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Archive pour la catégorie 'HATHAWAY Henry'

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954

Posté : 17 septembre, 2012 @ 3:47 dans 1950-1959, COOPER Gary, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954 dans 1950-1959 le-jardin-du-diable

Il y a des cow-boys, il y a des Indiens, des coups de feu, un shérif. Et pourtant, on a un peu de mal à qualifier ce film de western, tant Hathaway prend le contre-pied de tout ce qui a été fait dans le genre. Rien n’est attendu, rien n’est « comme d’habitude » dans ce film extraordinairement original.

Original dans le rythme, et dans la construction : le film se résume à un long voyage aller et retour, dans une contrée aride et spectaculaire, sans doute au Mexique. Là encore, rien à voir avec les paysages de western habituels. Entre montagne abrupte et grands plateaux désertiques, nos personnages voyagent sur une corniche étroite à flanc de paroi, découvrent un village enseveli sous la lave d’un volcan, direction les vestiges d’une vieille mine d’or.

C’est pour sauver son mari, coincé par un éboulis, que Susan Hayward est allée chercher de l’aide dans un petit village côtier, où Gary Cooper, Richard Widmark et Cameron Mitchell tuaient le temps, en attendant que l’avarie de leur bateau soit réparée.

Ces trois-là ne se connaissent pas vraiment, mais représentent des « types » incontournables du western (le joueur, le shérif, le chasseur de prime), qui n’ont pourtant rien de caricatures. On ne saura pas grand-chose de leur passé, mais l’humanité de chacun se révélera peu à peu au fil de leur avancée, avec une grande finesse.

Une avancée curieusement dépourvue de rebondissements, en tout cas dans un premier temps. Il ne se passe pas grand-chose, et pourtant c’est passionnant. Les Indiens sont à peu près totalement absents de l’écran jusqu’aux vingt dernières minutes, et pourtant ils sont omniprésents.

Dans ce film curieux et génial, pure œuvre de cinéma qui utilise merveilleusement le cinemascope (quasiment aucun gros plan), Hathaway joue, avec virtuosité, avec ce qui est montré et ce qui est ressenti. Et avec l’ambiguïté des personnages. Quelle est la motivation de chacun ? Difficile à dire, et tout particulièrement pour Susan Hayward, qui interprète formidablement bien un personnage d’une grande force.

Le tandem Gary Cooper/Richard Widmark fonctionne parfaitement bien également, duo mal assorti et complémentaire, uni par une belle amitié virile et taiseuse. Les deux hommes retrouvent le cinéaste qui leur avait déjà offert de grands rôles (Les trois lanciers du Bengale, Peter Ibbetson ou encore Âmes à la mer pour le premier ; Le Carrefour de la mort, premier film tourné par le second). Leur amitié est basée sur le non-dit et le respect, c’est fascinant de voir comment, dans l’adversité, le taciturne Cooper, totalement en retrait dans la première partie, prend le pas sur l’exubérant Widmark. Deux stars comme on n’en fait plus qui, loin de se tirer la bourre, se partagent intelligemment et efficacement la vedette.

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960

Posté : 24 janvier, 2012 @ 4:08 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960 dans 1960-1969 le-grand-sam

La bagarre qui ouvre le film donne le ton : ce « western » du grand Henry Hathaway ne se prend pas au sérieux. L’esprit slapstick n’est pas loin, avec ses bruitages cartoonesques, ces chapeaux qui s’envolent, ces corps qui glissent comme sur de la glace… D’ailleurs, faites le compte : fait rarissime dans un film de John Wayne, on ne compte pas le moindre mort dans North to Alaska. Pas le moindre assassinat, pas la moindre flèche fatale, pas le moindre poignard meurtrier, pas même une crise cardiaque à l’horizon… à peine a-t-on à déplorer une balle logée dans une épaule ; rien de bien grave.

Rien de sérieux non plus, on est ici dans une immense bulle de légèreté. Hathaway, immense cinéaste dont la filmographie est pourtant plutôt avare en comédies, privilégiant le noir, quel que soit le genre, se tourne donc tardivement vers la comédie. Papy Hathaway (il a 62 ans, et entame l’ultime partie de sa carrière) s’en tire plutôt très bien : cette bluette à très grand spectacle est un vrai plaisir de cinéma.

C’est du très grand spectacle : le vétéran fait partie de ces « monstres » à qui on peut confier de gros budgets. Et celui du Grand Sam est conséquent : il en faut de l’argent pour reconstituer l’une de ces villes champignons du Nord de l’Alaska de la fin du XIXème siècle. A l’écran, on voit bien que l’argent confiée à Hathaway et à son équipe est bien utilisée : les décors sont grandioses, les figurants nombreux et les espaces immenses. Pourtant, ce film chaleureux et joyeux dégage un sentiment d’intimité étonnant.

Peut-être parce qu’Hathaway s’intéresse bien plus à ses comédiens qu’au côté grand spectacle de l’entreprise : la caméra n’est jamais bien loin de Wayne, parfait dans un beau numéro d’autodérision. A ses côtés, Stewart Granger est bien sympathique en meilleur ami idéal, et la frenchy Capucine est belle à croquer…

Âmes à la mer (Souls at Sea) – de Henry Hathaway – 1937

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:44 dans 1930-1939, COOPER Gary, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

Âmes à la mer (Souls at Sea) – de Henry Hathaway – 1937 dans 1930-1939 ames-a-la-mer

C’est un pur bijou que réussit là Hathaway. Inspiré d’une histoire vraie (en tout cas pour l’épisode le plus tragique, celui du naufrage), ce film d’aventure en haute mer n’a pas grand-chose à voir avec les épiques prouesses d’un Errol Flynn. Derrière ces attraits, hyper séduisants, de film de genre où les morceaux de bravoure ne manquent pas, le cinéaste signe une œuvre particulièrement sombre et forte, dont le sujet principal (l’esclavagisme) est traité durement et sans jamais céder aux tentations romanesques, et qui pose une question anti-hollywoodienne au possible : peut-on tuer froidement des innocents pour en sauver d’autres ?

La question est loin d’être anodine, et Hathaway en fait le cœur de son film. D’ailleurs, Âmes à la mer s’ouvre et se referme sur le procès de son personnage principal, interprété avec une puissance hors du commun par un Gary Cooper au sommet de son art. C’est un authentique héros que Cooper interprète : un homme qui consacre sa vie à combattre l’esclavage, se faisant passer pour un marin sans morale pour mieux saborder le trafic négrier de l’intérieur. Un héros comme la filmographie de l’acteur en compte des tas, mais qui est contraint, lors d’un naufrage mémorable, à plonger des pauvres gens à l’eau, et à leur tirer dessus à bout portant, pour éliminer les naufragés en surnombre et éviter au canot de sauvetage de chavirer à son tour.

Courageux (impensable, même), Hathaway filme cette séquence sans éluder quoi que ce soit, et sans rien retirer à l’horreur de la situation. Le crime dont Cooper est accusé, il l’a réellement commis. La seule question concerne le caractère « acceptable » et nécessaire de ce massacre. Gonflé, le film est totalement à la hauteur de son sujet.

Hathaway, cinéaste souvent mésestimé au profit des grands maîtres indiscutables ayant fait leurs débuts quelques années plus tôt, durant le muet, a à son actif une quantité impressionnante de grands films sous-évalués (La Fille du Bois maudit, Appelez Nord 777)… Celui-ci est l’une de ses très grandes réussites, l’un de ces films « habités » dont la moindre scène est mémorable. Constamment inspiré, le réalisateur signe notamment l’une des plus grandes séquences de naufrage de l’histoire du cinéma. Moins spectaculaire, sans doute, que le Titanic de Cameron, mais d’une puissance hallucinante : le drame qui se noue est raconté à travers les petits gestes d’une fillette qui sera l’une des premières victimes.

Gary Cooper trouve là l’un de ses très grands rôles. Il est de toutes les scènes, ou presque, mais le réalisateur ne traite pas pour autant les seconds rôles par-dessus la jambe. Bien au contraire : le moindre personnage secondaire semble avoir sa vie propre. On notera notamment la présence, dans le rôle du capitaine du bateau, de l’ancien acteur fétiche de Ford, devenu l’un de ces seconds rôles qui font le sel de nombreux films de l’époque, Harry Carey. Quant à George Raft, acteur trop souvent cantonné aux films de gangsters depuis le Scarface de Hawks, il est formidable dans le rôle du meilleur ami de Cooper. Leur amitié, étonnamment touchante, est d’ailleurs l’une des grandes forces du film.

La Fille du Bois Maudit (The Trail of the Lonesome Pine) – de Henry Hathaway – 1936

Posté : 30 août, 2010 @ 5:28 dans 1930-1939, HATHAWAY Henry, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

La Fille du Bois Maudit (The Trail of the Lonesome Pine) - de Henry Hathaway - 1936 dans 1930-1939 la-fille-du-bois-maudit

The Trail of the Lonesome Pine est resté dans l’histoire pour avoir été le premier tourné en technicolor en extérieur. Mais le plus important est ailleurs : Hathaway signe là un film magnifique, l’une de ses plus éclatantes réussites, d’une richesse incroyable, et visuellement ébouriffant : le poids de la nouveauté technique n’a aucunement gêné le cinéaste, pas plus que ça ne l’a freiné dans ses ambitions esthétiques. Dans des décors naturels impressionnants, le vert, le bleu, le blanc sont éclatants, et soulignent parfaitement la beauté des lieux. On sent aussi que Hathaway a profité de tous les « incidents » climatiques qu’il a rencontrés pour enrichir son film : les plans sur la vallée baignée de brouillard sont d’une grande beauté.Tous comme les scènes d’intérieur, tournées dans une pénombre chaleureuse, les visages étant souvent (très joliment) éclairées par les flammes de la cheminée.

Visuellement, The Trail of the lonesome Pine (le titre original est bien plus beau que sa « traduction » française) est donc une splendeur. Mais c’est aussi, et surtout, un film passionnant, qui commence comme un western, se poursuit sur le ton d’une jolie comédie bucolique, et se termine en tragédie shakespearienne. Comme dit Albert Dupontel dans Le Créateur : « on rit, on pleure, une heure trente de bonheur »… A vrai dire, on ne rit pas beaucoup, mais on sourit énormément (et on soupire d’aise) devant ses longues séquences qui nous montrent à quel point la vie est belle au grand air, loin de toutes les contraintes du monde moderne.

Tout n’est pourtant pas si beau dans ces montagnes où se déroulent l’action. Le cadre de vie est magnifique, mais les deux familles qui y vivent, les Tolliver et les Falin, se livrent depuis des générations à une guerre sans merci dont, contrairement à ce que les personnages clament à longueur de temps (« Je sais pourquoi je les déteste » affirme l’un d’entre eux sans y croire vraiment), l’origine est oubliée depuis longtemps. Et on n’est pas ici dans une petite querelle de voisinage : la guerre est livrée à coup de fusils et d’explosifs, et il n’est pas rare qu’un membre d’une famille ou d’une autre soit tué, pour le plus grand bonheur des hommes de l’autre famille… et pour le grand malheur de la mère Tolliver, un rôle magnifique interprété avec beaucoup de nuances par Beulah Bondi (la « mère » de James Stewart dans plusieurs films) qui ne rêve que de vivre en paix, et d’arrêter de voir « ses hommes » se faire tuer pour rien.

C’est dans ce contexte qu’arrive Fred McMurray, alors un habitué des rôles de comédie. Le futur interprète d’Assurance sur la mort joue un ingénieur de la ville qui arrive dans les montagnes pour trouver un accord avec les deux familles, afin qu’elles autorisent le passage du chemin de fer sur leurs terres. Homme sensible, bon et raisonnable, l’ingénieur Jack Hale sympathise rapidement avec le patriarche de la famille Tolliver. Mais le neveu Tolliver, joué par un Henry Fonda assez loin des rôles de gentils naïfs dont il est un habitué, observe avec méfiance l’arrivée de Hale. Avec raison d’ailleurs : June, sa cousine, avec laquelle il doit se marier, semble très attirée par cet ingénieur aux antipodes de ses propres manières frustres.

Dans le rôle de June, petite sauvageonne au regard de chat, on retrouve la mimi Sylvia Sidney, qu’on un peu trop vite oublié, mais qui enchaînait alors les chef d’œuvre : la belle était sur le point de tourner, coup sur coup, Furie de Fritz Lang, Agent Secret d’Alfred Hitchcock, et Rue sans Issue de William Wyler… Soixante ans plus tard, peu avant sa mort, la jeune génération la redécouvrirait grâce à Tim Burton, qui lui offrira le rôle de la vieille dame à la clope dans Beetlejuice, et celui d’une mamie qui contribue à sauver le monde d’une invasion extraterrestre dans Mars Attacks.

Et surtout, le personnage d’Henry Fonda redoute que l’arrivée du chemin de fer, qui a souvent symbolisé la modernité et la fin de l’époque des pionniers dans les westerns, remette en cause le mode de vie qu’il a toujours connu. C’est d’ailleurs tout le sujet du film, et le film ne tombe dans aucune facilité pour le traiter. D’autres à la place d’Hathaway aurait choisi leur camp : vive la modernité ? ou vive le retour à la nature ? Le cinéaste, lui, ne tranche pas. L’arrivée de Fred McMurray, qui représente à lui seul cette modernité, vient bouleverser l’existence des Tolliver, et s’accompagne bien de drames terribles. Mais c’est aussi grâce à ces bouleversements que les habitants de la montagne pourront enfin tirer les leçons de leurs erreurs.

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