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Archive pour la catégorie 'CURTIZ Michael'

Le Roi du tabac (Bright Leaf) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 16 août, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Le Roi du tabac

Un film où les personnages font fortune et réalisent leurs rêves (ou pas) en créant l’industrie du tabac ? Vue en 2018, cette insulte au politiquement correct a, en soit, quelque chose de profondément réjouissant. Et c’est un non-fumeur qui écrit ces lignes… Mais c’est vrai que voir Gary Cooper et Lauren Bacall afficher un large sourire après avoir lancé la première usine de cigarettes est, paradoxalement, franchement jouissif. Même si, on est d’accord, et je n’arrête pas de le répéter à mes gosses : ne touchez pas à cette saloperie !

Cela étant dit, c’est un Curtiz assez mineur, qui peine à convaincre vraiment. Difficile de pointer du doigt les principales carences du film. La mise en scène est plutôt inspirée, le scénario évite toute facilité, et les acteurs sont impeccables. Mais bizarrement, on a bien du mal à croire en ce personnage de néo-magna du tabac, auquel Cooper apporte pourtant une noirceur bienvenue.

N’empêche. Dès son apparition, sorte de fantôme vengeur dont on ne peut que deviner le passé, il y a quelque chose qui sonne faux. Ou plutôt artificiel, pour être plus précis.

Les personnages secondaires sont plus convaincants, mais sous-exploités. Lauren Bacall, digne et belle ; Jack Carson, nickel en ami sincère ; et surtout le « clan » Singleton : Patricia Neal, actrice formidable ici parfaitement odieuse, et Donald Crisp surtout, à qui on doit les plus belles scènes.

Ce « méchant » de l’histoire est, très paradoxalement encore, celui des personnages auxquels on s’attache le plus. Ses dernières scènes sont d’ailleurs les plus belles du film. Là, l’espace de quelques plans superbes qui soulignent la détresse terrible du personnage, l’habile faiseur redevient le grand auteur que l’on aime. Et c’est bouleversant.

La Femme aux chimères (Young man with a horn) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 9 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIZ Michael, DOUGLAS Kirk | Pas de commentaires »

La Femme aux chimères

J’ai beau aimer Casablanca passionnément, peut-être plus que n’importe quel autre film, tant sa réussite repose sur une espèce d’étincelle magique et mystérieuse. Mais j’ai le sentiment que Michael Curtiz n’a, sans doute, jamais été aussi inspiré que pour ce film magnifique, ne serait-ce que pour la manière dont il filme et utilise la musique, à la fois sujet et moteur du drame qui se noue.

Tout le film est rythmé par les airs de trompette, dont Curtiz illustre magnifiquement la fièvre, la nostalgie ou la langueur. Presque soixante-dix ans après, cette mise en image de la musique reste étonnamment percutante, et semble très en avance sur son temps. Le résultat est en tout cas aussi beau qu’entêtant, à l’image de cette scène où Lauren Bacall quitte l’hôtel, accompagnée par le son de la trompette, absolument magnifique.

Dès la séquence d’ouverture, qui nous montre l’enfance du personnage principal, Curtiz dévoile son parti pris : filmer l’histoire de ce jeune homme sauvé (vraiment sauvé ?) par la musique comme un film noir, en respectant à peu près tous les codes du genre, sans jamais céder vraiment aux sirènes du film de genre.

Le film flirte avec le noir, mais reste le portrait, beau et intense, d’un pur musicien, habité par son art. Inspiré de la vie du trompettiste Bix Beiderbecke, le film offre l’un de ses très grands rôles à Kirk Douglas, décidément immense, qui nous livre une interprétation toute en nuances absolument inoubliable. Il est de toutes les scènes, il est la raison d’être du film.

De quoi, quand même, s’interroger sur la clairvoyance des distributeurs français, qui font croire que Lauren Bacall, sortie d’une série de classiques du noirs, a un rôle plus central que celui qu’elle joue réellement. Les bizarreries du cinéma d’alors… Le titre original, certes moins mystérieux, avait au moins le mérite de l’honnêteté.

Les Conquérants (Dodge City) – de Michael Curtiz – 1939

Posté : 9 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, CURTIZ Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Conquérants

En 1939, tout change pour le western, cantonné depuis le début de la décennie à de modestes productions. John Ford redonne ses lettres de noblesse au genre, et la Warner fait de Dodge City l’un de ses films prestigieux avec des moyens immenses, un réalisateur prestigieux, et des stars de premier plan, Errol Flynn et Olivia de Havilland, le couple-vedette de plusieurs grands films d’aventures de la Warner.

Michael Curtiz a donc les moyens de ses ambitions pour ce grand western épique et intime à la fois. Les moyens et visiblement une vraie liberté. Le cinéaste signe non seulement l’une de ses mises en scènes les plus impressionnantes, mais il s’offre aussi, comme de petits plaisirs gourmands, une poignée de plans superbement cadrés et éclairés, véritables tableaux filmés qui exaltent l’harmonie entre l’homme et la nature, plans qui émaillent tout le long métrage.

Un chariot surplombant une vallée baignée dans la brume ; un groupe de cavaliers dont l’image se reflète dans une rivière paisible ; un couple s’éloignant au soleil couchant… Des images fugaces, mais d’une beauté renversante, qui donnent curieusement un ton unique à ce film au superbe Technicolor. Curtiz prouve avec ce film qu’il n’est pas juste l’habile faiseur que l’on présente souvent, mais qu’il peut être un véritable auteur, qui sait créer une intimité inattendue dans n’importe quelle circonstance. C’est notamment ce qu’il fait avec ses beaux plans entre Olivia et Errol filmés de l’intérieur d’un chariot en mouvement.

Si le film est aussi réussi, c’est aussi parce qu’il trouve le parfait équilibre entre l’intime et le spectaculaire : cette hallucinante bagarre de saloon est un moment de cinéma que l’on n’est pas prêt d’oublier, comme cette impressionnante fusillade dans un wagon en feu… Et aussi parce que Curtiz ose les vraies ruptures de ton, qui lui permettent de passer avec efficacité et élégance d’une scène de quasi-comédie à la mort forcément tragique d’un enfant. Gonflé, casse-gueule, et parfaitement réussi.

Le Mort qui marche (The Walkind Dead) – de Michael Curtiz – 1936

Posté : 25 février, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CURTIZ Michael, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Mort qui marche

En à peine plus d’une heure, Michael Curtiz réussit une symbiose plutôt rare entre le film de gangsters, le genre roi de la Warner dont il était l’un des artisans les plus doués, et le fantastique très en vogue depuis le succès de Frankenstein. Sans que jamais l’un de ces aspects prenne le pas sur l’autre.

Malgré la modestie du métrage, Curtiz prend le temps de planter son décor, présentant une galerie de personnages corrompus et une machination qui se met en place pour tuer un juge trop honnête, et pour faire porter le chapeau à un coupable innocent. En l’occurrence un repris de justice qui ne cherche qu’une chance de se réinsérer, mais qui finira sur la chaise électrique… avant d’être ramené à la vie par un scientifique génial et pas si désintéressé.

Le scientifique, c’est Edmund Gwen, interprète hitchcockien qui livre ici une variation intéressante autour de la figure du docteur Frankenstein. Un homme avide de justice, semble-t-il, désireux de réparer les erreurs commises. Un homme vieillissant surtout, qui dévoile rapidement les vraies motivations de son « miracle » : trouver un interlocuteur qui lui livrera le secret de l’au-delà.

Quant au faux coupable, devenu faux mort, ou faux vivant comme on voudra, c’est Boris Karloff en personne, une nouvelle fois ramené d’entre les morts mais dans un tout autre registre que Frankenstein. Plus humain, plus mélancolique. Plus mystérieux aussi, et plus tragique, superbe travelling vers son incroyable visage lorsqu’il marche vers la mort au son du violoncelle.

Le Mort qui marche n’est visiblement pas une très grosse production. Mais Curtiz s’y montre particulièrement inspiré, notamment lors de cette séquence du couloir de la mort, succession de plans désaxés d’une puissance dramatique rare. Les scènes dans le cimetière baigné de brume sont également magnifiques, toujours dominées par la présence de Karloff dont la triste silhouette errant entre les tombes fait comprendre l’évidence avant même qu’il l’énonce : « I belong here ».

Film de gangster et film de zombie mêlant vengeance, savant fou, résurrection, réflexion sur la mort et sur la médecine… Curtiz aurait facilement pu se perdre avec un tel cocktail. Il n’en est rien. Son film est une superbe réussite, sur tous les tableaux, et au rythme implacable.

L’Indésirable (A tolonc) – de Michael Curtiz (Mihaly Kertesz) – 1915

Posté : 3 décembre, 2015 @ 5:30 dans 1895-1919, CURTIZ Michael, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Indésirable

Michael Curtiz se fait encore appeler Mihaly Kertesz lorsqu’il réalise cette adaptation d’une pièce hongroise à succès de 1880, signée Ede Toth. Une vraie curiosité : la plupart des films de sa période hongroise ont disparu, une période qui s’achève en 1919, lorsque le réalisateur s’exile en Autriche. En attendant bien sûr sa grande période hollywoodienne, à partir de 1926.

Malgré l’utilisation de nombreux décors naturels, il y a quelque chose de très théâtral dans ce film dont la maîtrise technique du grand Curtiz est encore à peu près totalement absente. La caméra est systématiquement fixe et filme la scène de manière frontale, typique du cinéma des origines. Le jeu de la plupart des comédiens (grands noms de la scène hongroise) a également ce côté excessif et maniéré que l’on retrouvait beaucoup dans les premières années du cinéma.

Pourtant, il y a du rythme et de la vie dans ce pur mélodrame tire-larme, un habile travail sur le montage et une manière de mettre en scène l’action avec une grande efficacité. Quelques beaux jeux de lumière aussi, comme lorsqu’une porte s’ouvre et laisse entrer une lumière vive à l’écran, ou lors des longues marches dans la nature, entre la ville et le village, les deux pôles de cette histoire.

L’histoire, justement, y va franco côté pathos. Le film commence sur le lit de mort d’un homme qui, avant de passer de vie à trépas, avoue à sa fille qu’il n’est pas son vrai père : sa mère, qu’elle ne connaît pas, à tuer son père violent lorsqu’elle était encore gamine, et pourrit depuis en prison, à moins qu’elle ne soit morte.

Et voilà la jeune femme seule au monde, qui se fait embaucher comme servante dans une maison bourgeoise, avec le fils de famille qui tombe amoureux d’elle, et le père qui lui fait du gringue. Et pendant ce temps, la mère, toujours vivante, libérée après quinze ans de prison, et rêvant de retrouver sa fille…

Le ton est ouvertement tragique, mais avec quelques éléments de comédie qui viennent aérer ce drame franchement plombant. C’est ce mélange des genres qui séduit le plus dans ce film, comme les nombreux changements de rythme, et les passages constants entre des intérieurs un peu étouffants, et des extérieurs de toute beauté.

Un film de jeunesse, certes, loin de ses grandes réussites à venir… Mais L’Indésirable, longtemps disparu et retrouvé miraculeusement très récemment, est bien plus qu’une simple curiosité.

Le Crime était presque parfait (The Unsuspected) – de Michael Curtiz – 1947

Posté : 27 février, 2015 @ 4:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Le Crime était presque parfait - Curtiz

Une vraie merveille que ce film noir méconnu, signé par un Michael Curtiz au sommet de son art. Le film, d’une richesse et d’une complexité rares, doit également beaucoup à son chef opérateur Woody Bredell (déjà réputé pour son travail sur un classique du genre, Les Tueurs de Siodmak), dont l’importance semble capitale dans ce film, tant l’éclairage, la lumière et les ombres y tiennent une place primordiale.

Le constat est flagrant dès les premières images, sublime scène de meurtre qui suit les mouvements du criminel sans jamais le montrer, son ombre portée sur les murs, inquiétante et menaçante, semblant dotée d’une vie propre. Le jeu sur les ombres et leur rapport à la lumière n’est pas une nouveauté dans le film noir. Mais il atteint ici une sorte d’apogée, Curtiz et Bredell étant visiblement décidés à aller au bout de leurs ambitions visuelles.

Résultat : même si le scénario n’avait pas été à la hauteur, le film aurait procuré un plaisir immense, tant il est visuellement somptueux, la moindre image faisant l’objet d’une attention immense et recellant son lot de surprise. Mais le scénario est bel et bien à la hauteur, tortueux et retors, jouant constamment (dans sa première moitié en tout cas) avec perception du spectateur, Curtiz s’évertuant à le perdre, puis à l’éclairer soudainement, avant de le replonger dans l’obscurité tout aussi brusquement, comme le font les policier dans la maison lorsqu’ils vérifient les fusibles.

Le titre français porte à confusion, bien sûr : pas grand-chose à voir avec le classique qu’Hitchcock tournera quelques années plus tard (même si le meurtre d’ouverture n’est pas sans rappeler celui auquel échappera Grace Kelly). Des références, il y en a pourtant, bien assumée : ce portrait d’une femme qu’on croit morte et qui réapparaît miraculeusement, renvoie évidemment à celui de Laura, chef d’œuvre qui a marqué le genre à jamais.

Mais la manière dont Curtiz fait monter l’angoisse doit autant au film noir qu’au film d’épouvante. Ce n’est sans doute pas un hasard si le rôle, secondaire, du mari alcoolique est tenu par Hurd Hatfield, acteur éternellement marqué par son incarnation de Dorian Gray dans le film d’Albert Lewin. Pas un hasard non plus si Hatfield lance cette réplique chargée de référence pour les cinéphiles : « Mathilda n’a pas changé, c’est son portrait qui a changé. »

On n’est plus tout à fait dans le film noir quand le machiavélisme de Claude Rains atteint son apogée, quand sa pulsion de mort semble ne plus avoir de fin. Et lorsqu’il dicte à une Mathilda complètement docile sa propre lettre de suicide, le film atteint des sommets d’horreur…

Audacieux, d’une richesse esthétique infinie, magnifiquement écrit et brillamment mis en scène, The Unsuspected n’est pas le film le plus connu de Michael Curtiz. Mais c’est bien l’un de ses grands chefs d’œuvre.

Le Fier rebelle (The Proud Rebel) – de Michael Curtiz – 1958

Posté : 27 juin, 2014 @ 5:22 dans 1950-1959, CARRADINE John, CURTIZ Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fier rebelle

Après avoir quitté la Warner, dont il a signé quelques-uns des plus grands chef-d’œuvre (L’Aigle des mers, Casablanca…), Michael Curtiz n’a pas signé que des grandes réussites. Mais ce Fier rebelle est sans doute l’un des plus beaux de la fin de sa carrière. Retrouvant Olivia de Havilland, son héroïne de Capitaine Blood et Robin des Bois, il signe un western simple et beau, dans la lignée de Shane : Alan Ladd y trouve un rôle similaire, celui d’un homme qui tente d’oublier son passé, et de construire une nouvelle vie pour un enfant, cette fois le sien.

Toute la grandeur d’Hollywood est là : cette capacité à transformer des torrents de bons sentiments en une œuvre intime et émouvante. Alan Ladd est un père qui traverse l’Amérique à la recherche d’un médecin qui pourrait soigner son fils, muet depuis qu’il a assisté à la mort de sa mère durant la guerre civile (joué par David Ladd, le propre fils de la star). On sait d’avance ce qui va se passer, bien sûr, surtout lorsque le père et le fils croisent la route de cette vieille fille encore magnifique jouée par Olivia De Havilland : ce qui manque à ce gamin, c’est une vraie famille, ce qu’il trouvera finalement avec un père, une mère d’adoption, une ferme, et son chien.

Tous les poncifs de la famille américaine sont là, pourtant, élevés en idéaux absolus. Ça devrait agacer, mais non : le film est une splendeur, superbement photographié par Tedd McCord qui souligne les passages les plus intimes par des couleurs chaudes d’un romantisme absolu. Curtiz, lui, n’a rien perdu de son talent : son sens du cadre et du rythme est intact, tout comme sa capacité à offrir de grands moments aux plus petits seconds rôles.

C’est le cas avec John Carradine, qui parvient à marquer le film de son empreinte alors qu’il n’apparaît que dans une courte scène dans les premières minutes, sans le moindre impact sur l’histoire. Mais cette simple scène (Carradine quittant la ville croise Ladd et son fils qui arrivent) suffit à dévoiler le caractère de Ladd, sa lassitude, et ses liens si forts avec son fils.

Tout le casting est parfait, d’ailleurs autour du couple de stars : Henry Hull en juge grande gueule mais bon fond, Cecil Kellaway en médecin au grand cœur, Dean Jagger dans le rôle incontournable du gros éleveur machiavélique (un rôle qui devait être tenu par Adolphe Menjou) ou encore le jeune Harry Dean Stanton en petite frappe…

Mais il y a surtout le chien, loin d’être un simple élément de décor : véritable star du film, il est le moteur de l’histoire, la source des scènes les plus émouvantes et les plus douloureuses. Les plus surprenantes aussi, lorsque Curtiz le filme longuement à l’action dans ses œuvres de chien de berger d’exception. A se demander même, par moments, si Curtiz n’a pas tourné ce film uniquement pour mettre ce chien en scène… Ce serait bien sûr oublier que Le Fier rebelle est une réussite à tous les niveaux.

• Le film a été édité chez Artus, généralement plus habitué à dénicher des séries B, voire C, D ou Z. En bonus, une présentation par Eddy Moine, aussi érudit que son papa.

Female (id.) – de Michael Curtiz (et William Wellman) – 1933

Posté : 21 juin, 2013 @ 9:12 dans 1930-1939, CURTIZ Michael, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Female (id.) – de Michael Curtiz (et William Wellman) – 1933 dans 1930-1939 female

Tourné la même année que le trépidant et irrésistible Kennel Murder Mystery, ce Female est une nouvelle occasion pour Michael Curtiz de s’imposer comme un maître dans l’art de donner du rythme à un film. Avec un ton similaire, mais dans un genre totalement différent : pas d’intrigue policière ici, mais le portrait d’une business woman amoureuse du seul homme qui la repousse.

C’est une charmante comédie pre-code, dont le personnage principal est assez osé : Ruth Chatterton interprète la jeune et jolie patronne d’une grosse usine automobile, aussi intraitable en affaires qu’avec les hommes. Pour se faire une place dans cet univers machiste, elle se fait aussi dure que les hommes, refusant de se rabaisser à vivre en couple. Pour elle, les hommes sont à consommation unique : des employés qu’elle attire chez elle et qui finissent la soirée dans son lit… avant de prendre une belle douche glacée le lendemain.

Guess what : elle finira par tomber réellement amoureuse du seul employé à l’envoyer promener. Un type qu’elle avait justement rencontré par hasard dans une fête foraine, alors qu’elle cherchait (maladroitement) à se fondre dans la masse.

L’histoire est aussi romanesque et improbable que dans beaucoup d’autres romances hollywoodiennes. Mais le film, outre une comédie échevelée et bien sympathique, est surtout un beau portrait de femme, original et audacieux : une femme qui a choisi de renoncer au chemin tout tracé des femmes des années 30 et d’être le seul maître de sa destinée. Dans la plus grande partie du film, en tout cas.

Autant le dire : le dernier quart d’heure fout absolument tout par terre. La jeune femme volontaire et indépendante se range finalement à l’évidence, énoncée clairement par l’homme qu’elle aime et par son secrétaire, deux personnages pourtant ouverts et éclairés : une femme n’est pas faite pour travailler, mais pour s’occuper de son mari et élever ses enfants. Bon… On est en 1933, d’accord, mais ce retournement final équivaut aux douches froides que subissent les pauvres amants d’un soir de Ruth Chatterton. Et puis cette conclusion surprend d’autant plus après avoir vu le beau rôle réellement moderne et progressiste tenu par Barbara Stanwyck dans Night Nurse de William Wellman, l’année précédente. Le machisme a la peau dure…

Female figure d’ailleurs dans le même coffret DVD que Night Nurse : le volume 2 de la collection « Forbidden Hollywood », chez TCM Archives, qui comprend trois autres films pre-code : The Divorcee de Robert Z. Leonard, A Free Soul de Clarence Brown et Three on a match de Mervyn LeRoy.

Le Mystère de la chambre close (The Kennel Murder Case) – de Michael Curtiz – 1933

Posté : 23 mai, 2013 @ 10:20 dans * Pre-code, 1930-1939, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Le Mystère de la chambre close (The Kennel Murder Case) – de Michael Curtiz – 1933 dans * Pre-code le-mystere-de-la-chambre-close

Petite perle méconnue signée Curtiz, déjà à la Warner, mais avant ses grands chef d’œuvre, de L’Aigle des Mers à Casablanca. Grâce à sa signature, c’est l’épisode le plus fameux (et le plus facile à voir) d’une série de whodunit dont le héros est un certain Philo Vance, espèce d’aristocrate dilettante, justicier à ses heures, imaginé par S.S. Van Dine dans une série de douze romans publiés entre 1926 et 1939.

Très populaires dans l’entre-deux-guerres, ces romans ont connus de nombreuses adaptations à la radio et au cinéma : pas moins de quinze films tournés entre 1929 et 1947. Celui-ci marque les retrouvailles de William Powell avec le personnage, après trois ans d’absence. D’où un « ça faisait longtemps » lancé au flic débonnaire interprété par l’énorme Eugene Pallette. Powell avait été l’interprète des trois premiers films de la série, avant de laisser la place (pour un seul film) à Basil Rathbone. C’est toutefois sa dernière participation à la série : dès l’année suivante, il se consacrera à un autre détective célèbre, Nick Charles, dans la série des Thin Man.

L’esprit est celui des romans policiers en vogue à l’époque, mais totalement passés de mode : des mystères à la Agatha Christie où tout repose sur l’identité du meurtrier. Tous les personnages ont une raison d’avoir commis le crime, et l’inspecteur dévoilera le nom du vrai coupable lors d’une scène finale qui réunit tous les suspects dans une même pièce. Ajoutez à cela un meurtre commis dans une pièce fermée de l’intérieur… On est dans un whodunit très classique.

Mais dès la première séquence, Curtiz donne à son film un rythme assez ébouriffant. Dans le décor très inattendu d’un concours canin, tous les protagonistes sont présentés avec leurs caractéristiques et leurs animosités, avec une mise en scène d’une légèreté et d’une efficacité impressionnantes.

Le scénario n’a franchement rien de mémorable, mais le film est dynamisé par des tas de belles idées de mise en scène, comme cette utilisation d’une maquette d’abord comme faux décor, puis comme un authentique modèle réduit que le héros démonte devant la caméra : un beau jeu sur les apparences et les trompe-l’œil, au cœur de film réjouissant.

Le choix des acteurs aussi, est parfait : le charme de William Powell agit, tandis que l’embonpoint de Pallette assure le contrepoint humoristique. A leur côté, on retrouve aussi Mary Astor, la future Brigid O’Shaughnessy du Faucon Maltais.

L’Egyptien (The Egyptian) – de Michael Curtiz – 1954

Posté : 20 mai, 2013 @ 3:21 dans 1950-1959, CARRADINE John, CURTIZ Michael, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

L’Egyptien (The Egyptian) – de Michael Curtiz – 1954 dans 1950-1959 legyptien

La filmographie de Michael Curtiz en dehors de la Warner, où il a signé ses plus grands chef d’œuvre (des Aventures de Robin des Bois à Casablanca, le gars les a enchaînés pendant près de vingt ans) n’a pas vraiment bonne réputation. Et c’est vrai que, loin du studio de ses débuts hollywoodiens, Curtiz semble avoir perdu une partie de son talent, ce qui a fait penser que le vrai génie était la fameuse atmosphère Warner, plutôt que le cinéaste lui-même.

C’est évidemment injuste, et la réussite de certains films plus tardifs vient réhabiliter Curtiz : Les Comancheros par exemple, ou Le Fier rebelle, côté westerns. Cet Egyptien est également hautement recommandable. Curtiz réussit à ne pas se laisser étouffer par son énorme budget, ses décors pharaoniques et ses milliers de figurants. Il réussit ce qu’il faisait si bien à la Warner : il crée une vraie atmosphère, et donne à son film un rythme exceptionnel, sans le moindre temps mort.

C’est sans doute l’un des meilleurs péplums de cette période, un film où, comme souvent, le destin personnel d’un homme est intimement lié à celui de leur civilisation. Et où, comme souvent, la distribution est prestigieuse : Jean Simmons, Victor Mature, Gene Tierney (dans un rôle totalement inintéressant, mais Gene Tierney quand même…), Peter Ustinov, John Carradine, Michael Wilding… et dans le rôle principal un certain Edmund Pardom.

Le personnage principal est particulièrement complexe et réussi : un type bien qui se destine à la médecine pour les pauvres, devient un proche du pharaon (dont il apprendra qu’il est le demi-frère), et finit par trahir toutes ses valeurs et tous ses proches pour l’amour d’une femme qui profite de lui, avant de trouver la rédemption, mais trop tard, grâce à une femme qui l’aime vraiment.

Il y a tout ce qu’on aime dans cet Egyptien : de l’amour, de la trahison, une amitié complexe (avec l’incontournable Victor Mature), le souffle du destin, des moments de bravoure (notamment l’attaque d’un lion). Curtiz, par contre, échoue lorsqu’il s’agit d’évoquer les troubles de cette époque marquée par le choc des religions. La violence et l’intolérance ne sont qu’évoquées et, malgré une séquence de chaos assez impressionnante, restent à l’état de simple toile de fond. Sur ce sujet, le Agora d’Amenabar sera nettement plus convaincant.

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