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Archive pour la catégorie 'FLEISCHER Richard'

Le Génie du mal (Compulsion) – de Richard Flesicher – 1959

Posté : 16 septembre, 2014 @ 3:37 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Génie du mal

En 1924, deux jeunes garçons trop gâtés de la haute société de Chicago décident d’assassiner froidement un enfant du quartier choisi par hasard, parce qu’ils ont la certitude que leur intelligence supérieure leur permettra de commettre le crime parfait. Arrêtés à cause d’un petit détail, les jeunes meurtriers sont défendus par un avocat vedette, farouche opposant de la peine de mort, qui leur évite la pendaison à l’issue d’une plaidoirie magistrale.

Ce fait divers authentique et glaçant a inspiré une pièce de théâtre que Hitchcock adaptera : La Corde. Trente ans après les faits, il a aussi abouti à l’écriture d’un best seller resté comme une référence, précurseur du De sang froid de Truman Capote. Il faut souligner que, même si le livre est écrit longtemps après les faits, l’auteur, Meyer Levin, en est un témoin direct. Non seulement il avait suivi l’affaire en tant que jeune journaliste, mais il connaissait personnellement les tueurs, qu’il fréquentait sur les bancs de la fac. Tous les noms ont été modifiés, y compris le sien : Sid, le personnage du jeune journaliste, c’est lui bien sûr.

C’est ce livre qu’adapte peu après sa sortie Richard Flesicher, à la fois description presque clinique du crime et de l’enquête qui a suivi, et plongée vertigineuse dans la logique glaciale de ces deux tueurs. C’est aussi le portrait d’une époque, d’une classe sociale, et des rapports humains qui est au cœur de Compulsion, dont le noir et blanc tranche avec celui plus romantique des premiers films noirs de Fleischer.

Un aspect très réaliste, et même quotidien, quasiment de cinéma-vérité, qui contribue pour beaucoup à la puissance du film. Que ce soit dans la préparation du crime, ou dans la manière dont les deux jeunes tueurs (Dean Stockwell et Bradford Dillman) assument leurs actes et font face à l’enquête, il y a quelque chose de vraiment glaçant dans ce film. Leur froideur contraste cruellement avec leurs visages juvéniles, et leur absence revendiquée de sentiments est soudain contredite par de brefs accès de sincérité…

Tête d’affiche, Orson Welles n’apparaît que dans la dernière demi-heure, mais dès son entrée en scène, il donne une nouvelle direction au film : le cinéma vérité se transforme alors en un plaidoyer inattendu contre la peine de mort. La folie du cinéaste-acteur est parfaitement bridée par Fleischer, et la prestation de Welles est l’une des plus belles de sa carrière. Sa lassitude, son regard qui semble revenu de tout, font merveille dans l’inoubliable (et longue) plaidoirie qui clôt le film. Puissante, fascinante et bouleversante.

• Un blue ray de haute volée vient de sortir aux éditions Rimini. Le film est présenté dans une copie parfaite, et le disque s’enrichit de bonus très intéressants : un long documentaire consacré à l’affaire qui a inspiré le film, une présentation par François Guérif du livre de Meyer Levin, une introduction de Richard Fleischer (tirée d’un entretien de 1996), un retour sur les films noirs de Fleischer, et surtout une évocation par l’historienne du cinéma Linda Tahir de la carrière d’acteur d’Orson Welles.

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:37 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966 dans 1960-1969 le-voyage-fantastique

Le problème avec les films très modernes, c’est qu’ils vieillissent plus vite et plus mal que les autres. Et il faut bien reconnaître que, presque cinquante ans après sa sortie, Le Voyage fantastique a salement morflé. Les effets spéciaux kitschissimes et les transparences (sans doute révolutionnaires à l’époque) ne font vraiment plus illusion aujourd’hui, ce qui pourrait ne pas être très grave si ces effets spéciaux n’étaient pas le sujet même du film : sa principale raison d’être.

On a beau être impressionné par le casting (Edmond O’Brien, Donald Pleasence, Arthur Kennedy…), on réalise bien vite que les comédiens n’ont strictement rien à jouer, si ce n’est quelques courtes scènes mettant en évidence la peur. Mais la plupart du temps, ils doivent se contenter d’enchaîner les moues improbables devant des écrans verts, sans qu’on puisse imaginer rien d’autre que… des acteurs condamnés à enchaîner les moues improbables devant des écrans verts. Le pire dans cette histoire, c’est Raquel Welch, dont on ne peut que rappeler qu’elle était une star très sexy à l’époque. Pourquoi l’avoir choisi elle pour l’utiliser si mal restera le plus grand mystère de cette chose ambitieuse et datée.

On sombre dans l’ennui le plus opaque lorsque le film se contente d’enchaîner les interminables plans sur ce sous-marin naviguant dans les méandres du corps humains. Mais on se réveille régulièrement quand Richard Fleischer renoue avec un cinéma plus humain. Sa mise en scène, d’ailleurs, est le plus souvent hyper efficace et percutante. Suffisamment en tout cas pour sauver quelques séquences tendues.

Le meilleur ? Les dix premières minutes, quasiment muettes et très impressionnantes, qui plante le contexte, posant les bases d’un pur film d’espionnage (pour mieux dynamiter ces bases). Le plus impressionnant finalement, c’est le tout premier plan du film : un travelling incroyable suivant un avion de ligne à l’atterrissage. Un plan qui, mine de rien, lance d’emblée un mouvement perpétuel qui ne s’achèvera qu’avec le mot « fin ».

• Le blue ray du film vient de sortir chez Fox, avec un documentaire énamouré sur les effets spéciaux du film (en VO sans sous-titre).

Assassin sans visage (Follow me quietly) – de Richard Fleischer – 1948

Posté : 17 septembre, 2013 @ 11:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Assassin sans visage (Follow me quietly) – de Richard Fleischer – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) assassin-sans-visage

Une heure, pas une minute de plus : c’est ce qu’il faut au jeune Fleischer pour signer la matrice de tous les grands films de serial killer tournés depuis. Don Siegel pour L’Inspecteur Harry, David Fincher pour Seven… Sûr que tous les cinéastes s’étant attelés au genre ont vu et revu cette petite production fauchée de la RKO, et s’en sont inspirés consciemment ou non.

Le film, en tout cas, tranche nettement dans l’abondante production de films noirs de cette décennie. Pas tant par l’histoire (co-écrite par Anthony Mann) que par la mise en scène de Fleischer, d’une modernité stupéfiante.

Le jeune cinéaste sait filmer la routine de ces flics qui enquêtent sur les agissements d’un tueur en série, et dont l’enquête piétine, se résumant la plupart du temps à du porte-à-porte et des défilés de suspects. De la pure routine policière que rien de spectaculaire ne vient rompre. L’obsession grandissante du héros, interprété plutôt bien par William Lundigan (vous ne connaissez pas ?), pose également les bases de ce que seront des dizaines de flics obsessionnels dans les décennies à venir (jusqu’à celui de Zodiac, toujours de Fincher).

Il y a là de magnifiques idées de mise en scène. Le flic, incapable de trouver une nouvelle idée pour démasquer le coupable, qui se fige en réalisant que la pluie, souvent synonyme de nouveau meurtre, est revenue ; la découverte du « placard des horreurs » dans l’appartement du tueur ; le long plan qui dévoile enfin le visage du tueur… Autant d’images marquantes qui donnent un ton unique au film.

Pour être tout à fait honnête, l’idée centrale du film est assez con. Notre héros, dans l’impasse, a une idée de génie : fabriquer un mannequin qui représente le plus fidèlement le tueur, tel qu’on le connaît d’après les indices qu’il laisse derrière lui. Un mannequin dénué de visage, seul détail manquant… Sans trop dévoiler le film, figurez-vous que ça marche.

On ne devrait pas y croire une seconde, mais la présence de ce mannequin est tellement flippante devant la caméra de Fleischer que l’absurdité du procédé est remisée au second plan. Surtout que le cinéaste s’offre une séquence totalement gratuite avec ce mannequin : un « face-à-face » (à peu près) entre lui et le policier, alors que la pluie tombe derrière les fenêtres. Un pur moment d’angoisse, l’images la plus traumatisante de cette perle noire remarquable.

• Diffusé récemment au Cinéma de Minuit de Patrick Brion, le film existe aussi en DVD : dans la collection bleue RKO des Editions Montparnasse. En bonus : une brève introduction par Serge Bromberg.

Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) – de Richard Fleischer – 1955

Posté : 5 avril, 2013 @ 6:19 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) – de Richard Fleischer – 1955 dans * Films noirs (1935-1959) les-inconnus-dans-la-ville

Violent Saturday est un film génial qui, mine de rien, révolutionne complètement le film de braquage. A première vue, Richard Fleischer signe un film de genre tout ce qu’il y a de plus classique : trois gangsters arrivent dans une petite ville et se préparent pour l’attaque d’une banque. On a vu ça cent fois dans des polars, ou des westerns.

Mais dans la première heure, les préparatifs des gangsters ne sont là qu’en pointillés, servant de fil conducteur entre des personnages qui, d’habitude, ne sont au mieux que des seconds rôles, au pire des figurants : les habitants de cette petite ville, ceux qui, vers la fin du film, vont voir leur vie bouleversée par un petit moment de violence extrême.

Ils sont une dizaine de personnages qui n’ont rien de spectaculaire, mais qui ont tous leurs petits défauts, leurs fêlures. Et ce sont ces parts d’ombre que Fleischer explore, avec une délicatesse et une intelligence folles. Victor Mature en père de famille qui souffre de ne pas être un héros aux yeux de son fils ; Richard Egan en riche héritier qui aime encore une femme dont l’infidélité le ronge ; Sylvia Sidney en vieille fille qui n’arrive pas à joindre les deux bouts et se résout à voler ; Tommy Noonan en banquier qui reluque la cliente dont il est secrètement amoureux…

Fleischer réussit à faire vivre chacun de ses personnages, à la rendre profondément attachants et émouvants. Et il le fait avec une fluidité de l’action qui est remarquable : pas une seconde cette action en suspens ne fait baisser le rythme d’un film constamment passionnant et brillant.

Côté gangsters aussi, Fleischer évite les facilités, choisissant trois caractères qui flirtent avec le stéréotype (le chef, le cérébral, la brute), pour mieux en prendre le contre-pied. Notamment lors d’une discussion nocturne entre Stephen McNally et Lee Marvin, totalement inattendue, qui n’apporte strictement rien à l’intrigue, mais fait beaucoup pour la profondeur de ces personnages, et pour l’atmosphère si singulière du film.

Cette courte scène illustre bien le part pris de Fleischer : ne s’intéresser vraiment qu’à tout ce qui d’habitude passe au second plan : les angoisses et incertitudes des protagonistes, le quotidien des personnages secondaires,…

Quant à l’explosion de violence attendue, aussi brève que fulgurante, elle est d’une virtuosité incroyable, révélant le caractère de certains, et l’absurdité de l’entreprise. La fusillade finale, surtout, est extraordinaire, donnant soudain à Victor Mature les épaules d’un authentique héros. Sa vie, et ses rapports avec son fils, s’en trouveront bouleversés.

C’est ce qui est beau dans ce film : la manière dont l’intrigue policière et la chronique d’une petite ville normale sont intimement liées. Violent Saturday est un chef d’œuvre, l’un des plus beaux films de son auteur.

L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler) – de Richard Fleischer – 1968

Posté : 5 avril, 2013 @ 2:27 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, CURTIS Tony, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler) – de Richard Fleischer – 1968 dans * Polars US (1960-1979) letrangleur-de-boston

Maître du polar de série B des années 40 (avec Anthony Mann), Richard Fleischer revient au noir, mais avec une envie de dynamiter le genre. Pour porter à l’écran l’histoire authentique d’un tueur en séries, qui a sévit dans le Boston du début des années 60, Fleischer adopte une approche quasi-documentaire (même si de nombreuses libertés sont prises par rapport à la réalité) dans la peinture de policiers au travail, mais aussi pour retranscrire l’atmosphère de paranoïa grandissante dans cette Amérique bouleversée par la mort de son président.

Le film est clairement divisé en deux parties, d’importance et de durée égales. La première s’intéresse à l’enquête qui piétine, aux multiples fausses pistes, aux tâtonnements d’une police qui met un temps à fou à s’organiser autour du flic qui servira de pivot, interprété par Henry Fonda.

Surtout, Fleischer, la même année que Norman Jewison avec L’Affaire Thomas Crown, révolutionne l’utilisation du « split screen », qu’il utilise pour filmer les meurtres, et surtout l’effet que leurs découvertes ont sur la population. Cette technique permet d’accroître le sentiment d’insécurité qui règne, et témoigne aussi de la schizophrénie d’un tueur dont on ne connaît encore rien.

Toute cette première partie est passionnante et effrayante, et ouvre la porte aux grands polars réalistes qui marqueront la décennie suivante, notamment ceux de Siegel et Friedkin (qui avait d’ailleurs été pressenti un temps pour réaliser le film). Ce réalisme rend parfaitement le chaos total de l’enquête.

Et puis il y a la scène centrale, celle où le visage du vrai tueur nous est enfin dévoilée, pas dans ses pratiques criminelles, mais dans son environnement familial. Un travelling lent et impressionnant nous montre Tony Curtis, père de famille regardant sans un mot l’enterrement de JFK à la télévision, alors que sa charmante femme et ses jeunes enfants pleins de vie s’affairent autour de lui. Alors qu’on s’attendait à découvrir un maniaque, asocial et malsain, on découvre un Américain lambda, à l’apparence banale et visiblement bien intégré, père d’une jolie famille.

C’est alors un autre film qui commence, porté par un Tony Curtis exceptionnel, dans ce qui est peut-être la meilleure prestation de sa carrière. Un tueur névrosé, qui se livre à un combat intérieur entre ses deux personnalités, sans jamais tomber dans l’excès ou le grotesque.

Cette dualité du personnage de Curtis eplose dans un long face-à-face avec Henry Fonda, après que ce dernier (avec George Kennedy) a réalisé que le type qu’il venait de croiser par hasard était sans doute le tueur qu’il cherchait depuis si longtemps… Une scène brillante.

Désormais, le film n’a plus rien d’un polar : il est le portrait d’un type perturbé qui refuse de regarder en face le monstre qu’il est. Curtis réussit la gageure de nous rendre ce tueur en série absolument tragique, et c’est tout aussi passionnant.

Fini de rire (His kind of woman) – de John Farrow (et Richard Fleischer) – 1951

Posté : 13 août, 2012 @ 6:31 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FARROW John, FLEISCHER Richard, MITCHUM Robert | 2 commentaires »

Fini de rire

Curieux film noir, très réjouissant, que signe là l’excellent John Farrow (La Grande Horloge, autre très grande réussite du genre). Un film dont Richard Fleischer a signé quelques scènes, et qui, dès les premières minutes, semble bien parti pour être le parfait prototype du genre noir. Pourtant, Farrow n’arrêtera pas de prendre des chemins de traverse…

L’immense Bob Mitchum, joueur taiseux, plongé malgré lui dans une histoire cauchemardesque : voilà qui nous mène en terrain connu, tant ce personnage résume des tas d’autres vus au cours des années précédentes. Ici, il est choisi par une bande de malfrats pour servir de « modèle » à un gangster exilé (Raymond Burr), qui veut changer d’identité et de visage pour pouvoir rentrer aux Etats-Unis, où il est interdit de séjour. Mais Bob ne sait pas pourquoi on lui donne tout cet argent. Il ignore tout des noirs desseins de ses commanditaires lorsqu’il accepte d’aller attendre un mystérieux interlocuteur au Mexique.

Attendre : il passera la moitié du métrage à attendre que l’action se mette en place, tentant de comprendre ce qu’on attend de lui en côtoyant les pensionnaires du village de bungalows où on l’a amené. Une heure durant, Farrow sort de l’ornière du film noir, rompt avec la sécheresse et l’aspect brut du genre, dont les grandes figures sont pourtant respectées.

Mitchum parle peu, ne pose pas de question, mais il observe. Ces vacanciers aux petits secrets sans gravité, ces hommes d’affaire qui semblent louchent, mais qui se contentent de s’ennuyer. Il tombe amoureux aussi, de Jane Russell (on le comprend : c’est la femme du producteur Howard Hughes, et elle est à tomber), chanteuse au passé plein de mystères venue là pour rejoindre son acteur hollywoodien d’amant.

L’acteur, c’est Vincent Price, génial dans un rôle à contre-emploi et totalement inattendu dans un tel film. Son personnage fait glisser le film noir vers la comédie la plus débridée. Bientôt, le couple Jane Russell / Robert Mitchum (pourtant les deux grandes stars de la RKO à l’époque) passent au second plan. Le vrai héros du film, c’est Price, héros de pacotille qui rêve de tomber le masque et de devenir un héros pour de bon.

Au-delà de la caricature, il ira au bout de ses rêves dans un triomphe irrésistible (dans tous les sens du terme), devant un Mitchum rigolard et une Jane Russell au sourire ravageur, qui semblent autant que nous s’amuser de la prestation de Price.

Le Pigeon d’argile (The Clay Pigeon) – de Richard Fleischer – 1949

Posté : 24 janvier, 2012 @ 6:49 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Pigeon d'argile

Belle histoire cauchemardesque que Fleischer filme avec cette œuvre de jeunesse très réussie. Tournée un an après le sec et efficace Bodyguard, The Clay Pigeon est un film plus complexe et ambitieux : son héros est un vétéran de la guerre qui se réveille dans un hôpital, sans le moindre souvenir de ce qui l’a amené là. Autour de lui, tous se comportent comme s’il était un traître, qui n’avait pas hésité à causé la mort de son meilleur ami… Il lui reste une seule solution : s’échapper pour prouver son innocence et échapper à la condamnation qui l’attend.

Le film nous place très exactement dans la situation du héros : on n’en sait jamais plus que cet ancien soldat persuadé de ne pas être un traître, interprété par Bill Williams (cherchez pas, c’est son rôle le plus remarquable – au cinéma en tout cas, puisqu’à la télévision, il a interprété le fameux trappeur Kit Carson pendants quatre ans, de 1951 à 1955). Bon… Fleischer ne mise pas vraiment sur l’ambiguïté du personnage : on ne croit jamais réellement à la culpabilité du fugitif.

D’ailleurs, le cinéaste ne tarde pas à nous dévoiler le vrai méchant, de la même manière que la veuve de l’homme que notre héros est censé avoir tué (interprétée par Barbara Hale, future adjointe de Perry Mason dans la série télé, et femme de Bill Williams dans la vraie vie) ne tarde pas à se convaincre de son innocence. C’est un parti-pris assez curieux de Fleischer, qui semble prendre son histoire avec une grande désinvolture. Ce qui l’intéresse visiblement, c’est uniquement la mise en scène et la possibilité de créer une atmosphère paranoïaque – ce qu’il réussit d’ailleurs parfaitement.

Mais l’intrigue à proprement parler est traitée par-dessus la jambe. Visiblement, Fleischer avait envie de tourner dans un quartier chinois. Alors il fait du méchant que recherche le fugitif un officier japonais retourné à la vie civile. A peine s’est-il installé dans le premier bar chinois rencontré qu’il tombe nez-à-nez… avec ledit officier. C’est énorme, mais qu’importe : le film, hyper-concis et mené à toute allure (à peine plus d’une heure), est passionnant.

Bodyguard (id.) – de Richard Fleischer – 1948

Posté : 4 août, 2011 @ 11:12 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Bodyguard

Moins sec et moins nerveux que Traquenard ou L’Enigme du Chicago Express, Bodyguard est pourtant d’une efficacité assez imparable. Qu’importe si l’intrigue paraît simpliste (l’enquête menée par le héros est d’une linéarité exceptionnelle, les indices se présentant presque d’eux-mêmes et conduisant avec évidence à l’étape suivante… le rêve de tout policier !).

Qu’importe aussi si les acteurs n’ont pas tout à fait le charisme qu’il faudrait… La grande force du film, c’est sa concision : en un quart d’heure à peine, Fleischer présente ses personnages, introduit son intrigue, multiplie les révélations, et place son personnage principal au cœur d’une machination diabolique… Bref, suffisamment d’éléments pour deux bonnes heures de métrage.

Le héros est un flic très « hard boiled », modèle de celui de L’Enigme du Chicago Express, le charisme en moins. C’est Lawrence Tierney, qui joue très bien le dur stoïque… un peu moins l’amoureux. C’est d’ailleurs un vrai dur, qui préfère démissionner plutôt que de jouer profil bas face à un supérieur qui ne peut pas le sentir. Revenu à la vie civile, on lui propose de faire le garde du corps d’une magna de la viande de poulet, dont la vie serait menacée. Alors qu’il la suit malgré elle, il est assommé, et se réveille dans une voiture stationnée sur une voie ferrée, à côté d’un policier mort. Lui-même échappe de peu à la mort, et se voit traqué par toutes les polices, soupçonné d’avoir tué son ex-collègue.

On a droit à quelques séquences plutôt croquignoles, qui nous conduisent d’un magasin de phono dans lequel on peut enregistrer ses messages sur un disque vynil, au cabinet d’un dentiste qui n’a pas vraiment le don de mettre ses patients à l’aise…

Quelques fulgurances, aussi, comme cette séquence finale, la seule dans laquelle le cinéaste prend le temps de ne plus être concis, étirant au contraire le temps pour installer le suspense. C’est cette scène où Priscilla Lane, enfermée malgré elle dans l’abattoir en compagnie des méchants du film, tente de passer inaperçue. Flippant…

L’Enigme du Chicago Express (The Narrow Margin) – de Richard Fleischer – 1952

Posté : 22 septembre, 2010 @ 5:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Enigme du Chicago Express

Allez savoir pourquoi, j’ai toujours beaucoup aimé les films se déroulant dans un train. Peut-être parce que j’aime les trains, tout simplement ; peut-être parce que filmer dans un espace aussi exigu demande aux réalisateurs des trésors d’inventivité… En tout cas, de Shanghai Express à Une Femme disparaît, ce sous-genre a donné quelques chef d’œuvre immortels. Richard Fleischer s’en tire lui aussi formidablement bien avec The Narrow Margin (le titre français est franchement pas terrible), petit bijou du film policier de l’époque, sec et nerveux comme on les aime.

Fleischer, qui s’était fait une spécialité de ces films noirs de séries B depuis ses débuts vers la fin des années 40, signe l’une de ses plus grandes réussites : il n’allait pas tarder à changer de registre, et à devenir un spécialiste des films à gros budgets (avec 20 000 lieues sous les mers, en 1954). Ici, il est au sommet de son inspiration, et mène son récit à un rythme étonnant, de la première à la dernière image. On lui a souvent reproché (à tort, à mon avis, même si quelques personnages sont traités par-dessus la jambe), mais Fleischer ne s’embarrasse pas de psychologie, pas plus qu’il ne perd de temps à présenter ses personnages, leurs motivations, leur passé… Pourquoi ils font ce qu’ils font ? Fleischer s’en fout : ils le font, c’est tout.

Le personnage principal du film, un flic bien décidé à escorter l’ex-femme d’un gangster jusqu’au tribunal où elle doit témoigner, représente bien cette vision du cinéma : le détective Brown (on sent bien qu’il n’a même pas voulu perdre son temps à essayer de trouver un nom original…) est prêt à affronter les pires dangers, et même à mourir s’il le faut pour remplir sa mission. Pas pour l’argent, ni pour la gloire, pas plus que pour la bonne cause. Non, juste parce que c’est son métier. Dans ce rôle, Charles McGraw est excellent : son physique rude et sa formidable voix grave font merveille pour ce personnage qui évoque, avant l’heure et sans second degré, le Clint Eastwood de L’Epreuve de Force : le gars n’est visiblement pas une lumière, mais il est d’une honnêteté et d’une détermination à toute épreuve.

Le film fourmille de bonnes idées et d’éclairs de génie, et ce dès les premières scènes : la mort du coéquipier de Brown, au début du film, est époustouflante. Dans l’espace déjà étroit d’un escalier, et dans une pénombre à peine trouée par quelques rais de lumière, Fleischer signe un petit chef d’œuvre de mise en scène et de découpage. Il rend tout de suite palpable l’étroitesse des lieues, dans cet escalier comme plus tard dans les couloirs ou les compartiments du tueur. Décidément, c’est dans la rigueur des petits budgets de ses années « film noir » que le talent de Fleischer a été le plus spectaculaire. Et dans ce film plus que dans tout autre.

Ici, le réalisateur privilégie toujours l’efficacité et le rythme (et quel rythme ! celui d’un train lancé à toute allure) à la crédibilité. Le scénario réserve quelques surprises auxquelles on a un peu de mal à croire, mais franchement, qu’importe : on prend un plaisir fou à suivre les va-et-vient incessants de ce petit flic livré à lui-même, qui tente désespérément de survivre et d’accomplir sa mission, comme un chien se débattrait pour garder la tête hors de l’eau au milieu d’une rivière. C’est court, c’est sec, c’est nerveux… et c’est tellement bon !

Traquenard (Trapped) – de Richard Fleischer – 1949

Posté : 8 septembre, 2010 @ 5:33 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Traquenard

Dans la vague des polars noirs hyper réalistes qui s’est développée dans les années 40, sans doute influencée par le roman noir, ce Traquenard atteint des sommets. Des sommets dans le côté « cinéma-vérité », d’abord : le film commence d’ailleurs réellement sous la forme d’un documentaire, consacré au Trésor Américain, avec voix off de circonstance et images tournées dans les bâtiments du Trésor (comme le T-Men d’Anthony Mann, tourné un an plus tôt). On comprend bien que ce long prologue pour le moins inattendu est un compromis accordé à l’administration américaine en échange d’un « soutien logistique ». M’est avis qu’il a dû y avoir des arrangements financiers, derrière tout ça… Qu’importe, d’ailleurs, ce prologue contribue à créer un climat de vérité assez bluffant.

Ecrit par Earl Fenton, scénariste d’autres polars de Fleischer (Sacré Printemps, et surtout L’Enigme du Chicago Express), mais aussi de 20 000 lieues sous les mers, Traquenard est une histoire de faux monnayeurs riche en rebondissements : la police relâche un détenu en le chargeant d’infiltrer un gang de faux-monnayeurs qu’il connaît bien. Le détenu accepte le marché, mais ne tarde pas à fausser compagnie au policier qui l’escorte.

Cette scène où le prisonnier, interprété par un Lloyd Bridges à contre-emploi (le papa de Jeff était plutôt un habitué des rôles de gentils garçons propres sur eux, à cette époque), échappe à son gardien, est l’une des plus marquantes du film : c’est une scène de bagarre à poings nus d’une rare brutalité, et inhabituellement longue. Comme souvent chez Fleischer, les coups échangés « font vrai » : quand on cogne, ça fait mal. Cette scène est d’autant plus marquante qu’elle se déroule dans une chambre d’hôtel plongée dans le noir, simplement éclairée par la lumière venant de la salle de bain d’à côté.

D’autres séquences tout aussi brutales et impressionnantes émaillent le film. Comme cette séquence dans la planque des faux monnayeurs, où Barbara Payton, « la » femme du film, est excellente : son regard affolé dans un plan très fugitif est inoubliable. La belle trouve ici le rôle le plus marquant d’une filmographie qui aurait dû être prestigieuse, mais qui a rapidement tourné court, après que Tom Neal (l’acteur de Détour) et Franchot Tone (l’inoubliable tueur des Mains qui tuent) se sont étripés pour elle. Suite à une terrible bagarre, Tone s’est même retrouvé 18 heures dans le coma. Les journaux se sont rués sur cette histoire, et la carrière de Barbara Payton ne s’en est jamais remise. L’actrice passera ensuite par la drogue, l’alcool et la prostitution avant de mourir à 40 ans.

Dans Traquenard, elle est magnifique. Elle a le charisme d’une grande star hollywoodienne, mais c’est aussi une excellente actrice, qui donne beaucoup de force et de relief à son personnage. Les autres comédiens sont également excellent, en particulier John Hoyt, lui aussi à contre-emploi : alors que l’aspect juvénile de Lloyd Bridges le destine plutôt aux jeunes premiers, le visage émacié et anguleux de Hoyt fait de lui un personnage naturellement inquiétant. Il est pourtant le flic sans peur et sans reproche du film…

Petit polar sympa et efficace, Traquenard est aussi un véritable exercice de style de Fleischer, en plein dans sa période noire, qui joue avec les ombres et les éclairages d’une manière époustouflante. Son style déjà parfaitement au point marque ce film fauché, mais très inventif. Et diablement efficace.

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