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Le Maître du Logis (Du skal aere din hustru) – de Carl Theodor Dreyer – 1925

Posté : 6 décembre, 2012 @ 12:36 dans 1920-1929, DREYER Carl Theodor, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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Difficile de faire moins cinégénique, a priori, que cette histoire de couple qui se déroule presque exclusivement dans l’espace confiné d’un petit appartement, qui commence par une longue séquence montrant le quotidien terne d’une femme d’intérieur, et qui ne met en scène qu’une poignée de personnages. Un mari trop dur avec sa femme et ses enfants, une épouse aimante mais au bord de la dépression, et une vieille dame qui fut la nounou du mari, et qui convainc la jeune femme de partir se refaire une santé loin de son mari, pendant qu’elle-même s’acharne à remettre le « tyran » dans le droit chemin.

De ce huis-clos antispectaculaire au possible, Dreyer tire l’un des grands chef-d’œuvre du muet, un film qui n’a rien du théâtre filmé, et qui ‘avère, neuf décennies plus tard, d’une modernité étonnante dans sa mise en scène.
Dreyer n’est pas un cinéaste tape-à-l’œil. Mais sa science du cadrage et du montage est sidérante. En montrant successivement, et rapidement, trois plans presque identiques de la vieille dame, il évoque le trouble naissant du mari. En isolant les personnages dans des cadres rigides, il souligne le manque de communication. En filmant l’épouse en gros plan, avec un large espace vide au dessus de sa tête, il fait ressentir le poids que cette dernière accepte d’endosser pour son mari…

Tout le film est fait de ces petits coups de génie d’un cinéaste qui a su, comme les plus grands manier le cinéma comme un art et comme un langage. On pense souvent à Lubitsch, pour le rythme et les relations compliquées entre les hommes et les femmes. Le rôle du mari (excellent Johs Meyer) semble d’ailleurs tout droit sorti du cinéma de Lubitsch.

Mais le personnage de la vieille dame est la véritable âme du film. Cette espèce de Mary Poppins du troisième âge, qui s’amuse à martyriser le mari-tyran pour le faire réagir, et ressusciter sa tendresse disparue, est un personnage pour le moins haut en couleurs.

Elle est dure, mais on y prend tellement de plaisir, après avoir assisté pendant plus d’une demi heure aux petites cruautés quotidiennes de ce mari devenu odieux parce qu’il peine à subvenir aux besoins de sa famille… Il est odieux, arrogant, impardonnable. Et après cette première demi-heure sombre et difficile, voir ce tyran du quotidien souffrir à son tour tout en regagnant son humanité perdue, donne au film un nouveau souffle plus léger, parfois proche de la comédie.

Dans le drame comme dans la comédie, Dreyer excelle. Son film n’est ni une critique sociale, sur un homme ravagé par la perte de son emploi (le happy-end balaiera d’un coup tous les soucis financiers du couple), ni une œuvre féministe sur la libération de la femme (l’épouse reste dévouée totalement à son mari). C’est juste une histoire d’amour d’un couple bien installé. Mais filmé par un génie qui signe là l’un de ses tout premiers grands chefs d’œuvre.

 

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