire, est bien plus personnel et hitchcockien que le cinéaste veut bien le reconnaître. Même s’il ne s’agit pas d’un suspense traditionnel, on y retrouve de nombreux thèmes et motifs chers à Hitch : le faux coupable, traité ici d’une manière totalement inédite ; la menace domestique (avec un verre de vin qui rappelle le verre de lait de Soupçons) ; ou encore cette gouvernante fascinée par son maître et aussi inquiétante que la Mme Danvers de Rebecca

Michael Wilding (que le réalisateur retrouvera dans Le Grand Alibi), pivot du film jusqu’au dernier tiers, débarque en Australie en 1831, avec son gouverneur de cousin. Venant d’Irlande, il y rencontre des concitoyens : un ancien bagnard (Joseph Cotten) et son épouse (Bergman), psychologiquement fragile, qu’il aide à sortir de sa dépression.

Il y a dans Les Amants… un parti-pris formel fascinant : le cœur du film, ce qui fait son essence, est presque constamment en retrait. La caméra filme des dialogues sans grande importance, des personnages sans relief, mais les échanges les plus forts, les présences les plus frappantes, sont constamment au second plan. Michael Wilding se réjouit des progrès d’Ingrid, et on aperçoit Joseph Cotten se refermer sur lui-même ; tandis que le gouverneur parle avec Wilding, Bergman lui prend doucement la main…

Plus généralement, le film, dans sa première partie, se concentre sur les relations troubles entre Wilding et Bergman, mais c’est le couple Cotten-Bergman qui est la raison d’être du film. Ce sont ces deux êtres, qui se sacrifient l’un pour l’autre depuis des années, par amour, et qui passent à côté de leur amour et de leur vie, qui intéressent Hitchcock.

Et c’est souvent bouleversant, en particulier grâce à Cotten, tout en retenue et très émouvant, et à une caméra qui enveloppe littéralement les personnages, les accompagnant avec discrétion dans de longs plans d’une fluidité exemplaire.

Hitchcock, à l’origine, voulait renouveler l’expérience de La Corde, son précédent film : ne faire que de longs plans de huit à dix minutes. Il ne reste hélas que quelques plans-séquences (remarquables), et ce sont ces moments qui sont les plus envoûtants.

Les autres sont formellement plus conventionnelles. C’est le principal défaut (avec le dénouement, un peu téléphoné) de ce film qui vaut bien mieux que sa réputation.

L’Etau (Topaz) – d’Alfred Hitchcock – 1969

Posté : 14 janvier, 2013 @ 12:41 dans 1960-1969, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Etau (Topaz) - d'Alfred Hitchcock - 1969 dans 1960-1969 letau
On ne peut pas dire que ce film tardif d’Hitchcock ait bonne réputation. Et cette fois, après avoir défendu becs et ongles d’autres films honnis du maître (Le Rideau déchiré, La Loi du silence…), je dois bien reconnaître qu’on n’est pas loin de la sortie de route, avec ce film d’espionnage trop ambitieux et trop anecdotique à la fois.

Le tournage de son précédent film (Torn Curtain) avait été un cauchemar pour Hitch, qui ne s’était pas entendu avec ses stars, Julie Andrews et Paul Newman. Comme il l’a souvent fait par le passé, son nouveau projet se monte donc en grande partie en réaction à cet échec. Il est ainsi toujours question de la guerre froide, à son apogée au cours de cette décennie ; le film commence également par un transfuge, mais cette fois de la Russie vers l’Amérique ; et surtout, pas la moindre star à l’horizon.

Et c’est l’un des points noirs du film. Pas l’absence de star, mais le choix des acteurs. Frederick Stafford, en agent secret français qui part enquêter à Cuba pour le compte des services secrets américains (au risque de créer un incident diplomatique avec la France), n’est pas franchement crédible. Quant à Michel Piccoli et Philippe Noiret, qui tiennent des rôles importants dans la dernière demi-heure, étrange de les entendre parler anglais lorsqu’ils sont entre Français. Seule figure hitchcockienne (on l’avait vu dans Mais qui a tué Harry ? et dans le téléfilm J’ai tout vu), John Forsythe n’a, lui, pas grand-chose à jouer.

L’autre problème du film, c’est un scénario complètement bancal, qui cherche à illustrer, dans toute sa complexité, la situation internationale de 1962, mais qui se résume au final à un réseau d’agents doubles assez minables, démasqués en trois secondes cinq dixième. Le final résume parfaitement le caractère hasardeux de l’entreprise : une fin qu’on devine improvisée, choisie uniquement parce que les deux autres fins envisagées (et tournées – gloire au DVD qui les présente en bonus) étaient grotesques.

Il y a de beaux moments, quand même : la première séquence, celle du transfuge, est une grande réussite formelle. Sans dialogue, Hitch signe l’un de ces moments de pur suspense dont il a le secret.

La suite, hélas, est souvent plus attendue, parsemée simplement de quelques fulgurances qui rappellent brièvement que le réalisateur s’appelle Alfred Hitchcock. La mort de Juanita, surtout, donne lieu à un plan d’une beauté éclatante, la robe de la belle s’étalant, comme une flaque de sang sur le sol immaculé. C’est peu, mais c’est déjà précieux.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 12 janvier, 2013 @ 3:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) lhomme-qui-en-savait-trop-56

« A single crash of cymbals, and how it rocked the lives of an american family »

De toute évidence, ce n’est pas le film le plus personnel d’Hitchcock, ni le plus ambitieux, puisqu’il se contente de refaire son propre film de 1934. Mais ce second The Man who knew too much illustre parfaitement le degré de perfection qu’Hitchcock avait atteint derrière la caméra. Pas de pari insensé ici, du genre tourner dans un canot de sauvetage (Lifeboat), ou se limiter à de longs plans de dix minutes (La Corde). Pas de profond mystère non plus, en particulier pour ceux qui ont vu l’excellente première version. Non, ici, Hitchcock s’offre un pur exercice de style : ou comment faire d’un suspense assez classique un grand classique tout court.

Le résultat est ébouriffant. De la première à la dernière image, pas une seconde de trop dans ce film formidable : Hitch nous ballotte d’une émotion à l’autre. Amusé, ému, effrayé… Le couple Doris Day/James Stewart est formidablement attachant, et la manière dont le cinéaste introduit ses personnages est absolument magistrale.

Tout semble évident dans ce film, mais rien ne l’est vraiment bien sûr. Hitchcock, par exemple, réussit à nous tenir en haleine pendant plus de dix minutes avec la recherche d’un homme, Ambrose Chapel, qui se révèle sans le moindre intérêt. L’action s’arrête durant de longues minutes pour laisser Doris Day chanter le fameux « Que sera, sera »… Qu’importe si l’intrigue se perd dans ces digressions, parce que l’intrigue à proprement parler n’est qu’un prétexte. Comme souvent chez le cinéaste, l’important est la manière de nous emmener à l’endroit où il veut nous conduire.

En l’occurrence, le marché de Marrakesh (tournée en studio, mais qui dégage une étonnante impression de réalité), la scène de la chapelle, et tous les autres épisodes génialement réalisés, avec une inspiration de chaque instant, nous dirigent vers cette hallucinante séquence de l’Albert Hall. Sans un mot, avec un montage étourdissant de quelques 120 plans, Hitch réussit l’une des scènes les plus dramatiques et les plus riches en suspense de toute l’histoire du cinéma.

La Taverne de la Jamaïque / L’Auberge de la Jamaïque (Jamaica Inn) – d’Alfred Hitchcock – 1939

Posté : 12 décembre, 2012 @ 1:40 dans 1930-1939, HITCHCOCK Alfred, O'HARA Maureen | 1 commentaire »

La Taverne de la Jamaïque

Hitchcock fait ses adieux à l’Angleterre avec ce film, tourné alors que son départ pour Hollywood était déjà acté. Curieux hasard : Jamaica Inn, rajouté sur son agenda après Une femme disparaît, qui devait être son ultime film réalisé en Angleterre, est une adaptation du Daphnee du Maurier, comme le sera son premier film américain, Rebecca. Egalement un film qu’il n’était pas censé tourner, puisqu’il partait à Hollywood avec le projet de réaliser un Titanic

De ce film tourné presque malgré lui, Hitchcock gardait un souvenir assez amer, affirmant même qu’il avait dû se plier aux volontés de son acteur-vedette, Charles Laughton, cabot génial qui fait de son personnage une créature abjecte et trouble, à la folie manifeste. On peut sérieusement imaginer qu’Hitchcock avait une vision sans doute plus nuancée du personnage.

Mineur, sans doute, dans l’œuvre immense du cinéaste, La Taverne de la Jamaïque n’en est pas moins une grande réussite. Un film inquiétant et fascinant, avec une poignée de séquences très mémorables.

La première scène, fabuleuse, campe le décor : les côtes escarpées des Cornouailles, au début du 19ème siècle. Et les personnages : des naufrageurs sanguinaires qui amènent les navires à s’échouer sur les rochers, avant de massacrer tous les marins jusqu’au dernier. Hitchcock filme ça presque sans parole, avec des cadrages impressionnants qui soulignent la beauté rugueuse et sinistre des lieues, et la cruauté des hommes. On n’est pas vraiment dans un conte de fée, et la sublime Maureen O’Hara (dans son premier rôle majeur), orpheline venue d’Irlande, ne va pas tarder à s’en rendre compte, découvrant que l’auberge tenue par son oncle et sa tante et le repère de cette bande de naufrageurs.

Tourné après une série de chefs-d’œuvre qui relevaient autant de la comédie que du thriller (à partir des 39 Marches), La Taverne de la Jamaïque marque une rupture de ton assez impressionnante pour Hitchcok. Preuve en est le changement de registre important que le cinéaste impose à Leslie Banks, père de famille exemplaire et vrai héros hitchcockien dans L’Homme qui en savait trop, transformé ici en brute sanguinaire dont l’humanité ne transparaît que par moments. La métamorphose est impressionnante.

Rien ne porte à rire dans cet univers presque exclusivement nocturne, balayé par le vent et les embruns. Jamais le cinéaste ne cherche à rendre l’histoire plus légère qu’elle ne l’est : son film sent le sang et l’alcool, et il ne restera pas grand-chose de l’innocence de la belle Maureen quand le mot « fin » apparaîtra…

Hitchcock, qui voulait en finir avec le bricolage (génial et indémodable) de sa période anglaise, semble tourner une page. Désormais, ses films seront plus complexes, plus adultes. Une nouvelle ère commence.

Mary (Sir John greift ein) – d’Alfred Hitchcock – 1931

Posté : 16 novembre, 2012 @ 7:30 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Mary

Drôle d’expérience, de découvrir ce méconnu Mary après avoir revu Meurtre !, l’un des bijoux oubliés du jeune Hitchcock : Mary est la version allemande du précédent. A une époque, les premières années du parlant, où le doublage n’existait pas encore, et où de nombreuses productions françaises et anglaises étaient tournées simultanément dans la langue originale, et en allemand pour l’important marché outre-Rhin, Mary est l’unique version allemande d’un de ses films que tourne Hitch lui-même.

Les décors sont les mêmes, le scénario est le même. On imagine bien Hitchcock boucler ses scènes anglaises, et enchaîner en dirigeant ses acteurs allemands pour « l’autre film ». Car les deux films sont quasiment identiques, les acteurs ne sont pas les mêmes. D’où, lorsqu’on voit les deux films à la suite comme votre serviteur l’a fait, l’étrange impression d’avoir vécu une expérience rare.

Malgré leurs similitudes, avantage certain à la version anglaise originale. Pour la version allemande, Hitchcock semble avoir traité avec un peu plus de nonchalance un certain nombre de séquences : la première apparition de Fane, comédien travesti en femme dont l’ambiguïté sexuelle disparaît d’ailleurs presque entièrement de la version allemande ; la fameuse séquence du miroir avec le dilemme moral du héros illustré en musique, plus platement ici ; ou encore celle du repas entre Sir John et le couple de modestes régisseurs, qui reste amusante, ne va plus aussi loin dans le contraste entre deux mondes. Exit aussi le tapis très épais dans lequel semblent s’enfoncer les invités.

La fin est également nettement moins romantique et originale (un rideau de théâtre qui tombait dans la version anglaise, les deux héros à l’arrière d’une voiture ici). Quant à Alfred Abel, solide acteur habitué des films de Fritz Lang (Docteur Mabuse, Metropolis), sa prestation est bien moins suave et habitée que celle d’Herbert Marshall. Même les « défauts » de la version anglaise semblent manquer ici, comme les étranges hésitations du juré n°1 qui se trompait en comptant les papiers « coupables » et « non coupables ». Mine de rien, tout est un peu plus lisse, dans cette version allemande.

Voilà pour le jeu des sept différences. Mais Mary reste un film virtuose et passionnant, comme sa version originale. Et c’est une curiosité incontournable pour tout vrai passionné de Sir Hitchcock.

Le Rideau déchiré (Torn Curtain) – d’Alfred Hitchcock – 1966

Posté : 22 septembre, 2012 @ 12:44 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Le Rideau déchiré (Torn Curtain) – d’Alfred Hitchcock – 1966 dans * Polars US (1960-1979) le-rideau-dechire

OK, le couple Paul Newman / Julie Christie ne fonctionne pas vraiment. OK, on a un peu de mal à voir le scientifique qui se cache derrière la mâchoire carrée de Newman. Et OK, on sent bien que Hitchcock ne filme pas ses acteurs avec autant de passion que lorsqu’il filmait Cary Grant et Grace Kelly. Et pour cause, les deux stars maisons ont été imposées à un réalisateur éprouvé par l’échec de Marnie, par les pontes de Universal. Julie Christie, surtout, ne correspond vraiment pas à l’image de la blonde hitchcockienne, sophistiquée et sauvage à la fois, et pleine de mystères.

Mais ces réserves mises à part, Torn Curtain est loin d’être le ratage que l’on dit souvent. Le film marque le retour au thriller d’espionnage pour Hitchcock. Mais La Mort aux trousses est passée par là, et le résultat n’a pas grand-chose à voir avec les grands films du genre qu’il a réalisés dans les années 30 ou 40. De fait, on retrouve ici nombre d’éléments qui semblent tout droit sortis de son chef d’œuvre de 1959 : les plans très larges dans les champs entourant Berlin rappellent ceux qui ont vu Cary Grant affronter le fameux avion ; les héros piégés dans une salle de spectacle bondée évoquent la scène des enchères de North by Northwest

Surtout, l’époque de la seconde guerre mondiale est révolue. En pleine guerre froide, Hitchcock se montre bien plus septique, et nettement plus cynique : la frontière entre les gentils et les méchants est ainsi particulièrement ténue. Car si Newman, faux traître à sa patrie américaine, passe à l’Est devant une fiancée médusée, c’est pour voler à un illustre savant des formules qu’il est incapable de trouver seul. Et lorsque la fiancée accepte d’aider son savant de mec, elle pense encore qu’il est bel et bien un traître. Ajoutons que la fuite du couple fera bien des dégâts collatéraux auxquels ils feront à peine attention : leur simple passage à Berlin Est causera de graves problèmes au couple de fermiers, aux passagers du bus, ou encore à cette pathétique « comtesse » polonaise, interprétée par une Lila Kedrova inoubliable.

On sent bien que Hitchcock n’a pas une tendresse débordante pour ses personnages. Mais comme souvent chez le cinéaste, l’important est moins dans l’intrigue que dans la manière de la raconter. Ici, le suspense repose en partie sur un étirement étonnant de moments qui pourraient être anodins. Une discussion filmée de loin et dont on n’entend rien ; un voyage en bus ; une visite dans un musée ; un échange entre deux savants à base d’obscures formules mathématiques… et bien sûr cette incroyable scène de meurtre.

Flanqué d’un « guide » durant son séjour à Berlin, le professeur Paul Newman se voit obligé de le tuer avec l’aide d’une fermière. Mais les complices improvisées ne peuvent pas faire usage d’une arme à feu, qui attirerait l’attention. La mort du « pauvre » Gromek est ainsi l’une des plus traumatisantes de l’histoire du cinéma. Poignardé, étranglé, battu à coups de pelles, et asphyxié dans une gazinière, il mettra de longues minutes à mourir.

On sent bien que cette séquence, montée sans la moindre note de musique, dans un silence effrayant, est l’une des raisons qui ont poussé Hitchcock à faire ce film. C’est en tout cas la scène la plus mémorable d’un film dont la richesse et la complexité sont à redécouvrir.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1934

Posté : 7 septembre, 2012 @ 5:28 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Homme qui en savait trop 34

Hitchcock trouve définitivement son créneau avec ce film dont on a tendance à sous-évaluer l’audace : derrière le flegme et la légèreté apparents de ce polar british, au-delà de l’impression que tout est filmé avec une certaine indolence, Hitchcock glisse une noirceur et une violence de propos assez inattendues…

La longue fusillade de fin en est un bon exemple : Hitchcock y souffle le chaud et le froid d’une manière particulièrement audacieuse. A la fois pleine d’humour (le chef de la police qui boit son thé imperturbable tandis que les coups de feu secouent le quartier), grinçante (les policiers qui ne peuvent répliquer au déluge de feu parce qu’ils ne sont pas armés), et d’une violence assez rare. Car cette fusillade est une véritable boucherie qui n’a rien de fun : flics et voyous y meurent sous les balles.

Avec ce mélange des styles, mine de rien, Hitchcock se montre grave et évoque la perte de l’innocence. La petite Nova Pilbeam (qui sera trois ans plus tard une belle héroïne hitchcokienne dans Jeune et Innocent) ne sortira pas indemne de cette histoire dont elle est le moteur passif. Et quand une jeune femme en petite tenue, débordant de vie et d’insouciance, cède sa chambre à des policiers en mission, c’est la mort qu’elle laisse entrer dans son environnement. Comme le Royal Albert Hall, lieu prestigieux des grandes festivités londoniennes, se transforme en théâtre mortel…

L’histoire est strictement la même que dans le remake que signera Hitchcock lui-même deux décennies plus tard (la neige de Saint-Moritz sera remplacée par le soleil du Maroc, et le Français Pierre Fresnay par le Français Daniel Gélin) : un couple en vacances découvre un projet d’attentat, dont les auteurs enlèvent leur enfant pour les pousser à garder le silence. Même trame, et même climax, dans ce Royal Albert Hall où un coup de cymbale doit coïncider avec le coup de feu mortel, avec une même montée en puissance, la même puissance, et le même cri libératoire.

Dans cette première version, la mise en scène d’Hitchcock est moins sophistiquée que dans celle de 1956. Mais elle est tout de même d’une grande inventivité, et regorge de grandes idées. L’apparition de Pierre Fresnay en sauteur à ski par exemple, malgré des transparences très approximatives, est d’une grande originalité, et plonge immédiatement le spectateur au cœur de l’action.

Et si le jeu de Leslie Banks n’a pas la force et les nuances de celui de James Stewart, le couple qu’il forme avec Edna Best ne manque pas non plus de charme. Quant à Peter Lorre, impressionnant en tueur stoïque au milieu des balles, il est inoubliable, dans une composition qui évoque celle de James Cagney dans White Heat (avec une relation trouble avec une femme qui pourrait être sa mère, étonnant parallèle avec le film à venir de Walsh). C’est son premier film hors d’Allemagne, et on sent que Hitchcock est fasciné par l’interprète de M le maudit. Encore un point commun avec Fritz Lang…

123456
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr