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Archive pour la catégorie 'GUITRY Sacha'

Deburau – de Sacha Guitry – 1951

Posté : 13 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, GUITRY Sacha | Pas de commentaires »

Deburau

Grandeur et chute de Deburau, le plus célèbre des mimes, celui-là même qu’interprétait Jean-Louis Barrault dans Les Enfants du Paradis. Sacha Guitry, lui, s’intéresse à la vieillesse de sa vie, à la fin de sa carrière, s’offrant le rôle titre avec une gourmandise teintée d’une nostalgie déchirante.

Quoi de plus normal dans ce choix : Guitry a toujours fait de ses personnages des doubles de lui-même, et tous ses grands films ont des accents d’autobiographie rêvée. C’est le cas ici. Où est Deburau, où est Guitry dans ce personnage de mime qui parle, qui parle, qui parle sans quasiment jamais se taire du lever de rideau jusqu’au mot fin ?

On ne s’en plaint pas, d’ailleurs. Comme souvent dans ses films, Guitry est tout : auteur, réalisateur, acteur, et bien plus… Il ne joue pas son film, il « est » son film. C’est lui qui en donne le ton, le rythme, le mouvement.

Plus encore que dans un chef d’œuvre comme Le Roman d’un tricheur, où la forme audacieuse jouait un grand rôle, le phrasé si particulier et si jouissif de Guitry est précieux dans ce théâtre filmé qui ne cache jamais ses origines, respectant la constructions en actes, l’unité de décors, mais aussi les apartés.

La logique de Guitry cinéaste, sans fard, tel Deburau qui enlève le blanc de son visage. Totalement fabriqué, tout en rimes, et pourtant d’un naturel désarmant.

Le Roman d’un tricheur – de Sacha Guitry – 1936

Posté : 24 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, GUITRY Sacha | Pas de commentaires »

Le Roman d'un tricheur

Le plus typiquement Guitry des Guitry, ou comment faire de la fameuse voix de Guitry l’élément central du cinéma de Guitry, et laisser penser ainsi aux spectateurs des générations à venir (et présentes) qu’ils ont une idée précise de ce qu’était Guitry sur scène.

Le Roman d’un tricheur donne un nouveau relief à la voix off, omniprésente, qui remplace tout : du générique au moindre dialogue. Un générique inoubliable, dans lequel la voix de Guitry présente les uns après les autres les comédiens, les techniciens et autres gens de l’ombre, jusqu’au producteur, victime consentante de la verbe acide de Guitry. Ce seul générique mérite à lui seul de voir le film. Il inspirera d’ailleurs plusieurs cinéastes, à commencer par Orson Welles pour La Splendeur des Amberson (rien que ça), ou Truffaut pour Fahrenheit 451.

Et cette voix de Guitry, donc, qui recouvre quasiment tout le film, disant lui-même chaque dialogue d’une histoire construite en longs flash-backs. Dans ces flash-backs, seule Fréhel a droit à la parole, le temps d’une chanson restée célèbre et très émouvante (« Voilà pourquoi, chaque dimanche… »). Ce choix de la voix off se justifie d’ailleurs : c’est un homme (Guitry, donc), installé à la terrasse d’un café, qui écrit ses mémoires.

Ce procédé reste à peu près unique, en tout cas dans sa réussite. Le Roman d’un tricheur, c’est aussi un modèle de construction, non seulement dans son utilisation des flash-backs, mais aussi dans celle d’images d’archives d’actualité, qui contribuent à opacifier les frontières entre la réalité et la fiction.

L’histoire de cet homme est incroyable. On jurerait pourtant qu’elle dit beaucoup de Guitry lui-même. Guitry qui, dans la vraie vie, n’a pas survécu à un dîner aux champignons vénéneux qui auraient emporté sa famille entière, parce qu’il en avait été privé pour avoir volé et menti. Et n’en a donc pas tiré la conclusion que le mensonge et le vice lui avaient sauvé la vie.

Le Roman d’un tricheur est un chef d’œuvre d’humour et de cynisme (les deux allant ensemble, en l’occurrence). C’est aussi une merveille formelle. Guitry n’est pas uniquement un grand auteur et un grand comédien et orateur. Il est aussi un vrai cinéaste, et cela est particulièrement évident avec ce film-ci, qui joue constamment avec les miroirs et les ombres, jusqu’à la séquence de l’arrestation des conspirateurs, quasiment expressionnistes, impressionnante de maîtrise.

 

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