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Archive pour la catégorie 'LANG Fritz'

Au fil de l’eau (House by the river) – de Fritz Lang – 1949

Posté : 3 janvier, 2013 @ 4:48 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Au fil de l'eau (House by the river) - de Fritz Lang - 1949 dans * Films noirs (1935-1959) house-by-the-river

Après Le Secret derrière la porte, Lang tente en vain de faire aboutir plusieurs projets. Soucieux de ne pas rester sans tourner, il saisit l’opportunité offerte par la Republic, société de production fauchée, de signer ce House by the river, avec un budget minuscule et sans grande vedette. Une double contrainte qui amène le cinéaste à redoubler d’inventivité. Au sommet de son art, Lang signe, de tous ses films américains, l’un des plus impressionnants, des plus virtuoses, du point de vue de la mise en scène.

D’une histoire simple (un écrivain en panne d’inspiration tue sa bonne sans le vouloir, et fait disparaître le corps avec l’aide de son frère), Lang tire une œuvre obsessionnelle, troublante et dérangeante, un film très personnel sur son thème de prédilection : l’irruption du Mal et ses effets sur un être en apparence normal.

Deux êtres, même, cette fois : le meurtre est vite évacué, et Lang se concentre sur les effets qu’il a sur les deux frangins. Quand l’écrivain se découvre une nature cruelle et cynique, son frère est ravagé par la culpabilité. Avoir fait de ces deux hommes des frères si différents renforce le sentiment que l’on découvre les deux versants d’une même personnalité. Depuis Fury, ce thème a souvent été abordé par Lang…

Le manque de moyens, les décors restreints, poussent Lang à déployer des trésors d’imagination. Chaque plan est impressionnant, s’inscrivant dans un mouvement continu et incessant, à l’image de ce fleuve omniprésent, charriant charognes, branchages et cadavres humains. Le symbole de l’esprit torturé de ces personnages.

Quels que soient les moyens à sa disposition, Lang reste un cinéaste obsessionnel, et génial. Ce House by the river est, encore, un chef d’œuvre.

L’Invraisemblable vérité (Beyond a reasonable doubt) – de Fritz Lang – 1956

Posté : 17 décembre, 2012 @ 4:38 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz | Pas de commentaires »

L’Invraisemblable vérité (Beyond a reasonable doubt) – de Fritz Lang – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) linvraisemblable-verite

Le générique défile sur les images d’un condamné à mort marchant vers son exécution. L’entrée en matière est claire : Beyond a reasonable doubt sera un film à charge contre la peine de mort. Mais est-ce vraiment si simple ? Pas si sûr… Avec ce qui sera son ultime film américain, Fritz Lang n’est une nouvelle fois pas tendre avec son pays d’adoption. Mais la critique, si forte soit-elle, se montre bien plus ambiguë que ce que Lang nous fait croire dans un premier temps.

Film jumeau de La Cinquième Victime, comme La Rue rouge était celui de La Femme au portrait, L’Invraisemblable vérité reprend la même vedette (Dana Andrews), dans un rôle comparable : un ancien journaliste, écrivain, sur le point de se marier (avec Joan Fontaine, veinard). Cette fois encore, le film a pour toile de fond l’enquête autour du meurtre d’une jeune femme. Et plus clairement encore ici, l’enquête est rapidement délaissée.

Le scénario, original et retors, suit les efforts de Dana Andrews pour se faire condamner du meurtre, une manière inattendue et assez risquée de prouver le caractère inhumain de la peine de mort : avec la complicité d’un patron de presse, farouche opposant de la peine capitale, il fabrique des preuves à charge contre lui. Après la condamnation, il ne leur restera qu’à démontrer que ces preuves sont fabriquées, et la démonstration sera faite qu’il est facile de condamner un innocent à la mort.

Sauf que, bien sûr, un grain de sable vient se glisser dans ces beaux rouages…

Machiavélique, sombre et assez cruel, L’Invraisemblable vérité n’a pourtant pas la force extraordinaire de La Cinquième victime. Le procès, trop long, représente un ventre mou qui nuit quelque peu à l’effet voulu. A vrai dire, cette partie centrale du film pourrait être totalement coupée, sans que cela change quoi que ce soit à la compréhension. Au contraire, le film gagnerait en rythme et en efficacité.

Mais la dernière partie est cinglante comme tous les grands Lang. Le film, aussi visuellement dépouillé que La Cinquième victime, est aussi très ancré dans l’actualité de ces années-là, marquées par le développement de la télévision, par des évolutions de société (ici, l’abolition de la peine de mort), et par un cynisme ambitieux que Lang montrait du doigt plus ouvertement dans son film précédent, mais qui est une nouvelle fois l’un des motifs.

Derrière le thriller glaçant et cruel, c’est un nouveau portrait de l’Amérique que Fritz Lang signe pour ses adieux, et on y devine un mélange d’attirance et de dégoût, d’amour et de déception, pour ce pays qui peut donner sa chance à quiconque, avant de le broyer.

La Cinquième Victime (While the city sleeps) – de Fritz Lang – 1956

Posté : 17 décembre, 2012 @ 4:33 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz, LUPINO Ida (actrice) | Pas de commentaires »

La Cinquième Victime (While the city sleeps) – de Fritz Lang – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) la-cinquieme-victime

Après Moonfleet, Lang change radicalement de registre, et réalise en quelques mois ces deux derniers films américains, qui seront, derrière les apparences de films de genre, des charges assez radicales à l’encontre des évolutions de la société américaine. Deux films jumeaux qui se complètent et se répondent : La Cinquième victime et L’Invraisemblable vérité. Vingt ans après son arrivée en Amérique, Lang semble à la fois attiré et déçu par cette Amérique dont il est devenu l’un des cinéastes les plus brillants, et les plus critiques. Mais l’évolution récente (le développement de la télé, le cynisme ambiant) semble le troubler. Le roman de Charles Einstein, The Bloody Spur, sera pour lui le matériau idéal pour signer l’un de ses films les plus mordants et cruels.

Il apparaît bien vite que Lang ne s’intéresse pas vraiment à ce tueur de femmes qui sévit à New York (et qu’interprète John Barrymore junior). L’intrigue policière, d’ailleurs, est un peu tirée par les cheveux, et certains rebondissements sont pour le moins hasardeux (la manière dont le tueur trouve l’adresse de la petite fiancée du héros). Le cœur du film, ce sont les mesquineries auxquelles se livrent une poignée de journalistes pour démasquer le tueur, et ainsi s’attirer les bonnes grâces du patron de presse, jeune héritier gâté interprété par Vincent Prive, marié à la belle (mais infidèle) Rhonda Fleming.

Thomas Mitchell, George Sanders et James Craig sont sur les rangs. Ida Lupino joue de ses charmes, et Dana Andrews, grand journaliste lauréat du prix Pulitzer, a des allures de héros désigné. Sauf que le héros en question est un alcoolique qui tromperait allégrement sa fiancée s’il n’était pas freiné par une gueule de bois carabinée, et qui n’hésite pas à se servir de la douce comme d’un appât pour attirer le tueur.

Les sourires et les grandes phrases n’y changent rien : il n’y a ni morale, ni fidélité, ni sens du devoir dans ce milieu du journalisme new-yorkais, qui semble n’être régi que par une ambition dévorante. Et à travers ce milieu, c’est tout un fonctionnement de société que Lang égratigne sévèrement.

Et il le fait avec un style nettement épuré, depuis ses débuts américains : peu de jeux d’ombres (si ce n’est pour souligner les formes fort jolies de Rhonda Fleming, et pour renforcer le suspense d’une poursuite dans le métro), mais une image propre et soignée, et un sens du rythme et de la narration qui n’a cessé de s’affirmer au fil des années.

La Cinquième victime, dont Lang restera très fier, est un grand film sur le journalisme et sur l’ambition. Un grand film, tout court.

Chasse à l’homme (Man Hunt) – de Fritz Lang – 1941

Posté : 7 décembre, 2012 @ 10:39 dans 1940-1949, CARRADINE John, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Chasse à l’homme (Man Hunt) – de Fritz Lang – 1941 dans 1940-1949 chasse-a-lhomme-lang

Premier vrai film de propagande de Fritz Lang, tourné deux ans avant Les Bourreaux meurent aussi, qui sera une dénonciation plus frontale et premier degré de la barbarie nazie, Man Hunt est un film étonnant. Le jeu des acteurs, le rythme de la mise en scène, l’humour et la légèreté dont font preuve les personnages la plupart du temps… Tout cela relève a priori plus de la comédie à la Lubitsch que du pur film de propagande. On pense d’ailleurs, dans la première partie, à To be or not to be. Et pourtant…

La légèreté, la nonchalance même, ne sont que des leurres : ceux d’un « monde libre » qui ne fait pas encore face au destin qui l’attend. Walter Pidgeon est le symbole de ce monde libre. Officier anglais surpris par les Allemands alors qu’il tenait Hitler en ligne de mire de sa carabine, peu avant la guerre, il est arrêté et torturé alors qu’il n’a pas tiré. Après avoir réussi à s’enfuir, il parvient à regagner l’Angleterre, persuadé d’y retrouver la paix et l’insouciance qu’il avait laissées derrière lui.

Sauf qu’en n’abattant pas Hitler comme il l’aurait pu, en refusant de stopper la marche tragique de l’histoire, il a supprimé toute innocence, et toute insouciance. L’Angleterre (sous les bombes lorsque Lang tourne le film) n’est plus ce havre de paix d’antan. Parce qu’il n’a pas eu le cran, ou l’intelligence, d’appuyer sur la gâchette, Walter Pidgeon ne retrouve dans la brume de Londres qu’un rideau inquiétant dissimulant toutes sortes de dangers. Des dangers qui ont le visage de George Sanders et John Carradine, au service des Nazis.

C’est le coup de génie de Lang avec ce film : faire d’une « non-action » l’acte fondateur du désordre mondial, et de l’enfer qui attend l’Angleterre (et le reste du monde). En ne commettant pas un meurtre, le « héros » fait placer une menace sourde sur tout ce qu’il a toujours connu. Les dernières lueurs d’espoir qu’il rencontre – cette innocence qui a le visage de Joan Bennett – semblent elle aussi condamnées d’avance.

Point de happy end à attendre ici : il est beaucoup trop tôt en cette année 1941. Cinéaste allemand exilé volontaire dès la montée en puissance du nazisme, Lang est un observateur qui ne prend pas de gant. Il le dit à mi-mot : si la guerre éclate, c’est aussi la faute des Anglais et de leurs alliés, qui n’ont pas pris les décisions qu’il fallait quand il était encore temps d’arrêter Hitler. Le propos est d’une force impressionnante, et le film est absolument passionnant. Un nouveau chef d’œuvre.

Les Trois Lumières (Der Müde Tod) – de Fritz Lang – 1921

Posté : 3 décembre, 2012 @ 10:55 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Les trois lumières

C’est avec ce film que Fritz Lang est entré définitivement dans la cour des très grands. Tourné juste avant Docteur Mabuse, le joueur, Der Müde Tod est aussi l’un des films les plus plus singuliers du cinéaste, une sorte de réflexion multiculturelle sur l’inéluctabilité de la mort. La construction du film, surtout, est totalement atypique. Racontée en plusieurs « versets » (comme Les Nibelungen seront racontés en « livres »), c’est l’histoire d’un jeune couple d’amoureux qui rencontre la Mort au détour d’un chemin…

Le lieu et l’époque n’ont aucune importance : la Mort est à peu près la notion qui se démode le moins. Tout ça ressemble quand même fort à une petite ville de Bavière de la fin du 19ème siècle. Pas tout à fait contemporain, mais pas loin quand même. Mais la Mort, qui a visage humain dans ce village, emporte le jeune homme sans prévenir. Si bien que la jeune amoureuse éperdue tente de le suivre. La Mort lui donne alors trois chances : si elle parvient à sauver l’une des trois lumières (trois vies) sur le point de s’éteindre, il lui rendra son homme.

Suivent trois histoires d’amour tragique, incarnées par le même couple d’acteurs, dans trois lieux et trois époques différents : la sœur d’un sultan qui tente de sauver son impie d’amant poursuivi par une horde de musulman dans un Moyen-Orient des 1001 nuits ; une jeune Vénitienne dont l’amoureux secret est menacé par son riche rival ; et un couple de Chinois dont l’amour est remis en cause par la volonté du cruel Empereur…

En s’attachant des chefs opérateurs différents pour chaque époque, Lang fait un choix formidable : chaque partie de son film possède son identité visuelle propre, la mise en scène constamment inspirée de Lang faisant le lieu entre toutes, et formant un long mouvement vers une issue inéluctable…

Film de jeunesse, Der Müde Tod est pourtant une œuvre curieusement désabusée. Le moment le plus déchirant, peu-être, est celui où la Mort, après avoir tenu brièvement dans ses bras le corps sans vie d’un bébé, se laisse aller au désespoir. La Mort n’est pas ce personnage inhumain et rigolard de l’imagerie populaire, ce n’est qu’un messager, le visage que l’homme donne à son destin. Pas drôle, comme boulot…

C’est déjà l’œuvre d’un grand cinéaste. Un film romanesque, tragique, et fascinant.

La Femme au portrait (The Woman in the window) – de Fritz Lang – 1944

Posté : 29 novembre, 2012 @ 4:49 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LANG Fritz | Pas de commentaires »

La Femme au portrait (The Woman in the window) – de Fritz Lang – 1944 dans * Films noirs (1935-1959) la-femme-au-portrait

Lang poursuit l’exploration de son thème fétiche : le mal qui s’installe dans la société, avec cette perle incomparable aux allures de film noir. Edward G. Robinson, grande figure du genre, y interprète l’un de ces meilleurs tout le monde que le cinéaste apprécie  particulièrement : un professeur d’âge mur resté seul après le départ en vacances de famille, et font la vie bascule pour avoir bu quelques verres avec le modèle d’un tableau qui le fascinait.

Pas de chance : le modèle en question, Joan Bennett, est entretenue par un riche homme d’affaire, qui déboule sans crier gare, et s’attaque au pauvre Edward G., obligé de le tuer. Les complices malgré eux décident de faire disparaître le corps, mais un maître chanteur (Dan Duryea, second rôle génial et indispensable) fait son apparition.

On le voit, l’histoire est particulièrement classique, vue dans des tas de films noirs. Mais Lang en fait une sorte de réflexion sur la criminalité, sur le bien et le mal. Car contrairement à La Rue rouge, film jumeau tourné l’année suivante avec les mêmes acteurs, il n’y a pas de grand méchant ici (à l’exception de Duryea, malfrat de seconde zone), mais une simple suite de circonstances qui pousse les antihéros de l’autre côté.

Le scénario est brillant. Il est signé Nunally Johnson, qui s’attache autant aux séquences d’exposition et de suspense qu’aux longues discussions entre le prof et ses amis, qui n’aiment rien tant que parler de crimes, en l’occurrence de celui commis par le prof lui-même. Et il se trouve que l’un de ses amis (joué par Raymond Massey) est le procureur en charge de l’affaire. Les discussions légères autour de crimes sanglants : voilà un nouveau thème qui rapproche Lang d’Hitchcock (Espions sur la Tamise, tourné à la même époque, est le plus parfait exemple pour dresser des ponts entre les cinémas des deux grands maîtres).

Et puis il y a la mise en scène, brillantissime, avec un noir et blanc extraordinaire. Entre les plans larges dans des nuits souvent profondes et humides de pluie, et de gros plans sur les visages affolés des deux comédiens principaux, Lang nous plonge dans la détresse de ses deux personnages. Joan Bennett et Edward G. Robinson sont formidables, aucun des deux n’éclipse l’autre. Lang passe du point de vue de l’un à celui de l’autre au gré de son histoire, avec des passages de témoins (par le biais de coups de téléphones) aussi discrets que malins.

Pas une faute de goût dans ce chef d’œuvre qui garde encore une certaine légèreté et un brin d’optimisme. Avec La Rue Rouge, on passera définitivement du côté obscure…

L’Image vagabonde (Das Wandernde Bild) – de Fritz Lang – 1920

Posté : 3 octobre, 2012 @ 5:19 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

L'Image vagabonde

La Ville, tentaculaire, habitée par des populations étonnantes et lieu de tous les vices, a souvent été au cœur des films de Lang (de Mabuse à Metropolis, de M le maudit à La Femme au portrait…). A chaque fois qu’il en est sorti, le cinéaste a donné une vision forte et habitée de la nature : la lande de studio baignée dans la brume des Contrebandiers de Moonfleet, les grands espaces vides d’humanité de La Femme sur la lune… Déjà dans Wandernde Bild, cette œuvre de jeunesse méconnue, sa manière de filmer la nature (des décors bien réels, cette fois) est impressionnante.

Rarement Lang aura privilégié à ce point le tournage en extérieur, qui plus est dans des conditions difficiles : le décor qu’il a choisi, pour sa première collaboration avec sa compagne et scénariste Thea Von Harbou, est celui d’une montagne escarpée, où la nature est continuellement menaçante. Peut-être est-ce la raison pour laquelle L’Image vagabonde est son film le plus marqué par la religion, comme si Lang était frappée par la puissance intrinsèque de cette nature sauvage.

Mystique, le film l’est assurément : la délivrance finale, sans entrer dans les détails, est la vision d’une statue de la Vierge, que l’on voit marcher dans la neige, portant un bébé… Quant aux dialogues de ce film muet, ils sont les plus ouvertement mystiques de toute l’œuvre de Lang. « Je cherche le chemin qui me délivrera de ma détresse », lance l’héroïne à celui qu’elle ne sait pas être son mari. « Nul ne peut indiquer un chemin qu’il ignore », rétorque ce dernier.

Ce dialogue obscur intervient après un quart d’heure de film (dans la version qui a survécu en tout cas : il ne reste qu’une version tronquée d’un tiers du métrage, et tout le début semble très fragmentaire), et il faut reconnaître que, comme dans Cœurs en lutte l’année suivante, Lang et Von Harbou ne facilitent pas la tâche du spectateur.
Ce à quoi on a assisté jusqu’alors : une veuve qui fuit le frère de son mari décédé, avec qui elle est également mariée. Pour lui échapper, elle s’enfonce de plus en plus profondément dans une région reculée, d’abord dans un petit village, puis dans la montagne… où le premier type qu’elle rencontre se trouve être son mari qu’elle croit mort, et qu’elle ne reconnaît pas.

Difficile de comprendre la logique des personnages pendant la première moitié du film, mais un long flash-back vient faire toute la lumière, tandis que nos héros sont coincés sous un immense éboulis (joliment filmé, d’ailleurs).

Le destin, la nature, la foi (en l’homme, en Dieu)… Ce Lang-là ne ressemble pas tout à fait aux autres. Les actions des hommes se font sous le couvert de préceptes religieux et moraux. Ils n’auront plus cette excuse dans les grands chef d’œuvre que Lang n’allait pas tarder à enchaîner. Plus il s’éloignera de ce naturalisme mystique, plus il touchera à la réalité trouble de ses personnages.

Les Nibelungen, 2ème partie : La Vengeance de Kriemhild (Die Nibelungen. Teil II : Kriemhilds Rache) – de Fritz Lang – 1924

Posté : 14 septembre, 2012 @ 11:17 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Les Nibelungen 2

Changement de ton : avec La Mort de Siegfried, on était dans un univers d’heroic fantasy, peuplé de dragons, de créatures difformes et de magie… Cette seconde partie sent la poussière, le sang et la souffrance. Le beau Siegfried est mort, et Kriemhild s’est remariée avec le redoutable (et repoussant) Attila, et ça change beaucoup de choses…

Point de romantisme ici, mais un désir de vengeance qui emporte tout. C’est cette haine qui pousse Kriemhild à épouser le roi des Huns, consciente que son armée sera une arme indispensable pour assouvir sa vengeance. Mais c’est sans compter sur l’honneur, cette notion qui est au cœur de ce second volet, comme la trahison l’était dans le premier.

A la fois règle de vie absolue, et moteur des pires horreurs, cet honneur est typiquement un truc de mecs, dans le film de Lang. Ces hommes qui dirigent le monde selon des règles aussi incontournables qu’absurdes, qui poussent une nation vers sa perte… Difficile de ne pas penser au destin moderne du peuple allemand, à qui le film est d’ailleurs dédié, qui peine alors à se redresser d’une défaite historique, et que l’honneur bafoué allait pousser dans la pire des horreurs.

Ambivalent, le film est toutefois uniformément sombre. Pas de héros, cette fois. Pas de gentils, pas de vrais méchants non plus. Hagen, l’assassin borgne, finit par faire naître la sympathie par sa fidélité à toute éprouve ; tandis qu’Attila, le redoutable Huns, ressemble moins à un exterminateur sans pitié qu’à un vieux romantique gâteux et grotesque. Quant à « l’héroïne » Kriemhild, elle n’a plus grand chose d’humain, pleurant à peine la mort de son fils, et sacrifiant sans ciller ses proches. Noir, noir, noir…

Mais la mise en scène virtuose, pleine de trouvailles géniales, vient donner une bouffée d’air frais bienvenue. On ne peut pas dire que ces Nibelungen, décidés au peuple allemand, leur délivre un grand message d’espoir…

Les Nibelungen, 1ère partie : La Mort de Siegfried (Die Nibelungen. Teil I : Siegfried) – de Fritz Lang – 1924

Posté : 13 septembre, 2012 @ 5:37 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, LANG Fritz | 1 commentaire »

Les Nibelungen 1

Je dois avouer que l’idée de voir cinq heures et demi d’un film (deux, en fait) adapté des légendes fondatrices de la culture germanique ne m’attirait que pour une unique raison : Fritz Lang. Et même là, c’est avec un peu d’appréhension, en même temps que beaucoup de curiosité, que je me suis plongé dans ce monde de reines, d’elfes et de complots… Eh bien la surprise est bonne, pour cette première partie qui évoque le destin de Siegfried, fils de roi devenu héros légendaire après avoir terrassé un dragon.

Il fallait la stature de Lang, qui était alors le cinéaste le plus talentueux et le plus influent d’Allemagne, pour porter à l’écran cette légende spectaculaire dans tous les sens du terme. Après le triomphe de Docteur Mabuse, Lang peut choisir le projet qui lui plaît le plus. Ce sera cette fresque en deux partie de deux et demi chacune… et Metropolis, autre monument colossal qui, lui explorera les affres de la société allemande par le prisme non plus de la légende, mais de la science fiction. Les deux, finalement, ne sont pas si éloignés que cela : dans l’un et l’autre film, c’est de ses semblables que Lang parle, tentant de décrypter leur nature complexe capable des plus belles créations artistiques comme des pires atrocités.

Le film est fragmenté en sept parties, sept « chants » qui racontent les grandes étapes de la légende Siegfried : comment il a terrassé le dragon ; comment il a hérité du trésor des Nibelungen ; comment il a aidé le roi des Burgonds à épouser celle qu’il aimait pour pouvoir, lui, épouser Krimhild, la sœur du roi ; comment il a été trahi par le bras droit du roi…

On voit bien ce qui a attiré Lang dans cette légende, outre le fait de retrouver les racines de cette société dont il n’a cessé d’explorer les failles : la construction proche de l’esprit feuilletonesque qu’il apprécie particulièrement durant sa période muette (Mabuse, Les Espions, La Femme sur la Lune…)

Les Nibelungen n’est certes pas le plus personnel de ses projets, ni le plus passionnant d’ailleurs. Mais la démesure du film (certaines scènes ont demandé des centaines de figurants), et la candeur avec laquelle Lang relève les plus grands défis, emportent l’adhésion. Il y a ici des trucages franchement bluffants : des nains qui se transforment en statues de pierre sous nos yeux, des êtres invisibles, des décors enflammés, et ce fameux dragon croquignolet… Un peu raide de la mâchoire peut-être, mais on imagine bien l’effet qu’il a dû faire sur le public de l’époque…

Surtout, cette première partie, tragique (le film évoque la légende d’Achille), est filmée avec une maestria impressionnante, avec des images d’une beauté frappante, et une modernité surprenante. On se rend compte aussi que le film a fortement inspiré tout un pan du cinéma populaire à venir. Il y a évidemment beaucoup de ces Nibelungen dans la trilogie du Seigneur des Anneaux (Tolkien s’était inspiré de toutes les grandes légendes européennes, et notamment celle des Nibelungen), mais l’influence du film se retrouve dans des productions nettement plus inattendues : Bodyguard par exemple, où la scène du foulard qui se coupe en tombant sur le sabre est un copié collé de la « scène de la plume » de cette première partie. Une filiation étonnante, oui…

• Voir aussi La Vengeance de Kriemhild.

Guérillas / Guérillas aux Philippines (American Guerilla in the Philippines) – de Fritz Lang – 1950

Posté : 31 août, 2012 @ 4:23 dans 1950-1959, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Guérillas

Le plus mal aimé des films de Lang est peut-être, effectivement, le moins intéressant de tous (il en reste quelques-uns que je n’ai toujours pas vus). Mais sortie DVD de Guérillas chez l’excellent éditeur Sydonis arrive à point pour réévaluer un chouïa ce film de guerre loin d’être anecdoctique.

C’est vrai, ce n’est pas le projet le plus personnel de Lang : difficile de trouver sa patte et ses motifs habituels dans cette grosse production qui ne lui était pas destinée (c’est Henry King qui devait s’y coller, retrouvant ainsi son acteur fétiche Tyrone Power). Mais Lang tire le meilleur d’une approche plutôt originale du film de guerre.

Inspiré d’une histoire vraie, le film suit les aventures d’un officier de la marine américaine échoué aux Philippines et qui, tout en cherchant à gagner l’Australie où il espère reprendre sa place dans la navy, se retrouve constamment ramené (par les éléments, par les rares officiers encore sur place, par l’amour…) à cette terre occupée par les Japonais. Avec une poignée d’hommes, il fait son possible pour échapper à l’ennemi, avant de prendre une part active dans la résistance philippine et dans la préparation du retour très attendu du général MacArthur.

Un épisode peu vu au cinéma de la guerre du Pacifique, et pour cause : le sujet n’est pas le plus cinématographique qui soit : la résistance est larvée, patiente, lente, et les accès de violence sont aussi saisissants que rares. Quant à l’héroïsme de nos « combattants », il se résume durant la plus grande partie du film à éviter l’affrontement et à fuir les responsabilités. Si Tyrone Power et ses potes veulent gagner l’Australie, c’est pour se réfugier derrière les ordres directs de leurs supérieurs.

C’est là que Lang parvient à poser son empreinte. Son choix n’est pas de rendre le sujet plus spectaculaire qu’il n’est. Au contraire : il appuie un peu plus encore sur l’ennui qui gagne régulièrement les protagonistes, et décrit la nouvelle vie qui se met en place pour les autochtones, et pour les soldats, en particulier Tyrone Power et son sidekick, le sympathique Tom Ewell.

A quelques reprises, Lang fait mine de muscler son récit (la première escarmouche avec les Japonais, l’apparition d’un Jack Elam forcément patibulaire…), mais ce ne sont que des fausses pistes qu’il écarte rapidement. Lang nous prive même d’une scène de naufrage, ne montrant que le départ du bateau, puis le même bateau retourné devant un ciel parfaitement bleu, sans que l’on ait vu quoi que ce soit de la tempête qui en est responsable…

Par contre, il prend tout son temps pour filmer les temps, les longs préparatifs, les moments de repos… Un choix audacieux pour un film de cette ampleur, mais qui se révèle efficace. C’est dans ces longs moments en creux (l’action s’éternise sur trois longues années) que le film prend tout son sel, à l’image de La Ligne rouge, le film de Terrence Malick que ce Guérillas semble bien avoir inspiré.

Plus anecdotique (nettement), on notera aussi le rôle important tenu par Micheline presle (ou « Prelle » comme on peut le lire au générique) dans « sa » grande expérience hollywoodienne. Pas vraiment concluant : si charmante soit-elle, ses minauderies n’ont pas convaincu grand-monde, et la Micheline reviendra bien vite en France.

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