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Archive pour la catégorie 'DWAN Allan'

LIVRE : Allan Dwan, la légende de l’homme aux mille films – collectif – 2002

Posté : 13 février, 2017 @ 8:00 dans DWAN Allan, LIVRES | Pas de commentaires »

Allan Dwan La légende de l'homme aux mille films

Allan Dwan aurait réalisé mille films, selon la légende hollywoodienne (qui donne son titre au livre). C’est sans doute très exagéré, mais l’impressionnante filmographie réunie pour cet ouvrage dénombre toutefois 453 titres en cinquante de carrière. D’accord, les deux tiers d’entre eux sont des films d’une à cinq bobines (10 à 50 minutes environ) tournés de 1912 à 1916. N’empêche : Dwan reste l’un des cinéastes les plus prolifiques d’Hollywood, dont la carrière couvre toute la grande histoire du cinéma, de la naissance du langage cinématographique à l’apparition du cinéma parlant, des premiers longs métrages à l’âge d’or d’Hollywood, et jusqu’aux prémices du Nouvel Hollywood.

Cette hallucinante filmographie, qui semble être la plus complète et la mieux documentée jamais établie, n’est pas l’élément le moins intéressant de cet ouvrage édité à l’occasion d’une rétrospective consacrée à Dwan au festival de Locarno (en 2002). Un ensemble de textes disparates, écrits à diverses périodes, dont l’assemblage à lui seul constitue un témoignage passionnant sur l’évolution de la connaissance que le public et la critique ont (ou ont eu) de son œuvre.

Dans un article écrit quelques mois après la mort de Dwan, en 1981, le critique Jean-Claude Biette estime ainsi que le cinéaste restera surtout dans l’histoire pour le Robin des Bois avec Douglas Fairbanks, ainsi que pour Suez et Iwo Jima. Vingt ans plus tard, ces deux derniers films, aussi réussis soient-ils, seront largement éclipsés par la dizaine de films d’une extrême cohérence visuelle et thématique que Dwan tournera dans les années 50 avec le producteur Benedict Bogeaus et le chef-op John Alton, à commencer par Silver Lode et Tennessee’s Partner.

Ces films, effectivement formidables, étaient au cœur de la rétrospective de Locarno, et ont été édités à la même époque dans un excellent coffret DVD (chez Carlotta), ce qui explique largement cette réévaluation tardive. On retrouve d’ailleurs dans ce livre les critiques de tous ces films, publiées en 2002 dans Les Cahiers du Cinéma.

De ces films, il n’est pourtant question que brièvement, et de manière très parcellaire, dans le formidable entretien réalisé par Peter Bogdanovich entre 1968 et 1969, qui constitue le cœur du livre : 60 pages d’une grande densité au cours de laquelle Dwan répond longuement au question de Bogdanovich. Le cinéaste, qui n’avait plus rien tourné depuis plusieurs années, évoque avec une mémoire qui semble sans faille l’envers du décors, dévoilant de nombreuses anecdotes fascinantes.

Qu’ils soient authentiques ou enjolivés, les souvenirs de ses premières années sont des témoignages précieux de cette époque héroïque. Il y évoque ses tout premiers pas de cinéastes, les tournages improvisés et enchaînés à un rythme effréné, la manière dont il a été mordu par un crotale, l’alcool qui coulait à flot, et même des règlements de compte à l’arme feu imposés par un groupement de compagnies qui prétendait protéger son droit exclusif d’utiliser les caméras. Autant d’anecdotes qui illustrent merveilleusement l’état d’invention permanente de cette époque de pionniers.

Egalement passionnantes, ses relations avec Douglas Fairbanks et Gloria Swanson, les deux immenses stars dont il fut l’un des réalisateurs attitrés durant le muet. Cette période est d’ailleurs la plus développée par l’interviewer, qui évoque aussi longuement les années 30 de Dwan, aujourd’hui largement retombée dans l’oubli. De ses production Bogeaus, seuls Cattle Queen of Montana et surtout The River’s Edge sont mentionnés, ainsi que ses relations avec Barbara Stanwyck et Ronald Reagan. Rien sur Silver Lode ou Slighty Scarlet.

Il faut dire qu’au moment de cet entretien, Dwan était avant tout considéré un grand cinéaste du muet. Ormis ce long entretien, indispensable, les deux textes les plus passionnants sont d’ailleurs consacrés à cette période muette de Dwan, textes signés par deux spécialistes de cette époque : David Robinson avec un texte historique très documenté, et Kevin Brownlow pour une évocation plus personnelle de sa découverte du cinéaste.

Intéressant aussi, le texte du critique américain Kent Jones qui décripte un pan méconnu de l’œuvre de Dwan : ses comédies. On peut quand même reprocher à ce texte, comme à ceux des autres analystes qui tentent de trouver des thèmes au cinéma de Dwan, de ne se baser que sur une toute petite poignée de films. Un peu léger, et du coup un peu fumeux.

Mais ne serait-ce que pour l’entretien avec Bogdanovich, les textes de Brownlow et Robinson, et l’impressionnante filmographie, ce livre est une référence. Et donne furieusement envie de voir et revoir les merveilles parfois cachées que recèle cette hallucinante carrière…

Douglas a le sourire (He comes up smiling) – d’Allan Dwan – 1918

Posté : 10 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, DWAN Allan, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

He comes up smiling

Les premières images de ce film dont une grande partie a disparu (il ne reste que la première des cinq bobines, soit une dizaine de minutes sur une petite heure) donnent le ton : un Douglas Fairbanks bondissant cherchant à s’échapper d’une cage à oiseaux… C’est dit : ce film, l’une des nombreuses collaborations de la star avec son futur réalisateur de Robin des Bois et Le Masque de Fer, sera complètement fou… mais avec un message quand même.

Car cette cage à canaris dans laquelle se retrouve Doug, c’est le symbole de la petite vie étriquée de son personnage. Le montage nous fait d’ailleurs passer d’un plan de cette cage aux barreaux du guichet de banque où il travaille… et où il est chargé de surveiller le canari de son patron. Un peu lourdingue, la symbolique ? Pas légère en tout cas, mais ça n’a aucune importance : ce n’est qu’un prétexte pour Dwan et Fairbanks, qui n’ont visiblement qu’une envie, s’amuser.

Et quel rythme ! Quelle générosité dans l’action ! Après quelques petites tentatives de gags à l’intérieur de la banque (mais Douglas Fairbanks n’a pas le génie de Chaplin pour transformer son environnement en source de gags), l’oiseau s’envole… et le film avec. Fairbanks part à la poursuite du canari, saute d’un toit à l’autre, se retrouve dans la rue, s’accroche à dix mètres du sol, passe à travers une fenêtre avant de sauter sur un cheval…

Suit une rencontre avec un clochard philosophe, la décision de vivre en communion avec la nature, quelques belles acrobaties au bord de l’eau, une course poursuite avec un essaim d’abeilles… C’est léger, vivifiant et réjouissant, c’est mené à 100 à l’heure… Et ce ne sont que les dix premières minutes ! Hélas, impossible de savoir si tout le film tient ce rythme incroyable…

La Naissance d’un Empire (Tide of Empire) – d’Allan Dwan – 1929

Posté : 30 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, DWAN Allan, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Naissance d'un empire

Difficile de se repérer avec précision dans l’imposante filmographie d’Allan Dwan, mais ce Tide of Empire semble être son tout dernier film muet. Il bénéficie en tout cas d’une vraie bande son, où quelques bruitages (bruits de castagnettes, coups de feu, cris de poulets…) sont mêlés à la musique. Ce qui, très honnêtement, n’apporte pas grand-chose, et ferait même presque perdre de la magie du muet. Cela dit, muet, le film l’est bel et bien.

C’est aussi l’une des très grosses productions de celui qui fut l’un des cinéastes fétiches de Douglas Fairbanks. Un western dont l’ampleur rappelle celle du Cheval de Fer de Ford, et annonce La Piste des géants de Walsh, à la fois pour les moyens déployés (des centaines de figurants, de nombreux décors, et quelques trucages remarquables comme ce saut de la mort au-dessus d’un large ravin,figure certes classique du western muet, mais dont le montage hyper efficace renforce le suspense) et pour le sujet central, pour lequel le titre donne un bel indice.

Comme souvent dans les grandes fresques, il est question d’un monde qui s’effondre, et d’un autre qui s’annonce, dans cette Californie des années 1840 bousculée par la fièvre de l’or. Et on a le droit à toute l’imagerie liée à cet épisode : les villes champignons qui apparaissent en quelques jours, les longues files humaines formés par ces aventuriers en quête de fortune, les lynchages sommaires…

Mais Dwan raconte cette histoire à travers la romance de deux symboles que, forcément, tout oppose: d’un côté la fille d’un riche propriétaire hispanique, de l’autre l’un de ces aventuriers blancs dont l’arrivée renverse totalement l’ordre établi. Une idée pas neuve, certes (même en 1929), mais parfaitement exploitée par Dwan, aussi à l’aise dans les scènes intimes que dans les grands mouvements de foule. D’autant plus que les deux acteurs, Renée Adorée et Tom Keene, sont plutôt excellents (malgré les sourires constants de ce dernier), et rendent parfaitement crédibles leur attirance-répulsion si complexe.

En fait, le film fait mouche sur à peu près tous les registres : le suspense, l’émotion, l’humour (avec le personnage haut en couleurs, hélas pas suffisamment exploité, du geôlier et de ses prisonniers ambulants), l’action bien sûr. Et visuellement, c’est souvent très spectaculaire, et filmé par un cinéaste qui reste encore à redécouvrir. Il faut voir cet éblouissant travelling arrière filmé à la grue sur une ville-champignon grouillante de vie ; ou ce plan serré sur des bottes qui suivent des traces de sang sur un plancher… Allan Dwan est un grand !

Les Rubis du prince birman (Escape to Burma) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 12 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DWAN Allan, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Les Rubis du prince birman

Deux grands acteurs (Barbara Stanwick et Robert Ryan), un grand réalisateur (Dwan), un grand chef opérateur (John Alton)… et tout ce petit monde qui s’offre une petite récréation tout juste sympathique. De dix films tournés par Dwan avec le réalisateur Benedict Bogeaus, celui-ci est loin d’être le plus mémorable. Loin, très loin même, de Silver Lode, Slightly Scarlet ou Tennessee’s Partner (tous les trois avec John Payne).

Dwan a souvent transcendé son manque de moyens grâce à son inventivité et son immense talent de cinéaste. Là, quand même, on se dit à plusieurs reprises qu’il se fout un peu du monde, avec ses décors de carton pâte (une porte en métal qui plie comme du carton, un rocher qui semble flotter dans l’eau) et ses extérieurs censés se dérouler dans la forêt birmane, et qui ont sans doute été tournés dans un jardin d’acclimatation…

Tout ça est un peu cheap, et personne ne semble réellement croire au sujet : un Américain accusé d’avoir tué le fils du Sawbwa (sais pas ce que ça veut dire, mais c’est le grand manitou de la région, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets), qui se réfugie dans un élevage d’éléphants tenu par une femme au caractère bien trempé…

Dans les premières minutes, il n’y a pas grand-chose pour sauver cette série B pas très inventive. Mais le film prend soudain une dimension inattendue lors de la rencontre de ses deux stars. Stanwick et Ryan se découvrent pour la première fois. Sans un mot, grâce à de longs gros plans sur leurs visages respectifs, Dwan met en valeur le désir qui attire ces deux-là comme des aimants.

Il y a comme ça, tout au long du film, quelques brusques coups de génie qui éclairent le film et le sortent de son côté plan-plan pas bien passionnant. Un face-à-face viril entre un policier et un éléphant, le regard bouleversant de Ryan (décidément un grand) qui se résigne à affronter son destin pour ne pas causer la perte de celle qu’il aime. Mais ce qu’il y a de plus beau, ce sont les scènes de nuit, nombreuses et toutes baignées d’une lumière différente. Là, le génie de John Alton se révèle, dans sa manière de créer une atmosphère grâce à un orage qui gronde, ou à une brume bleutée.

C’est grâce à ces petits moments que le film procure un authentique plaisir. Un peu discontinu, mais bien réel.

* Le film fait partie de l’indispensable coffret Allan Dwan édité chez Carlotta il y a quelques années, avec 7 films produits par Benedict Bogeaus entre 1954 et 1956, et accompagnés de passionnants bonus.

Ange en exil (Angel in exile) – d’Allan Dwan et Philip Ford – 1948

Posté : 21 août, 2015 @ 4:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DWAN Allan, FORD Philip, WESTERNS | Pas de commentaires »

Ange en exil

Ce petit film sans grand moyen a, a priori, tout du nanar à prendre au troisième degrés. Et c’est vrai que ce village mexicain qui semble tout droit sorti d’un rêve à la Brigadoon, où tout n’est que bonté et amour, et dont le médecin joué par l’excellent Thomas Gomez est l’être le plus charitable du monde (et de tous les temps), pourrait au mieux faire sourire…

Mais ce serait sans compter avec le talent de Dwan, cinéaste généreux dont l’honnêteté et le formidable savoir-faire sont capables de faire passer à peu près n’importe quelle situation. Si bien qu’on y croit, à ces personnages improbables. Et qu’on l’attend, cette rédemption promise au gangster (joué par John Carroll, comme toujours irréprochable mais un peu falot) qui se réfugie dans les montagnes pour échapper à ses anciens complices et à la police.

Philip Ford, le neveu de John (le fils de Francis, donc), est crédité au générique comme co-réalisateur. Il semble toutefois qu’il n’ait réalisé qu’une poignée de scènes, remplaçant Dwan au pied levé durant quelques jours. Le film porte en tout cas bien la marque du futur réalisateur de The River’s Edge, autre très beau film fauché sur un thème similaire (le gangster confronté à un environnement naturel qu’il ne maîtrise pas).

Sur ce thème, d’ailleurs, on jurerait que Cimino s’est inspiré de Angel in exile, lorsqu’il a écrit son Canardeur. Même si le film de Dwan affiche un romantisme et une innocence bien à lui, on y retrouve les mêmes ressors dramatiques (les deux tandems de gangsters et la recherche du magot), et la même exhaltation de la nature.

Le Mariage est pour demain (Tennessee’s Partner) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 14 août, 2015 @ 12:21 dans 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le mariage est pour demain

Dans la série des films de Dwan produits par Benedict Bogeaus, qui forment un corpus d’une remarquable cohérence, avec les couleurs chaudes de John Alton, celui-ci est l’un des plus réussis, et des plus surprenants à la fois.

Sur le papier, Tennessee’s Partner est un film d’une grande noirceur, jonché de cadavres, avec une foule transformée en meute assoiffée par l’appât du gain, une femme fatale et une amitié mise en péril. Mais Dwan filme cette histoire comme une comédie, avec une légèreté qui contraste avec la gravité du sujet. Un heureux mélange des genres qui fait du film une oeuvre si singulière.

Résultat : un western curieux et fascinant dominé par la tendre amitié liant Tennessee et Cowpoke, deux figures archétipales de western (un mineur et un joueur de poker) minées par leur solitude. Mais si les personnages sont des archétypes, l’amitié entre ces deux-là ne ressemble à aucune autre dans la longue histoire du genre, aux antipodes des liens virils habituels. John Payne (formidable et à la rigidité irrésistible) et Ronald Reagan (dans l’un de ses meilleurs rôles) apportent une pointe d’auto-dérision bienvenue.

Le film ne tombe pourtant jamais dans la pure comédie. La légèreté n’est qu’apparence, et ce film singulier frappe aussi par la violence de certaines situations, par la radicalité des sentiments, et par sa manière d’opposer l’amitié et l’amour. Pour vivre pleinement son amitié avec son « partner », Tennessee devra écarter celle que son ami devait épouser. Et se poser la question de son propre avenir avec la belle Rhonda Fleming, élément troublant de l’équation, superbe en tenancière de salon de jeux (entre autres), femme forte et amoureuse.

Le Bord de la rivière (The River’s Edge) – d’Allan Dwan – 1957

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:11 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bord de la rivière

Jamais sorti en salles en France, ce film tardif de Dwan (il ne tournera plus qu’une poignée de longs métrages) est pourtant une véritable perle, film noir aux allures de western, avec des ingrédients de film d’aventures et de romance. Une vraie curiosité et une totale réussite.

Ce qui frappe surtout, c’est à quel point The River’s Edge trouve sa place dans le « corpus » des films de Dwan produits par Benedict Bogeaus. Que ce soit visuellement avec ces couleurs chaudes et ce grain si marqué, ou dans l’esprit avec ce mélange des genres et cette grande liberté de ton, le film fait penser aux précédentes réussites du tandem, à commencer par Deux rouquines dans la bagarre.

Dès la première séquence, avec cette voiture rose traversant l’écran (et le désert), puis l’apparition de cette rousse flamboyante (Debra Paget), la parenté entre les deux films saute aux yeux. Il y a aussi la confrontation du bien et du mal, et la manière dont ces deux notions s’affrontent chez un même personnage. Dans ce triangle (amoureux ?), Dwan s’intéresse moins à la confrontation des deux hommes qu’à l’effet qu’a sur eux cette mallette d’argent que trimbale Ray Milland.

Milland, étonnamment en retrait, apporte une présence naturelle à son personnage, escroc qui retrouve son ex-complice (Debra Paget) mariée avec un pauvre rancher (Anthony Quinn) avec qui il espère passer la frontière mexicaine avec son butin. C’est une randonnée mortelle qui commence, comme dans beaucoup d’autres films avant et depuis (Le Voyage de la peur, Randonnée pour un tueur…). Mais avec une frontière bien ténue qu’il n’y paraît entre le bien et le mal.

Dans ce registre, Anthony Quinn est formidable. D’une sobriété exemplaire (ce ne sera pas toujours le cas), il donne à son personnage une puissance impressionnante, et ce qu’il faut de trouble pour lui apporter une vraie profondeur. Un type bien, oui, mais titillé par cet argent facile à portée de main…

Dwan, dont on ne compte plus les films (200 ? 300 ?), est encore au sommet de son art. D’une fluidité absolue, bourrée de belles idées de scénario et de mise en scène, et d’une liberté totale, The River’s Edge oscille constamment entre suspense, romance et affrontement psychologique, entre légèreté (la première scène, assez drôle) et cruauté (la mort du douanier), mais avec un sentiment d’évidence qui force le respect.

Reste un mystère : pourquoi ce bijou est-il resté invisible chez nous si longtemps ?

* Il ne l’est plus désormais (inédit) grâce à Sidonis/Calysta qui édite un beau DVD (hors collection), avec les habituelles présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

Suez (id.) – d’Allan Dwan – 1938

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:09 dans 1930-1939, DWAN Allan, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

Suez

On n’a pas vraiment l’habitude de voir Dwan aux commandes d’un « film de prestige » de cette ampleur : avec ses milliers de figurants et ses décors spectaculaires, la reconstitution des ces années 1850 au cours desquelles le canal de Suez est devenu une réalité, fut même l’une des plus grosses productions de la Fox, en 1938.

Au cours des premières minutes, on a d’ailleurs un peu de mal à sentir le fameux plaisir communicatif de Dwan, cette envie de tourner et de trouver la forme juste pour raconter son histoire qui a fait sa réputation. Un peu engoncé dans une reconstitution trop grande et trop prestigieuse pour lui, Dwan ? Cette impression se fait ressentir à plusieurs reprises au cours du film, essentiellement dans les ors des palais de Louis Napoléon.

Il y a deux femmes dans le film : Loretta Young, grand amour de Ferdinand de Lesseps qui choisit d’épouser le futur empereur (oui, le film prend quelques libertés avec la vérité historique), et Annabella, sauvageonne qui tombe amoureuse de Ferdinand en Egypte. La première est somptueuse et choisit le prestige. La seconde est libre et pleine de fantaisie, sans calcul et d’une générosité absolue.

Le film navigue constamment entre ces deux femmes, ces deux personnalités: à Paris le prestige de la reconstitution ; en Egypte le souffle épique et romanesque. Ce n’est pas une surprise : Dwan est nettement plus inspiré par le souffle épique, qui prend même des dimensions cataclysmiques lors de trois séquences « catastrophes » d’anthologie.

La première est un simple orage, qui isole soudain Annabella et celui qu’elle aime, joué par Tyrone Power. Entre eux, l’alchimie est immédiate, comme si le coup de foudre qui rapprochait les deux acteurs sur le tournage donnait au film une dimension particulière.

La deuxième est un attentat incroyablement spectaculaire, qui impressionne à la fois par la beauté des images, par les centaines de figurants rassemblés, et par les trucages absolument bluffants, qui gardent aujourd’hui encore toute leur force.

La dernière est la plus impressionnante, et donne à Suez, biopic de prestige pour le studio, un aspect « film catastrophe » inattendu : une tornade qui ravage le chantier du canal, séquence incroyable aux trucages là encore formidables, et qui fascine par l’intelligence et la puissance de la narration.

Mais le film ne se résume pas à ces moments de bravoure. Spécialiste de l’aventure et de l’action, Dwan est avant tout un raconteur d’histoire qui maîtrise parfaitement son récit, et tire le meilleur de ses acteurs. C’est aussi un cinéaste qui aime improviser, et fait de certaines scènes anodines des petits bijoux. C’est le cas de la première rencontre entre Annabella et Tyrone Power, petit chef d’oeuvre d’espièglerie et de sensualité.

C’est dans l’équilibre entre ces petits moments intimes et précieux, et les grands moments spectaculaires, que Suez est vraiment réussi, et reste une petite référence dans le cinéma d’aventures.

* DVD chez Sidonis/Calysta (qui vient déjà d’éditer L’Aigle des frontières, tourné par le même Dwan quelques mois plus tard), avec des présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

L’Aigle des frontières (Frontier Marshall) – de Allan Dwan – 1939

Posté : 27 mai, 2015 @ 5:55 dans 1930-1939, BOND Ward, CARRADINE John, DWAN Allan, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

L'Aigle des frontières

En l’espace d’à peine douze ans, le livre de Stuart N. Lake évoquant la rencontre de Wyatt Earp et Doc Holiday, et le fameux duel à O.K. Corral a été adapté trois fois : en 1934 par Lewis Seiler, en 1939 par Allan Dwan, et bien sûr en 1946 par John Ford avec le mythique My Darling Clementine. Si le film de Ford est incontestablement au-dessus du lot, celui de Dwan est plutôt pas mal non plus.

A l’exception notable de quelques scènes de dialogues particulièrement raides et manquant singulièrement de conviction, ce Frontier Marshall deuxième du nom est même une petite merveille de concision au rythme parfait. L’éternelle question de la véracité des faits qui nous sont présentés a peu d’importance : les innombrables films évoquant le parcours de Wyatt Earp adoptent à peu près tous des vérités différentes. Mais le mythe Earp est bien là, tout comme son amitié dangereuse avec Holiday, interprété ici avec sobriété par César Romero.

Difficile quand même de ne pas penser au film de Ford : ce dernier s’est visiblement inspiré de pans entiers du film de Dwan, en particulier dans la première moitié. Cela donne d’ailleurs quelques scènes passionnantes au regard du film de 1946, les deux s’enrichissant mutuellement : voir par exemple le rôle plus important donné ici à Indian Charlie, l’ivrogne que Earp met hors d’état de nuire au début du film et qui l’amène à devenir shérif, qui n’apparaîtra que brièvement chez Ford, mais qui a ici un rôle nettement plus conséquent. Il s’agit d’ailleurs du même acteur dans les deux films, Charles Stevens.

Un autre acteur apparaît dans les deux films (ainsi que dans celui de Lewis Seiler), mais dans des rôles différents : le fordien Ward Bond, qui se contente ici d’une apparition. Autre figure fordienne : John Carradine, évidemment en bad guy.

Quant à Randolph Scott, dans le rôle de Earp, il est aux antipodes des fêlures de Henry Fonda. Raide et sûr de lui, souriant et visiblement sans démon, pas vraiment du genre à se coucher face aux coups de feu. Il reste droit sans chercher à esquiver les balles dans des scènes de fusillade, souvent nocturnes, sèches et brutales. Étonnantes et remarquables.

* DVD dans la collection Westerns de Légende chez Sidonis-Calysta, avec les présentations habituelles par Patrick Brion et Yves Boisset.

Surrender (id.) – de Allan Dwan – 1950

Posté : 25 mai, 2015 @ 4:02 dans 1950-1959, DWAN Allan, WESTERNS | Pas de commentaires »

Surrender

Le film s’ouvre sur une séquence visuellement magnifique : une poursuite nocturne dans une sorte d’entrepôt, aux jeux d’ombre impressionnants. En quelques secondes seulement, Dwan plante son décor : un dangereux jeu de dupe où le danger et la suspicion sont de rigueur.

La suite est plus conventionnelle. Esthétiquement, en tout cas, parce que Dwan, cinéaste inégal mais génialement gourmand et généreux, s’autorise tout. Jusqu’à transformer son acteur vedette John Carroll en chanteur de charme déclamant des vers romantiques avec une voix de baryton totalement inattendue, alors que le ton du film est ouvertement sombre.

C’est tout ce qui fait le charme de cette production aux moyens limités : afficher une belle liberté, ouvrir le champs à toutes les dérives possibles. Dwan est réputé pour son amour des tournages, qu’il a enchaîné inlassablement durant cinquante ans. Son plaisir est communicatif, cette fois encore, même s’il a dû diriger des comédiens dont il ne voulait pas : Vera Ralston (imposée par le producteur qui voulait en faire une grande star), et John Carroll (à qui le producteur devait de l’argent, et qui se remboursait en s’imposant en tête d’affiche).

Un peu agaçante avec son regard de biche endormie, Vera Ralston est finalement plutôt convaincante dans le rôle de cette femme qui sait se faire aimer pour arriver où elle veut : au plus haut, quitte à laisser des cadavres autour d’elle. Quant à John Carroll, avec ses faux airs d’Orson Welles au rabais, il est irréprochable, même s’il manque un peu de charisme.

Mais le film tient remarquablement sa route sinueuse, oscillant constamment entre le film noir et le western, entre légèreté et noirceur. Jusqu’à un final qui évoque à la fois celui de Duel au soleil et celui de Pour toi j’ai tué. Un western et un film noir, donc.

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