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Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer) – d’Alan Crosland – 1927

Posté : 7 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, CROSLAND Alan, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Chanteur de jazz

Un film historique, bien sûr : le premier parlant, dont le triomphe a bouleversé le cinéma hollywoodien et le cinéma en général. Evidemment, ça compte, et ça a suffit à faire entrer Al Jolson dans la grande histoire du 7e Art. Mais la postérité dans laquelle le film semble comme figé depuis 90 ans a quelque chose de très injuste.

D’abord parce que les quelques scènes parlantes, ou plutôt chantantes, ne sont marquantes que si on tente de se remettre dans l’état d’esprit d’un spectateur de 1927. Les voir aujourd’hui fait à peu près le même effet que, disons, un plan montrant un train entrant en garde de la Ciotat. Historique, donc. Mais comme on a vu quelques films parlants depuis, l’effet de surprise et l’émerveillement ne fonctionnent plus aussi bien en 2018.

Ensuite parce que, en dehors de ces quelques scènes chantées (les numéros d’Al Jolson sur scène), qui arrivent assez tardivement dans l’histoire, Le Chanteur de jazz est un film muet. Sonore, mais muet. Et un beau, un très beau film muet, typique de cette période d’apogée du muet, où le langage cinématographique atteint des sommets. Presque de quoi faire regretter qu’il finisse par donner de la voix, Al…

Prenons les quelques scènes d’extérieures. Elles ne sont pas nombreuses (elles le seront encore moins lorsque les films deviendront entièrement parlant, contraintes techniques obligent), mais elles sont particulièrement marquantes, mettant en valeur la vie et le mouvement des quartiers populaires de New York par des travellings magnifiques au milieu de la foule.

Mais c’est toute la mise en scène d’Alan Crosland qui se révèle vive et envoûtante, donnant de la profondeur et du rythme à cette histoire. L’histoire d’un homme qui a choisi sa propre voix, et dont le bonheur est impossible avant d’avoir renoué avec un père, juif orthodoxe, qui n’accepte pas ses choix. Histoire magnifique, qui donne lieu à une peinture assez subtile des traditions, et au portrait bouleversant d’une mère sacrificielle.

Alors oui, Le Chanteur de jazz est un film historique. Mais il ne faudrait pas que ce fait fasse oublier que Le Chanteur de jazz est aussi, et avant tout, un très beau film. Point.

 

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