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Archive pour la catégorie 'FINCHER David'

Gone Girl (id.) – de David Fincher – 2014

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:25 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FINCHER David | Pas de commentaires »

Gone Girl (id.) - de David Fincher - 2014 dans * Thrillers US (1980-…) Gone%20Girl_zpsmgstudyh

Le jour de son anniversaire de mariage, une jeune femme (Rosamund Pike) disparaît mystérieusement. Son mari idéal (Ben Afflek) affiche aux yeux du grand public un manque d’émotion forcément suspect… Un sujet passionnant et intriguant pour ce nouveau thriller de Fincher. Pas de tueur en série, pour une fois, mais une plongée complexe et fascinante « derrière les rideaux » : ceux des fenêtres de ce couple en apparrence parfait, et ceux que se créent les personnages entre eux.

La première heure est exceptionnelle, parce que la tension repose sur le doute. Ben Afflek a-t-il tué sa femme ? L’image de bonheur que son couple dégageait était-elle fabriquée de toutes pièces ? Fincher joue , comme souvent, sur l’image et la mise en scène pour tromper son monde, et crée un décalage constant entre l’horreur de la situation et la posture des personnages.

Il y a le sourire ultra bright de Ben, pour commencer, qui semble étrangement déplacé. Il y a aussi la présence étouffante des beaux parents, totalement maîtres de leurs postures, qui ont fait de la mise en scène le principe même de leur vie et de « l’éducation » de leur fille, transformée en modèle fantasmée dès son plus jeunes âge : cette fille de chair et de sang n’est qu’un brouillon pour la « vraie » fille, héroïne de romans créée par les parents écrivains.

Il y a dans Gone Girl une vision effrayante de la famille et du rapport aux parents, dénué (pour la marie comme pour l’épouse) du moindre sentiment d’amour. Une absence troublante dont Fincher ne fait pas le sujet central, mais qui pèse constamment sur le film, créant un profond malaise. Une absence de spontanéité aussi, la moindre action des personnages semblant guidée par un objectif mystérieux.

Définitivement débarrassé des trucs de clipeux de ses débuts, Fincher est devenu un cinéaste élégant, classique et classieux, à la mise en scène d’une intelligence redoutable, toujours au service de l’histoire et de l’émotion, quel qu’il soit. Gone Girl est une nouvelle preuve éclatante de son talent quasi-unique dans le cinéma américain actuel.

On peut regretter, quand même, le tournant que prend le scénario au bout d’une heure. En privant le spectateur du plaisir immense du doute lancinant, Fincher bifurque alors vers un autre film, tout aussi retors mais un peu plus convenu. Et là, je me demande bien ce que je pourrais dire de plus sans priver le futur spectateur de ce mystère si jouissif… Rien, sans doute. Si ce n’est qu’un Fincher un peu frustrant reste un film hors du commun…

* Le film est édité en DVD chez Fox, dans un bel écrin, et avec un commentaire audio de David Fincher.

House of Cards, saison 1 (id.) – série créée par Beau Willimon, réalisée par David Fincher, James Foley, Joel Schumacher, Charles McDougall, Carl Franklin et Allen Coulter – 2013

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:51 dans 2010-2019, COULTER Allen, FINCHER David, FOLEY James, FRANKLIN Carl, McDOUGALL Charles, SCHUMACHER Joel, TÉLÉVISION, WILLIMON Beau | Pas de commentaires »

House of Cards, saison 1 (id.) – série créée par Beau Willimon, réalisée par David Fincher, James Foley, Joel Schumacher, Charles McDougall, Carl Franklin et Allen Coulter – 2013 dans 2010-2019 house-of-cards-1

David Fincher fait ses débuts sur petit écran avec cette adaptation d’une série anglaise, qu’il produit. Bien plus que la plupart des autres grands cinéastes s’étant essayé à la série TV (Michael Mann, Steven Spielberg, Martin Scorsese…) ; Fincher pose son empreinte sur ce chef d’œuvre télévisuel, grand moment hyper-addictif dont il pose les base visuelles en en réalisant les deux premiers épisodes.

On sent immédiatement la patte du réalisateur de Social Network, avec cette image glacée et élégante, et ces textos qui s’affichent sur l’écran avec une fluidité étonnante. Son obsession pour la mécanique du Mal, aussi, avec ce portrait d’un congressman frustré de ne pas avoir obtenu le poste qu’on lui avait promis, et qui va mettre tout son talent en œuvre pour entraîner la chute de ceux qui l’ont trahi, et pour atteindre lui-même le sommet. Quel qu’en soit le prix.

Kevin Spacey, le tueur en série de Seven, retrouve Fincher pour ce rôle hallucinant, auquel il apporte un cynisme (qu’il partage régulièrement pour des apartés face caméra) et une profondeur hors du commun. Frank Underwood est un héros hyper-charismatique.

C’est surtout un monstre total, qui connaît tous les secrets de Washington et sait s’en servir, comme il se sert de tous ceux qui l’entourent, quelles qu’en soient les conséquences. Des conséquences souvent désastreuses pour des dizaines, voire des centaines de personnes, victimes des manigances des politiciens, mais dont on ne verra rien ou presque : jamais on ne sort des alcôves de Washington.

Underwood est un salaud manipulateur, et un type tellement brillant qu’il en devient glaçant. Mais la force de la série est de ne pas en faire un être monolithique. A ses côtés, sa femme (Robin Wright, exceptionnelle également), avec qui il a une relation étonnante, à la fois complice, partenaire et confidante. Ces deux-là n’ont à peu près aucune limite et sont d’autant plus inquiétants qu’ils se complètent. Mais au contact l’un de l’autre, ils gagnent aussi une humanité inattendue.

Tout est-il si pourri dans cet univers ? Il y a bien quelques lueurs d’espoirs, mais qui se heurtent à la maladie la plus répandue dans ce monde : l’ambition et la soif de pouvoir. Il y a cette jeune journaliste prête à tout pour décrocher les scoops qui la feront sortir de l’anonymat, et ce congressman tiraillé par ses démons qui se voit comme un type bien mais n’en a pas la force…

En treize épisodes d’une cohérence parfaite (même les deux réalisés par Joel Schumacher qui, containts par les bases posées par Fincher, signe ses meilleures réalisations !), House of Cards s’impose comme l’une des meilleures séries de ces dernières années. Un château de cartes édifié sur le sang et sur les larmes, qui ne demande qu’à être balayé… L’attente de la saison 2 risque d’être longue !

• Quatre DVD pour cette géniale première saison, à découvrir dans un coffret édité chez Sony.

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002 dans * Thrillers US (1980-…) panic-room

Au choix, Panic Room est le film le plus virtuose, ou le plus vain, de David Fincher. Les deux qualificatifs vont de pair, pour ce thriller qui est, sur le papier au moins, et de loin, le film le moins ambitieux du réalisateur de Seven, Zodiac ou Social Network. Jugez plutôt : une mère fraîchement divorcée et sa fille adolescente emménagent dans une énorme maison de Manhattan, dotée d’une « panic room », une chambre forte inviolable qui permet aux habitants de se mettre à l’abri en cas de menace ou d’intrusion. Devinez quoi : la première nuit, trois intrus pénètrent dans la maison.

Rien de plus : juste un thriller en huis clos, une histoire que Hitchcock aurait sans doute beaucoup aimée. Les clins d’œil au maître du suspense sont d’ailleurs omniprésents. Plus ou moins évidents, mais bel et bien présents : la maison tout en verticalité qui évoque Psychose, les deux héroïnes cloîtrées qui observent la menace par écrans interposés qui cite Fenêtre sur cour, l’utilisation du faux plan séquence qui ne peut pas ne pas faire penser à La Corde

La démarche de Fincher, d’ailleurs, ressemble beaucoup à celle d’Hitchcock dans nombre de ses films : comment s’emparer d’un sujet banal et pas franchement passionnant, et le transcender par la seule grâce de la mise en scène. Fincher semble ainsi n’avoir choisi ce sujet que pour le plaisir de jouer avec toutes les possibilités d’un décor unique (à l’exception de l’introduction et de la conclusion du film) : cette maison sur quatre niveaux qui lui inspire des mouvements de caméra verticaux et horizontaux pensés au millimètre.

Trop peut-être : c’est en tout cas l’impression tenace qui me restait de la sortie en salles. Le fameux plan impossible, où la caméra semblait traverser les entresols, les barreaux des escaliers, et même passer à travers l’anse d’une cafetière, m’avait paru le comble du tape-à-l’œil inutile et grotesque. Avec le recul, et une dizaine d’années plus tard, me voilà plus nuancé. Il y a certes un côté virtuose gratuit dans ces vastes plans séquences inimaginables sans le numérique. Mais Fincher donne aussi l’impression de justifier avec intelligence l’utilisation des effets spéciaux : des outils qui permettent de se débarrasser des contraintes purement physiques pour permettre la réalisation des plans parfaits, ceux qui conviennent le mieux à la scène présente.

Parce que le moindre mouvement de caméra, le moindre plan de coupe… Tout est ici au service du suspense et de l’impression d’étouffement et de menace qui pèse sur les personnages de Jodie Foster (parfaite, dans un rôle prévu à l’origine pour Nicole Kidman) et de sa fille. Comme dans The Game, autre film mal aimé de Fincher, la virtuosité du cinéaste est totalement destinée au plaisir du spectateur, plaisir basé sur la manipulation et sur la perception. Des thèmes décidément très hitchcociens…

Zodiac (id.) – de David Fincher – 2007

Posté : 26 juin, 2013 @ 5:23 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Zodiac (id.) – de David Fincher - 2007 dans * Thrillers US (1980-…) zodiac

Après le triomphe de Seven, David Fincher avait entamé un cycle étonnant et hétéroclite, mais entièrement dédié à la manipulation et au pouvoir de l’image. Avec une relative sobriété (The Game), avec un style tape-à-l’œil tout droit venu de son passé de clippeur (Fight Club), ou avec une virtuosité un peu gratuite (Panic Room).

Avec Zodiac, Fincher signe peut-être son premier très, très grand film. Une œuvre fascinante et d’un grand classicisme qui annonce ses grands films à venir. En renouant avec le thème du tueur en série, on pouvait imaginer que le cinéaste allait surfer sur le succès de Seven. Il en prend au contraire le contre-pied. Alors que le précédent film flirtait avec le surnaturel, dans une ville cauchemardesque et inhumaine, et avec un tueur machiavélique à la limite de la caricature, celui-ci est absolument ancré dans la réalité.

Logique : l’histoire est vraie, celle d’un tueur surnommé « le Zodiac » ayant sévi dans la région de San Francisco entre le milieu des années 60 et la fin des années 70. C’est lui qui avait inspiré (librement) le tueur de L’Inspecteur Harry, film que les protagonistes de Zodiac découvrent d’ailleurs lors de sa première. Et le film est avant tout le portrait d’une époque de liberté et d’innocence perdues : celle des années 70 sur cette terre qui fut le paradis des babas-cool. Fincher restitue formidablement l’atmosphère de cette époque, et l’angoisse qui s’installe dans la population.

Le sujet du film, c’est aussi l’obsession. En cela, Zodiac est très comparable au formidable Memories of Murder du Coréen Bong Joon-ho, lui aussi inspiré d’un authentique tueur en série jamais arrêté. Une obsession qui, ici, habite et dévore littéralement trois personnages au cœur de l’enquête : un flic (celui qui a inspiré le Bullitt de Steve McQueen) interprété par Mark ruffalo, un journaliste star joué par Robert Downey Jr, et un jeune dessinateur de presse campé par Jake Gyllenhaal.

Les trois acteurs sont absolument formidables, donnant corps à l’obsession qui les ronge de l’intérieur, jusqu’au point de non-retour : tous trois perdront beaucoup dans cette histoire interminable, qui se prolonge des années durant. Le film fait parfaitement ressentir le poids insupportable du temps qui passe, les laissant parfois de longs mois, et même années, sans le moindre élément nouveau. Gyllenhaal, surtout, subit une mutation physique d’autant plus spectaculaire qu’elle ne repose que sur de petits détails : un regard fiévreux, des gestes moins apaisés… Il est ce type qui se sait condamné à chercher, conscient qu’il ne trouvera le repos que s’il croise un jour le regard du vrai tueur.

Fincher fait reposer son film sur ces petits détails qui soulignent l’obsession, la frustration, et la peur aussi, omniprésente dès la séquence d’ouverture. Car si le cinéaste évite ici tout effet gratuit, et toute surenchère, les scènes de crime, filmées sans fioriture, sont absolument glaçantes. Comme cette scène durant laquelle Gyllenhall se retrouve dans la maison d’un type qui pourrait être le tueur. Par de petits riens, sans que rien de tangible ne vienne appuyer la menace, Fincher fait de ce moment l’une des scènes les plus terrifiantes, les plus oppressantes et les plus claustrophobiques de la décennie.

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium – The Girl with the Dragon Tatoo) – de David Fincher – 2011

Posté : 30 novembre, 2012 @ 10:53 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FINCHER David | 1 commentaire »

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium – The Girl with the Dragon Tatoo) – de David Fincher – 2011 dans * Thrillers US (1980-…) millenium-fincher

D’un best seller plutôt surestimé (moins, quand même, que ses deux suites assez ennuyeuses), David Fincher tire un film étonnant, à la fois classique et décalé, constamment entre deux tons. D’un côté, Millenium est un film de serial killer passionnant, mais qui évoque tout à la fois Seven (pour le côté biblique des tueries) et Zodiac (pour la quête sans fin de la vérité). De l’autre, c’est une critique absolument effrayante d’une société (la Suède, mais pas que…) où la personne la plus équilibrée est une jeune femme asociale et mal dans sa peau, pupille de la nation considérée comme folle.

Fincher a eu raison de se focaliser sur le premier volume, plus linéaire, mais aussi plus riche que les deux suivants. Il y trouve tous les ingrédients du pur film de genre, qu’il met à sa sauce décapante. L’esprit n’est pas si loin de Zodiac, voir même de Fight Club.

Grand journaliste au fond du trou pour avoir osé s’attaquer à un puissant homme d’affaires, Mikael Blonkvist (Daniel Craig) trouve la rédemption en acceptant d’enquêter sur la disparition de la nièce d’un riche industriel, survenu quarante ans plus tôt. Il se rend dans une île où réside toute la famille de son nouvel « employeur », et c’est un condensé exagéré et grotesque de ce que la société fait de pire qu’il découvre sur place…

Société gangrenée par son passé, secrets de famille étouffants, innocence perdue… Fincher trouve dans ce best seller pas génial matière à explorer ses propres démons. Le double regard de Blonkvist, blanc chevalier pas si preux et pas si intègre, et de Lisbeth, rebelle incapable de se plier aux règles abjectes d’une société qui l’est tout autant, ne fait que renforcer le malaise que l’on ressent.

Malaise qui n’est pas tant dû aux crimes horribles du tueur en série (thème traité avec une nonchalance étonnante), qu’à l’hypocrisie ambiante de cette micro-société.

Une nouvelle fois, Fincher prouve que, débarrassé de ses tics d’ancien clippeur, il est devenu l’un des plus grands. Même avec Millenium qui n’atteint pas les sommets de Zodiac ou The Social Network, il signe un film fort, dérangeant, mais tout de même élégant. Ils ne sont pas si nombreux à réussir ce genre de prouesses…

The Game (id.) – de David Fincher – 1997

Posté : 6 septembre, 2012 @ 3:24 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

The Game (id.) - de David Fincher - 1997 dans * Thrillers US (1980-…) the-game

Autant Fight Club est le film le plus surestimé de Fincher, autant The Game est son chef d’œuvre le plus méconnu. Mal aimé, considéré à tort comme mineur et jamais vraiment réévalué depuis sa sortie il y a quinze ans, ce film est forme de trompe-l’œil est celui par lequel Fincher a commencé à remiser ses trucs de clippeur. Son premier film « mature », réalisé avec un classicisme et une élégance qui préfigure ses grandes œuvres à venir, de Zodiac à Social Network.

Faux thriller, faux film de complot, mais vrai film de manipulation, The Game est un pur plaisir de cinéma, une œuvre sur le pouvoir du cinéma et de la mise en scène que n’aurait pas reniée Hitchcock. Et avec un personnage principal magnifiquement écrit, et interprété par un Michael Douglas au sommet de son talent.

Homme d’affaire aussi riche et puissant que profondément seul, Douglas est un sale type, qui vit avec le souvenir d’un père qui s’est suicidé lorsqu’il était enfant. Divorcé, il s’est coupé de tous ses proches à force d’intransigeance et d’égoïsme. Dans son immense bâtisse familiale, où il vit seul, il mène une non-vie sinistre et froide. Jusqu’à ce que son petit frère, interprété par Sean Penn, lui offre un cadeau mystérieux : une sorte de jeu de rôle dont il ignore tout.

Du jour au lendemain, son quotidien change du tout au tout, avec de petits incidents apparemment sans gravité qui s’accumulent, créant une sourde menace. Bientôt, sa vie semble menacée, et un piège machiavélique se referme sur lui.

La force du film est de ne jamais quitter le point de vue de Michael Douglas. Les événements qui surviennent nous semblent aussi incompréhensibles que pour le personnage. David Fincher s’amuse à nous manipuler, comme le personnage de Douglas est manipulé tout au long du film. Ses réactions à lui illustrent nos émotions, et résument la puissance du cinéaste, démiurge tout puissant lorsqu’il maîtrise son art.

Et Fincher le maîtrise parfaitement. Avec ses rebondissements innombrables, son efficacité à toute épreuve et sa belle élégance, The Game rappelle les chef d’œuvre d’Hitchcock, lorsque le cinéaste maîtrisait le moindre détail de ses films, et amenait le spectateur exactement où il voulait. C’est ce miracle que Fincher réédite avec ce petit bijou à redécouvrir d’urgence.

The Social Network (id.) – de David Fincher – 2010

Posté : 26 février, 2011 @ 11:59 dans 2010-2019, FINCHER David | Pas de commentaires »

The Social Network (id.) - de David Fincher - 2010 dans 2010-2019 the-social-network

Il en a fait du chemin, Fincher, depuis Alien 3. Sans réelle faute de goût (bon, Panic Room, quand même…), le réalisateur de Seven n’a jamais cessé de brouiller les pistes, changeant continuellement de genre, souvent avec une inspiration qui semble sans bornes. Pourtant, il y a quelque chose de typiquement Fincherien dans chacun de ses films, un fil conducteur dont on a du mal à définir la teneur exacte, mais que l’on ressent intensément.

Avec The Social Network, un film qui n’a a priori rien à voir (mais alors rien du tout) avec l’enquête sans fin de Zodiac ou la vie à l’envers de Benjamin Button (ses deux précédents films), ce fil conducteur saute aux yeux. Il est double, en fait. D’un point de vue formel, le « style Fincher » est un mélange de plus en plus heureux au fil des films entre une virtuosité toute clipesque (Fincher a été découvert grâce à ses clips), et le classicisme le plus pur : film après film, Fincher se débarrasse des tics et boursouflures qui plombaient un peu Fight Club et Panic Room, et met totalement son style éblouissant au service de l’histoire.

Et puis il y a le vrai thème central de Social Network, qui pourrait être celui de tous les films de Fincher depuis Alien 3 : la solitude, immense, plombante, aliénante (mouais…) des personnages. A voir ce film consacré à la naissance de Facebook, histoire dont, a priori, je me contrefous totalement, cette solitude absolue saute aux yeux, et prend aux tripes, laissant un sentiment de malaise comme on en ressent que rarement au cinéma.

Le personnage principal, ici, c’est Mark Zuckerberg, le plus jeune milliardaire de l’histoire, le jeune étudiant de Harvard qui a créé Facebook il y a sept ans seulement, et qui a révolutionné les rapports humains, donnant une dimension inédite à la notion de vie privée, de respect de l’autre, et d’amitié. On comprend bien ce qui a attiré Fincher dans cette histoire : le paradoxe qui existe entre un réseau social dont les membres font la course aux « amis », affichant fièrement et sans retenue les photos et les moindres détails de la « vie sociale », et son créateur, sorte d’autiste brillant, incapable lui-même d’avoir une relation stable avec qui que ce soit, et qui finit par trahir de la manière la plus froide qui soit le seul ami qu’il ait jamais eu…

Mark Zuckerberg (à qui Jesse Eisenberg apporte toutes les nuances nécessaires) est-il un monstre calculateur et dénué de toute moralité ? Est-il simplement incapable de montrer ses sentiments ? Fincher ne tranche pas, et sème encore plus le trouble en laissant entendre sans erreur possible que l’argent n’est pas le moteur de Zuckerberg, pas plus maintenant qu’il est milliardaire que lorsqu’il était un étudiant sans le sou. Quel est donc le moteur de ce jeune homme sans allure, mais à l’intelligence impressionnante et dévorante ? La question hante le spectateur alors que le générique défile. Une chose est sûre : si Zuckerberg a gagné le pouvoir, il n’a fait que renforcer sa profonde solitude…

La construction du film est brillante. Des jumeaux à qui il aurait volé l’idée de Facebook, et son meilleur ami dont il s’est débarrassé un peu abusivement, réclament de grandes sommes d’argent à Zuckerberg, qui doit raconter les premiers mois de la création du site. Et les débuts sont pour le moins dégueulasses : à l’automne 2003, alors qu’il vient de se faire plaquer, Zuckerberg, pinté, se met à insulter son ex sur son blog, tout en créant une sorte de base de donnée incitant les étudiants à comparer et classer toutes les filles du campus. Le succès est immédiat, et sans précédent.

Fincher n’a apparemment pas un amour immodéré pour Facebook, dont il dévoile les coulisses sordides. Mais ce n’est pas ça qui l’intéresse : c’est ce tout jeune homme qui arrive au sommet du monde, sans y avoir vraiment rien gagné. La fin de l’histoire, bien sûr, reste à écrire.

• Curieux hasard : alors que j’écris ces lignes, Social Network décroche le César du meilleur film étranger. Fincher doit être rudement content, non ?

 

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