Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'DE TOTH Andre'

Le Sabre et la Flèche (Last of the Comanches / The Sabre and the Arrow) – d’Andre De Toth – 1953

Posté : 26 juin, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, WESTERNS | Pas de commentaires »

 Le Sabre et la Flèche (Last of the Comanches / The Sabre and the Arrow) - d'Andre De Toth - 1953 dans 1950-1959 Le%20Sabre%20et%20la%20flche_zpsq91bk1ba

Voilà un western qui commence là où beaucoup d’autres finissent : dans une petite ville assiégée par les Indiens. Dès la première image, De Toth nous plonge dans un univers où la mort rode, et fait irruption avec une violence rare. C’est une entrée en matière vraiment pas commune : après ce massacre largement suggéré, les quelques survivants se dévoilent, silhouettes chancelantes de soldats vaincus qui avancent péniblement dans le désert.

Les « héros » sont en sursis, et semblent autant vouloir rentrer chez eux qu’effacer la douleur de la défaite et des morts qu’ils trimbalent avec eux. L’héroïsme prend une forme inattendue et dramatique, que De Toth n’embellit jamais. Le choix de l’acteur principal va dans ce sens : loin des stars habituelles du genre, le massif Broderick Crawford est étonnant, et apporte beaucoup d’épaisseur (dans tous les sens du terme) à ce personnage dont la psychologie se limite à l’essentiel.

C’est sans doute la principale limite du film : le scénario, transposition westernienne de celui de Sahara avec Bogart, ne développe pas bien loin ces personnages. Les rebondissements attendus ne manquent pas, non plus. Mais l’écriture parfois approximative est largement compensée par les comédiens, tous excellents (parmi lesquels Barbara Hale en caution féminine, et Lloyd Bridges toujours parfait).

Surtout, Andre De Toth signe une mise en scène souvent magnifique. Bien aidé par un Technicolor flamboyant et très contrasté, le cinéaste apporte un soin rare à la composition de tous ses plans, utilisant la lumière, les ombres et surtout les contre-jours avec bonheur. Toute une scène de dialogue au crépuscule montre ainsi des silhouettes en ombres chinoises qui se découpent sur un ciel rougeoyante à couper le souffle. Plus tard, des pans de mur encadrent une croix en flammes qui surplombe Broderick Crawford… Le film est comme ça émaillé d’images sublimes qui font largement oublier les quelques faiblesses du scénario.

* DVD dans la collection Westerns de Légende chez Sidonis/Calysta, avec des présentations enthousiastes de Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

La Chevauchée des bannis (Day of the outlaw) – de Andre De Toth – 1959

Posté : 3 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chevauchée des bannis (Day of the outlaw) - de Andre De Toth - 1959 dans 1950-1959 La%20Chevaucheacutee%20des%20bannis_zpsxdmovhmy

Des westerns dans la neige ? On en a vu d’autres, avant et après, y compris avec Robert Ryan qui, dans Les Implacables de Walsh, quatre ans plus tôt, chevauchait déjà dans des paysages d’un blanc immaculé. D’où vient alors cette impression de ne jamais avoir vu un film comme Day of the Outlaw ?

Avec ce film, dénué de toute fioriture, De Toth, plus que dans n’importe quel autre, pousse à fond la logique de l’épure. Les paysages, les décors, les dialogues, les expressions des acteurs… rien, strictement rien de superflu ici. Rien qu’une poignée de personnages obligés de cohabiter tant bien que mal, dans une nature omniprésente et hostile.

En tournant quasi-intégralement en extérieurs, dans une région reculée et dans des conditions extrêmes, De Toth apporte à son film une dimension rare. L’omniprésence de cet environnement, sa menace perpétuelle, sont bel et bien perceptibles. Le cinéaste et son équipe ont profité de ses conditions difficiles pour faire de la nature un personnage central, utilisant tempêtes et brouillard pour renforcer son côté oppressant.

Le résultat est époustouflant. Le vent qui souffle sur les planches qu’on devine mal jointes des maisons, les chevaux qui avancent avec difficulté dans une neige profonde, s’enfonçant lentement dans un brouillard qui ferme l’horizon… Le film est émaillé de ces images saisissantes. Et l’affrontement entre héros et méchants se résumera à savoir qui des uns ou des autres saura le mieux se plier aux caprices de la nature.

Au cœur du film (et apparemment co-auteur du scénario, à un degré ou un autre), Robert Ryan est une nouvelle fois fabuleux. De son passé, on ne saura pas grand-chose, si ce n’est qu’il a utilisé plus d’une fois les armes pour amener la paix dans cette petite ville perdue dans les montagnes. Une ville qui, la paix installée, lui tourne ostensiblement le dos.

C’est un thème récurrent dans le western : le rapport ambivalent des habitants avec l’usage de la violence. Mais là aussi, le film prend le contre-pied de ce que l’on pourrait attendre. Pour Robert Ryan, pas de miracle possible : sa seule issue est de se confronter à ses démons, et d’accepter la vie en société et les prémisses d’une démocratie qui ne lui donnera pas forcément raison.

Surtout, Day of the Outlaw est l’un des westerns les plus tendus, les plus oppressants qui soient. Avant même l’irruption de Burl Ives et de sa bande de desperados, qui ne tardent pas à semer la terreur, Andre De Toth impose une tension extrême d’autant plus oppressante qu’elle ne fait que flirter avec l’explosion de violence que l’on sent toute proche, et avec laquelle le cinéaste s’amuse avec un sadisme réjouissant.

Cette tension atteint son sommet lors d’une scène… de bal. Un bal improvisé par des bandits en mal de compagnie, qui semble constamment sur le point de se transformer en viol collectif. La séquence de bal constitue la plupart du temps une pause dans le western, mais De Toth s’amuse à renverser cette figure presque imposée. Comme il s’amuse à faire de la survie du grand méchant (Burl Ives, donc) non pas une menace sur la population locale, mais une condition indispensable à sa sécurité.

Même s’il prend systématiquement le contre-pied des codes habituels du genre, Andre De Toth le fait avec discrétion, sans le tape-à-l’œil d’autres « révolutionnaires » du western (Peckinpah par exemple). Son film est un pur chef d’œuvre.

Enfants de salauds (Play Dirty) – de Andre de Toth – 1968

Posté : 20 mars, 2015 @ 1:47 dans 1960-1969, DE TOTH Andre | Pas de commentaires »

Enfants de salauds (Play Dirty) - de Andre de Toth - 1968 dans 1960-1969 Enfants%20de%20salauds_zpsjdl43u29

Ne pas se fier au pitch de ce film de guerre anglais (une bande de repris de justices transformés en soldats pour remplir une mission suicide dans le désert lybien de 1942), ni même au titre original : Play Dirty est loin, très loin, du Dirty Dozen (Les 12 salopards) tourné par Aldrich l’année précédente, et qui a entraîné toute une série de productions va-t-en guerre à grand spectacle.

Visuellement déjà, De Toth prend un parti-pris radical, dépouillant les images de la moindre tâche colorée. Tout semble n’être que sables et pierres dans ce film. Le désert bien sûr, mais aussi les uniformes, les véhicules, les visages, jusqu’au ciel qui n’offre aucune échappoire à la chaleur écrasante et à la poussière.

Et puis la mission de ce petit groupe n’a strictement rien d’héroïque. Elle se résume la plupart du temps à une lente avancée à travers le désert, parsemée des embûches incontournables du genre : un champ de mine, une tempête, la rencontre avec des autochtones hostiles… On se croirait presque dans un remake de La Piste des Géants, le western du début du parlant de Walsh. Le film lui rend d’ailleurs un hommage direct, avec cette scène au cours de laquelle les soldats franchissent une falaise en attachant leurs voitures à des câbles, copié-collé d’une séquence du film de Walsh.

De Toth étire le temps et évite soigneusement d’enchaîner les morceaux de bravoure. Il y en bien quelques-uns, assez époustouflants. Mais ce qui frappe le plus dans ces scènes d’action, c’est la manière dont le cinéaste utilise l’espace de ses décors naturels, créant un mouvement complexe et brillant, d’une fluidité et d’une clarté exceptionnelles.

Pas d’actes héroïque, donc, mais une tension à couper au couteau, et une vision sans concession de « l’art de la guerre ». A la tête de ce petit groupe, l’innocent officier Michael Caine perdra rapidement ses illusions au contact des réalités du combat, et d’un autre officier nettement plus sombre interprété par Nigel Davenport.

La charge anti-militariste n’est pas toujours très fine, cela dit. Les passages mettant en scène le cynisme des têtes pensantes de l’armée, qui utilisent les hommes de terrain comme de simples pions sacrifiables, sont un rien trop caricaturaux. Mais Play Dirty, ultime réalisation d’Andre De Toth, est un grand film de guerre, d’une puissance rare. Et dont la dernière scène souligne formidablement l’absurdité de la guerre. En laissant un goût amer durable.

• Bertrand Tavernier considère Play Dirty comme l’un des plus grands films de guerre jamais tournés. C’est ce qu’il dit, avec sa passion et son érudition habituelles, dans la présentation du film qu’il fait en bonus du DVD, édité dans la collection « Classique de guerre » de Sidonis/Calysta. Autre présentation passionnée celle de Patrick Brion.

L’Orchidée blanche (The Other Love) – de Andre De Toth – 1947

Posté : 6 février, 2015 @ 6:12 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE TOTH Andre, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Orchidée blanche (The Other Love) - de Andre De Toth - 1947 dans * Films noirs (1935-1959) LOrchideacuteeblanche_zps91c552b5

Le titre français, comme l’affiche du film (et comme la collection de DVD dans laquelle il vient d’être édité), sont trompeurs : L’Orchidée blanche n’est pas un film noir, surfant sur le succès du Dahlia bleu. Cette adaptation d’un roman d’Erich Maria Remarque (Beyond) est en fait un authentique mélodrame, totalement dépouillé des éléments du film noir : pas de crime, pas de femme fatale, pas même de méchant, mais un triangle amoureux sur fond de maladie et de renaissance…

Bien sûr, Andre De Toth joue ouvertement sur ces apparences de film noir, dans cette histoire d’une célèbre pianiste victime d’un mal mystérieux, contrainte de s’enfermer dans un sanatorium perdu en pleine montagne. Le cinéaste fait de son décor dont d’autres auraient fait un lieu romantique le théâtre d’un jeu de dupe, angoissant et inquétant.

De David Niven, en médecin très attentionné, il joue sur l’ambiguité de l’élégance. Devant sa caméra, Barbara Stanwyck, sublime comme toujours, devient une héroïne méfiante, effrayée par un bruit dans la nuit, suspicieuse devant un cadavre que l’on déplace, s’inquiétant de la perspective d’être une prisonnière qui s’inquiète… Dans la première partie du film, De Toth pose les bases d’une oeuvre paranoïaque et claustrophobe, dont l’aventurier Richard Conte, bellâtre tombant sous le charme de la belle, serait le héros au cœur pur.

Mais assez vite, De Toth tombe le masque : les tourments dont souffre Barbara Stanwyck sont intérieurs, tiraillée entre une vie aventureuse et romanesque et le confort d’une vie rangée, entre Richard Conte et David Niven. Pas tout à fait aussi passionnant dans sa partie purement mélo (De Toth n’est pas Sirk), L’Orchidée blanche est une curiosité hautement recommandable, ne serait-ce que parce qu’il confirme l’immense talent d’une actrice qui, par sa seule présence, sort de l’anonymat une séquence que l’on pense avoir vu mille fois…

• Le film a été édité dans la collection « perles noires » de Sidonis/Arcadès, avec les présentations de trois grands cinéphiles passionnés : Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr