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Archive pour la catégorie 'COPPOLA Francis Ford'

Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue got married) – de Francis Ford Coppola – 1986

Posté : 4 mars, 2021 @ 8:00 dans 1980-1989, CARRADINE John, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Peggy Sue s'est mariée

Le film ne peut pas ne pas être une réponse à Retour vers le Futur, sorti un an plus tôt. Une réaction, plutôt, comme si Coppola voulait s’approprier de la manière la plus intime qui soit cette histoire, qu’il n’a pourtant pas écrite (c’est une commande, qui n’était même pas faite pour lui), mais dont il tire un film que l’on sent totalement personnel.

Comme beaucoup de ses films des années 80, il y a le rapport à son propre passé, à la nostalgie d’une époque heureuse et fondatrice. Contrairement au film de Zemeckis, ce n’est pas un ado qui retourne dans le passé pour découvrir la jeunesse de ses parents, mais une femme mûre, qui se confronte à sa propre jeunesse.

Et contrairement à Zemeckis, Coppola n’a pas besoin d’une DeLorean pour réussir ce voyage vers autrefois. Il suffit d’exacerber l’émotion, dans une séquence d’une intensité folle, sorte de condensé magique de ce que représente la force du cinéma : Peggy Sue est sacrée reine de la promo vingt-cinq ans plus tard lors d’une soirée avec ses anciens camarades de lycée, où le passé est omniprésent, avec les expériences souvent douloureuses et le poids des années en plus. Elle est sur le point de divorcer de celui avec qui elle elle formait un couple si magique, Crazy Charlie, à qui Nicolas Cage apporte un décalage plein de force.

Il y a dans Peggy Sue s’est mariée une simplicité, une pureté même, qui bouleverse. Peggy Sue, le rôle de sa vie pour Kathleen Turner, est à un tournant de sa vie d’adulte, où ses rêves de jeunesse semblent tous envolés. Revivre cette période déterminante est l’occasion de réparer les erreurs commises… « Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, j’aurais fait bien des choses autrement. »… Hmm… Mais Peggy Sue s’est mariée, c’est un fait établi, presque historique.

Confronter la femme riche de son expérience à son univers d’adolescente donne beaucoup de moments légers, d’autres graves, mais surtout une émotion constante qui nous ramène à notre propre nostalgie. Peggy Sue incapable de parler à cette grand-mère qu’elle aimait tant (Maureen O’Sullivan), ou retrouvant la jeunesse oubliée de sa mère… Des moments simples, mais d’une beauté foudroyante.

C’est aussi un film sur la perception, sur ce qu’on fait de ses souvenirs. Deux plans étranges le soulignent au début et à la fin. Deux plans où la caméra fait face à un miroir, qui n’est pas vraiment là : les reflets sont remplacés par des doublures de dos, dont les mouvements ne sont pas absolument synchronisés. La vérité n’est pas toujours exactement telle qu’on se l’imagine. Les sentiments et l’émotion, eux, ne mentent pas. C’est très beau.

Outsiders (The Outsiders) – de Francis Ford Coppola – 1983

Posté : 12 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1980-1989, COPPOLA Francis Ford, CRUISE Tom | Pas de commentaires »

Outsiders

Après le flop de Coup de cœur, Coppola devait trouver le bon sujet pour sauver sa société Zoetrope de la faillite… C’est un groupe d’étudiants qui le lui apporte sur un plateau, en lui demandant d’adapter cette histoire, quelque part entre West Side Story et Grease.

Loin de son univers, a priori : deux gangs de jeunes citadins qui s’affrontent. D’un côté, les Greasers, pauvres gamins sans argent et sans parents. De l’autre, les Socs, fils de riches vivants du bon côté de la ville, mais tout aussi paumés. Parce que quel que soit l’endroit d’où on le regarde, le coucher de soleil est le même, comme le dit l’un des personnages.

Les couchers de soleil… omniprésents et sublimes, comme le symbole d’une innocence perdue, de la perte, ou du début d’autre chose. Un symbole qui était déjà au cœur d’Autant en emporte le vent, auquel on pense fortement : pour les couleurs du crépuscule et ces superbes clairs obscurs, mais aussi parce que le libre lui-même revient régulièrement dans l’histoire.

De ce sujet improbable pour lui, Coppola tire un film d’une beauté renversante. Visuellement, donc, mais aussi et surtout pour cette déchirante nostalgie, ce sentiment de perte que Coppola instille par de longs plans d’une élégance folle, avec une utilisation magistrale et très subtiles de musiques et chansons célèbres (celles d’Elvis, notamment).

Totalement sous le charme de ce film tragique et superbe, et pas seulement pour son extraordinaire casting, qui voit les quasi-débuts de C. Thomas Howell, Matt Dillon, Rob Lowe, Ralph Macchio, Emilio Estevez, Patrick Swayze et Tom Cruise. De ce sujet presque anodin, Coppola tire tout simplement l’un de ses plus beaux films. Une merveille.

Apocalypse Now (id.) – de Francis Ford Coppola – 1979 (Redux : 2001)

Posté : 24 septembre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, 2000-2009, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Apocalypse Now

Un monument, bien sûr. Mais un monument comme il n’en existe pas tant dans l’histoire du cinéma : Apocalypse Now est une œuvre ultime, de ces films où la narration s’efface au profit de la sensation. Pas un meilleur film que Le Parrain par exemple, non, mais Coppola réussit une chose rare ici : faire vivre au spectateur l’espèce de transe dans laquelle lui-même semblait être au moment où il tournait le film, un voyage jusqu’au-boutiste aux frontières de la folie qui est aussi celui de son personnage principal, le rôle d’une vie pour Martin Sheen.

Des expériences comme celle-ci sont précieuses dans la vie d’un cinéphile. Découvrir Apocalypse Now trop jeune, ou dans de mauvaises conditions, peut faire passer à côté d’un film immense. Ça a été longtemps été mon cas, jusqu’à la sortie en salles de la version Redux, remontée par Coppola lui-même en 2001. Un choc sensoriel, plus qu’esthétique, qui n’aura d’équivalent dans ma vie de cinéphile que le Lost Highway de David Lynch et une poignée d’autres (Le Cheval de Turin de Béla Tarr ou la saison 3 de Twin Peaks… encore de Lynch).

Apocalypse Now est un film tellement immense que tout a été dit à son sujet. Rien de pertinent à ajouter, donc, si ce n’est cette expérience personnelle dont je ne me suis pas remis, vingt ans après. Du coup, ce n’est pas la toute nouvelle version « Final Cut » re-re-montée par Coppola l’année dernière que j’ai découverte, mais cette version Redux déjà si forte que j’ai revue. Son aspect hypnotique reste intact…

Dès les premières notes du fameux « The End » des Doors qui ouvre le film, nous voilà pris dans les vapeurs éthyliques de Willard, cet officier américain dont on ne peut que ressentir les effets qu’ont eu sur lui des mois passés au VietNam. Le film est fort, parce que Coppola ne prend jamais la tangente. Son sujet : c’est le voyage mental de Willard, cet Américain qu’on imagine sans histoire confronté à un monde devenu fou, à une violence quotidienne et grotesque.

On suit sa remontée du fleuve vers le territoire ennemi comme dans un état second, fasciné par la lumière et les sons comme hors du temps, halluciné par les outrances d’un officier grande gueule (Robert Duvall) qui aime rien tant que de balancer du napalm avant de lancer, d’un air soudain nostalgique : « un jour, tout ça s’arrêtera »… Cette adaptation si personnelle d’un roman de Joseph Conrad est devenu l’un des films les plus percutants sur le VietNam, et sur la guerre en générale.

Et un immense chef d’œuvre du cinéma, dont on ressort exsangue.

This is the end
My only friend
And all the children are insane
Waiting for the summer rain…

L’Idéaliste (The Rainmaker) – de Francis Ford Coppola – 1997

Posté : 5 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

L'Idéaliste

Film de commande, adaptation par un grand auteur déchu d’un petit maître du polar juridique, simple « film de prétoire »… Tout ça est vrai, sans doute. Dans la filmographie grandiose de Coppola, The Rainmaker fait figure de petite chose anecdotique, ne serait-ce que par ses ambitions modestes.

Sauf que cette petite chose modeste et anecdotique pour Coppola aura tout d’un sommet pour des tas d’autres réalisateurs honorables. L’Idéaliste est même la meilleure adaptation d’un roman de John Grisham, et l’un des meilleurs films de prétoire de cette décennie qui en compte beaucoup.

Cela tient, un peu, à l’intrigue riche en tension et en émotion. Cela tient aussi, et surtout, à l’élégance, la simplicité et l’intelligence d’une mise en scène classique et précise, à cette manière qu’a Coppola de filmer la vérité de ses personnages, de glisser une pointe d’humour dans une scène tendue, de contrebalancer un moment tragique par une pirouette inattendue. Bref, à son talent pour faire apparaître la vie, la vraie, de personnages ou de scènes qui peuvent sembler familiers. La vie avec ses aberrations, ses surprises, ses déceptions… On sent que c’est ce thème qui a attiré Coppola : cette envie de confronter des personnages qui n’y sont pas préparés aux accidents de la vie.

Et quel casting pour porter cette histoire : Matt Damon, parfait en jeune « puceau du barreau » qui connaîtra le plus grand dépucelage de l’histoire du droit en défendant la famille d’un jeune homme mourant de la leucémie contre le puissant assureur qui n’a pas voulu payer l’opération qui pouvait lui sauver la vie ; Mickey Rourke en avocat tripatouilleur ; Jon Voight en ténor sans scrupule ; Danny De Vito en caution humoristique (mais pas que)… Ajoutez Claire Danes en femme battue, Virginia Madsen en témoin dépressive, Roy Sheider en big boss hautain et détestable, et même Teresa Wright (oui, celle de L’Ombre d’un doute d’Hitchcock) en vieille femme digne…

Le film compte bien des personnages. Pas un n’est sacrifié. Pas même ce père paumé (joué par Red West) qui semble condamné à ne faire que de la figuration, éclusant son alcool en arrière-plan, mais dont on comprend peu à peu qu’il n’est pas l’abruti qu’on croit et que c’est sa douleur qu’il dissimule dans l’alcool. Sans un mot, ou presque, et en une poignée de scènes seulement, il habite le film de sa présence digne et douloureuse.

Mineur, L’Idéaliste ? Peu-être, mais des films mineurs comme ça, je veux en voir tous les jours.

Conversation secrète (The Conversation) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 20 juin, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, FORD Harrison | Pas de commentaires »

 Conversation secrète

Entre deux Parrains ici et ici (et deux Oscars du meilleur film), Coppola change radicalement de style (et décroche une Palme d’or). Au lyrisme sublime de ses films sur la mafia (ou, plus tard, de son grand œuvre sur la guerre du VietNam, Apocalypse Now), le cinéaste oppose cette fois un minimalisme qui a souvent fait dire que Conversation secrète était un film plus personnel dans sa carrière.

C’est sans doute faux, mais le fait est que la réussite de ce film apporte une autre dimension à la filmographie de Coppola, qui n’est donc pas que le cinéaste de l’emphase et de la surenchère. Cela dit, c’est bien le triomphe (critique et populaire) du Parrain qui a permis à Coppola de mettre en images ce scénario qu’il avait écrit plusieurs années auparavant.

Dès la scène d’ouverture, ont sent que le réalisateur, également producteur, est dépouillé de toute contrainte. Cela commence donc par une séquence aussi énigmatique que virtuose, qui reviendra tout au long du film, un peu sur le modèle de Blow Up (ou plus tard de Blow Out) : divers objectifs et micros sont braqués sur une place bondée et tentent d’accrocher la conversation qui se noue entre un homme et une femme, tandis qu’un troisième larron les observe sans en avoir l’air.

On est alors en pleine crise du Watergate (même si le film a été écrit avant), et l’Amérique renoue avec la paranoïa post-Dallas. Conversation secrète donne corps à cette politique de l’intrusion et des écoutes illégales, avec une intrigue complexe entièrement basée sur la paranoïa, où la violence n’est jamais plein écran, mais où le danger semble pouvoir sortir de n’importe quel visage avenant. Le (petit) rôle du tout jeune Harrison Ford est en cela très marquant : sa seule présence, même s’il ne fait pas grand-chose pour cela, fait naître un profond malaise.

Le film démystifie aussi cette paranoïa, cette image d’une puissance cachée omniprésente et toute puissante. Car la « main armée » des écoutes, incarnée par un Gene Hackman formidable, est lui-même la première victime de ces intrusions dans la sphère privée. Un homme dont la vie tourne entièrement autour de celles des autres, de personnes qu’il ne connaît qu’à travers des écrans, et qui s’enferme de plus en plus dans une solitude pathétique.

Cotton Club (The Cotton Club) – de Francis Ford Coppola – 1984

Posté : 15 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Cotton Club

Coppola qui renoue avec l’univers des gangsters ? Difficile de ne pas penser au Parrain… Pourtant, à part une explosion de violence sur fond de numéro musical, qui évoque les règlements de compte sur fond d’opéra de son grand-œuvre, vers la fin du film, le ton est radicalement différent dans cette évocation de l’Amérique des années 1928 à 1931. La forme aussi d’ailleurs.

Plutôt qu’un film de gangsters, Coppola préfère réinventer cette période qui a tant inspiré le cinéma : celle des débuts du parlant, de la crise économique, des gangsters mythiques comme Dutch Schultz ou Lucky Luciano (deux personnages centraux du film), et surtout celle du swing et de la musique noire américaine qui rythmait les soirées folles, notamment dans le fameux Cotton Club, célèbre pour ne présenter que des numéros de noirs (tout en étant réservé à une clientèle blanche).

Coppola filme une Amérique totalement musicale. Son film n’est pas à proprement parler une comédie musicale (à l’exception de la dernière séquence), mais la musique est omniprésente, et fait bien plus qu’accompagner l’action : elle l’incarne, à travers les destins croisés des deux personnages principaux, Dixie le musicien blanc (Richard Gere) et Sandman le tanseur de claquettes noir (Gregory Hines).

Deux personnages qui vivent pour leur art, tournés vers les autres. Deux personnages pour qui la famille est une valeur centrale. Deux personnages qui affichent un sourire et un optimisme qui semblent à toute épreuve. Mais deux personnages prisonniers de leur époque et de cette Amérique pas si légère : l’un confronté aux préjugés raciaux, l’autre embringué malgré lui dans la cohabitation avec les plus grands gangsters de son temps.

Cotton Club est à la fois grand et un peu raté. Grand, parce que Coppola en fait une sorte de mouvement perpétuel fascinant et très séduisant. Un peu raté parce que cet exercice de style paraît par moments étrangement désincarné. La faute à un Richard Gere un rien transparent ? Ou à un ton qui oscille constamment entre le grave et le léger sans paraître réussir à faire un choix.

Coppola filme bien un monde dangereux et violent, avec une poignée de séquences particulièrement cruelles (la mort de Nicolas Cage, petit frère de Dixie, petite frappe qui se prend pour un caïd). Mais c’est bien dans la légéreté et l’ironie qu’il fait mouche. Le plus beau ? Les scènes de retrouvailles : celle très émouvante de Gregory Hines et son frère au milieu d’un numéro. Et celle surtout du ponte de la mafia Owney Madden (Bob Hoskins) et de son gorille Frenchy (Fred Gwynne). Hilarante et génialement décalée.

LIVRE : La Fille derrière le rideau de douche (The Girl in Alfred Hitchcock’s shower) – de Robert Graysmith – 2010

Posté : 14 décembre, 2015 @ 12:49 dans COPPOLA Francis Ford, CURTIS Tony, HITCHCOCK Alfred, LIVRES | Pas de commentaires »

La Fille derrière le rideau de douche

Robert Graysmith s’est fait un nom avec deux livres-enquêtes consacrés au fameux tueur du Zodiac (qui a sévit dans l’Amérique des années 60 et 70), livres adaptés par David Fincher. Avec La Fille derrière le rideau de douche, l’auteur se lance dans une autre enquête, plus inattendue, et cherche à retracer le parcours de la jeune femme qui a doublé Janet Leigh pour la scène de la douche dans Psychose.

Elle s’appelle Marli Renfro, a totalement disparu de la circulation depuis des décennies, et Robert Graysmith avoue éprouver pour cette pin-up dont les courbes sont dans la mémoire de tous les cinéphiles (grâce à Hitchcock) une véritable fascination depuis son adolescence. Il affirme aussi avoir pensé à ce livre depuis des décennies…

Cette fascination est palpable, et contagieuse, à travers les 450 pages de ce livre-portrait qui fait revivre une période passionnante de libération sexuelle. Adepte du naturisme, beauté totalement décomplexée, modèle pour grands photographes et pour magasines de charmes, figure centrale et inconnue de l’une des séquences les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma… Marli Renfro est un personnage effectivement assez fascinant, dont le parcours accompagne à la fois la disparition du vieux Las Vegas, l’âge d’or des magazines de charme, et la naissance du Nouvel Hollywood.

Robert Graysmith a en fait une double ambition : parallèlement au parcours de Marli Renfro, il raconte celui de Sonny Busch, sorte de double (bien réel celui-là) de Norman Bates, dont la fascination pour le film d’Hitchcock aurait libéré les pulsions meurtrières. Partant d’un malentendu colporté par la presse il y a quelques années (selon laquelle Marli Renfro aurait été assassinée par ce tueur, ce qui s’est révélé faux), l’auteur crée un faux suspense construit de toutes pièces autour de ces deux êtres dont les destins seraient irrémédiablement liés par le film d’Hitchcock. Une manipulation du lecteur qui convient mal à l’exercice de l’enquête.

Autre limite du livre : la propension de Graysmith à répéter à l’envi ses impressions, et à appuyer lourdement sur les messages qu’il veut faire passer (combien de fois répète-t-il que Marli est une femme totalement libérée et sans vanité ?). Comme s’il ne faisait confiance ni à l’intelligence du lecteur, ni même à sa propre écriture…

Dommage, parce que le parcours de la belle Marli est passionnant, et peuplé de belles (ou moins belles d’ailleurs) rencontres, de Hitchcock au jeune Coppola (avec qui elle tourne son premier film, Tonight for Sure) en passant par Tony Curtis ou Steve McQueen. Son parcours, au début de ces années 60, n’avait pas besoin de l’alibi du polar…

* La Fille derrière le rideau de douche, de Robert Graysmith, Le Livre de Poche.

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007

Posté : 21 août, 2014 @ 1:42 dans 2000-2009, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L’Homme sans âge

Près de dix ans après son précédent film, enfin débarrassé des problèmes financiers qui l’ont poussé, durant toute les années 90, à se fondre dans le paysage des grands studios hollywoodiens, Coppola retrouve une liberté et une ambition qui rappellent ses grandes années. L’ambition par la richesse des thèmes abordés, et par l’ampleur de son récit, qui court sur une trentaine d’années, de la Roumanie de l’immédiat avant-guerre, aux années pleines d’angoisse et d’espoirs de la guerre froide, trois décennies plus tard. Et la liberté que s’offre Coppola, totalement débarrassé des codes hollywoodiens.

Avec le destin de ce vieil homme (Tim Roth) frappé par la foudre, qui rajeunit mystérieusement et réalise que ses capacités intellectuelles ont accru de manière spectaculaire, Coppola signe une méditation sur le temps qui passe, sur la perception, le sens de la vie, la maîtrise que l’on a sur sa propre existence et sur ceux qui nous entourent…  Le filme pose beaucoup de questions sur la connaissance, l’amour, la responsabilité, le destin. Y répond-il ? Je n’en suis pas sûr : pour apprécier L’Homme sans âge, il faut accepter de se perdre en route, de se laisser embarquer dans cette balade dans le temps, quitte à se retrouver perdu en cours de route.

Car c’est bien la question du temps, omniprésente dans toute son œuvre, qui est le sujet central de ce film, comme si Coppola tenait d’une certaine manière à rattraper celui qu’il avait perdu. Voyageant dans sa propre cinématographie, il renoue avec un enthousiasme qu’il semblait avoir perdu depuis quinze ans. Ce n’est sans doute pas un hasard si, visuellement, le film évoque si fortement Le Parrain par moments (ne serait-ce que par la présence de Tim Roth, que Coppola filme dans certains plans comme s’il était le Pacino de 1972), Dracula à d’autres (l’utilisation poétique des cadres et de la lumière, à travers le filtre du fantastique).

La parenté avec son adaptation du roman de Bram Stocker est souvent frappante, dans cette œuvre fascinante et déconcertante, visuellement splendide, qui est sans doute le plus européen de ses films (il s’agit d’ailleurs d’une co-production européenne, tournée en Roumanie) : par son côté expérimental, et son approche très cinéphile du cinéma. Tout en cherchant à trouver une nouvelle manière de raconter son histoire, Coppola rend un hommage vibrant au cinéma des années 30 à 60, durant lesquelles se déroule l’action, du générique très 50s à la manière très film noir de filmer les ruelles sombres et humides… jusqu’au clin d’œil amusé au Faucon maltais.

L’Homme sans âge passionne souvent, laisse perplexe parfois, frôlant même l’ennui dans quelques séquences de la seconde moitié, mais il fascine constamment. Coppola, avec ce film, trouve une nouvelle jeunesse, même si le titre original (« la jeunesse sans la jeunesse ») montre bien qu’il n’est pas dupe. Sa soif d’expérimentation est de cinéma pur est toujours bien là, comme le confirmeront ses deux films suivants, Tetro et Twixt. On attend la suite avec impatience…

Twixt (id.) – de Francis Ford Coppola – 2012

Posté : 26 avril, 2012 @ 9:36 dans 2010-2019, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Twixt

Coppola se confronte à ses propres fantômes dans ce film, le troisième depuis sa « résurrection » artistique. Retour aux sources, hommage au cinéma de ses débuts, étrange objet cinématographique entre expérimentation et série B horrifique à l’ancienne, Twixt est un film d’une grande liberté. Coppola n’a plus grand-chose à prouver, n’a plus de dette à rembourser, mais a du temps à rattraper. Tout cela se sent ici, pour le meilleur et pour le un peu moins bon.

Mais pour le meilleur, surtout. Car pour étonnante qu’elle soit, cette histoire de fantôme qui oscille entre les grosses ficelles du cinéma d’épouvante, et une approche plus contemplative, est d’une élégance extrême. Les cadres déstructurés composés par Coppola, les lumières automnales ou glacées, la musique lancinante souvent à contre-temps, et les angles d’un grand classicisme brisé par quelques fulgurances de mise en scène… Tout cela crée un sentiment fascinant de malaise qui vous prend dès la toute première image (avec la voix envoûtante de Tom Waits) pour ne plus vous lâcher.

Evidemment, d’autres que Coppola ont maintes fois fait le coup de l’écrivain en manque d’inspiration qui plonge au tréfonds de l’âme humaine pour exorciser ses propres démons (ici en enquêtant sur d’anciens meurtres dans une petite ville perdue hantée par ses fantômes). Mais lui le fait avec style, et avec la volonté affichée et réjouissante d’aller au bout de ses envies. Tout ici pousse au malaise : les rues désertes de cette ville quasi-déserte, le vieux shérif trop enthousiaste (un vrai plaisir de retrouver ce vieux briscard de Bruce Dern, le héros du dernier Hitchcock, Complot de Famille), cette gamine qui sort de la nuit sans que notre écrivain en paraisse étonné, et l’écrivain lui-même, stéréotype de l’artiste raté qui ingurgite des litres de whisky (il m’a donné soif, ce film…) pour oublier ses propres démons.

Le choix de Val Kilmer pour ce personnage n’est pas anodin : la déchéance de cet ancien jeune premier promis à une carrière de premier plan, désormais cantonné au cinéma de 8ème zone, et coincé dans un physique de baudruche, sert à merveille le film, ajoutant au malaise ressenti. L’apparition de son ex-femme Joanne Whalley, avec qui Val Kilmer a formé un couple très glamour il y a vingt ans, ne fait que renforcer ce sentiment.

Film de genre ou essai cinématographique ? Twixt joue sur tous les tableaux. Pour Coppola, le film est surtout une manière de boucler la boucle, affrontant ses vieux démons personnels (l’un de ses fils est mort dans des conditions très semblables à la fille de l’écrivain, que lui-même accepte de revivre en regardant des images en surimpression), et renouant d’une certaine manière avec le cinéma de ses débuts. Le film est en effet un hommage à l’univers d’Edgar Poe (qui apparaît tout au long des « rêves » de Val Kilmer), auteur souvent adapté par Roger Corman, le mentor des débuts de Coppola. Coppola lui-même a commencé en tournant un petit film d’horreur où les fantômes oubliés jouaient un grand rôle (Dementia 13).

Quant au brusque retournement de situation de fin, il laisse un goût un peu amer. Mais il s’apparrente à une authentique renaissance pour le cinéaste. Coppola a terrassé ses fantômes avec ce film parfois bancal, mais revigorant et férocement émouvant. Une porte ouverte pour une nouvelle carrière, voire une nouvelle vie…

Le Parrain, 3ème partie (The Godfather, Part 3) – de Francis Ford Coppola – 1990

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:21 dans 1990-1999, COPPOLA Francis Ford, PACINO Al | Pas de commentaires »

Le Parrain 3

Il aura fallu attendre seize ans pour que Coppola accepte de se pencher de nouveau sur la saga de la famille Corleone. Ç’aurait pu être le film de trop, mais c’est tout le contraire : cette troisième partie est la conclusion parfaite d’une immense tragédie familiale, sur fond de crime. Et Michael s’impose, définitivement, comme le personnage central de cette saga, ce qu’on pressentait dès le premier film, même si la figure de Vito dominait de son aura.

Plus linéaire que le deuxième film, cette conclusion commence de manière inattendue : Michael, qui a enfin réussi à rendre légales toutes ses affaires, est récompensé par le Vatican. Dès les premières images, le cynisme est immense, et on comprend que la notion de bien et de mal est toute relative, dans le crime organisé comme au plus haut sommet du Vatican. Face aux avocats et aux responsables de l’état catholique, même Michael Corleone fait figure de Saint…

Cynique, mais aussi désespéré. Malgré quelques moments de grâce et de légèreté (les vraies retrouvailles de Michael et de Kay, pour la première fois en Sicile), on sent bien que cette insouciance retrouvée n’est qu’une parenthèse dans une trajectoire dont la conclusion ne peut qu’être tragique. Et elle l’est : à l’issue d’une longue séquence comme Coppola les aime, où les règlements de compte se succèdent alors qu’un opéra se joue (montage extraordinaire, pour une scène à la tension énorme), le rythme trépidant se fige sur le drame ultime, puis sur le visage de Michael, défiguré par le cri le plus déchirant de l’histoire du cinéma : un cri si douloureux qu’il en reste silencieux, coincé dans la gorge d’un Al Pacino immense. J’ai dû voir le film une demi-douzaine de fois, mais ce cri, pourtant attendu, me fait craquer à chaque fois.Coppola n’a certainement pas le film de trop. Bien au contraire : il offre à sa saga familiale le plus déchirant des tomber de rideau, une conclusion parfaite pour la tragédie qu’est Le Parrain. Michael s’est égaré sur la route qu’il s’est tracé ? Il en paye le prix fort…

Totalement réussi, ce troisième et ultime volet n’est pas juste un retour aux sources (la moitié du film se déroule dans les environs de Corleone, en Sicile), qui permet de retrouver des personnages que l’ont suit, pour certains, depuis plus d’un demi-siècle. Coppola filme aussi une époque qui n’est plus celle de l’après-guerre : nous sommes dans les années 70, et l’honneur n’est plus une valeur montante chez les gangsters. Le film raconte aussi la confrontation de ces générations. C’est aussi un passage de flambeau, entre un Michael vieillissant qui réalise l’ampleur de son échec alors même qu’il touchait à son but ultime (la respectabilité), et son neveu, le « bâtard » Vincent Mancini, aussi impétueux que son père Sonny. Andy Garcia, dans ce rôle-clé et casse-gueule, est parfait, et s’impose comme une figure incontournable de la saga.

On pourrait dire beaucoup de bien aussi des autres comédiens, de Joe Mantegna, de Eli Wallach, et même de Sofia Coppola, qui joue plutôt bien la fille de Michael malgré toutes les critiques qu’elle s’est prise dans la face à la sortie du film…

Dès que le générique se met à défiler sur l’écran, on se prend à revivre non pas juste le dernier film, mais les neuf heures de cette saga fascinante, l’une des plus passionnantes et déchirantes qui soit. Coppola a réussi l’impossible : signer trois chef d’œuvre absolus, parfaitement cohérents et complémentaires. Un monument en trois actes à revoir très régulièrement.

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