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Archive pour la catégorie 'DMYTRYK Edward'

L’Homme aux colts d’or (Warlock) – d’Edward Dmytryk – 1959

Posté : 16 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DMYTRYK Edward, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Voilà un western absolument formidable, et superbement réalisé par un Dmytryk très inspiré, qui peut compter sur un chef opérateur formidable (Joseph McDonald, chef op de La Poursuite infernale ou de Niagara), à qui on doit une poignée de plans à couper le souffle, comme cette silhouette (de Henry Fonda) qui se dessine dans une nuit bleue avec les flammes qui commencent à dévorer l’écran.

Mais c’est surtout le scénario qui impressionne par sa complexité, inhabituelle dans le genre. Et par la richesse des personnages et des relations qui se tissent. Les personnages masculins en tout cas, parce que les deux personnages féminins sont à la limite de la caricature : la douce Dolores Michaels et la piquante Dorothy Malone n’y peuvent pas grand-chose.

Côté hommes, on a droit à un superbe trio d’acteurs. Richard Widmark en bandit qui passe du bon côté de la loi, sans doute un peu trop vieux pour le rôle mais toujours d’une justesse remarquable. Henry Fonda en légende vivante, intense et charismatique comme jamais. Et Anthony Quinn en mystérieux sidekick, dans l’un de ses grands rôles : l’un de ces films pas si nombreux où le réalisateur, et la nature de son personnage, ont su canaliser son énergie débordante, refréner ses penchants pour le cabotinage, et libérer son impressionnante présence. Ils ne sont pas si nombreux à avoir réussi un tel exploit (on pense à Allan Dwan avec Le Bord de la Rivière).

Avec ce film à gros budget et en Cinemascope, Dmytryk s’amuse à prendre le contre-pied des poncifs du western, et à tromper constamment l’attente des spectateurs. Les duels attendus ne se passent jamais comme on le pense, et le cinéaste se permet même de priver Fonda de la grande confrontation annoncée.

Le film est aussi une belle réflexion sur la violence et ses effets, opposant l’auto-justice à la loi, peut-être moins efficace, mais qui seule peut ramener la paix et assurer l’avenir de la société. Là encore, c’est une morale qui est loin d’être courante dans le western.

* Le film fait partie de la collection « Western de Légende », et figure dans l’impressionnant coffret de 30 westerns (avec encyclopédie en deux volumes consacrée au genre par Patrick Brion) que vient d’éditer Sidonis/Calysta).

Le Rendez-vous de Hong Kong (Soldier of fortune) – de Edward Dmytryk – 1955

Posté : 13 novembre, 2014 @ 2:47 dans 1950-1959, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Le Rendez-vous de Hong Kong (Soldier of fortune) - de Edward Dmytryk - 1955 dans 1950-1959 Lerendez-vousdeHongKong_zps0d51f63f

La même année que La Mousson et sa découverte des mystères de l’Inde, la Fox poursuit son tour du monde en Cinemascope des terres exotiques avec ce Rendez-vous de Hong Kong, qui participe clairement de la même démarche. Dès les premières images, la parenté entre les deux films est évidente, avec ces longs plans dévoilant l’architecture et la vie de Hong Kong.

Le film manque un peu de souffle, mais les images sont belles. Et Smytryk ne se laisse pas tourner la tête par ses moyens, qu’il a gros, et ses décors, qui sont spectaculaires : son film reste focalisé sur son « couple » vedette, Susan Hayward et Clark Gable.

La première est une Américaine qui débarque à Hong Kong pour tenter de retrouver son mari, fait prisonnier en Chine pour avoir voulu y faire un reportage sur le régime en place et les conditions de vie. Le seul qui puisse l’aider est au mieux un aventurier, au pire un gangster (Gable, donc), un homme cynique et sans attache qui, bien sûr, tombe amoureux d’elle.

Le film ne manque pas d’atouts, et parvient à créer une atmosphère très particulière de lieu d’exil. Moins par la richesse des décors que par quelques seconds rôles remarquables. Le policier anglais, un peu transparent (le terne Michael Rennie, également à l’affiche de La Mousson), mais surtout deux personnages qui ne font que de courtes apparitions : cette Européenne entre deux âges, seule et sans avenir, qu’un vieux pilier de bar demande en mariage dans une séquence bouleversante ; et cet ex-général chinois réfugié dans la colonie anglaise, et rattrapé par son passé.

Tous deux sont des nostalgiques, à leur manière, d’un passé douloureux dont on ne saura rien, et s’apprêtent à affronter un avenir incertain. Ils n’ont pas le cynisme de Clark Gable, ou le détachement de ce Français alcoolique et dragueur dont on se demande ce qui l’a amené ici, mais qui affiche une décontraction à toute épreuve, élément comique dans cet univers globalement sombre.

Mais le plus étonnant dans ce film, outre la manière d’évacuer le personnage du mari qui est pourtant le moteur de l’action, c’est sa construction. Et comment le couple improbable formé par Susan Hayward et Clark Gable se révèle central alors que les deux stars n’ont que peu de scènes en communs. Il faut attendre 30 minutes pour que Gable entre en scène, et Susan Hayward disparaît presque totalement de l’action dans la dernière partie du film.

Pourtant, ces deux-là semblent se nourrir l’un l’autre, la présence de l’autre les aidant à se libérer des « prisons » qu’ils se sont construites… Etrange et séduisante manière de filmer la passion et l’espoir qui renaît…

• Le film est édité dans la collection « Hollywood Legends », qui exhume les classiques de la Fox dans des éditions visuellement soignées, mais sans bonus.

La Lance brisée (Broken Lance) – d’Edward Dmytryk – 1954

Posté : 25 novembre, 2013 @ 2:33 dans 1950-1959, DMYTRYK Edward, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Lance brisée

Habitué aux cadres resserrés et aux décors exigus du film noir, Dmytryk signe ici un western en cinémascope, dans des décors naturels arides et spectaculaires, baignés de soleil et magnifiquement filmés.

Le scénario, lui, emprunte aussi bien aux grandes figures du western (la confrontation de deux frères ennemis en particulier), qu’à celles du film noir, avec cette construction en flash back qui souligne le destin tragique de cette famille condamnée par les rivalités, les rancoeurs et la soif de pouvoir.

Spencer Tracy est exceptionnel en patriarche qui voit son époque tirer à sa fin. Il est le personnage le plus intéressant et le plus fascinant. Attachant et hyper charismatique, il n’est sympathique que parce qu’il est au cœur du film, et qu’on le voit dans son intimité, avec cette Indienne qu’il a épousée en dépit de tous les préjugés, et qu’il aime comme au premier jour. Mais c’est aussi un être dur et directif, qui n’a pas le moindre geste tendre pour ses trois fils aînés à qui il préfère le plus jeune, plus intelligent et plus honnête. Un meneur connu pour son intransigeance, et pour avoir lynché ceux qui ont voulu le voler. Dans d’autres westerns, il aurait été le grand méchant…

Dans le rôle du fils préféré, le jeune Robert Wagner est très bien. Beaucoup mieux que dans Prince Vaillant ou dans les autres films de cette époque, où il est souvent bien terne. Mais c’est Richard Widmark qui impressionne. Dans le rôle plus en retrait et moins facile du frère honni, il apporte une humanité et une complexité qui font beaucoup pour la réussite du film.

Adieu ma jolie / Adieu ma belle / Le Crime vient à la fin (Murder my sweet) – de Edward Dmytryk – 1944

Posté : 2 octobre, 2013 @ 9:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Adieu ma jolie / Adieu ma belle / Le Crime vient à la fin (Murder my sweet) – de Edward Dmytryk – 1944 dans * Films noirs (1935-1959) adieu-ma-jolie

Deux avant Bogie dans l’immense Le Grand Sommeil, c’est Dick Powell qui coiffe le feutre de Philip Marlowe, grand détective imaginé par Raymond Chandler, porté sur l’alcool et les femmes, et qui a le don de mêler d’affaires d’une complexité abyssale. Adieu ma jolie n’est pas tout à fait aussi opaque que le chef d’œuvre de Hawks (qui place la barre très haut, c’est vrai), mais mieux vaut ne pas laisser son attention retomber ne serait-ce que cinq secondes si on veut tout comprendre de cette intrigue hyper retors où les fils s’entremêlent, entre fausses pistes et rebondissements inattendus.

Le héros lui-même ne cache pas qu’il est totalement largué la plupart du temps. C’est d’ailleurs l’une des différences majeures entre le Marlowe de Bogart et celui de Powell : ce dernier est tout aussi dur, mais affiche une vulnérabilité et des faiblesses plus revendiquées. Moins mythique, mais plus humain : on le sent capable d’erreurs, et même d’échecs. La manière dont on le découvre, aveugle, s’inquiétant du sort d’une jeune femme, et soupçonné de meurtres, annonce la couleur.

L’intrigue est hyper complexe ? Qu’importe bien sûr : ce qui compte comme souvent dans les grands films de privé, c’est l’atmosphère, et le pur plaisir de cinéma. Dans le genre, le film de Dmytryk est une immense réussite, un film au rythme incroyable qui n’accorde pas le moindre temps mort. A l’image de Marlowe lui-même, qui enchaîne les séductions – avec la douce (ou à peu près) Anne Shirley et sa belle-mère fatale, Claire Trevor (toutes deux parfaites) – et les coups de poings, de matraques ou de crosses, qu’il se prend dans la tête à longueur de film…

Le scénario est formidable, l’interprétation parfaite, mais c’est aussi (et surtout ?) la mise en scène de Dmytryk qui fait de Murder my sweet l’une des plus grandes réussites du genre. Devant sa caméra, la moindre scène prend une dimension extraordinaire. L’une des premières scènes donne le ton. Marlowe, à moitié dépressif dans la solitude de son bureau plongé dans l’obscurité, laisse aller ses pensées, et voit le visage d’un homme inquiétant se refléter dans sa fenêtre éclairée par l’intermittence d’une enseigne… Une image aussi effrayante que fascinante, qui plonge immédiatement dans un mélange de menace et de mystère.

Il y a aussi une longue séquence au cours de laquelle Marlowe, drogué à son insu, se débat dans des cauchemars et des visions d’angoisse, qui le voient tomber sans fin et lutter en pure perte contre ses démons… Rien de nouveau, sauf que jamais ce genre de visions n’a été aussi efficace qu’ici. Dmytryk fait bien mieux qu’illustrer les maux de son héros : il nous fait partager ses sensations dans un long mouvement terriblement sensoriel. C’est absolument génial.

• Le DVD du film fait partie de la collection bleue RKO des Editions Montparnasse, avec une introduction courte mais particulièrement enthousiaste de Serge Bromberg.

Feux croisés (Crossfire) – d’Edward Dmytryk – 1947

Posté : 18 août, 2013 @ 4:29 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DMYTRYK Edward, MITCHUM Robert, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Feux croisés (Crossfire) – d’Edward Dmytryk – 1947 dans * Films noirs (1935-1959) feux-croises

Ça commence comme un film noir très classique : dans une pièce plongée dans l’obscurité, des ombres se battent. On n’en voit quasiment rien, mais la violence de la scène est perceptible. Finalement, deux hommes portant uniforme laissent derrière eux un civil sans vie… Puis l’entrée en scène d’un flic revenu de tout, joué par l’excellent Robert Young, très « Maigret-esque », qui va tenter de reconstituer les dernières heures de la victime, un brave type qui a croisé la route de trois soldats fraîchement démobilisés dans un bar.

L’affiche elle-même constitue une sorte de sommet du film noir de l’époque : les trois Robert Mitchum, Ryan et Young réunis dans un même film… il y a de quoi faire saliver tous les amateurs du genre. Mais très rapidement, le film s’éloigne de l’intrigue pure. L’identité du coupable est révélée, et ce n’est pas une surprise : c’est Robert Ryan, habitué aux rôles de grands malades et de désaxés, qui interprète ici un vétéran débordant de haine contre les juifs.

Dmytryk, qui sera quelques mois après le tournage le seul réalisateur des « 10 d’Hollywood » (des professionnels du cinéma blacklistés pour avoir refusé de coopérer avec la tristement fameuse commission McCarthy), signe peut-être le premier film qui dénonce ouvertement d’antisémitisme non pas comme l’un des moteurs du nazisme, mais comme une menace intérieure réelle.

Ryan n’y est pas un psychopathe assoiffé de sang : c’est un « antisémite ordinaire » (comme on parle aujourd’hui de racisme ordinaire) qui, vraisemblablement, rejette sur les Juifs, et particulièrement sur cet homme si compréhensif et si serein qu’il rencontre au hasard d’une soirée, la responsabilité des horreurs auxquelles il a dû prendre part durant la guerre, et la mort de soldats qu’il a connus. Un type plein de haine et de morgue qui finit par déraper.

C’est la grande force du film, au-delà du récit plein de suspense : faire ressentir la triste banalité de ces destins brisés. Le flic, d’âge mur, est revenu de tout. Mais les jeunes soldats sur lesquels il enquête semblent, eux, ne pas savoir comment retrouver une vie normale après ces années de guerre.

Robert Mitchum, qui fait en quelque sorte le lien entre tous les personnages, a le rôle le moins intéressant à jouer. Il ne prend d’ailleurs qu’une part marginale dans le déroulement de l’action. Mais la présence de l’acteur, qui n’a pas encore tourné ses grands chefs d’œuvre, est déjà magnétique. Sa force tranquille, ses paupières lourdes, sa diction de trois heures du matin, habitent déjà ce film fort et intelligent, qui réussit à faire le trait d’union entre film de genre et film engagé. Pas de quoi rassurer McCarthy…

• Le DVD du film fait partie de la très riche (et très abordable) collection bleue « RKO » des Editions Montparnasse.

Pris au piège (Cornered) – d’Edward Dmytryk – 1945

Posté : 11 août, 2011 @ 9:44 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Pris au piège (Cornered) – d’Edward Dmytryk – 1945 dans * Films noirs (1935-1959) Pris%20au%20piegravege_zps9x32facv

Bruce Willis était déjà une star en 1945 ? Incroyable comment Dick Powell, dans l’un de ses rôles les plus sombres et durs, évoque avant l’heure (il n’était même pas né, le Bruce) la future star de Die Hard. La mâchoire serrée, les cernes aux coins des lèvres, l’air de pouvoir encaisser des coups pendant toute une nuit sans rien lâcher, il est impressionnant. Impassible bloc de détermination, il contribue pour beaucoup à l’impression de violence latente qui se dégage de ce film noir à la fois très classique (un dur à cuire recherche l’homme qui a tué sa femme) et à part dans l’histoire du genre : tourné peu après la fin de la guerre, il prend pour cadre un monde fortement marqué par les six ans de conflit.

Cette particularité donne d’ailleurs tout le sel du film ; car l’intrigue en elle-même est franchement tirée par les cheveux. Juste un petit exemple : dans un  petit village français en ruines, le héros est à la recherche de l’assassin, un ancien collabo qui se fait passer pour mort. La maison où il pensait trouver une piste vient tout juste de brûler, détruisant tous les documents qui s’y trouvaient… sauf un petit bout de papier qui contient justement une adresse. Sacré coup de bol… Comme ça, notre héros, vétéran anglais qui a épousé sa femme en France pendant la guerre, et qu’il pensait retrouver à la libération, suit sa piste indice après indice. Une piste qui le conduit, avec une facilité confondante, en France, puis en Suisse, et enfin en Argentine. C’est en Amérique du Sud que le film devient vraiment passionnant. Pas pour l’histoire, mais pour le portrait qu’il donne des exilés, Français pour la plupart, dont beaucoup ont trouvé là-bas un refuge, après des années de collaboration avec les Allemands.

Cette bourgeoisie honteuse (ou pas, d’ailleurs) n’est jamais présentée ouvertement comme ce qu’elle est. Mais la vie de bacchanales que mènent ces exilés n’en est que plus dérangeante : on devine chez ces grands bourgeois des années de connivence avec les Nazis. D’ailleurs, aucun de ces étrangers n’aborde ouvertement le problème de leur nationalité. Français ou Allemands, demande-t-on à l’un d’eux ? « Je suis un gastronome, répond ce dernier. Mon sang est un mélange d’excellents vins européens. » Dmytryk, dont la carrière serait interrompue deux ans plus tard à cause de la Chasse aux sorcières (condamné, exilé, il retrouvera sa place dans les studios en 1951 après avoir accepté de collaborer avec la commission), signe l’un des premiers films qui abordent l’exil des criminels de guerre. Visiblement, il ne se faisait guère d’illusion sur une issue rapide à cette chasse aux nazis…

Cornered n’est pas un film sur un monde qui renaît enfin, mais sur un monde qui restera profondément traumatisé par ces années de guerre, qui ont révélé la part la plus sombre des hommes.

 

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