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Archive pour la catégorie 'DUVIVIER Julien'

David Golder – de Julien Duvivier – 1931

Posté : 11 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

David Golder

Qu’y a-t-il derrière la caricature ? Cette simple question est au cœur d’une grande partie de la filmographie de Julien Duvivier, immense cinéaste pour lequel le mot « humaniste » semble avoir été inventé.

David Golder, c’est un peu la caricature de l’homme d’affaires juif tel qu’il était pointé du doigt dans cette France de l’entre-deux-guerres : un homme avide et impitoyable, qui ne vivrait que pour amasser argent et pouvoir.

Ce richissime homme d’affaires capable de pousser son associé de longue date à la ruine et à la mort d’un simple « j’m’en fous », et qui n’a pour compagnon qu’un autre juif moins fortuné mais tout aussi caricatural, marchant sur la pointe des pieds pour ne pas user ses semelles, et passant un temps fou à éplucher sa poire pour ne rien en perdre…

Avec ce personnage de David Golder, Duvivier livre l’incarnation de cette caricature. Pour mieux montrer les fêlures et l’humanité pas si cachées que ça… Ce David Golder, qui n’a d’existence sociale qu’à travers cette caricature d’homme d’affaires richissime, c’est avant tout un homme en bout de course, un être seul et fatigué, qui n’aspire qu’à se débarrasser de tous les oripeaux de la caricature qu’on veut lui faire endosser.

« On », c’est-à-dire les parasites qui l’entourent : sa femme, sa fille, ses partenaires d’affaires… Tous ceux qui gravitent autour de lui et qui n’ont d’intérêt pour lui que pour l’argent et le train de vie qu’il leur assure. La fille chérie la première, insupportable profiteuse frivole dont il n’est d’ailleurs pas vraiment dupe.

Harry Baur est immense dans ce rôle, intense et tragique, impitoyable et bouleversant, rude et fragile. Un rôle à la mesure de sa démesure, en quelque sorte.

Dans ce premier film parlant, Duvivier tâtonne quelque peu pour associer le son à la force des images. Cela donne un film aux images hyper construites, dont la composition des cadres dit souvent plus que les dialogues, et au rythme parfois un peu bancal dans la première partie. Mais l’intensité d’Harry Baur et la force des images sont telles que David Golder impose d’emblée Duvivier comme un grand cinéaste du parlant.

La Fête à Henriette – de Julien Duvivier – 1952

Posté : 9 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Fête à Henriette

Un réalisateur et son scénariste, dont le dernier projet a été refusé par la censure, imaginent l’histoire de leur prochain film. Ils cherchent l’inspiration, tâtonnant, s’imaginant piocher dans les faits divers des journaux… « Et pourquoi pas raconter la rivalité entre un prêtre et un maire communiste ? » ironisent-ils, savoureux clin d’œil au Don Camillo que Julien Duvivier vient de réaliser, et que Henri Jeanson n’a pas écrit…

Duvivier et Jeanson, deux très grands auteurs qui s’amusent d’eux-mêmes dans ce film d’une grande liberté, clin d’œil plein d’auto-dérision et d’ironie au cinéma comme un travail d’artisans, ou de grands enfants… Les deux auteurs racontent une histoire d’amour contrariée. L’un est tenté par le sensationnalisme, l’autre plus fleur bleue. Le premier veut du drame et des rebondissements, le second la simplicité de la vie…

Et le film, comme ça, fait des allers-retours, prend des impasses, commence et recommence, retourne en arrière, prends des recoins improbables… La jeune Henriette (Dany Robin, craquante) abandonne son fiancé, rencontre un type entreprenant (Michel Auclair), Marcel… ou plutôt non : Maurice. Un salaud… Ah non ! un paumé sympathique…

Bien sûr, La Fête à Henriette ne ressemble à aucun autre film. Duvivier donne corps aux fantasmes de ses auteurs-personnages en épousant leur fièvre. Lorsque l’un d’eux se passionne pour une idée, il insiste sur la stylisation, à grands coups de plans de travers, de travellings vertigineux.

Avec La Fête à Henriette, on a l’impression de voir Duvivier et Jeanson au travail, ce que confirme le génial générique final, avec un Michel Auclair face caméra. C’est par moments un peu en roue libre, le plus souvent génialement brillant. Et un miracle se produit : on s’attache, oui, à ces personnages aux caractéristiques pourtant incertains, qui changent parfois radicalement d’une scène à l’autre…

Mais derrière toutes ces hésitations des scénaristes, il y a une ligne directrice. Les choix changeants des auteurs n’y font rien, comme ils le disent eux-mêmes : il y a toujours un moment où les personnes ont leur vie propre. La force du cinéma…

Le Golem – de Julien Duvivier – 1936

Posté : 4 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Golem

Impressionnant et imparfait, ce Golem. Un Duvivier mineur, assurément, loin par exemple (mais il y en a d’autres) de Pépé le Moko ou La Belle Équipe, qu’il tournera à la même époque. Son âge d’or, celui du cinéma français aussi.

Mineur dans la filmographie de Duvivier, c’est un fait, Le Golem n’en reste pas moins un film assez fascinant, et bien supérieur au tout-venant de l’époque. Quelques notes de mauvais goût, notamment dans l’entourage un rien clownesque et régressif de l’empereur Rodolph (mais Harry Baur est génial, une fois de plus, en monarque totalement ravagé), quelques rares passages un peu termes et deux ou trois longueurs. Tout ce qu’on ne trouve pas dans les meilleurs films de Duvivier.

Mais quand même, dans cette légende tchèque, le réalisateur trouve la matière à ce qu’il aime le plus : s’imprégner d’une culture qui n’est pas la sienne, filmer un peuple au plus près. Cette fois, c’est en studio qu’il le fait, avec une esthétique baroque proche de l’impressionnisme par moments. Loin du naturalisme qui lui réussit bien, donc, il filme un peuple juif persécuté dans le ghetto de Prague, ces Juifs qui espèrent un meilleur avenir grâce à l’intervention de ce mythique Golem, créature façonnée dans la glaise à qui un rabbin/savant a insufflé la vie, sorte d’ancêtre de Frankenstein.

Ce thème de la créature à qui on donne la vie n’est pas une nouveauté : il est même très en vogue depuis le succès du premier Frankenstein. Filmer la persécution des Juifs, en 1936, est en revanche nettement plus audacieux. Duvivier en tire les moments les plus forts, les images les plus saisissantes, cadres désaxés et ombres omniprésentes.

Il oppose habilement les voûtes écrasantes du ghetto aux plafonds trop hauts du palais, sorte de prison dorée pour l’empereur fou joué par Harry Baur. Une grande partie du film repose sur cette opposition. Son côté le plus réussi en tout cas. Les deux personnages de Français (Roger Duchesne et Raymond Aimos) sont moins convaincants, mais Le Golem, imparfait, reste un Duvivier passionnant, qui ne ressemble à aucun autre.

Pépé le Moko – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 4 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Pépé le Moko

Avec Pépé le Moko, Gabin est au cœur d’une incroyable succession de chefs-d’œuvre : une dizaine des plus grands films du cinéma français concentrés sur cinq ans et son nom. Pépé le Moko est sa dernière collaboration d’avant-guerre avec Duvivier, le grand Duvivier, cinéaste formidable qui sait aussi bien filmer les acteurs que les décors, aussi à l’aise pour filmer l’action que curieux des autres cultures.

C’est évidemment la raison d’être de Pépé le Moko nous plonger dans les dédales grouillants de vie de la Casbah d’Alger, cette ville-monde si proche et si loin de Paris, que le personnage de Gabin crève de ne pouvoir revoir. La Casbah, que de riches touristes adipeux et grotesques visitent comme s’ils étaient à la foire. Tout le contraire de Duvivier.

Dans le cinéma (et la France) de ces années 30, le regard de Duvivier est précieux, et singulier. Son propos tient plus de l’ethnologie que d’une curiosité teintée d’esprit colonialiste, et la vision qu’il offre de la Casbah, avec sa caméra qui se perd dans la foule, est fascinante de réalité. Qui d’autre que lui aurait associé à Vincent Scotto un compositeur algérien (Mohamed Iguerbouchène), pour la musique de son film

Duvivier, grand cinéaste du monde, comme on parle de « musique du monde ». Grand cinéaste tout court aussi, qui filme merveilleusement ce Pépé, gangster charismatique qui contribue à faire de Gabin un mythe, et sa superbe cour. Saturnin Fabre, Gabriel Gabrio (« Ça va… »), Charpin, Dalio,… et Mireille Balin en incarnation du destin en marche.

La représentation de la Casbah est formidable. Mais le film fonctionne tout autant pour la force de ses personnages, et de leurs rapports compliqués, avec des dialogues (géniaux) signés Henri Jeanson, qui soulignent la frustration de ces hommes, comme prisonniers d’un monde qui n’est pas le leur.

Réjouissants face-à-face aussi entre Pépé et Slimane (Lucas Gridoux), le flic dont on sent bien que sa proie et lui s’aiment tout en se livrant à un jeu mortel. Et la chanson qu’entonne Fréhel en écoutant un disque de sa propre voix, gros plan de son visage en larmes, superbe et déchirant.

Un carnet de bal – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 23 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Un carnet de bal

A la mort de son mari, auprès duquel elle a vécu quinze ans de luxe mais de solitude, une jeune veuve retrouve le carnet de son premier bal, celui de ses 16 ans. Elle décide de partir à la recherche de ses anciens aspirants, renouant avec les promesses de son passé pour tenter de se construire un avenir.

La démarche de Christine, jouée par Marie Bell, est inattendue : cette jeune veuve qui se raccroche tardivement à son pouvoir de séduction d’autrefois. Celle de Julien Duvivier est passionnante. Avec ce voyage sur les traces de son passé, le cinéaste s’offre une sorte de film à sketchs (une première dans le cinéma français), qui n’en est pas tout à fait un, mais dont les différents épisodes lui permettent de fascinantes ruptures de ton.

Il y a Raimu, truculent, et Fernandel, son éternel sourire sur les lèvres… Mais c’est Duvivier, et la légèreté cache toujours un fond plus grave. Quand il y a de la légèreté, ce qui est loin d’être toujours le cas. On s’en rend compte dès la première « escale » de Christine, avec cette mère (Françoise Rosay) qui vit dans le déni de la mort de son fils, rencontre terrible et bouleversante…

Il y a aussi l’ancien amoureux éconduit devenu homme d’église autant par dépit que par conviction (Harry Baur, superbe), cet ancien étudiant trop honnête devenu escroc à la petite semaine (Louis Jouvet, formidable), ou encore ce séducteur devenu guide de haute montagne (Pierre Richard-Willm)…

Chacune de ces rencontres égratigne un peu plus l’image que Christine avait gardé de son premier bal. Quel est le moment le plus dur ? Cette rencontre avec l’ancien médecin devenu faiseur d’anges, et véritable épave (Pierre Blanchar), que Duvivier filme avec d’étranges plans de travers ? Ou ce retour dans la salle de bal où Christine réalise à quel point ses souvenirs étaient idéalisés ?

Malgré la construction très séquencée, Duvivier donne à son film un mouvement d’une cohérence parfaite, comme un défilé de fantômes qu’il annonce dès les premières scènes, par une série d’images envoûtantes, d’une grande poésie : les ombres des danseurs qui se dessinent sur les murs, puis ces couples qui se lancent dans une valse intemporelle, avec un ralenti qui crée le trouble.

Un carnet de bal est une merveille, un film inoubliable qui est bien plus d’une suite de moments inoubliables. Ce qu’il est aussi.

L’Homme du jour – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 6 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Homme du jour

Une comédie musique portée par Maurice Chevalier ? Eh bien oui, et loin d’avoir vieilli, ou d’être une machine à la seule gloire de la star, c’est un film franchement enthousiasmant que signe Duvivier, pourtant dans un registre auquel il n’est pas habitué.

Chevalier y interprète un électricien qui rêve de devenir un chanteur de music-hall, persuadé de son talent. Ce n’est pourtant pas sur scène qu’il va trouver la chance de sa vie, mais dans les couloirs d’un hôpital, lorsqu’il va donner son sang pour sauver une grande diva, interprétée par Elvire Poposco, toute en auto-dérision.

Le film est d’ailleurs marqué par la présence de jolies seconds rôles féminins : celui de la mère, bienveillant regard posé sur l’ambition un peu puérile de son fils. Et surtout celui de la fleuriste, inattendu et mélancolique, superbe silhouette effacée, et finalement assez tristes.

Très séduisants aussi : les beaux morceaux musicaux, intégrés très naturellement à l’histoire, et mis en scène avec beaucoup d’originalité et de maîtrise : Duvivier donne à chacun de ces morceaux une vraie identité.

D’abord « Ma pomme », chantée par Maurice Chevalier devant un rideau d’eau, une séquence qui inspirera très ouvertement les créateurs de La Belle et la Bête de Disney, avec un hommage à Chevalier, le plus Américain des Français. Visuellement assez radical, la gouaille de la vedette fait le reste.

La dernière séquence est aussi très audacieuse, et très réussie. Le personnage joué par Maurice Chevalier rencontre, dans les coulisses d’un music-hall… le vrai Maurice Chevalier. Maurice Chevalier et Maurice Chevalier sur le même plan, qui écoutent tous deux un disque de Maurice Chevalier… Une scène qui dit bien l’ironie que porte Chevalier sur lui-même, et la liberté et l’audace que s’accorde Duvivier.

Même si cette audace n’est pas tangible du début à la fin, même si Duvivier n’évite pas quelques flottements, cette comédie superbement réalisée est une réussite majeure dans la filmographie de sa star.

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

Le Petit Roi – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 14 avril, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le Petit Roi

Ce n’est pas, loin s’en faut, le plus célèbre des films de Duvivier. Tourné entre son Maigret La Tête d’un homme et le très beau Paquebot Tenacity, et peu avant son impressionnante série de classiques de la deuxième moitié de la décennie, Le Petit Roi a même longtemps été invisible, et du coup totalement méconnu.

Sa redécouverte est un petit choc. Visuellement superbe, le film est aussi d’une grande cruauté. Duvivier y prolonge son étude de l’enfance engagée avec le Poil de Carotte qu’il avait tourné l’année précédente (remake de son propre film muet), et dont il reprend d’ailleurs l’excellent acteur, Robert Lynen. Formidable, ce dernier est aux antipodes des enfants-acteurs tête-à-claque. Son intensité, sa présence émouvante, et sa capacité, à 13 ans, à dévoiler sa part d’ombre, sont impressionnantes. Difficile aussi de regarder le film sans penser au destin tragique de Robert Lynen, qui mourra dix ans plus tard seulement, victime des Nazis…

Tous les comédiens sont d’ailleurs excellents, jusqu’au moindre second rôle, à qui Duvivier, grand directeur d’acteur, donne une puissance rare. C’est le cas de Robert Le Vigan, autre comédien dont la trajectoire sera marquée par la guerre (lui devra s’exiler jusqu’à la fin de sa vie, accusé de collaboration), impressionnant dans une courte scène, en fou symbolisant les souffrances du peuple.

Duvivier, lui, est dans sa veine la plus baroque, apportant une attention toute particulière aux décors et à l’atmosphère de son film, les deux étant pour le coup très intimement liés. C’est frappant dès les premières minutes, qui présentent un pays (imaginaire, mais d’Europe de l’Est vraisemblablement) exsangue, et qui sont dignes du Fritz Lang des années 40, avec ses ruelles vides et menaçantes, sa brume omniprésente, et sa population sous le joug.

Même ambition autour du « petit roi », ce monarque pré-pubère qui vit coupé du monde et des souffrances de son peuple, hanté par le souvenir d’un père tyrannique et d’une mère disparue. Son environnement s’apparente une prison luxueuse et étouffante : le château avec son pont-levis, le lit dont les barreaux semblent se refermer sur l’enfant…

Il y a quelque chose d’intensément cruel dans ce quotidien d’un monarque enfermé dans tous les sens du terme, et qui n’aspire qu’à une vie d’enfant comme les autres. L’histoire (tirée d’un roman de André Lichtenberger) aurait pu donner lieu à un conte de fée un peu niais. Mais Duvivier reste constamment du côté du réalisme. parfois un peu outrancier, certes, mais sans jamais édulcorer la cruauté et la violence des situations. Un grand Duvivier.

La Fin du jour – de Julien Duvivier – 1938

Posté : 31 mars, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Fin du jour

Duvivier est définitivement grand, et il est au sommet de son art lorsqu’il réalise ce film absolument superbe, mélancolique, drôle et cruel à la fois. En passant d’un sentiment à l’autre dans un même mouvement, commençant une scène dans un tourbillon de légèreté pour la finir sur des abîmes d’ignominie (l’extraordinaire scène de la notice nécrologique, glaçante et bouleversante), Duvivier révèle comme personne la complexité des êtres humains en société.

La Fin du jour raconte l’histoire de vieux comédiens désargentés qui viennent finir leur vie dans une maison de retraite qui leur est réservée. Une sorte de havre pas si paisible où chacun a le temps de ressasser ses succès passés, ses échecs ou ses rancœurs. Mais qu’ils sont vivants ces vieux cabots, qui s’échangent les pires horreurs, mais que l’idée de devoir se séparer entraîne dans un vrai désespoir.

Et quelles gueules ! Quels acteurs ! Duvivier les filme au plus près, révélant dans les recoins de leurs visages abîmés ce passé glorieux ou aventureux. Tous les seconds rôles sont formidables, mais c’est autour de trois personnages que tourne le film, trois personnalités radicalement différentes et complémentaires incarnées par trois acteurs exceptionnels: Michel Simon, Louis Jouvet et Victor Francen.

Jouvet d’abord, que l’on découvre dans la première scène, superbe, montant pour la dernière fois sur scène lors d’une tournée misérable, où une troupe vieillissante continue malgré la fatigue à enchaîner les représentations dans des salles à moitié vide, et les trains à attraper au milieu de la nuit… Magnifique vision désenchantée et pourtant passionnée du théâtre.

Jouvet, terrifiant en bellâtre vieillissant qui se raccroche à sa jeunesse en se prouvant qu’il est toujours le séducteur pour qui des femmes se sont tuées, cabot charismatique mais tellement imbu de son pouvoir de séduction qu’il cherchera à revivre son plus grand titre de gloire… qui n’a rien à voir avec la beauté du texte.

Francen ensuite, d’une dignité magnifique, acteur habité mais sans succès, hanté par ses échecs personnels et professionnels, dont le regard s’illumine de bonheur et de regrets, lorsqu’il est confronté à un jeune homme (François Périer) qui lui donne tardivement ce qu’il a attendu toute sa vie : la reconnaissance de son admiration.

Simon enfin, faux gamin léger et joyeux en apparence, mais dont les pitreries cachent mal la souffrance de la solitude. Un homme seul capable de la plus grande bienveillance et de la pire cruauté, terriblement humain.

Duvivier aime ses personnages mais ne les épargne pas. Il aime leur passion et leurs fêlures. La Fin du jour est l’un de ses plus beaux films, une merveille aux allures de film noir, bouleversante et superbement filmée.

L’Affaire Maurizius – de Julien Duvivier – 1954

Posté : 8 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Affaire Maurizius

Duvivier aurait-il eu besoin d’un peu de noirceur, après avoir enchaîné trois comédies (Don Camillo, sa suite et La Fête à Henriette) ? Le cinéaste renoue en tout cas avec le pessimisme de ses meilleurs films, pour ce film de procès pas comme les autres.

Pas comme les autres parce que l’action se déroule… 18 ans après le procès dont les causes et les effets irriguent le drame. Et quel drame : Daniel Gélin, jeune homme à l’avenir prometteur, croupit en prison depuis toutes ces années pour un crime dont rien ne dit qu’il l’a vraiment commis. D’ailleurs, le jeune fils de Charles Vanel est convaincu qu’il est innocent. C’est à cause de son père si le pauvre homme a passé près de la moitié de sa vie entre quatre murs, son père qui était substitut du procureur, et qui s’est fait un nom, une réputation et une fortune grâce à ce procès. Sauf que l’autre père, celui de Daniel Gélin, a lui aussi vu sa vie basculer avec ce procès. Et pas en bien…

Passionnant film de procès, qui ne parle que des effets d’une justice pour le coup un rien expéditive. La charge n’est pas légère, et la manière dont Charles Vanel balaye le problème d’un définitif « la justice est faillible » aurait sans doute mérité un peu plus de demi-teinte. Mais les rapports pères-fils sont montrés, eux, avec beaucoup de justesse, et beaucoup d’émotion. Et beaucoup de désespoir.
La construction du film est particulièrement habile, avec ces flash-backs qui se succèdent sans linéarité, sorte de patchwork d’événements qui finissent par s’assembler pour éclaircir le mystère, comme les pièces d’un grand puzzle. Duvivier soigne particulièrement ces flash-backs, donnant à chaque période une identité visuelle propre.

Toutes les scènes qui entourent le procès sont les plus réussies, un simple halo de lumière éclairant les seuls personnages dans un cadre sombre. Une belle manière d’illustrer les faits que ces passages nous sont racontés le plus souvent par la lecture de comptes-rendus imprécis, et non par les souvenirs directs des témoins.

Duvivier apporte le même soin à tous ses personnages. Et les plus riches ne sont pas forcément les plus importants. Dans un rôle un peu en retrait, celui de la victime, Madeleine Robinson est formidable en femme mûre ayant épousé un homme trop jeune pour elle. Quant à Anton Walbrook, il s’offre un grand écart déroutant, entre le jeune homme élégant à qui tout réussit, et l’homme vieilli et négligé, à la proximité insistante avec les fillettes et tous les jeunes hommes. Étonnant…

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