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Archive pour la catégorie 'COPPOLA Francis Ford'

Conversation secrète (The Conversation) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 20 juin, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, FORD Harrison | Pas de commentaires »

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Entre deux Parrains ici et ici (et deux Oscars du meilleur film), Coppola change radicalement de style (et décroche une Palme d’or). Au lyrisme sublime de ses films sur la mafia (ou, plus tard, de son grand œuvre sur la guerre du VietNam, Apocalypse Now), le cinéaste oppose cette fois un minimalisme qui a souvent fait dire que Conversation secrète était un film plus personnel dans sa carrière.

C’est sans doute faux, mais le fait est que la réussite de ce film apporte une autre dimension à la filmographie de Coppola, qui n’est donc pas que le cinéaste de l’emphase et de la surenchère. Cela dit, c’est bien le triomphe (critique et populaire) du Parrain qui a permis à Coppola de mettre en images ce scénario qu’il avait écrit plusieurs années auparavant.

Dès la scène d’ouverture, ont sent que le réalisateur, également producteur, est dépouillé de toute contrainte. Cela commence donc par une séquence aussi énigmatique que virtuose, qui reviendra tout au long du film, un peu sur le modèle de Blow Up (ou plus tard de Blow Out) : divers objectifs et micros sont braqués sur une place bondée et tentent d’accrocher la conversation qui se noue entre un homme et une femme, tandis qu’un troisième larron les observe sans en avoir l’air.

On est alors en pleine crise du Watergate (même si le film a été écrit avant), et l’Amérique renoue avec la paranoïa post-Dallas. Conversation secrète donne corps à cette politique de l’intrusion et des écoutes illégales, avec une intrigue complexe entièrement basée sur la paranoïa, où la violence n’est jamais plein écran, mais où le danger semble pouvoir sortir de n’importe quel visage avenant. Le (petit) rôle du tout jeune Harrison Ford est en cela très marquant : sa seule présence, même s’il ne fait pas grand-chose pour cela, fait naître un profond malaise.

Le film démystifie aussi cette paranoïa, cette image d’une puissance cachée omniprésente et toute puissante. Car la « main armée » des écoutes, incarnée par un Gene Hackman formidable, est lui-même la première victime de ces intrusions dans la sphère privée. Un homme dont la vie tourne entièrement autour de celles des autres, de personnes qu’il ne connaît qu’à travers des écrans, et qui s’enferme de plus en plus dans une solitude pathétique.

Cotton Club (The Cotton Club) – de Francis Ford Coppola – 1984

Posté : 15 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

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Coppola qui renoue avec l’univers des gangsters ? Difficile de ne pas penser au Parrain… Pourtant, à part une explosion de violence sur fond de numéro musical, qui évoque les règlements de compte sur fond d’opéra de son grand-œuvre, vers la fin du film, le ton est radicalement différent dans cette évocation de l’Amérique des années 1928 à 1931. La forme aussi d’ailleurs.

Plutôt qu’un film de gangsters, Coppola préfère réinventer cette période qui a tant inspiré le cinéma : celle des débuts du parlant, de la crise économique, des gangsters mythiques comme Dutch Schultz ou Lucky Luciano (deux personnages centraux du film), et surtout celle du swing et de la musique noire américaine qui rythmait les soirées folles, notamment dans le fameux Cotton Club, célèbre pour ne présenter que des numéros de noirs (tout en étant réservé à une clientèle blanche).

Coppola filme une Amérique totalement musicale. Son film n’est pas à proprement parler une comédie musicale (à l’exception de la dernière séquence), mais la musique est omniprésente, et fait bien plus qu’accompagner l’action : elle l’incarne, à travers les destins croisés des deux personnages principaux, Dixie le musicien blanc (Richard Gere) et Sandman le tanseur de claquettes noir (Gregory Hines).

Deux personnages qui vivent pour leur art, tournés vers les autres. Deux personnages pour qui la famille est une valeur centrale. Deux personnages qui affichent un sourire et un optimisme qui semblent à toute épreuve. Mais deux personnages prisonniers de leur époque et de cette Amérique pas si légère : l’un confronté aux préjugés raciaux, l’autre embringué malgré lui dans la cohabitation avec les plus grands gangsters de son temps.

Cotton Club est à la fois grand et un peu raté. Grand, parce que Coppola en fait une sorte de mouvement perpétuel fascinant et très séduisant. Un peu raté parce que cet exercice de style paraît par moments étrangement désincarné. La faute à un Richard Gere un rien transparent ? Ou à un ton qui oscille constamment entre le grave et le léger sans paraître réussir à faire un choix.

Coppola filme bien un monde dangereux et violent, avec une poignée de séquences particulièrement cruelles (la mort de Nicolas Cage, petit frère de Dixie, petite frappe qui se prend pour un caïd). Mais c’est bien dans la légéreté et l’ironie qu’il fait mouche. Le plus beau ? Les scènes de retrouvailles : celle très émouvante de Gregory Hines et son frère au milieu d’un numéro. Et celle surtout du ponte de la mafia Owney Madden (Bob Hoskins) et de son gorille Frenchy (Fred Gwynne). Hilarante et génialement décalée.

LIVRE : La Fille derrière le rideau de douche (The Girl in Alfred Hitchcock’s shower) – de Robert Graysmith – 2010

Posté : 14 décembre, 2015 @ 12:49 dans COPPOLA Francis Ford, CURTIS Tony, HITCHCOCK Alfred, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE : La Fille derrière le rideau de douche (The Girl in Alfred Hitchcock's shower) - de Robert Graysmith - 2010 dans COPPOLA Francis Ford La%20Fille%20derriegravere%20le%20rideau%20de%20douche_zpsqc229ele

Robert Graysmith s’est fait un nom avec deux livres-enquêtes consacrés au fameux tueur du Zodiac (qui a sévit dans l’Amérique des années 60 et 70), livres adaptés par David Fincher. Avec La Fille derrière le rideau de douche, l’auteur se lance dans une autre enquête, plus inattendue, et cherche à retracer le parcours de la jeune femme qui a doublé Janet Leigh pour la scène de la douche dans Psychose.

Elle s’appelle Marli Renfro, a totalement disparu de la circulation depuis des décennies, et Robert Graysmith avoue éprouver pour cette pin-up dont les courbes sont dans la mémoire de tous les cinéphiles (grâce à Hitchcock) une véritable fascination depuis son adolescence. Il affirme aussi avoir pensé à ce livre depuis des décennies…

Cette fascination est palpable, et contagieuse, à travers les 450 pages de ce livre-portrait qui fait revivre une période passionnante de libération sexuelle. Adepte du naturisme, beauté totalement décomplexée, modèle pour grands photographes et pour magasines de charmes, figure centrale et inconnue de l’une des séquences les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma… Marli Renfro est un personnage effectivement assez fascinant, dont le parcours accompagne à la fois la disparition du vieux Las Vegas, l’âge d’or des magazines de charme, et la naissance du Nouvel Hollywood.

Robert Graysmith a en fait une double ambition : parallèlement au parcours de Marli Renfro, il raconte celui de Sonny Busch, sorte de double (bien réel celui-là) de Norman Bates, dont la fascination pour le film d’Hitchcock aurait libéré les pulsions meurtrières. Partant d’un malentendu colporté par la presse il y a quelques années (selon laquelle Marli Renfro aurait été assassinée par ce tueur, ce qui s’est révélé faux), l’auteur crée un faux suspense construit de toutes pièces autour de ces deux êtres dont les destins seraient irrémédiablement liés par le film d’Hitchcock. Une manipulation du lecteur qui convient mal à l’exercice de l’enquête.

Autre limite du livre : la propension de Graysmith à répéter à l’envi ses impressions, et à appuyer lourdement sur les messages qu’il veut faire passer (combien de fois répète-t-il que Marli est une femme totalement libérée et sans vanité ?). Comme s’il ne faisait confiance ni à l’intelligence du lecteur, ni même à sa propre écriture…

Dommage, parce que le parcours de la belle Marli est passionnant, et peuplé de belles (ou moins belles d’ailleurs) rencontres, de Hitchcock au jeune Coppola (avec qui elle tourne son premier film, Tonight for Sure) en passant par Tony Curtis ou Steve McQueen. Son parcours, au début de ces années 60, n’avait pas besoin de l’alibi du polar…

* La Fille derrière le rideau de douche, de Robert Graysmith, Le Livre de Poche.

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007

Posté : 21 août, 2014 @ 1:42 dans 2000-2009, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007 dans 2000-2009 LrsquoHommesansacircge_zpsceb0ede2

Près de dix ans après son précédent film, enfin débarrassé des problèmes financiers qui l’ont poussé, durant toute les années 90, à se fondre dans le paysage des grands studios hollywoodiens, Coppola retrouve une liberté et une ambition qui rappellent ses grandes années. L’ambition par la richesse des thèmes abordés, et par l’ampleur de son récit, qui court sur une trentaine d’années, de la Roumanie de l’immédiat avant-guerre, aux années pleines d’angoisse et d’espoirs de la guerre froide, trois décennies plus tard. Et la liberté que s’offre Coppola, totalement débarrassé des codes hollywoodiens.

Avec le destin de ce vieil homme (Tim Roth) frappé par la foudre, qui rajeunit mystérieusement et réalise que ses capacités intellectuelles ont accru de manière spectaculaire, Coppola signe une méditation sur le temps qui passe, sur la perception, le sens de la vie, la maîtrise que l’on a sur sa propre existence et sur ceux qui nous entourent…  Le filme pose beaucoup de questions sur la connaissance, l’amour, la responsabilité, le destin. Y répond-il ? Je n’en suis pas sûr : pour apprécier L’Homme sans âge, il faut accepter de se perdre en route, de se laisser embarquer dans cette balade dans le temps, quitte à se retrouver perdu en cours de route.

Car c’est bien la question du temps, omniprésente dans toute son œuvre, qui est le sujet central de ce film, comme si Coppola tenait d’une certaine manière à rattraper celui qu’il avait perdu. Voyageant dans sa propre cinématographie, il renoue avec un enthousiasme qu’il semblait avoir perdu depuis quinze ans. Ce n’est sans doute pas un hasard si, visuellement, le film évoque si fortement Le Parrain par moments (ne serait-ce que par la présence de Tim Roth, que Coppola filme dans certains plans comme s’il était le Pacino de 1972), Dracula à d’autres (l’utilisation poétique des cadres et de la lumière, à travers le filtre du fantastique).

La parenté avec son adaptation du roman de Bram Stocker est souvent frappante, dans cette œuvre fascinante et déconcertante, visuellement splendide, qui est sans doute le plus européen de ses films (il s’agit d’ailleurs d’une co-production européenne, tournée en Roumanie) : par son côté expérimental, et son approche très cinéphile du cinéma. Tout en cherchant à trouver une nouvelle manière de raconter son histoire, Coppola rend un hommage vibrant au cinéma des années 30 à 60, durant lesquelles se déroule l’action, du générique très 50s à la manière très film noir de filmer les ruelles sombres et humides… jusqu’au clin d’œil amusé au Faucon maltais.

L’Homme sans âge passionne souvent, laisse perplexe parfois, frôlant même l’ennui dans quelques séquences de la seconde moitié, mais il fascine constamment. Coppola, avec ce film, trouve une nouvelle jeunesse, même si le titre original (« la jeunesse sans la jeunesse ») montre bien qu’il n’est pas dupe. Sa soif d’expérimentation est de cinéma pur est toujours bien là, comme le confirmeront ses deux films suivants, Tetro et Twixt. On attend la suite avec impatience…

Twixt (id.) – de Francis Ford Coppola – 2012

Posté : 26 avril, 2012 @ 9:36 dans 2010-2019, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Coppola se confronte à ses propres fantômes dans ce film, le troisième depuis sa « résurrection » artistique. Retour aux sources, hommage au cinéma de ses débuts, étrange objet cinématographique entre expérimentation et série B horrifique à l’ancienne, Twixt est un film d’une grande liberté. Coppola n’a plus grand-chose à prouver, n’a plus de dette à rembourser, mais a du temps à rattraper. Tout cela se sent ici, pour le meilleur et pour le un peu moins bon.

Mais pour le meilleur, surtout. Car pour étonnante qu’elle soit, cette histoire de fantôme qui oscille entre les grosses ficelles du cinéma d’épouvante, et une approche plus contemplative, est d’une élégance extrême. Les cadres déstructurés composés par Coppola, les lumières automnales ou glacées, la musique lancinante souvent à contre-temps, et les angles d’un grand classicisme brisé par quelques fulgurances de mise en scène… Tout cela crée un sentiment fascinant de malaise qui vous prend dès la toute première image (avec la voix envoûtante de Tom Waits) pour ne plus vous lâcher.

Evidemment, d’autres que Coppola ont maintes fois fait le coup de l’écrivain en manque d’inspiration qui plonge au tréfonds de l’âme humaine pour exorciser ses propres démons (ici en enquêtant sur d’anciens meurtres dans une petite ville perdue hantée par ses fantômes). Mais lui le fait avec style, et avec la volonté affichée et réjouissante d’aller au bout de ses envies. Tout ici pousse au malaise : les rues désertes de cette ville quasi-déserte, le vieux shérif trop enthousiaste (un vrai plaisir de retrouver ce vieux briscard de Bruce Dern, le héros du dernier Hitchcock, Complot de Famille), cette gamine qui sort de la nuit sans que notre écrivain en paraisse étonné, et l’écrivain lui-même, stéréotype de l’artiste raté qui ingurgite des litres de whisky (il m’a donné soif, ce film…) pour oublier ses propres démons.

Le choix de Val Kilmer pour ce personnage n’est pas anodin : la déchéance de cet ancien jeune premier promis à une carrière de premier plan, désormais cantonné au cinéma de 8ème zone, et coincé dans un physique de baudruche, sert à merveille le film, ajoutant au malaise ressenti. L’apparition de son ex-femme Joanne Whalley, avec qui Val Kilmer a formé un couple très glamour il y a vingt ans, ne fait que renforcer ce sentiment.

Film de genre ou essai cinématographique ? Twixt joue sur tous les tableaux. Pour Coppola, le film est surtout une manière de boucler la boucle, affrontant ses vieux démons personnels (l’un de ses fils est mort dans des conditions très semblables à la fille de l’écrivain, que lui-même accepte de revivre en regardant des images en surimpression), et renouant d’une certaine manière avec le cinéma de ses débuts. Le film est en effet un hommage à l’univers d’Edgar Poe (qui apparaît tout au long des « rêves » de Val Kilmer), auteur souvent adapté par Roger Corman, le mentor des débuts de Coppola. Coppola lui-même a commencé en tournant un petit film d’horreur où les fantômes oubliés jouaient un grand rôle (Dementia 13).

Quant au brusque retournement de situation de fin, il laisse un goût un peu amer. Mais il s’apparrente à une authentique renaissance pour le cinéaste. Coppola a terrassé ses fantômes avec ce film parfois bancal, mais revigorant et férocement émouvant. Une porte ouverte pour une nouvelle carrière, voire une nouvelle vie…

Le Parrain, 3ème partie (The Godfather, Part 3) – de Francis Ford Coppola – 1990

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:21 dans 1990-1999, COPPOLA Francis Ford, PACINO Al | Pas de commentaires »

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Il aura fallu attendre seize ans pour que Coppola accepte de se pencher de nouveau sur la saga de la famille Corleone. Ç’aurait pu être le film de trop, mais c’est tout le contraire : cette troisième partie est la conclusion parfaite d’une immense tragédie familiale, sur fond de crime. Et Michael s’impose, définitivement, comme le personnage central de cette saga, ce qu’on pressentait dès le premier film, même si la figure de Vito dominait de son aura.

Plus linéaire que le deuxième film, cette conclusion commence de manière inattendue : Michael, qui a enfin réussi à rendre légales toutes ses affaires, est récompensé par le Vatican. Dès les premières images, le cynisme est immense, et on comprend que la notion de bien et de mal est toute relative, dans le crime organisé comme au plus haut sommet du Vatican. Face aux avocats et aux responsables de l’état catholique, même Michael Corleone fait figure de Saint…

Cynique, mais aussi désespéré. Malgré quelques moments de grâce et de légèreté (les vraies retrouvailles de Michael et de Kay, pour la première fois en Sicile), on sent bien que cette insouciance retrouvée n’est qu’une parenthèse dans une trajectoire dont la conclusion ne peut qu’être tragique. Et elle l’est : à l’issue d’une longue séquence comme Coppola les aime, où les règlements de compte se succèdent alors qu’un opéra se joue (montage extraordinaire, pour une scène à la tension énorme), le rythme trépidant se fige sur le drame ultime, puis sur le visage de Michael, défiguré par le cri le plus déchirant de l’histoire du cinéma : un cri si douloureux qu’il en reste silencieux, coincé dans la gorge d’un Al Pacino immense. J’ai dû voir le film une demi-douzaine de fois, mais ce cri, pourtant attendu, me fait craquer à chaque fois.Coppola n’a certainement pas le film de trop. Bien au contraire : il offre à sa saga familiale le plus déchirant des tomber de rideau, une conclusion parfaite pour la tragédie qu’est Le Parrain. Michael s’est égaré sur la route qu’il s’est tracé ? Il en paye le prix fort…

Totalement réussi, ce troisième et ultime volet n’est pas juste un retour aux sources (la moitié du film se déroule dans les environs de Corleone, en Sicile), qui permet de retrouver des personnages que l’ont suit, pour certains, depuis plus d’un demi-siècle. Coppola filme aussi une époque qui n’est plus celle de l’après-guerre : nous sommes dans les années 70, et l’honneur n’est plus une valeur montante chez les gangsters. Le film raconte aussi la confrontation de ces générations. C’est aussi un passage de flambeau, entre un Michael vieillissant qui réalise l’ampleur de son échec alors même qu’il touchait à son but ultime (la respectabilité), et son neveu, le « bâtard » Vincent Mancini, aussi impétueux que son père Sonny. Andy Garcia, dans ce rôle-clé et casse-gueule, est parfait, et s’impose comme une figure incontournable de la saga.

On pourrait dire beaucoup de bien aussi des autres comédiens, de Joe Mantegna, de Eli Wallach, et même de Sofia Coppola, qui joue plutôt bien la fille de Michael malgré toutes les critiques qu’elle s’est prise dans la face à la sortie du film…

Dès que le générique se met à défiler sur l’écran, on se prend à revivre non pas juste le dernier film, mais les neuf heures de cette saga fascinante, l’une des plus passionnantes et déchirantes qui soit. Coppola a réussi l’impossible : signer trois chef d’œuvre absolus, parfaitement cohérents et complémentaires. Un monument en trois actes à revoir très régulièrement.

Le Parrain, 2ème partie (The Godfather, Part 2) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:03 dans 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, DE NIRO Robert, PACINO Al | Pas de commentaires »

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Plus complexe, plus riche, plus ambitieux aussi que le premier film, Le Parrain 2ème partie (Coppola s’est battu contre les producteurs pour imposer ce titre, à une époque où les suites n’étaient pas encore à la mode. Paradoxalement, il se battra, en vain cette fois, pour que le troisième film porte un autre titre ; mais en 1990, Coppola n’aura pas l’aura qu’il a en cette année 1974, alors que le premier film avait rencontré peu avant un immense succès populaire) est souvent considéré comme le meilleur film de la saga. Je me garderai bien d’un tel jugement définitif : pour moi, le meilleur film de la trilogie est toujours le dernier que j’ai vu. Et surtout, ce sont trois éléments également réussis d’une seule œuvre, immense, de neuf heures. Trois films qui se font écho, et s’enrichissent les uns les autres jusqu’au vertige (voir aussi la troisième partie)…

Ainsi, le premier film est constamment dans les mémoires, lorsqu’on voit ce prodigieux opus 2 : l’aura de Marlon Brando plane sur le film, alors que l’acteur n’y a pas participé. La dimension qu’il donnait au personnage de Vito Corleone est au cœur des deux parties qui s’enchevêtrent dans ce deuxième film : la « suite » directe du premier, basée sur Michael Corleone à la tête de la famille ; et la jeunesse de Vito, qui se fait une place dans le New York du début du XXème siècle. De mémoire de cinéphile, c’est peut-être le seul film à être à la fois une suite et un prequel. Et ces deux parties fonctionnent aussi bien l’une que l’autre, justement parce qu’elles s’articulent autour de la figure de Vito/Brando…

DeNiro, qui avait passé des essais en vain pour le premier film, réussit un pari impossible à tenir : imposer sa personnalité, tout en incarnant un Vito convaincant. Il reprend quelques attitudes de Brando, mais joue sa propre partition. Constamment sur le fil du rasoir, il est plus que convaincant : il est prodigieux, force tranquille qui, déjà, fait passer l’honneur et la famille au-dessus de tout. C’est bien le futur « parrain » que l’on voit dans les rues grouillantes de ce New York disparu…

L’aura de Vito est omniprésente aussi dans l’autre partie du film. Même s’il n’y est que rarement fait directement allusion, la figure du père, aimé et respecté, s’impose de plus en plus, au fur et à mesure que Michael s’enfonce dans la violence et l’aveuglement. Le drame de Michael n’est pas d’avoir suivi les traces de son père, en dépit de tous ses projets personnels. Son drame est de n’avoir pas compris les véritables raisons de la puissance et de l’aura de ce père qui a bâti son univers sur la violence, mais aussi sur un sens de l’honneur absolu, et surtout sur un amour total pour sa famille.

Déjà à la fin du premier film, Michael avait scellé son destin, en faisant exécuter le mari de sa sœur, et en mentant à sa femme. Dans ce deuxième film, il ira beaucoup plus loin encore, commettant le pêché ultime, trahissant tout ce à quoi son père a consacré sa vie. Sans même en prendre conscience, aveuglé qu’il est par sa volonté d’éradiquer tout ce qui menace sa famille… y compris des membres de la famille.

Evidemment, Pacino est prodigieux. Sa prestation prolonge idéalement celle du premier film. Il reste quelque chose du Michael innocent, mais ce quelque chose, à quoi se rattache le spectateur désespérément, finit par voler en éclat, par le biais d’un plan inoubliable : une exécution hors champs sous le regard d’un Michael filmé de loin, dont les traits sont imprécis. Nul besoin de gros plan, ici, pour percevoir la portée tragique de ce règlement de compte d’une froideur terrifiante.

Le Parrain 2 prolonge la tragédie annoncée de la famille Corleone. Le film est aussi celui dont la toile de fond historique est la plus importante : l’Amérique des migrants, chaleureuse et inquiétante, ou le Cuba de la révolution castriste… les deux périodes du film sont aussi déterminantes pour la famille Corleone que pour l’histoire de l’Amérique. Et pour l’histoire du cinéma, c’est aussi un jalon important.

Le Parrain (The Godfather) – de Francis Ford Coppola – 1972

Posté : 6 décembre, 2010 @ 2:58 dans 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, PACINO Al | Pas de commentaires »

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Tout a été dit sur ce chef d’œuvre absolu signé par un jeune réalisateur de 33 ans, et ce n’est pas un petit bloggeur du dimanche qui va dire quoi que ce soit de nouveau. C’est tout simplement une merveille, une immense fresque familiale passionnante et déchirante, le film ultime sur la mafia, qui est aussi la plus belle des tragédies modernes.

Brando est splendide et obtient l’Oscar (qu’il ne viendra pas chercher, d’ailleurs), mais c’est bien Pacino qui est le personnage central du film : c’est son histoire, son destin, que ces trois heures de pur cinéma nous racontent. Le sujet du Parrain, c’est la manière dont son destin rattrape Michael Corleone, le fils prodige, celui en qui Don Vito le patriarche place tous ses espoirs, celui qui doit sortir la famille Corleone du crime et de l’illégalité…

« C’est ma famille, Kay, ce n’est pas moi », dit-il à sa jeune fiancée (Diane Keaton, témoin passif et bouleversante de ce destin en mouvement), après lui avoir raconté comment son père a fait, un jour, « une offre qu’il ne pouvait pas refuser ». Calme et posé, Michael est le parfait contraire de Sonny (James Caan, explosif), son bouillant aîné. Mais au fond, les deux frères partagent le même sens de la famille et de l’honneur, pour lequel ils sont prêts à tout sacrifier. Michael avec moins d’exubérance, mais avec peut-être encore plus de détermination.

Lorsque leur père se fait descendre, c’est lui qui prend les choses en main. C’est là, à l’hôpital, alors qu’il assure la sécurité de son père allité, qu’il prend conscience de sa véritable nature. Sans grand discours, ni grands effets : Coppola se contente d’un regard de Pacino sur sa main, qui tient un briquet sans le moindre tremblement, alors qu’il vient de risquer sa vie. C’est sur ce simple regard, sur cette main ferme, que l’on comprend que Michael ne se voilera plus la face, qu’il assumera son destin. Il le fait d’ailleurs très vite : c’est lui, et personne d’autre, qui décide de verser le sang. Et c’est lui qui se chargera de le faire, lors d’une séquence inoubliable.

On ne dira jamais à quel point le regard de Pacino est important dans ce film. Ce n’est que son troisième film, mais il est déjà l’un des plus grands acteurs du monde, avec une conscience parfaite du pouvoir de la caméra, et d’un simple regard. Dans cette séquence du restaurant, son regard perdu avant de faire feu en dit plus long que tous les discours du monde, sur la vraie personnalité de Michael, sur son passé dont on ne connaît pas grand-chose, et même sur son avenir.

Michael Corleone est un personnage exceptionnel, mais il n’est pas le seul. Grand cinéaste, Coppola est aussi un très très grand directeur d’acteur : pas la moindre fausse note dans son immense distribution, pas le moindre rôle en-deça. Que ce soit de jeunes acteurs (notamment les deux autres membres de la fratrie : John Cazale, splendide raté, alia Shire, jeune épouse malheureuse très loin de la Adrienne de Rocky, et Robert Duvall, demi-frère en retrait mais étrangement émouvant) ou de vieilles gloires (Richard Conte, et surtout Sterling Hayden, génial en vieux flic aussi pourri que fatigué), tous les acteurs sont formidables. Ce sera d’ailleurs une constante dans cette trilogie sublimes (oui, même Sofia Coppola, est très bien, mais on en reparlera dans une autre chronique).

Et puis il y a la musique, bien sûr, l’une des plus belles de l’histoire du cinéma : le thème principal, et celui de Sicile, sont absolument inoubliables. Ta na na na, na na na na, na na… Oui, ça rend moins bien sans le son.

On ne va pas non plus revenir sur le plan d’ouverture, à tomber par terre ; sur les kleenex dont Brando se garnissait la bouche ; sur le retour à Corleone ; sur la recette des boulettes de viande ; sur le mensonge final de Michael ; sur la série de meurtres pendant le baptême ; sur la mort de Sonny ; sur le pathétique filleul de Vito ; sur ‘‘ma femme pleure là-haut, j’entends des voitures arriver… Consigliere, dis à ton Don ce que tout le monde sait’’ ; sur la tête de cheval ; sur la mort d’Appolonia…

Le Parrain est l’un des plus beaux films du monde. Et dire que Coppola fera aussi bien avec ses deux suites (ici et ici)…

 

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