La Peur au ventre (I died a thousand times) – de Stuart Heisler – 1955

Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ce film aura une conclusion tragique. Et pas seulement parce qu’il s’agit d’un remake remarquablement fidèle de High Sierra, jusqu’à un final qui en est la copie parfaite, tournée dans les mêmes décors, sur la même route, que le classique de Raoul Walsh. Jack Palance, en lieu et place de Bogart, porte sur son visage si calme, et dans les regards qu’il porte sur les paysages désertiques et ouverts qu’il traverse, quelque chose qui ressemble bien à une aura funeste.
Et puis il y a ce chien, le personnage le plus vivant du film, mais dont les trois précédents maîtres sont morts tragiquement. Un véritable poissard, que notre héros s’empresse évidemment d’adopter, comme s’il validait lui-même son propre destin. Tous ses choix d’ailleurs semblent annoncer la conclusion, inéluctable. La seule question qui vaille vraiment concerne à vrai dire le chemin à emprunter pour y arriver.
Ce sera le chemin des grands espaces, et des mauvaises rencontres, du sort qui s’acharne. Dans le rôle du gangster au cœur tendre, Palance est formidable, assez loin de l’interprétation qu’en donnait Bogart. Il y a en lui, curieusement, quelque chose de plus fragile, et même une étrange douceur, qui contraste avec le visage anguleux et à la brutalité apparente du comédien.
Il y a d’ailleurs dans la plupart des personnages une fragilité inattendue, jusqu’au second couteau joué par Lee Marvin, qui se rêve en grand dur mais ose avouer qu’il ne se sent pas un si grand caïd que ça. Et finalement, ce sont ces gangsters qui apparaissent comme les humains les plus sensibles de toute cette histoire.
Derrière la caméra, Stuart Heisler fait le boulot avec une belle efficacité, et avec des parti-pris esthétiques qui justifient à eux seuls l’existence de ce remake, en couleurs et en écran large, dont l’image si ouverte souligne en creux le refus du personnage principal de retourner en prison, dont il vient de sortir après de longues années. Un dernier casse (pas la partie la plus trépidante du film), et ce sera la belle vie. Mouais. C’est assez beau, et très triste, un dur qui se raconte des histoires.

