Les Intrigantes – d’Henri Decoin – 1954

Le Decoin de cette période est bien moins reconnu que celui d’avant-guerre, mais il n’en est pas moins très intéressant. Tourné quelque part entre La Vérité sur Bébé Donge et Razzia sur la chnouf, ce faux film noir totalement méconnu est même une très grande réussite, en même temps qu’un film très original sur un sujet fort : le soupçon.
Dans toutes ses nuances d’ailleurs, aussi bien sur le plan de l’intimité que de l’intrigue. Le directeur du théâtre a-t-il poussé son associé, qui a fait une chute mortelle d’une passerelle ? Élément de réponse qui ne dévoile pas le mystère : là n’est pas l’intérêt. D’ailleurs, l’intrigue repose moins sur « l’a-t-il fait ? » que sur « y a-t-il une preuve qu’il y a crime ? ».
En revanche, le titre ouvre une autre porte : celle de la place des femmes dans ce milieu théâtral très machiste. Tellement machiste et patriarcal qu’on soupçonne un temps Decoin de souscrire à cette vision masculiniste de la société, avec cette peintre d’un monde artistique où la femme est cantonnée au mieux à un rôle de faire-valoir, le plus souvent à celui de potiche tout juste bonne à mettre en valeur ses fesses, « avant qu’elles fanent » (c’est dans le texte).
Cette impression n’est qu’un postulat de départ, vite balayé. Le soupçon installé, ce sont les hommes qui sont renvoyés aux rôles de faire-valoir, qui subissent des situations dont ils pensaient être les moteurs. D’un côté, le gentil directeur joué par Raymond Rouleau. De l’autre, le manipulateur fourbe Raymond Bussières. Au milieu, la douce et déterminée Etchika Choureau, et la faussement effacée Jeanne Moreau.
Formidable en épouse énamourée qui laisse peu à peu apparaître sa véritable personnalité, une envie farouche d’exister par elle-même, elle est le cœur d’un film finalement tout en nuances, et qui derrière des aspects très classiques, se joue habilement et joyeusement des poncifs et des idées trop facilement ancrées.








