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Archive pour la catégorie 'FLEISCHER Richard'

Soleil vert (Soylent Green) – de Richard Fleischer – 1973

Posté : 9 mai, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Soleil vert (Soylent Green) - de Richard Fleischer - 1973 dans 1970-1979 Soleil%20Vert_zpsa4t2nmcq

Classique de la SF, Soleil Vert n’a pas si mal vieilli. Plus, pour être honnête, que l’immense majorité des films de Fleisher, mais moins que le tout-venant du genre de cette décennie. Sans doute pour une raison toute simple : le futur décrit dans le film ressemble à s’y méprendre à l’Amérique de 1973, sans gadget, sans architecture improbable (à part quelques intérieurs qui, eux, semblent aujourd’hui bien datés), et en version toute pourrie.

C’est l’une des belles idées du film : faire du futur une sorte de présent alternatif où les dérives des hommes auraient été poussées à l’extrême, et où ne subsisterait plus que la misère, et des villes moribondes noyées dans un perpétuel nuage verdâtre (qui paraît un peu cheap) de pollution. Pas de voiture volante, rien d’autre que les quartiers populaires de New York transformés en cloaque où les habitants semblent n’attendre que la mort.

Comme la plupart des films de SF, Soleil Vert ne parle d’ailleurs que d’aujourd’hui. Sa portée politique, valable en 1973, l’est tout autant aujourd’hui : film écolo, cri d’amour à la nature et aux beautés de notre planète, dénonciation du capitalisme cynique et jusqu’au-boutiste… Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage de photos, toutes authentiques, qui retracent l’évolution de la société au cours du 20e siècle, et les effets sur l’environnement.

De l’enquête que mène le petit flic Charlton Heston après le meurtre d’un riche privilégié, on s’attend à ce qu’en sorte un terrible secret, une machination machiavélique des puissants. La vérité, dévoilée dans les dernières minutes, est à la fois plus simple, et plus terrible.

Le meilleur du film, c’est quand même la cohabitation de deux générations de star : Heston et Edward G. Robinson (on pourrait ajouter Joseph Cotten, dans un second rôle marquant), le second jouant le rôle du vieillard qui ressasse inlassablement les souvenirs d’une Terre que son jeune ami n’a jamais connue. La plus belle scène, c’est peut-être celle du repas entre Robinson et Heston, l’un découvrant la vraie nourriture avec plaisir, l’autre retrouvant les goûts de son enfance avec plus de douleur que de joie. Dans un cadre feutré, sans effets spéciaux et sans fioriture, Fleischer signe là un magnifique moment de cinéma.

Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) – de Richard Fleischer – 1972

Posté : 8 avril, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

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Cinéaste mésestimé, Fleischer a pourtant beaucoup apporté aux divers genres auxquels il s’est confronté, et tout particulièrement au noir, dont il a été l’un des grands noms dès les années 40, en lui apportant une approche très réaliste, mêlée à une vision presque romantique du genre. Cette logique trouve une sorte d’aboutissement avec The New Centurions, l’un des plus beaux films consacrés à la police américaine.

Sorti à la même époque que French Connection ou Serpico, le film de Fleischer va beaucoup plus loin dans cette vision réaliste du quotidien de la police, avec des choix nettement plus radicaux à leur manière. Pas de grande enquête au long cours ici, ni de flics pourris qui gangrènent l’institution. Non, Fleischer s’intéresse d’abord aux hommes, à ces policiers en uniforme qui roulent toute la nuit pour aller à la rencontre de cette étrange faune humaine, dans les quartiers défavorisés de Los Angeles.

Des types bien, une société malade, une succession de petits moments tantôt légers, tantôt tragiques, tantôt violents. Des drogués, des tueurs, des mères irresponsables, des solitudes, des désespoirs… Et au milieu, ces hommes en bleu qui veulent faire au mieux, pour aider ce public qui ne les aime pas forcément. Fleischer filme cette société avec une acuité sidérante, grâce à laquelle le film semble aujourd’hui encore d’une incroyable actualité. Et il filme ces flics avec une empathie évidente, et une nostalgie inattendue.

Dans le rôle principal, Stacy Keach est excellent, jeune recrue idéaliste qui devient accro à la rue et à ses malades. Mais le film est aussi habité par la présence de George C. Scott, magnifique en vieux briscard qui se berce d’illusions sur sa retraite toute proche. Un homme bien, qui fait la différence entre la loi et le bien, et qui comprendra trop tard qu’il a tout sacrifié à cette vie de dévouement.

Un tel chant d’amour à la police pourrait être douteux. Il est superbe. Au sommet de son art, Fleischer s’offre quelques fulgurances de mise en scène (la poursuite dans ce tunnel qui n’en finit plus de réduire l’écran), mais privilégie les personnages (les seconds rôles sont tous formidables, parmi lesquels Erik Estrada, le futur Ponch de la série télé ChiPS). Du puR Fleischer, donc. Et du grand Fleischer.

* Le film fait partie du formidable coffret que Carlotta a consacré à Fleischer, avec deux autres évocations du Mal, dans des genres très différents : Terreur aveugle et L’Etrangleur de Rillington Place. Trois films tournés à la même époque (entre 1971 et 1972), trois facettes du talent de Fleischer, trois grands films. Et des bonus passionnants.

Terreur aveugle (Blind Terror) – de Richard Fleisher – 1971

Posté : 26 février, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Terreur aveugle (Blind Terror) - de Richard Fleisher - 1971 dans * Polars US (1960-1979) Terreur%20aveugle_zps7bdndghd

Devenue aveugle à la suite d’une chute à cheval, une jeune femme revient vivre dans le grand domaine de son oncle et de sa tante. Mais alors qu’elle s’est absentée, un tueur mystérieux vient décimer sa famille. Lorsqu’elle rentre à la maison, elle ne se rend compte de rien…

Voilà un « pitch » qui promet de bien belles sueurs froides. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la promesse est largement tenue. Fleisher fait bien plus que nous coller des frissons : il signe un film admirablement tendu, dont le cœur (disons, le deuxième tiers) fait partie des plus grands moments de pure trouille de l’histoire du cinéma. Mia Farrow (formidable en jeune aveugle, jamais dans la démesure et toujours hyper crédible) qui déambule paisiblement dans cette grande maison dont elle ne sait pas qu’elle est jonchée de cadavres, est une vision pour le moins traumatisante.

Surtout que la mise en scène joue très habilement sur le décalage entre le point de vue de cette femme qui ne voit rien du drame qui se noue, et ce que la caméra laisse voir au spectateur. En ne montrant, subrepticement, que l’environnement direct de l’héroïne, sans plan d’ensemble ni gros plan évocateur. Un expérience éprouvante et absolument fascinante.

Dès la toute première image, l’ambition de Fleisher saute aux yeux : ce mouvement de caméra qui s’arrête, à la sortie d’un cinéma, sur bottes d’un homme dont on ne verra jamais le visage (jusqu’à la dernière minute) fait d’emblée naître l’angoisse et le danger. Toute la première partie, avant l’irruption de la terreur pure, sera dominée par ce sentiment de danger, qui accompagne les premiers pas de la jeune aveugle trouvant ses marques dans cette grande maison, après des semaines passées à l’hôpital.

C’est l’une des grandes réussites du film : cette manière d’associer la peur à la vision presque documentaire d’une jeune femme réapprenant à vivre sans la vue. Tous les moments les plus terrifiants reposent d’ailleurs sur des sensations, ou des promesses de sensations : un pied nu qui effleure des morceaux de verre, un vent violent ou la pluie qui balaye les visages, une main qui caresse un cheval, un corps au contact avec de la glaise… Autant de pures sensations physiques qui nous aident à ressentir les sensations de Mia Farrow.

Avec un tel sujet, la plupart des réalisateurs auraient privilégié les séquences nocturnes. On jurerait d’ailleurs que cette cave dont on nous parle au début du film est appelée à jouer un rôle important dans l’histoire. Mais non : les rares scènes de nuit sont des moments de répit. Toute l’action se déroule en plein jour, dans de grands espaces ouverts. Loin, donc, de tous les clichés attendus, et avec une maîtrise constante qui prouve une bonne fois pour toute que Fleisher fait, vraiment, partie des grands.

C’est bien par sa seule mise en scène qu’il suggère la terreur de la jeune femme dans un environnement qui lui est familier, puis son angoisse peut-être plus terrible encore dans un décor qu’elle ne connaît pas, et où aucun repère ne lui est offert. Tourné la même année que 10 Rillington Place, Blind Terror est une variation radicalement différente et fascinante sur le thème du Mal.

* Le film fait partie du coffret consacré à Richard Fleisher, regroupant trois films noirs très différents les uns des autres (avec L’Etrangleur de Boston et Les Flics ne dorment pas la nuit).

L’Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place) – de Richard Fleischer – 1971

Posté : 7 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

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Entre L’Etrangleur de Rillington Place et L’Etrangleur de Boston, que Fleischer a tourné trois ans plus tôt, il y a une parenté évidente. Les deux films s’inspirent de faits divers réels. Dans les deux cas, il s’agit de tueurs en série qui se cachent derrière l’apparence d’honnêtes maris. Et Fleischer choisit une même approche très réaliste. Pas documentaire pour autant cela dit : les deux films sont avant tout l’oeuvre d’un grand cinéaste, qui utilise toutes les ficelles de son art.

Malgré cette parenté, jusque dans le titre français de celui-ci, qui joue évidemment avec l’image du précédent, les deux films sont très différents, à quasiment tous points de vue. Le point de vue justement. Dans le premier film, Flesicher passait de la police au tueur avec d’importantes ruptures de ton. Ici, s’il passe d’un personnage à un autre, son film tourne constamment autour de l’adresse du titre original.

D’où l’impression, aux antipodes de … Boston qui multipliait les regards différents (jusqu’à jouer habilement avec le splitscreen), d’être enfermé dans cet immeuble un peu vétuste d’un quartier londonien un peu pourri, où se croisent deux couples aux relations un peu glauques. Une sensation d’étouffement, et un profond malaise, que Fleischer instaure en quelques scènes seulement, grâce à sa caméra qui circule sans qu’on s’en rende vraiment compte d’un appartement à l’autre.

L’histoire est simple : un jeune couple emménage dans un petit appartement. Ils font la connaissance de leurs voisins si polis et « convenables ». Mais lui (le voisin) est un tueur de femmes qui sévit en toute impunité depuis des années, un fait que l’on découvre dès la séquence d’ouverture histoire de tuer dans l’œuf tout faux suspense.

Du suspense, il y en a cela dit, mais il tourne uniquement autour de l’imminence de la violence, et de son inéluctabilité. Mais c’est plutôt l’horreur de la situation qui domine, une sensation pour le moins inconfortable que renforce la prestation hallucinante de Richard Attenborough. Le grand-père au sourire rassurant de Jurassic Park incarne ici un psychopathe d’une banalité proprement terrifiante.

Et c’est bien cette familiarité, cette véracité à tous points de vue, qui sidère dans le film de Fleischer. Une mention dans le générique de début précise que le film respecte autant qu’il le peut la vérité des faits. Mais le plus important, c’est le réalisme quotidien, qui repose à la fois sur le moindre détail des décors et sur l’interprétation, parfaite.

John Hurt, quasi débutant, est formidable en mari dépassé par les événements, tout comme Judy Geeson en mère trop jeune et trop innocente. Plus discrète, et plus dérangeante peut-être : Pat Heywood, dans le rôle de l’épouse effacée du tueur, dont les doutes se lisent de plus en plus facilement dans les yeux qu’elle préfère, littéralement, fermer plutôt que d’affronter la vérité.

Fort, et dérangeant.

* Carlotta a édité un beau coffret blue ray regroupant trois films « noirs » très différents tournés par Fleischer à la même période. Y figurent aussi Terreur aveugle et Les Flics ne dorment pas la nuit. Indispensable pour réaliser que Fleischer est un grand cinéaste, et authentique auteur.

Armored Car Robbery (id.) – de Richard Fleischer – 1950

Posté : 23 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Armored Car Robbery (id.) - de Richard Fleischer - 1950 dans * Films noirs (1935-1959) Armored%20Car%20Robery_zpsgpsceaor

En à peine plus d’une heure, Fleischer signe un modèle de polar, dans la lignée de ce mini-genre dont il fut l’un des maîtres avec Anthony Mann, très loin des codes du « film noir » tel qu’on le représente souvent : un polar sec et réaliste, qui évite toute représentation héroïque ou romantique du flic ou du bad guy. Une sorte de cinéma vérité avant l’heure… et avec style.

L’histoire est simple : un braquage de camion blindé qui se termine dans le sang, l’enquête besogneuse de policiers déterminés, et la cavale des braqueurs… C’est simple, et ça a été vu mille fois. Mais tout repose sur la manière dont Fleischer filme ça : en faisant bien garde d’éviter tout sentiment d’extraordinaire.

Le flic a le charisme et la carrure de Charles McGraw (figure incontournable du genre alors, que ce soit chez Mann ou Fleischer qui le retrouvera pour L’Enigme du Chicago Express), mais son enquête n’a de spectaculaire que sa conclusion. Pour y arriver, le fillm souligne les interminables surveillances, les coups de pouce du destin, et surtout cette approche quasi-scientifique déjà avec l’étude minutieuse des scènes de crime, rarement montrée à l’écran à cette époque.

Côté méchants aussi, la banalité est de mise, avec un William Talman présenté dans les premières scènes comme une légende du braquage, et qui finalement doit faire avec ses propres bourdes et imperfections, et avec ses mauvaises décisions aux conséquences définitives…

Bien sûr, comme beaucoup de films de cette mouvance quasi-documentaire, la police en sort grandie, et le réalisateur appuie sur le dévouement sans faille de ces hommes qui sacrifient tout. Mais sans angélisme, et sans en faire des surhommes pour autant.

Mais c’est avant tout un vrai film de genre, pas une ode à la police et à son dévouement quotidien. Fleischer signe ainsi quelques séquences réellement mémorables : celle du braque notamment, mais aussi celle quasi-muette de l’entrepôt, chef d’oeuvre de construction et de suspense.

Un petit film, par le budget et par le métrage, mais du grand cinéma.

Le Génie du mal (Compulsion) – de Richard Flesicher – 1959

Posté : 16 septembre, 2014 @ 3:37 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Génie du mal (Compulsion) – de Richard Flesicher – 1959 dans * Films noirs (1935-1959) LeGeacuteniedumal_zpsf97cc231

En 1924, deux jeunes garçons trop gâtés de la haute société de Chicago décident d’assassiner froidement un enfant du quartier choisi par hasard, parce qu’ils ont la certitude que leur intelligence supérieure leur permettra de commettre le crime parfait. Arrêtés à cause d’un petit détail, les jeunes meurtriers sont défendus par un avocat vedette, farouche opposant de la peine de mort, qui leur évite la pendaison à l’issue d’une plaidoirie magistrale.

Ce fait divers authentique et glaçant a inspiré une pièce de théâtre que Hitchcock adaptera : La Corde. Trente ans après les faits, il a aussi abouti à l’écriture d’un best seller resté comme une référence, précurseur du De sang froid de Truman Capote. Il faut souligner que, même si le livre est écrit longtemps après les faits, l’auteur, Meyer Levin, en est un témoin direct. Non seulement il avait suivi l’affaire en tant que jeune journaliste, mais il connaissait personnellement les tueurs, qu’il fréquentait sur les bancs de la fac. Tous les noms ont été modifiés, y compris le sien : Sid, le personnage du jeune journaliste, c’est lui bien sûr.

C’est ce livre qu’adapte peu après sa sortie Richard Flesicher, à la fois description presque clinique du crime et de l’enquête qui a suivi, et plongée vertigineuse dans la logique glaciale de ces deux tueurs. C’est aussi le portrait d’une époque, d’une classe sociale, et des rapports humains qui est au cœur de Compulsion, dont le noir et blanc tranche avec celui plus romantique des premiers films noirs de Fleischer.

Un aspect très réaliste, et même quotidien, quasiment de cinéma-vérité, qui contribue pour beaucoup à la puissance du film. Que ce soit dans la préparation du crime, ou dans la manière dont les deux jeunes tueurs (Dean Stockwell et Bradford Dillman) assument leurs actes et font face à l’enquête, il y a quelque chose de vraiment glaçant dans ce film. Leur froideur contraste cruellement avec leurs visages juvéniles, et leur absence revendiquée de sentiments est soudain contredite par de brefs accès de sincérité…

Tête d’affiche, Orson Welles n’apparaît que dans la dernière demi-heure, mais dès son entrée en scène, il donne une nouvelle direction au film : le cinéma vérité se transforme alors en un plaidoyer inattendu contre la peine de mort. La folie du cinéaste-acteur est parfaitement bridée par Fleischer, et la prestation de Welles est l’une des plus belles de sa carrière. Sa lassitude, son regard qui semble revenu de tout, font merveille dans l’inoubliable (et longue) plaidoirie qui clôt le film. Puissante, fascinante et bouleversante.

• Un blue ray de haute volée vient de sortir aux éditions Rimini. Le film est présenté dans une copie parfaite, et le disque s’enrichit de bonus très intéressants : un long documentaire consacré à l’affaire qui a inspiré le film, une présentation par François Guérif du livre de Meyer Levin, une introduction de Richard Fleischer (tirée d’un entretien de 1996), un retour sur les films noirs de Fleischer, et surtout une évocation par l’historienne du cinéma Linda Tahir de la carrière d’acteur d’Orson Welles.

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:37 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966 dans 1960-1969 le-voyage-fantastique

Le problème avec les films très modernes, c’est qu’ils vieillissent plus vite et plus mal que les autres. Et il faut bien reconnaître que, presque cinquante ans après sa sortie, Le Voyage fantastique a salement morflé. Les effets spéciaux kitschissimes et les transparences (sans doute révolutionnaires à l’époque) ne font vraiment plus illusion aujourd’hui, ce qui pourrait ne pas être très grave si ces effets spéciaux n’étaient pas le sujet même du film : sa principale raison d’être.

On a beau être impressionné par le casting (Edmond O’Brien, Donald Pleasence, Arthur Kennedy…), on réalise bien vite que les comédiens n’ont strictement rien à jouer, si ce n’est quelques courtes scènes mettant en évidence la peur. Mais la plupart du temps, ils doivent se contenter d’enchaîner les moues improbables devant des écrans verts, sans qu’on puisse imaginer rien d’autre que… des acteurs condamnés à enchaîner les moues improbables devant des écrans verts. Le pire dans cette histoire, c’est Raquel Welch, dont on ne peut que rappeler qu’elle était une star très sexy à l’époque. Pourquoi l’avoir choisi elle pour l’utiliser si mal restera le plus grand mystère de cette chose ambitieuse et datée.

On sombre dans l’ennui le plus opaque lorsque le film se contente d’enchaîner les interminables plans sur ce sous-marin naviguant dans les méandres du corps humains. Mais on se réveille régulièrement quand Richard Fleischer renoue avec un cinéma plus humain. Sa mise en scène, d’ailleurs, est le plus souvent hyper efficace et percutante. Suffisamment en tout cas pour sauver quelques séquences tendues.

Le meilleur ? Les dix premières minutes, quasiment muettes et très impressionnantes, qui plante le contexte, posant les bases d’un pur film d’espionnage (pour mieux dynamiter ces bases). Le plus impressionnant finalement, c’est le tout premier plan du film : un travelling incroyable suivant un avion de ligne à l’atterrissage. Un plan qui, mine de rien, lance d’emblée un mouvement perpétuel qui ne s’achèvera qu’avec le mot « fin ».

• Le blue ray du film vient de sortir chez Fox, avec un documentaire énamouré sur les effets spéciaux du film (en VO sans sous-titre).

Assassin sans visage (Follow me quietly) – de Richard Fleischer – 1948

Posté : 17 septembre, 2013 @ 11:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Assassin sans visage (Follow me quietly) – de Richard Fleischer – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) assassin-sans-visage

Une heure, pas une minute de plus : c’est ce qu’il faut au jeune Fleischer pour signer la matrice de tous les grands films de serial killer tournés depuis. Don Siegel pour L’Inspecteur Harry, David Fincher pour Seven… Sûr que tous les cinéastes s’étant attelés au genre ont vu et revu cette petite production fauchée de la RKO, et s’en sont inspirés consciemment ou non.

Le film, en tout cas, tranche nettement dans l’abondante production de films noirs de cette décennie. Pas tant par l’histoire (co-écrite par Anthony Mann) que par la mise en scène de Fleischer, d’une modernité stupéfiante.

Le jeune cinéaste sait filmer la routine de ces flics qui enquêtent sur les agissements d’un tueur en série, et dont l’enquête piétine, se résumant la plupart du temps à du porte-à-porte et des défilés de suspects. De la pure routine policière que rien de spectaculaire ne vient rompre. L’obsession grandissante du héros, interprété plutôt bien par William Lundigan (vous ne connaissez pas ?), pose également les bases de ce que seront des dizaines de flics obsessionnels dans les décennies à venir (jusqu’à celui de Zodiac, toujours de Fincher).

Il y a là de magnifiques idées de mise en scène. Le flic, incapable de trouver une nouvelle idée pour démasquer le coupable, qui se fige en réalisant que la pluie, souvent synonyme de nouveau meurtre, est revenue ; la découverte du « placard des horreurs » dans l’appartement du tueur ; le long plan qui dévoile enfin le visage du tueur… Autant d’images marquantes qui donnent un ton unique au film.

Pour être tout à fait honnête, l’idée centrale du film est assez con. Notre héros, dans l’impasse, a une idée de génie : fabriquer un mannequin qui représente le plus fidèlement le tueur, tel qu’on le connaît d’après les indices qu’il laisse derrière lui. Un mannequin dénué de visage, seul détail manquant… Sans trop dévoiler le film, figurez-vous que ça marche.

On ne devrait pas y croire une seconde, mais la présence de ce mannequin est tellement flippante devant la caméra de Fleischer que l’absurdité du procédé est remisée au second plan. Surtout que le cinéaste s’offre une séquence totalement gratuite avec ce mannequin : un « face-à-face » (à peu près) entre lui et le policier, alors que la pluie tombe derrière les fenêtres. Un pur moment d’angoisse, l’images la plus traumatisante de cette perle noire remarquable.

• Diffusé récemment au Cinéma de Minuit de Patrick Brion, le film existe aussi en DVD : dans la collection bleue RKO des Editions Montparnasse. En bonus : une brève introduction par Serge Bromberg.

Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) – de Richard Fleischer – 1955

Posté : 5 avril, 2013 @ 6:19 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) – de Richard Fleischer – 1955 dans * Films noirs (1935-1959) les-inconnus-dans-la-ville

Violent Saturday est un film génial qui, mine de rien, révolutionne complètement le film de braquage. A première vue, Richard Fleischer signe un film de genre tout ce qu’il y a de plus classique : trois gangsters arrivent dans une petite ville et se préparent pour l’attaque d’une banque. On a vu ça cent fois dans des polars, ou des westerns.

Mais dans la première heure, les préparatifs des gangsters ne sont là qu’en pointillés, servant de fil conducteur entre des personnages qui, d’habitude, ne sont au mieux que des seconds rôles, au pire des figurants : les habitants de cette petite ville, ceux qui, vers la fin du film, vont voir leur vie bouleversée par un petit moment de violence extrême.

Ils sont une dizaine de personnages qui n’ont rien de spectaculaire, mais qui ont tous leurs petits défauts, leurs fêlures. Et ce sont ces parts d’ombre que Fleischer explore, avec une délicatesse et une intelligence folles. Victor Mature en père de famille qui souffre de ne pas être un héros aux yeux de son fils ; Richard Egan en riche héritier qui aime encore une femme dont l’infidélité le ronge ; Sylvia Sidney en vieille fille qui n’arrive pas à joindre les deux bouts et se résout à voler ; Tommy Noonan en banquier qui reluque la cliente dont il est secrètement amoureux…

Fleischer réussit à faire vivre chacun de ses personnages, à la rendre profondément attachants et émouvants. Et il le fait avec une fluidité de l’action qui est remarquable : pas une seconde cette action en suspens ne fait baisser le rythme d’un film constamment passionnant et brillant.

Côté gangsters aussi, Fleischer évite les facilités, choisissant trois caractères qui flirtent avec le stéréotype (le chef, le cérébral, la brute), pour mieux en prendre le contre-pied. Notamment lors d’une discussion nocturne entre Stephen McNally et Lee Marvin, totalement inattendue, qui n’apporte strictement rien à l’intrigue, mais fait beaucoup pour la profondeur de ces personnages, et pour l’atmosphère si singulière du film.

Cette courte scène illustre bien le part pris de Fleischer : ne s’intéresser vraiment qu’à tout ce qui d’habitude passe au second plan : les angoisses et incertitudes des protagonistes, le quotidien des personnages secondaires,…

Quant à l’explosion de violence attendue, aussi brève que fulgurante, elle est d’une virtuosité incroyable, révélant le caractère de certains, et l’absurdité de l’entreprise. La fusillade finale, surtout, est extraordinaire, donnant soudain à Victor Mature les épaules d’un authentique héros. Sa vie, et ses rapports avec son fils, s’en trouveront bouleversés.

C’est ce qui est beau dans ce film : la manière dont l’intrigue policière et la chronique d’une petite ville normale sont intimement liées. Violent Saturday est un chef d’œuvre, l’un des plus beaux films de son auteur.

L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler) – de Richard Fleischer – 1968

Posté : 5 avril, 2013 @ 2:27 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, CURTIS Tony, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler) – de Richard Fleischer – 1968 dans * Polars US (1960-1979) letrangleur-de-boston

Maître du polar de série B des années 40 (avec Anthony Mann), Richard Fleischer revient au noir, mais avec une envie de dynamiter le genre. Pour porter à l’écran l’histoire authentique d’un tueur en séries, qui a sévit dans le Boston du début des années 60, Fleischer adopte une approche quasi-documentaire (même si de nombreuses libertés sont prises par rapport à la réalité) dans la peinture de policiers au travail, mais aussi pour retranscrire l’atmosphère de paranoïa grandissante dans cette Amérique bouleversée par la mort de son président.

Le film est clairement divisé en deux parties, d’importance et de durée égales. La première s’intéresse à l’enquête qui piétine, aux multiples fausses pistes, aux tâtonnements d’une police qui met un temps à fou à s’organiser autour du flic qui servira de pivot, interprété par Henry Fonda.

Surtout, Fleischer, la même année que Norman Jewison avec L’Affaire Thomas Crown, révolutionne l’utilisation du « split screen », qu’il utilise pour filmer les meurtres, et surtout l’effet que leurs découvertes ont sur la population. Cette technique permet d’accroître le sentiment d’insécurité qui règne, et témoigne aussi de la schizophrénie d’un tueur dont on ne connaît encore rien.

Toute cette première partie est passionnante et effrayante, et ouvre la porte aux grands polars réalistes qui marqueront la décennie suivante, notamment ceux de Siegel et Friedkin (qui avait d’ailleurs été pressenti un temps pour réaliser le film). Ce réalisme rend parfaitement le chaos total de l’enquête.

Et puis il y a la scène centrale, celle où le visage du vrai tueur nous est enfin dévoilée, pas dans ses pratiques criminelles, mais dans son environnement familial. Un travelling lent et impressionnant nous montre Tony Curtis, père de famille regardant sans un mot l’enterrement de JFK à la télévision, alors que sa charmante femme et ses jeunes enfants pleins de vie s’affairent autour de lui. Alors qu’on s’attendait à découvrir un maniaque, asocial et malsain, on découvre un Américain lambda, à l’apparence banale et visiblement bien intégré, père d’une jolie famille.

C’est alors un autre film qui commence, porté par un Tony Curtis exceptionnel, dans ce qui est peut-être la meilleure prestation de sa carrière. Un tueur névrosé, qui se livre à un combat intérieur entre ses deux personnalités, sans jamais tomber dans l’excès ou le grotesque.

Cette dualité du personnage de Curtis eplose dans un long face-à-face avec Henry Fonda, après que ce dernier (avec George Kennedy) a réalisé que le type qu’il venait de croiser par hasard était sans doute le tueur qu’il cherchait depuis si longtemps… Une scène brillante.

Désormais, le film n’a plus rien d’un polar : il est le portrait d’un type perturbé qui refuse de regarder en face le monstre qu’il est. Curtis réussit la gageure de nous rendre ce tueur en série absolument tragique, et c’est tout aussi passionnant.

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