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Archive pour la catégorie 'DUVIVIER Julien'

Pépé le Moko – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 4 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Pépé le Moko

Avec Pépé le Moko, Gabin est au cœur d’une incroyable succession de chefs-d’œuvre : une dizaine des plus grands films du cinéma français concentrés sur cinq ans et son nom. Pépé le Moko est sa dernière collaboration d’avant-guerre avec Duvivier, le grand Duvivier, cinéaste formidable qui sait aussi bien filmer les acteurs que les décors, aussi à l’aise pour filmer l’action que curieux des autres cultures.

C’est évidemment la raison d’être de Pépé le Moko nous plonger dans les dédales grouillants de vie de la Casbah d’Alger, cette ville-monde si proche et si loin de Paris, que le personnage de Gabin crève de ne pouvoir revoir. La Casbah, que de riches touristes adipeux et grotesques visitent comme s’ils étaient à la foire. Tout le contraire de Duvivier.

Dans le cinéma (et la France) de ces années 30, le regard de Duvivier est précieux, et singulier. Son propos tient plus de l’ethnologie que d’une curiosité teintée d’esprit colonialiste, et la vision qu’il offre de la Casbah, avec sa caméra qui se perd dans la foule, est fascinante de réalité. Qui d’autre que lui aurait associé à Vincent Scotto un compositeur algérien (Mohamed Iguerbouchène), pour la musique de son film

Duvivier, grand cinéaste du monde, comme on parle de « musique du monde ». Grand cinéaste tout court aussi, qui filme merveilleusement ce Pépé, gangster charismatique qui contribue à faire de Gabin un mythe, et sa superbe cour. Saturnin Fabre, Gabriel Gabrio (« Ça va… »), Charpin, Dalio,… et Mireille Balin en incarnation du destin en marche.

La représentation de la Casbah est formidable. Mais le film fonctionne tout autant pour la force de ses personnages, et de leurs rapports compliqués, avec des dialogues (géniaux) signés Henri Jeanson, qui soulignent la frustration de ces hommes, comme prisonniers d’un monde qui n’est pas le leur.

Réjouissants face-à-face aussi entre Pépé et Slimane (Lucas Gridoux), le flic dont on sent bien que sa proie et lui s’aiment tout en se livrant à un jeu mortel. Et la chanson qu’entonne Fréhel en écoutant un disque de sa propre voix, gros plan de son visage en larmes, superbe et déchirant.

Un carnet de bal – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 23 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Un carnet de bal

A la mort de son mari, auprès duquel elle a vécu quinze ans de luxe mais de solitude, une jeune veuve retrouve le carnet de son premier bal, celui de ses 16 ans. Elle décide de partir à la recherche de ses anciens aspirants, renouant avec les promesses de son passé pour tenter de se construire un avenir.

La démarche de Christine, jouée par Marie Bell, est inattendue : cette jeune veuve qui se raccroche tardivement à son pouvoir de séduction d’autrefois. Celle de Julien Duvivier est passionnante. Avec ce voyage sur les traces de son passé, le cinéaste s’offre une sorte de film à sketchs (une première dans le cinéma français), qui n’en est pas tout à fait un, mais dont les différents épisodes lui permettent de fascinantes ruptures de ton.

Il y a Raimu, truculent, et Fernandel, son éternel sourire sur les lèvres… Mais c’est Duvivier, et la légèreté cache toujours un fond plus grave. Quand il y a de la légèreté, ce qui est loin d’être toujours le cas. On s’en rend compte dès la première « escale » de Christine, avec cette mère (Françoise Rosay) qui vit dans le déni de la mort de son fils, rencontre terrible et bouleversante…

Il y a aussi l’ancien amoureux éconduit devenu homme d’église autant par dépit que par conviction (Harry Baur, superbe), cet ancien étudiant trop honnête devenu escroc à la petite semaine (Louis Jouvet, formidable), ou encore ce séducteur devenu guide de haute montagne (Pierre Richard-Willm)…

Chacune de ces rencontres égratigne un peu plus l’image que Christine avait gardé de son premier bal. Quel est le moment le plus dur ? Cette rencontre avec l’ancien médecin devenu faiseur d’anges, et véritable épave (Pierre Blanchar), que Duvivier filme avec d’étranges plans de travers ? Ou ce retour dans la salle de bal où Christine réalise à quel point ses souvenirs étaient idéalisés ?

Malgré la construction très séquencée, Duvivier donne à son film un mouvement d’une cohérence parfaite, comme un défilé de fantômes qu’il annonce dès les premières scènes, par une série d’images envoûtantes, d’une grande poésie : les ombres des danseurs qui se dessinent sur les murs, puis ces couples qui se lancent dans une valse intemporelle, avec un ralenti qui crée le trouble.

Un carnet de bal est une merveille, un film inoubliable qui est bien plus d’une suite de moments inoubliables. Ce qu’il est aussi.

L’Homme du jour – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 6 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Homme du jour

Une comédie musique portée par Maurice Chevalier ? Eh bien oui, et loin d’avoir vieilli, ou d’être une machine à la seule gloire de la star, c’est un film franchement enthousiasmant que signe Duvivier, pourtant dans un registre auquel il n’est pas habitué.

Chevalier y interprète un électricien qui rêve de devenir un chanteur de music-hall, persuadé de son talent. Ce n’est pourtant pas sur scène qu’il va trouver la chance de sa vie, mais dans les couloirs d’un hôpital, lorsqu’il va donner son sang pour sauver une grande diva, interprétée par Elvire Poposco, toute en auto-dérision.

Le film est d’ailleurs marqué par la présence de jolies seconds rôles féminins : celui de la mère, bienveillant regard posé sur l’ambition un peu puérile de son fils. Et surtout celui de la fleuriste, inattendu et mélancolique, superbe silhouette effacée, et finalement assez tristes.

Très séduisants aussi : les beaux morceaux musicaux, intégrés très naturellement à l’histoire, et mis en scène avec beaucoup d’originalité et de maîtrise : Duvivier donne à chacun de ces morceaux une vraie identité.

D’abord « Ma pomme », chantée par Maurice Chevalier devant un rideau d’eau, une séquence qui inspirera très ouvertement les créateurs de La Belle et la Bête de Disney, avec un hommage à Chevalier, le plus Américain des Français. Visuellement assez radical, la gouaille de la vedette fait le reste.

La dernière séquence est aussi très audacieuse, et très réussie. Le personnage joué par Maurice Chevalier rencontre, dans les coulisses d’un music-hall… le vrai Maurice Chevalier. Maurice Chevalier et Maurice Chevalier sur le même plan, qui écoutent tous deux un disque de Maurice Chevalier… Une scène qui dit bien l’ironie que porte Chevalier sur lui-même, et la liberté et l’audace que s’accorde Duvivier.

Même si cette audace n’est pas tangible du début à la fin, même si Duvivier n’évite pas quelques flottements, cette comédie superbement réalisée est une réussite majeure dans la filmographie de sa star.

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

Le Petit Roi – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 14 avril, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le Petit Roi

Ce n’est pas, loin s’en faut, le plus célèbre des films de Duvivier. Tourné entre son Maigret La Tête d’un homme et le très beau Paquebot Tenacity, et peu avant son impressionnante série de classiques de la deuxième moitié de la décennie, Le Petit Roi a même longtemps été invisible, et du coup totalement méconnu.

Sa redécouverte est un petit choc. Visuellement superbe, le film est aussi d’une grande cruauté. Duvivier y prolonge son étude de l’enfance engagée avec le Poil de Carotte qu’il avait tourné l’année précédente (remake de son propre film muet), et dont il reprend d’ailleurs l’excellent acteur, Robert Lynen. Formidable, ce dernier est aux antipodes des enfants-acteurs tête-à-claque. Son intensité, sa présence émouvante, et sa capacité, à 13 ans, à dévoiler sa part d’ombre, sont impressionnantes. Difficile aussi de regarder le film sans penser au destin tragique de Robert Lynen, qui mourra dix ans plus tard seulement, victime des Nazis…

Tous les comédiens sont d’ailleurs excellents, jusqu’au moindre second rôle, à qui Duvivier, grand directeur d’acteur, donne une puissance rare. C’est le cas de Robert Le Vigan, autre comédien dont la trajectoire sera marquée par la guerre (lui devra s’exiler jusqu’à la fin de sa vie, accusé de collaboration), impressionnant dans une courte scène, en fou symbolisant les souffrances du peuple.

Duvivier, lui, est dans sa veine la plus baroque, apportant une attention toute particulière aux décors et à l’atmosphère de son film, les deux étant pour le coup très intimement liés. C’est frappant dès les premières minutes, qui présentent un pays (imaginaire, mais d’Europe de l’Est vraisemblablement) exsangue, et qui sont dignes du Fritz Lang des années 40, avec ses ruelles vides et menaçantes, sa brume omniprésente, et sa population sous le joug.

Même ambition autour du « petit roi », ce monarque pré-pubère qui vit coupé du monde et des souffrances de son peuple, hanté par le souvenir d’un père tyrannique et d’une mère disparue. Son environnement s’apparente une prison luxueuse et étouffante : le château avec son pont-levis, le lit dont les barreaux semblent se refermer sur l’enfant…

Il y a quelque chose d’intensément cruel dans ce quotidien d’un monarque enfermé dans tous les sens du terme, et qui n’aspire qu’à une vie d’enfant comme les autres. L’histoire (tirée d’un roman de André Lichtenberger) aurait pu donner lieu à un conte de fée un peu niais. Mais Duvivier reste constamment du côté du réalisme. parfois un peu outrancier, certes, mais sans jamais édulcorer la cruauté et la violence des situations. Un grand Duvivier.

La Fin du jour – de Julien Duvivier – 1938

Posté : 31 mars, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Fin du jour

Duvivier est définitivement grand, et il est au sommet de son art lorsqu’il réalise ce film absolument superbe, mélancolique, drôle et cruel à la fois. En passant d’un sentiment à l’autre dans un même mouvement, commençant une scène dans un tourbillon de légèreté pour la finir sur des abîmes d’ignominie (l’extraordinaire scène de la notice nécrologique, glaçante et bouleversante), Duvivier révèle comme personne la complexité des êtres humains en société.

La Fin du jour raconte l’histoire de vieux comédiens désargentés qui viennent finir leur vie dans une maison de retraite qui leur est réservée. Une sorte de havre pas si paisible où chacun a le temps de ressasser ses succès passés, ses échecs ou ses rancœurs. Mais qu’ils sont vivants ces vieux cabots, qui s’échangent les pires horreurs, mais que l’idée de devoir se séparer entraîne dans un vrai désespoir.

Et quelles gueules ! Quels acteurs ! Duvivier les filme au plus près, révélant dans les recoins de leurs visages abîmés ce passé glorieux ou aventureux. Tous les seconds rôles sont formidables, mais c’est autour de trois personnages que tourne le film, trois personnalités radicalement différentes et complémentaires incarnées par trois acteurs exceptionnels: Michel Simon, Louis Jouvet et Victor Francen.

Jouvet d’abord, que l’on découvre dans la première scène, superbe, montant pour la dernière fois sur scène lors d’une tournée misérable, où une troupe vieillissante continue malgré la fatigue à enchaîner les représentations dans des salles à moitié vide, et les trains à attraper au milieu de la nuit… Magnifique vision désenchantée et pourtant passionnée du théâtre.

Jouvet, terrifiant en bellâtre vieillissant qui se raccroche à sa jeunesse en se prouvant qu’il est toujours le séducteur pour qui des femmes se sont tuées, cabot charismatique mais tellement imbu de son pouvoir de séduction qu’il cherchera à revivre son plus grand titre de gloire… qui n’a rien à voir avec la beauté du texte.

Francen ensuite, d’une dignité magnifique, acteur habité mais sans succès, hanté par ses échecs personnels et professionnels, dont le regard s’illumine de bonheur et de regrets, lorsqu’il est confronté à un jeune homme (François Périer) qui lui donne tardivement ce qu’il a attendu toute sa vie : la reconnaissance de son admiration.

Simon enfin, faux gamin léger et joyeux en apparence, mais dont les pitreries cachent mal la souffrance de la solitude. Un homme seul capable de la plus grande bienveillance et de la pire cruauté, terriblement humain.

Duvivier aime ses personnages mais ne les épargne pas. Il aime leur passion et leurs fêlures. La Fin du jour est l’un de ses plus beaux films, une merveille aux allures de film noir, bouleversante et superbement filmée.

L’Affaire Maurizius – de Julien Duvivier – 1954

Posté : 8 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Affaire Maurizius

Duvivier aurait-il eu besoin d’un peu de noirceur, après avoir enchaîné trois comédies (Don Camillo, sa suite et La Fête à Henriette ?). Le cinéaste renoue en tout cas avec le pessimisme de ses meilleurs films, pour ce film de procès pas comme les autres.

Pas comme les autres parce que l’action se déroule… 18 ans après le procès dont les causes et les effets irriguent le drame. Et quel drame : Daniel Gélin, jeune homme à l’avenir prometteur, croupit en prison depuis toutes ces années pour un crime dont rien ne dit qu’il l’a vraiment commis. D’ailleurs, le jeune fils de Charles Vanel est convaincu qu’il est innocent. C’est à cause de son père si le pauvre homme a passé près de la moitié de sa vie entre quatre murs, son père qui était substitut du procureur, et qui s’est fait un nom, une réputation et une fortune grâce à ce procès. Sauf que l’autre père, celui de Daniel Gélin, a lui aussi vu sa vie basculer avec ce procès. Et pas en bien…

Passionnant film de procès, qui ne parle que des effets d’une justice pour le coup un rien expéditive. La charge n’est pas légère, et la manière dont Charles Vanel balaye le problème d’un définitif « la justice est faillible » aurait sans doute mérité un peu plus de demi-teinte. Mais les rapports pères-fils sont montrés, eux, avec beaucoup de justesse, et beaucoup d’émotion. Et beaucoup de désespoir.
La construction du film est particulièrement habile, avec ces flash-backs qui se succèdent sans linéarité, sorte de patchwork d’événements qui finissent par s’assembler pour éclaircir le mystère, comme les pièces d’un grand puzzle. Duvivier soigne particulièrement ces flash-backs, donnant à chaque période une identité visuelle propre.

Toutes les scènes qui entourent le procès sont les plus réussies, un simple halo de lumière éclairant les seuls personnages dans un cadre sombre. Une belle manière d’illustrer les faits que ces passages nous sont racontés le plus souvent par la lecture de comptes-rendus imprécis, et non par les souvenirs directs des témoins.

Duvivier apporte le même soin à tous ses personnages. Et les plus riches ne sont pas forcément les plus importants. Dans un rôle un peu en retrait, celui de la victime, Madeleine Robinson est formidable en femme mûre ayant épousé un homme trop jeune pour elle. Quant à Anton Walbrook, il s’offre un grand écart déroutant, entre le jeune homme élégant à qui tout réussit, et l’homme vieilli et négligé, à la proximité insistante avec les fillettes et tous les jeunes hommes. Étonnant…

La Chambre ardente – de Julien Duvivier – 1962

Posté : 8 mars, 2017 @ 8:03 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Chambre ardente

Jamais vraiment là où on l’attend, Duvivier signe un thriller très inspiré de l’ambiance baroque des films d’épouvante italiens de l’époque. Un château isolé, une mort mystérieuse, un cadavre qui disparaît, des nappes de brume qui semblent prendre vie, une cérémonie macabre dans une crypte mortuaire… Cette adaptation d’un roman de John Dickson Carr tient plus du film d’horreur que du polar, même si le fantastique n’est au final qu’apparence et faux semblants.

Encore que… Le film est construit sur un modèle cher à Agatha Christie : un meurtre mystérieux, et une poignée de personnages qui sont autant de suspects potentiels ayant un intérêt à voir la victime trépasser, à commencer par ses deux neveux (le survolté Claude Rich et le manipulateur Jean-Claude Brialy) qui attendent avec impatience et cynisme l’héritage du richissime tonton, un procédé dont Duvivier s’était déjà inspiré pour Marie-Octobre. Mais au milieu de ces personnages, il y a celui joué par Edith Scob, descendante d’une « sorcière » trahie et brûlée des siècles plus tôt par l’aïeul de la victime.

Voir Duvivier filmer un tel microcosme familial lourd de secrets n’a rien d’étonnant. Mais le voir flirter avec le fantastique, et mettre en scène un personnage visiblement habité par une sorte de malédiction familiale est nettement plus inattendu. L’association des deux est parfois bancale : aussi fascinant soit-il, le personnage d’Edith Scob paraît souvent un peu en décalage avec le reste du film. Mais elle contribue à l’atmosphère inquiétante et trouble du film.

Dès la séquence d’ouverture, « affrontement » de deux voitures lancées à toute vitesse sur les petites routes de la Forêt Noire, Duvivier installe une belle tension, et semble d’emblée opposer ses personnages les uns aux autres. Mais c’est quand il assume le plus ses envies de fantastique horrifique que son film est le plus réussi : lors des nombreuses scènes de nuit où il utilise tous les trucs du pur cinéma d’épouvante (l’obscurité, le vent dans les arbres, les bruits de pas dans la nuit…).

C’est le film d’un cinéaste qui aime son art, et qui profite de cette œuvre tardive pour rendre hommage à d’autres réalisateurs a priori très éloignés de son propre univers. En l’occurrence, on pense beaucoup à Mario Bava, dont le culte Masque du Démon était sorti l’année précédente. A Hitchcock aussi, à qui Duvivier emprunte la célèbre scène du verre de lait de Soupçons. Avec de telles références, pas étonnant que La Chambre ardente soit si effrayant.

Voici le temps des assassins – de Julien Duvivier – 1956

Posté : 29 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Voici le temps des assassins

Plus de dix ans après L’Imposteur, tourné lors de leur exil américain, et vingt ans après leurs inoubliables collaborations d’avant-guerre, Duvivier et Gabin se retrouvent une ultime fois pour ce qui est un nouveau sommet de noirceur, d’une extraordinaire cruauté.

Gabin est bien dans son personnage de l’époque: un homme mur et bien installé, à la gouaille toute parisienne. Un restaurateur cette fois, dont la vie se déroule au cœur des Halles. Un choix qui n’est pas anodin : de ce quartier populaire grouillant de vie (reconstitué en studio semble-t-il), Duvivier saisit des images fascinantes.

Dès les premières images, après une chanson originale qui met tout de suite dans l’ambiance, le contraste entre la nuit encore bien noire et l’activité omniprésente à l’écran, avec ces bouchers, ces maraîchers, et toute cette faune urbaine qui se démène au petit matin, crée une atmosphère particulière absolument passionnante. Duvivier donne le sentiment de faire partie de ce microcosme, et c’est l’une des grandes réussites du film.

L’autre réussite, c’est donc cette cruauté que l’on ressent constamment. Lorsque Gabin accueille avec froideur l’annonce de la mort de celle qui fut sa femme d’abord. Et puis dans les petits calculs de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (Danièle Delorme), et dont on sent immédiatement sans vraiment la comprendre qu’elle est démoniaque. Le pauvre Gérard Blain en fera les frais. Mais personne n’en sortira vainqueur.

Surtout, Duvivier met en scène une galerie de femmes épouvantables, qui toutes gravitent autour de Châtelain, le traiteur interprété par Gabin. Trop généreux ? Trop humain ? Trop faible ? Ou simplement malchanceux ? C’est en tout cas une belle collection de monstres qui entoure cet homme si imposant, mais complètement manipulé.

Il y a le terrible visage d’ange de Danièle Delorme, garce magnifique et démoniaque. Il y a la mère de cette dernière, ancienne beauté totalement pathétique dans la déchéance (Lucienne Bogaert). Il y a encore la mère de Châtelain (Germaine Kerjean), monstre d’égoïsme absolument glaçant qui n’hésite pas à jouer du fouet dans une scène d’une brutalité extrême. Même la vieille Mme Jules (Gabrielle Fontan), figure attentive et censément protectrice, est une harpie assez terrible…

Quant aux hommes, en retrait la plupart du temps, manipulés ou jouisseurs, ils offrent quand ils sont mis en avant une vision guère glorieuse de l’humanité. Noir, cruel et pessimiste, un grand Duvivier.

Marie-Octobre – de Julien Duvivier – 1959

Posté : 20 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DARRIEUX Danielle, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Marie-Octobre

Serait-ce le casting de la décennie, pour le cinéma français ? Lino Ventura, Paul Meurisse, Bernard Blier, Paul Frankeur, Serge Reggianni, Robert Dalban, Danielle Darrieux… Difficile de faire mieux, quand même. Tout ce beau monde aurait pu s’étouffer, mais nom. Duvivier, qui connaîtra son dernier gros succès avec ce film, réserve à chacun son moment de gloire, qui permet à tout le monde d’exister et de composer une bien belle galerie de personnages.

C’est un peu le principe du Cluedo : les anciens membres d’un réseau de résistance se retrouvent quinze ans après la guerre, dans une maison où l’un des leurs est mort, victime d’une trahison. Mais qui a trahi ? L’âme du réseau, l’unique femme que beaucoup convoitaient, est convaincue que le traître est parmi eux. Tour à tour, les soupçons se portent sur les uns et les autres.

Pas de politique dans le propos, ces enjeux sont vite éclipsés. D’ailleurs, il s’agit d’anciens résistants, mais le contexte aurait pu être tout autre sans que cela change grand-chose au ton. Duvivier privilégie en effet le film de mœurs, l’affrontement psychologique, et la peinture d’une humanité qui peut être cruelle…

Il y a une tension exceptionnelle dans ce beau film d’atmosphère, dont le rythme ne baisse jamais jusqu’à la révélation finale, terrible, qui renvoie chacun à ses propres démons et plonge les personnages, et le spectateur, dans un silence lourd. Et si le noir n’a pas la profondeur des meilleurs films d’avant-guerre de Duvivier, sa mise en scène est d’une efficacité et d’une inventivité constantes. Pas facile d’éviter le piège du théâtre filmé dans ce huis-clos oppressant, mais Duvivier filme le groupe en se renouvelant à chaque plan, et en faisant exister chacun.

Dans ce passionnant jeu de massacre, mention spéciale à Blier (un magnifique “monsieur tout le monde”), Frankeur (qui apporte une touche d’humour dans la noirceur du propos), Dalban (enfin un rôle consistant pour lui), Reggianni (superbement pathétique), et à la formidable Danielle Darrieux, présence magnétique et trouble qui semble constamment au cœur de l’image.

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