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La Clé de verre (The Glass Key) – de Stuart Heisler – 1942

Posté : 16 novembre, 2012 @ 2:18 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HEISLER Stuart, LAKE Veronica | 1 commentaire »

La Clé de verre (The Glass Key) - de Stuart Heisler - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) la-cle-de-verre

« J’avais senti ça chez vous : une loyauté bornée »

Les coulisses d’une élection américaine. Un type de l’ombre au bras long, de ceux qui font les élections, et dont les méthodes sont peu recommandables : c’est Brian Donlevy, qui surprend son monde en soutenant un candidat dont les convictions sont à l’opposé de ses propres intérêts, simplement parce qu’il est tombé sous le charme de sa fille. On le comprend : c’est Veronica Lake, sublime, troublante et émouvante à la fois.

Mais le frère de Veronica est assassinée, et Donlevy est le suspect naturel aux yeux de tous. De tous, sauf d’Alan Ladd, fidèle bras droit de Donlevy, prêt à tout, y compris à se fâcher avec son mentor/patron/ami, pour prouver son innocence. Ladd a une loyauté à toute épreuve, et elle va justement être soumise à rude épreuve : difficile d’oublier que Veronica Lake et Alan Ladd resteront pour l’éternité l’un des plus beaux couples de cinéma.

Ce qui se passe entre ces deux-là relève de la magie pure. L’alchimie de ce couple est absolument incroyable. Ils ne disent pas grand-chose, leur jeu est pour le moins minimal, mais il suffit qu’ils soient dans la même pièce pour qu’il se passe quelque chose d’incroyable, une intensité faite de complicité, d’attirance sexuelle et de cette certitude qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Ce miracle qui se renouvelle dans une poignée de chef-d’œuvre à cette époque, du Dahlia Bleu à Tueurs à gages… Que du bon !

Sublime actrice injustement oubliée, Veronica Lake trouve ici l’un de ses très grands rôles. Sensuelle, fragile et forte tout en même temps, elle est le cœur de ce film, ce qui réunit et oppose tous les personnages. A commencer par Brian Donlevy et Alan Ladd, qui peuvent être vus comme deux versions d’un même homme : deux types ambitieux et parfois cruels, mais qui partagent une même loyauté absolue.

Ladd, surtoyt, n’a pas son pareil pour incarner ces « loyaux bornés » (pour reprendre l’expression lancée par Lake), prêts à faire le coup de poins et à défendre l’opposé de ce à quoi il croit par un sens jusqu’au boutiste de la loyauté. Au nom de cette loyauté, il accepte tout : passer pour un traître, supporter de longues tortures, et même renoncer à la femme que, bien sûr, il aime… Un type comme on n’en fait plus, et dont la présence seule impressionne, malgré un physique menu et peu imposant.

Dashiel Hammett, père du roman noir hard-boiled, a souvent été bien servi par le cinéma, il n’y a qu’à se souvenir de L’Introuvable ou Le Faucon Maltais. Son style brut et brutal, précis et laconique, qui ne s’embarrasse pas de psychologie trop lourde, est le matériau idéal pour le grand film noir américain. Son point fort : la force des personnages qui dominent des intrigues complexes à l’extrême, souvent très obscures.

The Glass Key est une transposition parfaite et fascinante de ce style. De l’intrigue quasi-inracontable, on retient surtout les personnages, que Stuart Heisler (qui signe son plus grand classique) fait vivre d’une manière incroyable alors que tous font dans l’économie de moyen. Le moindre second rôle est réussi, qu’il ait le droit à une ou à dix scènes. Mention spéciale, une fois encore, à l’impressionnant William Bendix, side-kick de Ladd dans Le Dahlia Bleu, génial ici dans le rôle d’un gros bras sadique et un peu ahuri.

 

 

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