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Archive pour la catégorie 'HITCHCOCK Alfred'

LIVRE : La Fille derrière le rideau de douche (The Girl in Alfred Hitchcock’s shower) – de Robert Graysmith – 2010

Posté : 14 décembre, 2015 @ 12:49 dans COPPOLA Francis Ford, CURTIS Tony, HITCHCOCK Alfred, LIVRES | Pas de commentaires »

La Fille derrière le rideau de douche

Robert Graysmith s’est fait un nom avec deux livres-enquêtes consacrés au fameux tueur du Zodiac (qui a sévit dans l’Amérique des années 60 et 70), livres adaptés par David Fincher. Avec La Fille derrière le rideau de douche, l’auteur se lance dans une autre enquête, plus inattendue, et cherche à retracer le parcours de la jeune femme qui a doublé Janet Leigh pour la scène de la douche dans Psychose.

Elle s’appelle Marli Renfro, a totalement disparu de la circulation depuis des décennies, et Robert Graysmith avoue éprouver pour cette pin-up dont les courbes sont dans la mémoire de tous les cinéphiles (grâce à Hitchcock) une véritable fascination depuis son adolescence. Il affirme aussi avoir pensé à ce livre depuis des décennies…

Cette fascination est palpable, et contagieuse, à travers les 450 pages de ce livre-portrait qui fait revivre une période passionnante de libération sexuelle. Adepte du naturisme, beauté totalement décomplexée, modèle pour grands photographes et pour magasines de charmes, figure centrale et inconnue de l’une des séquences les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma… Marli Renfro est un personnage effectivement assez fascinant, dont le parcours accompagne à la fois la disparition du vieux Las Vegas, l’âge d’or des magazines de charme, et la naissance du Nouvel Hollywood.

Robert Graysmith a en fait une double ambition : parallèlement au parcours de Marli Renfro, il raconte celui de Sonny Busch, sorte de double (bien réel celui-là) de Norman Bates, dont la fascination pour le film d’Hitchcock aurait libéré les pulsions meurtrières. Partant d’un malentendu colporté par la presse il y a quelques années (selon laquelle Marli Renfro aurait été assassinée par ce tueur, ce qui s’est révélé faux), l’auteur crée un faux suspense construit de toutes pièces autour de ces deux êtres dont les destins seraient irrémédiablement liés par le film d’Hitchcock. Une manipulation du lecteur qui convient mal à l’exercice de l’enquête.

Autre limite du livre : la propension de Graysmith à répéter à l’envi ses impressions, et à appuyer lourdement sur les messages qu’il veut faire passer (combien de fois répète-t-il que Marli est une femme totalement libérée et sans vanité ?). Comme s’il ne faisait confiance ni à l’intelligence du lecteur, ni même à sa propre écriture…

Dommage, parce que le parcours de la belle Marli est passionnant, et peuplé de belles (ou moins belles d’ailleurs) rencontres, de Hitchcock au jeune Coppola (avec qui elle tourne son premier film, Tonight for Sure) en passant par Tony Curtis ou Steve McQueen. Son parcours, au début de ces années 60, n’avait pas besoin de l’alibi du polar…

* La Fille derrière le rideau de douche, de Robert Graysmith, Le Livre de Poche.

Joies matrimoniales / M. et Mme Smith (Mr. and Mrs. Smith) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Posté : 12 décembre, 2014 @ 3:31 dans 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Joies matrimoniales

En évoquant Mr and Mrs Smith dans ses entretiens avec François Truffaut, Hitchcock disait qu’il n’avait tourné le film que par amitié pour Carole Lombard : « Comme je ne comprenais pas le genre de personnages qu’on montrait dans ce film, je photographiais les scènes telles qu’elles étaient écrites. » Autant dire loin de la méthode habituelle du maître du suspense, dont le scénario n’est généralement qu’une base de l’écriture visuelle du film.

De fait, Mr. and Mrs Smith est une exception dans la filmographie si cohérente d’Hitchcock : sa seule vraie « comédie américaine », un genre dont il ne disputera pas la domination à Howard Hawks ou Preston Sturges… Pas que le film soit un ratage complet, non. S’il était réalisé par un autre qu’Hitchcock, on saluerait la vivacité de l’histoire et l’originalité des personnages, couple qui a décidé de ne jamais quitté la pièce où ils se trouvent après une dispute dans s’être réconciliés (ce qui peut prendre des jours), et qui réalise que, suite à un improbable problème administratif, ils ne sont pas vraiment mariés.

C’est vrai qu’on ne s’ennuie pas une seconde, qu’on sourit souvent avec un vrai plaisir, que Robert Montgomery est parfait en faut flegmatique et vrai amoureux transi, et que Carole Lombard est délicieusement insupportable. Et ne vous y méprenez pas : Mr. et Mrs Smith est une belle comédie, très inventive et sans le moindre temps mort. Mais on a tellement l’habitude d’utiliser des superlatifs avec Hitchcock qu’on est  un peu frustré ici. Il manque à cette comédie la folie que savait donner au genre le Hawks de La Dame du Vendredi, ou le Lubitsch de Jeux dangereux.

Rebecca (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1940

Posté : 31 décembre, 2013 @ 6:21 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Rebecca

Quelques jours après la mort de Joan Fontaine, j’ai eu envie de revoir ce chef d’œuvre qui a marqué mon adolescence : les grands yeux de biche de Joan, ses mimiques embarrassées, et son éternelle jeunesse. Cette jeunesse, et l’innocence de ce visage si pur qui ferait fondre le cœur le plus endurci (que celui qui n’a pas frissonné devant le regard perdu de Joan Fontaine quitte ce blog !), sont le sujet même de ce film.

« Promise me never to be 36 years old », lui lance un Laurence Olivier dont le regard est soudain traversé par un voile sombre. Beaucoup plus tard, alors que le passé aura dévoilé ses secrets, le même aura ce constat, d’une tristesse abyssale : « It’s gone forever, that funny young, lost look I loved won’t ever come back. »

La première demi-heure est d’un romantisme renversant. Joan Fontaine, jeune femme embauchée pour tenir compagnie à une riche et insupportable Anglaise en vacances à Monte Carlo, tombe sous le charme d’un riche veuf mystérieux, Maxim de Winter. A la plus grande surprise de la rombière, le beau « prince » épouse la belle et pure jeune fille, et l’emmène dans son château, le sublime domaine de Manderley…

Un vrai conte de fées, symbole de l’innocence de Joan Fontaine. Mais la suite sera un cruel rappel à la réalité, qui marquera la disparition irréversible de cette innocence : « Je ne retournerai jamais à Manderley », que lance la voix de Joan Fontaine sur les premières images du film, sonne comme « je ne revivrai plus jamais l’innocence de ma jeunesse ». A peine le portail passé, sa rencontre avec Madame Danvers donne le ton.

Personnage inoubliable, angoissant et menaçant, Madame Danvers (fabuleuse Judith Anderson) est l’un des plus grands personnages hitchcockiens. Une apparition presque fantomatique qui ne cesse de raviver le souvenir de feu Mme de Winter, Rebecca, poussant la nouvelle Mme de Winter aux frontières de la folie.

Chef d’œuvre d’une richesse incroyable, Rebecca inaugure la carrière américaine de Hitchcock, appelé par Selznick pour tourner un Titanic qui ne verra jamais le jour. Jalon à part dans sa filmographie, Rebecca vaudra aussi son unique Oscar à un Hitchcock qui a su dès son arrivée s’intégrer parfaitement dans l’univers hollywoodien, dirigeant notamment des seconds rôles qu’il retrouvera dans ses films à venir : Leo G. Carroll, George Sanders, Nigel Bruce… Quant à Joan Fontaine, il la retrouvera dès l’année suivante pour Soupçons, un autre chef d’œuvre, où elle aura un rôle très similaire, qui lui vaudra un Oscar.

La corde (Rope) – d’Alfred Hitchcock – 1948

Posté : 4 juillet, 2013 @ 11:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

La corde (Rope) - d'Alfred Hitchcock - 1948 dans * Films noirs (1935-1959) la-corde

Pour la beauté du geste, deux jeunes homosexuels de la bonne société américaine assassinent l’un de leurs amis, cachent le corps, et invitent les proches de leur victime pour la soirée…

Pour cette nouvelle adaptation d’une pièce de théâtre, Hitchcock s’est amusé à multiplier les contraintes : non seulement il respecte parfaitement l’unité de lieu et de temps, mais le film est (évidemment) connu pour n’avoir été tourné qu’en un seul plan. C’était en fait techniquement impossible, les bobines de film n’excédant pas dix minutes de projection. Huit plans séquences s’enchaînent donc dans un unique mouvement, sans coupure apparente.

Ce parti-pris assumé par le grand Hitch est brillantissime, parce qu’il révèle l’incroyable regard du cinéaste, son sens de la mise en scène et de l’image, sa capacité à créer le mouvement et à éviter toute sensation de « théâtre filmé », déjà marquante dans Lifeboat, autre film aux contraintes exceptionnelles. Pour autant, ce parti-pris marque aussi la limite du film : certains raccords (des noirs formés par le dos des acteurs) sont un peu faciles, et cassent le mouvement par ailleurs formidable du film.

Et puis Hitchcock « triche » à plusieurs reprises. Le premier plan de la rue est coupé pour montrer la mort de David. Et une véritable coupure apparaît lorsque la mécanique bien huilée des deux tueurs se heurte à un premier écueil. Mais cette rupture inattendue n’est pas un accident : elle souligne habilement l’irruption du doute dans l’esprit de James Stewart, qui jouait pour la première fois sous la direction de Hitchcock.

Mais ces longs plans séquences (un choix visuel qu’Hithcock a tenté en vain de reprendre dans Les Amants du Capricorne, sont film suivant) sont formidablement utilisés par le cinéaste, qui crée un rythme particulier, mais d’une fluidité exemplaire. Jamais ses énormes contraintes ne semblent gêner la caméra, dont les mouvements sont bien plus importantes que le scénario, édifiant mais réduit à sa plus simple expression (même si le film pose la question de la responsabilité des enseignants, de la notion de bien et de mal, et du cynisme de la classe aisée).

Il y a un paradoxe dans le cinéma d’Hitchcock : on sent que chaque cadrage, et le moindre mouvement de caméra, sont pensés et préparés au millimètre, et que rien n’est laissé au hasard ; et pourtant, il y a une fraîcheur et une sensation d’évidence quasi-unique qui se dégage de ses films. Avec La Corde, ce paradoxe est poussé à l’extrême, et le plaisir est immense…

Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna) – d’Alfred Hitchcock – 1934

Posté : 26 juin, 2013 @ 2:04 dans 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna) – d’Alfred Hitchcock – 1934 dans 1930-1939 le-chant-du-danube

L’un des films les plus méconnus, et les plus inattendus, d’Hitchcock : l’adaptation d’une pièce à succès (une constante, à ce stade de sa carrière), dont le sujet fait figure de curiosité dans l’œuvre du cinéaste. Le film raconte les débuts difficiles de Johann Strauss fils, jeune homme passionné de musique, qui cherche sa place entre un génie de père castrateur, égocentrique et méprisant, et une fiancée qui refuse de le partager avec la musique.

Difficile de faire plus éloigné de l’univers hitchcockien, surtout que le ton est, le plus souvent, tourné vers la comédie, avec même un authentique vent de folie qui souffle sur ce Vienne de carte postale dans quelques séquences pas loin du burlesque. Pourtant, le film porte bel et bien la marque du cinéaste, avec une inventivité de chaque plan, un dynamisme et une liberté qui tranchent avec la production anglaise de l’époque.

La belle idée du film, et ce qui semble avoir donné à Hithchcock l’envie de le tourner, c’est l’omniprésence de la musique, et la manière vivante de faire coller l’action et les images aux notes des Strauss père et fils. Le « bal des pompiers » au son du jeune Strauss est ainsi un pur moment de bonheur. Et cette scène où les gestes les plus anodins des pâtissiers lui inspirent les accords du « Beau Danube Bleu » est assez incroyable.

Le Chant du Danube n’est pas uniquement un jeu sur les images et la musique. Il y a aussi dans ce film le très beau portrait d’un jeune homme à la croisée des chemins, tiraillé entre sa passion, son amour et son père. Et ce portrait est parfois bien cruel. Son triomphe est ainsi terni par la rancœur d’un père touché dans son ego, et par la jalousie d’une femme trop possessive.

Mais on est à Vienne, la ville de la musique et de l’amour. Et le grand Johann Strauss (joué par Edmund Gwenn, figure attachante du cinéma hitchcockien, déjà vu dans The Skin Game et que l’on retrouvera des années plus tard dans Correspondant 17 et Mais qui a tué Harry ?) finira par apposer, de bon cœur, le mot « père » à côté de sa signature. Une manière élégante et belle d’accepter qu’il n’est pas le seul génie de la famille…

Pas de printemps pour Marnie (Marnie) – d’Alfred Hitchcock – 1964

Posté : 11 mars, 2013 @ 3:46 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Pas de printemps pour Marnie (Marnie) – d’Alfred Hitchcock – 1964 dans * Polars US (1960-1979) pas-de-printemps-pour-marnie

Longtemps mal aimé, Marnie fait désormais l’objet d’un véritable culte auprès des cinéphiles. Le film occupe en tout cas une place à part dans l’œuvre d’Hitchcock, qui délaisse le suspense pur et signe une œuvre curieusement lancinante, où le cinéaste semble privilégier la psychologie au rythme. Le plus adulte de ses films, peut-être, le moins directement séduisant aussi.

Pourtant, on sent constamment la patte du cinéaste dans ce portrait d’une menteuse et voleuse pathologique. Dès la première séquence : avant même de nous montrer le joli minois de Tipi Hedren, dans un rôle très éloigné de celui des Oiseaux, Hitchcock identifie son personnage en filmant en gros plan un sac jaune qu’elle serre sous le bras, et dans lequel elle trimballe son butin.

L’actrice (malmenée par Hitchcock sur le tournage) est extraordinaire, dans ce qui restera le rôle de sa vie, et l’un des personnages les plus complexes de toute l’œuvre d’Hitchcock. A la fois dure et froide, et abîmée par une enfance qui, sans dévoiler la clé du film, n’a pas franchement été facile. La séquence finale avec sa mère, derrière une apparente simplicité, est d’une cruauté qui fait froid dans le dos. Les fantômes de Marnie, particulièrement douloureux, ont notamment le visage d’un Bruce Dern tout jeune, douze ans avant qu’il tienne le premier rôle de Complot de famille.

Cruel et sans concession, Marnie est réalisé par un Hitch qui, par moments, semble se citer lui-même : les réminiscences de Sueurs froides et de La Maison du Docteur Edwardes sont bien là. Mais c’est aussi un Hitch d’une infinie délicatesse, qui filme avec une pudeur extrême un personnage tragique.

Il offre aussi à Sean Connery l’un de ses meilleurs rôles. La manière dont il le filme se demandant où il a bien pu voir cette belle blonde qui vient postuler pour un emploi est un petit chef d’œuvre de mise en scène.

The Pleasure garden (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1925

Posté : 6 mars, 2013 @ 6:20 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

The Pleasure garden (id.) - d'Alfred Hitchcock - 1925 dans 1920-1929 the-pleasure-garden

Un film historique, forcément : le premier film réalisé par Alfred Hitchcock. Enfin, presque : trois ans plus tôt, le jeune cinéaste avait commencé le tournage d’un mystérieux film, Number Thirteen, resté inachevé et dont toutes les bobines semblent avoir définitivement disparu.

C’est donc une curiosité incontournable pour tous les amoureux du grand Hitch, même si le film est clairement loin de ses chefs d’œuvre. The Pleasure Garden peut trouver sa place dans une série de films réalisés par le jeune Hitchcock, qui évoquent les grandeurs et décadences d’êtres à qui tout pourrait réussir, mais qui finissent par tout perdre à force d’écouter leur mauvais génie, avant que leur ange gardien vienne leur offrir une ultime chance.

Dans le genre, il y aura Champagne (le pire film d’Hitchcock) et Downhill (très réussi). Celui-ci, du point de vue de la réussite artistique, est à mi-chemin. Plus complexe, aussi, du point de vue du scénario, puisque ce sont les destins de quatre personnages que le film raconte. Deux couples mal assortis qui seront ravagés par la cupidité, ou la luxure…

Le film commence un peu comme Une Etoile est née : une danseuse bien installée prend sous son aile une jeune apprentie qui grimpe rapidement les échelons. Mais plus elle réussit, moins elle pense à son gentil fiancé. Elle finit par s’installer dans la garçonnière d’un homme libidineux, mais riche. Pour le plus grand désespoir du fiancé, dont le pote épouse l’autre danseuse, avant de partir pour une mission professionnelle au bout du monde… où il tombera dans la pire des débauches (sans rentrer dans le détail, disons simplement qu’Hitchcock ne fait pas dans la demi-mesure avec ce personnage).

Je ne vais pas dévoiler la fin du film, qu’on voit quand même arriver de très loin : un homme délaissé ; une femme trahie… La suite est facile à deviner.

Ce n’est pas une grande œuvre hitchcockienne, non. Mais le film se regarde sans le moindre ennui, et on y reconnaît quand même par moments la patte du sieur Hitchcock. Dans la première séquence notamment, où on découvre une rangée de vieux riches reluquer avec un air franchement pervers les jambes des danseuses. Pour le reste, malgré quelques fulgurances de mise en scène (comme la noyade  impressionnante), et quelques belles idées de scénario (le comportement du chien en fil rouge), le film reste le plus souvent assez anonyme. Bien content de l’avoir vu, quand même…

Lifeboat (id.) – de Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 6 mars, 2013 @ 6:13 dans 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Lifeboat (id.) – de Alfred Hitchcock – 1944 dans 1940-1949 lifeboat

Dans la série des défis que s’est lancé Hitchcock (limiter un film à un long plan-séquence dans La Corde, immobiliser le héros dans Fenêtre sur cour…), celui-ci est sans doute le plus radical : la totalité de Lifeboat se déroule à l’intérieur d’un canot de sauvetage, perdu en pleine mer. Aucune tricherie, aucune facilité : le film commence après le naufrage d’un bateau, et se termine avant que les naufragés quittent le canot.

De ce huis clos en pleine mer, Hitchcok tire un chef d’œuvre absolu, un film qui réussit le pari assez fou de rendre constamment perceptible l’isolement des personnages au milieu de l’immensité de l’océan, tout en évitant l’étouffement d’un espace aussi confiné. Par une espèce de miracle, Hitchcock parvient à multiplier les angles de prise de vue, et signe une mise en scène d’une fluidité et d’une intelligence exemplaires. Même sa traditionnelle apparition relève du coup de génie : on le voit dans une publicité pour un régime, sur un journal que l’un des rescapés lit sur le canot.

Mieux : avec ce film de propagande adapté de John Steinbeck (dont le nom, cas rarissime, figure en aussi grands caractères que celui du réalisateur au générique), Hitchcock propose une sorte de condensé de l’humanité en temps de guerre. La « population » de ce canot regroupe des personnages qui représentent autant d’aspects de l’Amérique en guerre : le machiniste un peu brut, le marin fleur bleue, l’entrepreneur qui fait fortune grâce à l’effort de guerre, la reporter cynique, le noir pas tout à fait intégré…

Les caractères si marqués de ces personnages qui symbolisent chacun une classe de la société, vont tour à tour être soulignés ou gommés par cette situation hors du commun. Et l’irruption d’un autre rescapé, Allemand celui-là, va servir de catalyseur à cette soudaine promiscuité « contre-nature ».

De ce pari un peu fou, Hitchcock tire un film d’une évidence magistrale, porté par des comédiens exceptionnels (Tallulah Bankhead en snob qui se découvre un cœur, William Bendix en éclopé bouleversant…), fascinant portrait d’êtres humains en crise. Le cinéaste signe là l’un des plus fins, et des plus intelligents films de guerre. Simplement formidable.

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976

Posté : 13 février, 2013 @ 1:07 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Complot de famille (Family Plot) – d’Alfred Hitchcock – 1976 dans * Polars US (1960-1979) complot-de-famille

Dernier film d’Hitchcock, qui clôt, quatre ans après l’excellent Frenzy, l’une des plus belles filmographies du monde. Vieillissant et diminué, le cinéaste ne livre pas pour autant une œuvre mortifère : après avoir renoué avec les rues de son enfance dans son précédent film, c’est l’humour et la légèreté de sa période anglaise qu’il ressuscite ici, concluant même par un clin d’œil face caméra malicieux et rigolard.

La légèreté du film, son apparente nonchalance, et l’intrigue pour le moins improbable, font souvent passer Family Plot pour un Hitchcock mineur. A tort : il y a au contraire dans ce film une énergie et une audace qui sont celles d’un jeune cinéaste, et qui évoque celle du Coppola de ces dernières années (est-ce un hasard si Coppola a fait appel à Bruce Dern, le héros de Family Plot, pour Twixt ?).

La construction est étonnante : les trajectoires de deux couples hors du commun, qui sont amenés à se rencontrer, sont racontés en parallèle. D’un côté, une pseudo psycho et son fiancé, qui tentent de retrouver l’héritier disparu d’une famille fortunée. De l’autre, l’héritier devenu kidnappeur de haut vol avec sa femme et complice.

Le scénario de Ernest Lehman renoue avec l’esprit feuilletonesque et les rebondissements de North by Northwest, que Lehman avait également écrit. Comme si le scénario n’avait pour objectif que d’aller d’une séquence à une autre. Mais la mise en scène d’Hitchcock fait le reste. Les transitions, d’un couple à l’autre, sont constamment inventives (la première surtout, qui nous fait passer brusquement et dans un long mouvement continu, d’une discussion à l’intérieur d’une voiture, à l’épilogue d’un kidnapping), tout comme les scènes de voyance.

La voyance semble être l’une des raisons d’être du film, mais n’a que peu d’importance : le thème permet juste quelques beaux moments de comédie.

Le film est aussi réussi dans le thriller que dans la comédie. Grâce aussi aux comédiens, parfaits : William Devane (qui remplace Roy Thinnes, engagé par dépit et renvoyé après plusieurs semaines de tournage lorsque Devane a été disponible), Karen Black et Bruce Dern, surtout, livrent de belles prestations, à la limite parfois du cabotinage. Leur jeu décomplexé et inspiré colle bien à la fraîcheur de ce film qui n’a rien d’une œuvre-testament.

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928

Posté : 10 février, 2013 @ 5:30 dans 1920-1929, FILMS MUETS, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Passé ne meurt pas (Easy Virtue) – d’Alfred Hitchcock – 1928 dans 1920-1929 easy-virtue

Le jeune Hitchcock fait des merveilles avec ce muet méconnu et pourtant très hitchcockien, dans lequel on peut s’amuser à reconnaître les embryons de nombreux motifs de ses grands films à venir : l’atelier du peintre qui évoque celui de Chantage ; le cercle familial hostile que le cinéaste reprendra plusieurs fois, et notamment dans Les Enchaînés ; les routes sinueuses surplombant la Méditerranée de La Main au collet ; même la belle-mère haineuse et manipulatrice de l’héroïne est une sorte de Mrs Danvers (de Rebecca) avant l’heure.

Les premières vingt minutes, qui posent les bases, sont formidables : c’est l’une des nombreuses séquences de tribunal de l’œuvre d’Hitchcock. Et comme toujours, celle-ci ne ressemble à aucune autre. Encore tout jeune cinéaste, Hitchcok signe avec cette longue séquence un petit chef d’œuvre en soi, un constant va-et-vient entre le tribunal où est jugée une demande de divorce et des flash-backs qui racontent le drame qui s’est joué pour une jeune femme interprétée par Isabel Jean.

Mariée à un mari alcoolique et violent, aimée par un artiste qui se donnera la mort, Isabel Jean se retrouvera seule à l’issue du procès, bientôt courtisée par de nombreux jeunes hommes. Elle en épouse un autre, mais son passé scandaleux ne tarde pas à la rattraper.

Après le procès s’ouvre un autre film, moins vertigineux sans doute, mais émaillé de belles trouvailles visuelles : une discussion téléphonique qu’on suit uniquement en voyant les réactions de l’opératrice qui l’écoute ; quelques métaphores animalières amusantes (deux chevaux qui se frottent le museau, tandis que notre jeune couple s’embrasse ; une chienne délicate sur les bagages de madame, et un bouledogue sur ceux de monsieur)… Hitchcock s’amuse et souligne avec sa caméra les sentiments de ses amoureux.

Easy Virtue entre dans la veine des drames bourgeois muets du maître, avec Downhill (la demeure familiale de l’un rappelle étrangement celle de l’autre) et Champagne (avec deux plans très semblables : le juge qui regarde à travers son lorgnon au début de Easy Virtue, l’homme qui voit à travers son verre dans l’autre). Heureusement, Hitchcock est plus proche de la réussite de Downhill que de l’agaçant Champagne.

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