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Archive pour la catégorie 'DUVIVIER Julien'

L’Affaire Maurizius – de Julien Duvivier – 1954

Posté : 8 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Affaire Maurizius

Duvivier aurait-il eu besoin d’un peu de noirceur, après avoir enchaîné trois comédies (Don Camillo, sa suite et La Fête à Henriette ?). Le cinéaste renoue en tout cas avec le pessimisme de ses meilleurs films, pour ce film de procès pas comme les autres.

Pas comme les autres parce que l’action se déroule… 18 ans après le procès dont les causes et les effets irriguent le drame. Et quel drame : Daniel Gélin, jeune homme à l’avenir prometteur, croupit en prison depuis toutes ces années pour un crime dont rien ne dit qu’il l’a vraiment commis. D’ailleurs, le jeune fils de Charles Vanel est convaincu qu’il est innocent. C’est à cause de son père si le pauvre homme a passé près de la moitié de sa vie entre quatre murs, son père qui était substitut du procureur, et qui s’est fait un nom, une réputation et une fortune grâce à ce procès. Sauf que l’autre père, celui de Daniel Gélin, a lui aussi vu sa vie basculer avec ce procès. Et pas en bien…

Passionnant film de procès, qui ne parle que des effets d’une justice pour le coup un rien expéditive. La charge n’est pas légère, et la manière dont Charles Vanel balaye le problème d’un définitif « la justice est faillible » aurait sans doute mérité un peu plus de demi-teinte. Mais les rapports pères-fils sont montrés, eux, avec beaucoup de justesse, et beaucoup d’émotion. Et beaucoup de désespoir.
La construction du film est particulièrement habile, avec ces flash-backs qui se succèdent sans linéarité, sorte de patchwork d’événements qui finissent par s’assembler pour éclaircir le mystère, comme les pièces d’un grand puzzle. Duvivier soigne particulièrement ces flash-backs, donnant à chaque période une identité visuelle propre.

Toutes les scènes qui entourent le procès sont les plus réussies, un simple halo de lumière éclairant les seuls personnages dans un cadre sombre. Une belle manière d’illustrer les faits que ces passages nous sont racontés le plus souvent par la lecture de comptes-rendus imprécis, et non par les souvenirs directs des témoins.

Duvivier apporte le même soin à tous ses personnages. Et les plus riches ne sont pas forcément les plus importants. Dans un rôle un peu en retrait, celui de la victime, Madeleine Robinson est formidable en femme mûre ayant épousé un homme trop jeune pour elle. Quant à Anton Walbrook, il s’offre un grand écart déroutant, entre le jeune homme élégant à qui tout réussit, et l’homme vieilli et négligé, à la proximité insistante avec les fillettes et tous les jeunes hommes. Étonnant…

La Chambre ardente – de Julien Duvivier – 1962

Posté : 8 mars, 2017 @ 8:03 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Chambre ardente

Jamais vraiment là où on l’attend, Duvivier signe un thriller très inspiré de l’ambiance baroque des films d’épouvante italiens de l’époque. Un château isolé, une mort mystérieuse, un cadavre qui disparaît, des nappes de brume qui semblent prendre vie, une cérémonie macabre dans une crypte mortuaire… Cette adaptation d’un roman de John Dickson Carr tient plus du film d’horreur que du polar, même si le fantastique n’est au final qu’apparence et faux semblants.

Encore que… Le film est construit sur un modèle cher à Agatha Christie : un meurtre mystérieux, et une poignée de personnages qui sont autant de suspects potentiels ayant un intérêt à voir la victime trépasser, à commencer par ses deux neveux (le survolté Claude Rich et le manipulateur Jean-Claude Brialy) qui attendent avec impatience et cynisme l’héritage du richissime tonton, un procédé dont Duvivier s’était déjà inspiré pour Marie-Octobre. Mais au milieu de ces personnages, il y a celui joué par Edith Scob, descendante d’une « sorcière » trahie et brûlée des siècles plus tôt par l’aïeul de la victime.

Voir Duvivier filmer un tel microcosme familial lourd de secrets n’a rien d’étonnant. Mais le voir flirter avec le fantastique, et mettre en scène un personnage visiblement habité par une sorte de malédiction familiale est nettement plus inattendu. L’association des deux est parfois bancale : aussi fascinant soit-il, le personnage d’Edith Scob paraît souvent un peu en décalage avec le reste du film. Mais elle contribue à l’atmosphère inquiétante et trouble du film.

Dès la séquence d’ouverture, « affrontement » de deux voitures lancées à toute vitesse sur les petites routes de la Forêt Noire, Duvivier installe une belle tension, et semble d’emblée opposer ses personnages les uns aux autres. Mais c’est quand il assume le plus ses envies de fantastique horrifique que son film est le plus réussi : lors des nombreuses scènes de nuit où il utilise tous les trucs du pur cinéma d’épouvante (l’obscurité, le vent dans les arbres, les bruits de pas dans la nuit…).

C’est le film d’un cinéaste qui aime son art, et qui profite de cette œuvre tardive pour rendre hommage à d’autres réalisateurs a priori très éloignés de son propre univers. En l’occurrence, on pense beaucoup à Mario Bava, dont le culte Masque du Démon était sorti l’année précédente. A Hitchcock aussi, à qui Duvivier emprunte la célèbre scène du verre de lait de Soupçons. Avec de telles références, pas étonnant que La Chambre ardente soit si effrayant.

Voici le temps des assassins – de Julien Duvivier – 1956

Posté : 29 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Voici le temps des assassins

Plus de dix ans après L’Imposteur, tourné lors de leur exil américain, et vingt ans après leurs inoubliables collaborations d’avant-guerre, Duvivier et Gabin se retrouvent une ultime fois pour ce qui est un nouveau sommet de noirceur, d’une extraordinaire cruauté.

Gabin est bien dans son personnage de l’époque: un homme mur et bien installé, à la gouaille toute parisienne. Un restaurateur cette fois, dont la vie se déroule au cœur des Halles. Un choix qui n’est pas anodin : de ce quartier populaire grouillant de vie (reconstitué en studio semble-t-il), Duvivier saisit des images fascinantes.

Dès les premières images, après une chanson originale qui met tout de suite dans l’ambiance, le contraste entre la nuit encore bien noire et l’activité omniprésente à l’écran, avec ces bouchers, ces maraîchers, et toute cette faune urbaine qui se démène au petit matin, crée une atmosphère particulière absolument passionnante. Duvivier donne le sentiment de faire partie de ce microcosme, et c’est l’une des grandes réussites du film.

L’autre réussite, c’est donc cette cruauté que l’on ressent constamment. Lorsque Gabin accueille avec froideur l’annonce de la mort de celle qui fut sa femme d’abord. Et puis dans les petits calculs de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (Danièle Delorme), et dont on sent immédiatement sans vraiment la comprendre qu’elle est démoniaque. Le pauvre Gérard Blain en fera les frais. Mais personne n’en sortira vainqueur.

Surtout, Duvivier met en scène une galerie de femmes épouvantables, qui toutes gravitent autour de Châtelain, le traiteur interprété par Gabin. Trop généreux ? Trop humain ? Trop faible ? Ou simplement malchanceux ? C’est en tout cas une belle collection de monstres qui entoure cet homme si imposant, mais complètement manipulé.

Il y a le terrible visage d’ange de Danièle Delorme, garce magnifique et démoniaque. Il y a la mère de cette dernière, ancienne beauté totalement pathétique dans la déchéance (Lucienne Bogaert). Il y a encore la mère de Châtelain (Germaine Kerjean), monstre d’égoïsme absolument glaçant qui n’hésite pas à jouer du fouet dans une scène d’une brutalité extrême. Même la vieille Mme Jules (Gabrielle Fontan), figure attentive et censément protectrice, est une harpie assez terrible…

Quant aux hommes, en retrait la plupart du temps, manipulés ou jouisseurs, ils offrent quand ils sont mis en avant une vision guère glorieuse de l’humanité. Noir, cruel et pessimiste, un grand Duvivier.

Marie-Octobre – de Julien Duvivier – 1959

Posté : 20 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Marie-Octobre

Serait-ce le casting de la décennie, pour le cinéma français ? Lino Ventura, Paul Meurisse, Bernard Blier, Paul Frankeur, Serge Reggianni, Robert Dalban, Danielle Darrieux… Difficile de faire mieux, quand même. Tout ce beau monde aurait pu s’étouffer, mais nom. Duvivier, qui connaîtra son dernier gros succès avec ce film, réserve à chacun son moment de gloire, qui permet à tout le monde d’exister et de composer une bien belle galerie de personnages.

C’est un peu le principe du Cluedo : les anciens membres d’un réseau de résistance se retrouvent quinze ans après la guerre, dans une maison où l’un des leurs est mort, victime d’une trahison. Mais qui a trahi ? L’âme du réseau, l’unique femme que beaucoup convoitaient, est convaincue que le traître est parmi eux. Tour à tour, les soupçons se portent sur les uns et les autres.

Pas de politique dans le propos, ces enjeux sont vite éclipsés. D’ailleurs, il s’agit d’anciens résistants, mais le contexte aurait pu être tout autre sans que cela change grand-chose au ton. Duvivier privilégie en effet le film de mœurs, l’affrontement psychologique, et la peinture d’une humanité qui peut être cruelle…

Il y a une tension exceptionnelle dans ce beau film d’atmosphère, dont le rythme ne baisse jamais jusqu’à la révélation finale, terrible, qui renvoie chacun à ses propres démons et plonge les personnages, et le spectateur, dans un silence lourd. Et si le noir n’a pas la profondeur des meilleurs films d’avant-guerre de Duvivier, sa mise en scène est d’une efficacité et d’une inventivité constantes. Pas facile d’éviter le piège du théâtre filmé dans ce huis-clos oppressant, mais Duvivier filme le groupe en se renouvelant à chaque plan, et en faisant exister chacun.

Dans ce passionnant jeu de massacre, mention spéciale à Blier (un magnifique “monsieur tout le monde”), Frankeur (qui apporte une touche d’humour dans la noirceur du propos), Dalban (enfin un rôle consistant pour lui), Reggianni (superbement pathétique), et à la formidable Danielle Darrieux, présence magnétique et trouble qui semble constamment au cœur de l’image.

L’Imposteur (The Impostor) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 30 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

L'Imposteur

Dernier des films tournés par Duvivier lors de son exil hollywoodien durant l’Occupation (après deux films à sketchs, Six destins et Obsessions), L’Imposteur est l’occasion pour le cinéaste de retrouver son acteur fétiche Jean Gabin, lui aussi réfugié en Amérique, et un sujet qui n’est pas sans évoquer la noirceur de leurs films communs d’avant-guerre.

L’Imposteur est clairement un film de propagande, destiné à galvaniser l’opinion publique et à souligner, pas toujours très finement, que le conflit qui fait rage est l’affaire de tous. Mais le destin de ce condamné à mort qui s’évade lors d’un bombardement et prend l’identité d’un soldat, n’est pas si loin de celui du héros de La Bandera. C’est en tout cas une nouvelle fois un personnage hanté par le destin que campe un Gabin particulièrement intense.

Le style de Duvivier est là également, avec ses jeux d’ombres, ses gros plans dramatiques et la profondeur du noir et blanc. Avec une séquence d’ouverture qui semble sacrifier aux critères hollywoodiens : ces images très baroques et impressionnantes de l’explosion de la prison, où Gabin semble réduit au statut de jouet dans les mains d’un destin cynique et ironique.

La suite est assez convenue dans le fond : embarqué malgré lui pour l’Afrique avec d’autres soldats, coincé au milieu de nulle part avec pour mission de construire une piste d’atterrissage dans la brousse, il découvre peu à peu les vertus de l’armée, de la camaraderie et du sacrifice. Le sens du devoir aussi, même aussi loin de la ligne de front.

La moindre action, si anodine peut-elle sembler, peut participer efficacement à l’effort de guerre. Le message est limpide. Trop peut-être, et limite du coup l’impact de ce film par ailleurs assez passionnant. Mais il ne manque pas de belles idées. Comme ce Noël improvisé dans la fournaise africaine, ou le (petit) rôle joué par Ellen Drewe, en fiancé en deuil qui découvre la supercherie… Et qui ne cède à aucune facilité hollywoodienne.

Une curiosité qui vaut bien mieux que sa pauvre réputation.

Le Petit Monde de Don Camillo – de Julien Duvivier – 1952

Posté : 6 février, 2015 @ 6:07 dans 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le petit monde de Don Camillo

Pas grand-chose en commun, a priori, entre ce « monument » de la comédie française (disons franco-italienne) et les grandes oeuvres sombres et pessimistes de Duvivier. Et c’est vrai qu’on a un peu de mal à reconnaître la patte du grand cinéaste du destin et de l’échec, auteur de Pépé le Moko, de Panique, et même de Sous le ciel de Paris, son film précédent.

Le Petit Monde de Don Camillo, adaptation d’un roman à succès de Giovanni Guareschi, sera un triomphe populaire lors de sa sortie, et aura droit à une demi-douzaine de suites, dont une seule sera signée par Duvivier lui-même. La série deviendra même indissociable de l’image de Fernandel, sa star, qui finira par s’enfoncer dans la caricature au fil des opus.

Ce premier film échappe, lui, à toute caricature. Fernandel n’est certes guère crédible en force de la nature capable de soulever des tables de banquet en bois massif sans effort. Mais il faut reconnaître qu’il trouve là l’un de ces rôles qu’on imaginerait interprété par aucun autre acteur. Un personnage pas si simple que ça, qui lui permet d’apporter une complexité inattendue dans son jeu.

A la fois bon et mesquin, altruiste et colérique, ce Don Camillo est loin de l’image habituelle du prêtre dans la comédie à la française, bien plus proche de l’esprit corrosif de la comédie italienne.

Là où on retrouve la signature de Duvivier, c’est dans la manière qu’il a de filmer ce petit village italien, microcosme qui semble totalement coupé du monde extérieur. Une communauté en dehors du temps, qui semble ne rien savoir de l’état du monde, même si le sujet est ouvertement politique : l’affrontement du curé traditionnel et du maire communiste fraichement élu, incarnant le monde en mouvement.

Mais on aurait de la peine à trouver un quelconque engagement politique dans ce film. Cette opposition n’est l’occasion que d’un affrontement haut en couleur entre deux manières de faire, entre deux comédiens trucculents (Fernandel et Gino Cervi), entre deux univers qui finissent toujours par se retrouver autour de l’essentiel. Le Petit Monde de Don Camillo est en fait une fable humaniste, certes cynique, mais profondément bienveillante.

Sous le ciel de Paris – de Julien Duvivier – 1952

Posté : 2 janvier, 2015 @ 6:12 dans 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Sous le ciel de Paris

« Sous le ciel de Paris, coule un fleuve joyeux » chante d’une voix guillerette Jean Bretonnière. De son côté, la jeune Denise pose ses premiers regards sur la capitale et découvre des gens souriants, quelque chose qui ressemble à de l’insouciance et au début d’une nouvelle vie. Mais les apparences sont trompeuses, comme l’est la voix guillerette de François Périer qui dit un texte brillant de Henri Jeanson.

Cette voix off, omnisciente, semble jouer sur les personnages comme un montreur de marionettes. A ceci prêt qu’elle se place comme un simple observateur du destin en marche : celui qui va frapper une dizaine de personnages aux quatre coins de Paris, à l’issue d’une journée. D’une manière heureuse ou tragique, mais dans un seul mouvement qui les dirige vers un même point.

C’est ce qui frappe le plus dans ce beau film méconnu du sombre et pessimiste Duvivier : le mouvement qu’il donne à son film chorale. A contrario des films à sketchs qu’il réalisera à plusieurs reprises dans sa longue carrière, Duvivier entrecroise les destins, grâce à une construction assez époustouflante, d’une richesse narrative rare, et d’une efficacité qui l’est encore plus : loin de la comédie humaniste avec laquelle il flirte par moments (pour mieux asséner la cruauté du destin et les dangers de la société), Duvivier adopte un style coup de poing, avec des dialogues percutants, et un montage particulièrement audacieux.

Son Paris semble bien léger au premier abord. Mais il y filme une vieille incapable de trouver l’argent pour nourrir ses chats qui sont sa seule raison de vivre, une jeune femme à peine adulte qui perd ses illusions et bien plus en l’espace d’une journée, un tueur qui recherche l’impossible rédemption, une gamine qui se perd par manque de tendresse, un ouvrier bon père de famille forcé de faire la grève, un apprenti chirurgien dont la vie bascule parce que le seul mérite ne suffit pas toujours, un amour absolu condamné par un accident qui a eu lieu à des centaines de kilomètres de là…

Même si l’avenir n’est pas sombre pour tout le monde, le destin a un arrière-goût bien amer, devant la caméra de Duvivier. Immense cinéaste et grand humaniste, le réalisateur est d’une lucidité exceptionnelle dans ce film très beau et très cruel. « Sous le ciel de Paris », c’est un fragment de l’humanité qu’il met en scène. Avec des injustices flagrantes, et un bonheur inégalement réparti. Mais sans que cela ne remette en cause l’ordre du monde.

Obsessions (Flesh and Fantasy) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 28 février, 2014 @ 2:17 dans 1940-1949, DUVIVIER Julien, FANTASTIQUE/SF, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Obsessions

Exilé aux Etats-Unis durant la guerre, Duvivier y a tourné une poignée de films qui sont loin d’avoir la même réputation que ses films français d’avant-guerre, mais qui n’ont rien d’anodins non plus. Ce Flesh and Fantasy en particulier, souvent ignoré, peut-être parce qu’il s’agit d’un film à sketch, genre parfois un peu foutraque.

Mais cette fois, il y a une vraie cohérence dans le choix des trois histoires, et dans la manière qu’a Duvivier de les mettre en images : avec une belle utilisation de trucages (surimpressions, faux reflets, séquences de rêves…) qui illustrent joliment l’effet du subconscient sur le comportement des personnages.

C’est le fil conducteur des trois histoires que lit un homme à l’un de ses amis (Robert Benchley, vedette de courts métrages dont la série How to…), troublé par un rêve et sa rencontre avec une diseuse de bonne aventure.

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La première histoire est introduite de la plus belle des manières : un cadavre découvert par d’étranges personnages tout de noir vêtus, aux masques grimaçants. Un temps, on imagine être en enfer, mais la caméra révèle bientôt une affiche indiquant qu’il s’agit d’une fête de Mardi-Gras, le soir des masques.

L’héroïne est une femme aigrie qui se croit laide (laideur que Duvivier souligne par un éclairage par en-dessous aussi simple qu’efficace), mais à qui une rencontre avec un étrange vieillard va offrir une nouvelle chance : un masque qui lui donne, quelques heures durant, les traits de céramique d’une belle femme (visage qui ressemble étrangement à celui de Veronika Lake), et surtout la confiance dont elle avait besoin.

C’est la plus morale des trois histoires : l’apparence ne serait que le reflet de la beauté intérieure. Mais c’est joliment fait, avec une belle histoire d’amour naissante (avec Robert Cummings), dans l’effervescence festive, mais curieusement morbide de cette soirée costumée.

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La deuxième histoire offre à Edward G. Robinson un rôle taillé sur mesure pour lui, pas si loin de ceux qu’il tiendra chez Lang : un homme obsédé par son destin, que lui a révélé un diseur de bonne aventure (Thomas Mitchell). Cet homme promis à un beau mariage (avec Anna Lee) doit commettre un meurtre, c’est en tout cas ce qui est écrit dans sa main…

L’obsession est vraiment le sujet de ce sketch, obsession qui prend le visage du reflet de Robinson dans la glace, sorte d’ange maudit qui lui rappelle sans cesse qu’il tuera. A tel point qu’il se décide à passer à l’acte pour se débarrasser de cette fatalité. Dame May Whity (la Miss Froy d’Une femme disparaît) et C. Aubrey Smith (le père assassiné de Quatre hommes et une prière) feront des cibles parfaites.

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Tout aussi réussie, la troisième histoire est une déclinaison sur le même thème, mais avec l’espoir en plus. Un funambule (Charles Boyer, co-producteur du film avec Duvivier) rêve qu’il tombe de son fil devant les yeux d’une inconnue (Barbara Stanwyck). Le rêve le hante, jusqu’à ce qu’il rencontre cette femme sur un bateau…

Il y a là aussi de beaux trucages : Charles Boyer filmé en gros plan sur un fil à 25 mètres de haut, des réminiscences de ses rêves qui apparaissent soudain à l’écran… Des effets qui soulignent le malaise et les doutes du personnage.

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Obsessions n’a peut-être pas la puissance de ses grands chef d’œuvre, mais cette deuxième incursion de Duvivier dans le film à sketchs hollywoodien (après Tales of Manhattan) est un sans faute, avec une bien belle distribution…

Le Paquebot Tenacity – de Julien Duvivier – 1934

Posté : 27 février, 2014 @ 2:55 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le Paquebot Tenacity

Dans l’impressionnante filmographie d’avant-guerre de Duvivier, Le Paquebot Tenacity fait figure de grande curiosité : un film tombé dans un oubli assez abyssal que le précieux Cinéma de Minuit a eu la bonne idée d’exhumer il y a quelques semaines. Une bonne idée, parce que le film possède une fraîcheur et une profondeur qui n’ont rien à envier aux grands classiques du cinéaste de la même époque : La Belle Equipe ou La Bandéra.

Comme pour ces deux chefs d’œuvre avec Gabin, Le Paquebot Tenacity raconte l’histoire de Parisiens qui rêvent d’un ailleurs moins gris, qui souhaitent s’évader de la crise et de la misère, en l’occurrence en signant un contrat qui leur promet un avenir dans les vastes plaines du Canada. A Albert Préjean, grande gueule qui sait ce qu’il veut, et à son pote Hubert Prélier, foncièrement bon mais totalement incapable de prendre une décision qui lui est propre.

Pas de tragédie ou de grand rebondissement à l’horizon, pour ces deux amis décidés à laisser leur vie trop terne derrière eux. Le Havre, où ils échouent en attendant que leur paquebot (le Tenacity, donc) appareille, s’apparentera à une période de transition où chacun apprendra à mieux se connaître, et à comprendre ce qu’ils attendent vraiment de la vie. Une sorte d’introspection qui prend l’aspect d’une femme, bien sûr, dont les deux amis tombent amoureux, sans se l’avouer.

Comme souvent chez Duvivier, il est affaire de destin ici : lorsque le paquebot part, il ne tarde pas à faire demi-tour et à rentrer au port, victime d’une avarie. Comme le dit le beau personnage du vieil ouvrier (Pierre Laurel), « il y a ceux qui partent et ceux qui restent, on n’a pas le choix ». Et ceux qui pensent avoir le choix se bercent d’illusion.

Le destin, en l’occurrence, n’est pas aussi tragique que dans la plupart des grands film français de cette époque : ni meurtre, ni damnation, pour ces deux hommes en quête d’un ailleurs plus souriant. Mais il est synonyme d’une perte d’illusions, et d’une prise de conscience : l’un comme l’autre des deux personnages principaux finira par assumer ce destin auquel il n’était pas préparé.

L’une des forces du film est d’associer la profondeur du propos avec une vraie légèreté. Le port du Havre, à mi-chemin (moralement en tout cas) entre la grisaille de Paris et les promesses inquiétantes du Canada, est une sorte d’entre-deux enchantée, une bulle de bonheur en marge d’une réalité bien sombre. Là, les personnages découvrent une communauté à laquelle ils ne pensaient pas, et se laissent aller à des moments de pure joie.

Il y a notamment cette soirée précédant le départ, au cours de laquelle les clients d’un bar reprennent en chœur une chanson commencée par Albert Préjean, bientôt suivis par les passants dans la rue, et même par les prostituées sur le trottoir d’en face. Un chant si communicatif que la patronne lance au personnage : « Tu chantes mieux que Préjean ! »

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935

Posté : 2 juin, 2013 @ 6:24 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935 dans * Polars/noirs France la-bandera

Toute une époque, la meilleure de Gabin : celle de ses grands chefs-d’œuvre d’avant-guerre. Celui-ci est celui qui a fait de l’acteur une immense star. Un rôle qui conditionnera une grande parie de filmo d’avant-guerre.

La toute première scène est extraordinaire. Dans un Paris nocturne de studio, digne des décors de Borzage, Duvivier présente en quelques plans secs et frappants ce qui hantera le personnage de Gabin : un crime qu’il a commis rue Saint-Vincent, à Paris, et dont on ne saura pas grand-chose.

Toute la première partie est digne des plus grands films noirs américains : c’est la descente aux enfers d’un type qui n’a plus ni passé, ni avenir. Hyper noir, et filmé avec un sens du cadre exceptionnel, qui fait ressentir le poids du monde sur les larges épaules de Gabin, qui paraissent parfois bien frêles

Recherché, sans argent ni papier, il s’engage dans la Légion étrangère espagnole, dont Julien Duvivier filme le quotidien, les longues semaines d’inaction qui précédent le massacre annoncé. Le film est visiblement inspiré par La Patrouille perdue, de Ford, qui fut l’un des films américains les plus remarqués l’année précédente. Curieusement, cette communauté d’hommes aux passés obscurs, filmée dans son quotidien, fait penser au Ford à venir, celui du Massacre de Fort Apache surtout.

Duvivier est à la hauteur de ces références. Il signe avec La Bandéra un chef d’œuvre indémodable où tout sonne juste. Le jeu des acteurs (Gabin est immense), la lumière (impressionnante)… Même les transparences pourtant approximatives et les décors de carton-pâte sont magnifiques.

Et puis ces amitiés viriles, cette camaraderie d’un autre temps, avec ce langage de titi parisien qui, dans le désert, revêt une dimension particulière, ont un charme décidément indémodable.

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