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Archive pour la catégorie 'COEN Joel'

Sang pour sang (Blood Simple) – de Joel et Ethan Coen – 1984

Posté : 15 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Sang pour sang

Le premier plan du premier film des frères Coen est une merveille : la caméra, sur le siège arrière d’une voiture roulant dans la nuit, filme de dos un homme et une femme qui discutent et ébauchent les prémices d’une liaison. Un plan envoûtant et inquiétant déjà. Est-ce à cause de l’accent texan de cet homme au ton monocorde, de celui qui n’attend plus rien ? Ou l’évocation du mari qui ne va pas tardé à être trompé ? Ou simplement l’aspect hypnotique de cette route qui défile à l’arrière plan ? De ce premier plan naît une angoisse sourde qui ne nous quittera plus.

Sur un thème similaire, les Coen réussiront le grand Fargo une douzaine d’années plus tard. Il y a déjà ici l’idée du mari qui imagine un sale coup qui va totalement déraper. Mais de manière moins « innocente » ici : le mari en question (Dan Hedaya, pathétique et excellent) fait appel à un tueur libidineux (M. Emmet Walsh, extraordinaire dans le rôle de sa vie) pour descendre sa femme (Frances McDormand, déjà géniale dans son tout premier rôle) et l’amant de celle-ci (John Getz), lui-même ayant lamentablement échoué dans sa tentative de vengeance.

Tout est minable et échoue misérablement dans ce film noir oppressant. Et la violence n’est jamais anodine, pesant lourdement sur les rapports entre les personnages, et faisant naître la suspicion entre des amants qui se regardent avec un mélange troublant de désir et d’envie de meurtre. Jusqu’à la séquence finale, glaçante et inoubliable. Les ultimes éclats de violence ont définitivement isolé les personnages, l’un s’en prenant à l’autre en étant constamment dans des pièces séparées.

Dans Blood Simple, tout l’art des Coen est déjà là, avec une maîtrise impressionnante. Visuellement splendide, à l’atmosphère lourdement pesante, d’une violence physique et psychologique particulièrement marquante, ce coup d’essai est un coup de maître qui n’a pas pris une ride en plus de trente ans. A l’exception peut-être de la musique très synthé de Carter Burwell, qui faisait lui aussi ses débuts à Hollywood, et qui fera beaucoup mieux par la suite, notamment lors de ses nombreuses collaborations avec les Coen.

Fargo (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1996

Posté : 25 juin, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

 Fargo

On a souvent parlé de la thématique de l’échec chère à John Huston. On pourrait parler de la thématique du crétin pour les frères Coen. Dans Fargo, les frangins nous plongent en plein cœur de la crétinerie, peuplée d’êtres bêtes ou méchants, ou les deux, d’où surnage un couple au verbe rare et aux gestes lents, dans un paysage immensément plat et couvert de neige qui renforce l’impression d’isolement et de silence oppressant.

Étrange et fascinante atmosphère, que celle de Fargo, avec sa policière taiseuse et enceinte jusqu’aux dents, qui semble porter un regard maternel un rien affligé sur la violence et la bêtise qui l’entourent, mais qui traverse ce monde tragique avec une forme d’apaisement magnifique, à l’image du couple superbement complice (au-delà des mots qu’ils ne prononcent que rarement) qu’elle forme avec son mari.

C’est le rôle d’une vie pour Frances McDormand, qui a souvent été gâtée par son mari de cinéaste (Joel), et qui a décroché un Oscar mérité pour sa prestation très décalée dans Fargo. Mais c’est toute la distribution qui aurait mérité une récompense, avec cette magnifique galerie d’abrutis, de losers et de monstres pour qui n’existe aucun espoir dans ces paysages d’où toute joie est absente.

A qui revient la palme ? A William H. Macy, révélation du film, extraordinaire en quintessence d’anti-héros de film noir ? Petit homme sans charisme et sans talent, dévoré par un beau-père trop riche et trop présent, il imagine une petite combine qu’il croit sans risque mais qui va précipiter un effroyable bain de sang. Un homme qui porte la culpabilité et la bêtise sur son visage de paumé et dans ses longues phrases vides de sens.

De l’autre côté, une sorte de double négatif : Steve Buscemi en petit escroc sans envergure dont la logorrhée conduit son complice Peter Stormare jusqu’à l’explosion inévitable de violence. Ces deux-là forment le duo de méchants le plus improbable et le plus inquiétant de la décennie. Parce qu’ils sont totalement cons et incontrôlables (l’un très franchement, l’autre parce qu’il se croit plus fort qu’il ne l’est), et parce que l’on sent dès leur apparition qu’ils amènent le drame et le sang, une sorte de boîte de Pandore aux regards ahuris.

Tout ça finit très mal bien sûr, et ce n’est jamais une surprise : la défaite de tous ses ratés semble écrite dès la toute première image, comme celle des grands personnages du film noir de la grande époque (celui de Détour, ou du Facteur sonne toujours deux fois…). Mais c’est le chemin qu’utilisent les Coen qui fait la singularité du film, la manière dont la violence fait irruption, absurde et radicale à la fois. Et ce regard, toujours, d’une Frances McDormand émouvante et hilarante à la fois. Un très grand cru.

Barton Fink (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1991

Posté : 27 juin, 2014 @ 4:33 dans 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Barton Fink

Au sommet de leur art, les frères Coen raflaient tout à Cannes avec ce chef d’œuvre absurde et angoissant : Palme d’Or, prix de la mise en scène, prix du meilleur acteur… Un tel déluge de prix que Gilles Jacob décida par la suite d’interdire le cumul aux jurys. Mais il faut reconnaître que chacun des prix était plus que mérité : une véritable évidence, tant la folie des deux frangins touchait au génie avec ce film sur la folie, et les affres de la création.

Dans le rôle d’un auteur de théâtre intello de Broadway, qui accepte de « vendre son âme » à Hollywood, alter ego de ces grands romanciers qui se sont perdus dans l’univers des grands studios (et dans l’alcool) des années 40, John Turturro est proprement hallucinant. Les Coen interrogent sur la création et l’intégrité intellectuelle. Et ils le font en entremêlant l’angoisse la plus sourde et le grotesque le plus assumé, renforçant ainsi la confusion de cet auteur, perdu dans une sorte de no man’s land où les créateurs ne sont plus que des fantômes errants.

C’est le Hollywood de l’âge d’or bien sûr, mais c’est surtout l’esprit tourmenté de l’auteur : les décors quasi-déserts ne sont plus que des caricatures poussiéreuses et déshumanisés. Le groom (Steve Buscemi) sort curieusement du plancher, le voisin de chambre est une montagne mystérieuse (John Goodman, immense comme toujours), et Fink lui-même est forcé de plancher sur le scénario d’un film de catch avec Wallace Beery, forcé de suivre des indications auxquelles il ne comprend rien.

Les partis-pris esthétiques du film sont fascinants, Hollywood se limitant à cette terre perdue, quasi déserte, une chambre d’hôtel miteuse, un bungalow d’écrivain sans vie, et le bureau d’un producteur caricatural. On en rirait franchement si le malaise n’était aussi profond. Comment les Coen rendent-ils aussi oppressant un papier peint qui se décolle ? Comment font-ils pour flirter d’aussi près avec le ridicule, en restant toujours dans le mouvement : celui d’une lente et inexorables descente aux enfers, qui finit par se concrétiser à l’image. Un monument, ce film…

• Un blue ray dénué de toute fioriture a été édité chez Universal. Au menu, juste l’essentiel : le film.

True Grit (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2010

Posté : 30 décembre, 2013 @ 12:27 dans 2010-2019, COEN Ethan, COEN Joel, WESTERNS | Pas de commentaires »

True Grit

Les Coen s’emparent du western, et cette rencontre paraît comme une évidence, tant la filmographie des deux géniaux frangins semble conduire vers le genre depuis le début : Sang pour sang, Fargo, No country for old men… autant de films marqués par le western. Mais les Coen ne sont pas passés à côté de cette rencontre attendue : True Grit, remake d’un western tardif de John Wayne qui lui valut son unique Oscar, est assez époustouflant.

Comme dans la plupart de leurs meilleurs films, les Coen signent une mise en scène constamment brillante et inventive, tout en restant dans la tradition classique du cinéma hollywoodien. Western cru et violent, histoire de vengeance assez classique (une gamine engage un marshall vieillissant pour retrouver l’assassin de son père), True Grit est aussi une magnifique réflexion sur le temps qui passe, sur le destin et sur la perte.

Avec une séquence finale bouleversante (dont on ne dira rien ici), les Coen donnent une profondeur inattendue, un supplément d’âme, et un arrière-goût inoubliable, à leur western plein de fureur, de fusillades et de sang. Les Coen filment une gamine plongée dans un univers de violence. Ils racontent aussi le passage vers autre chose, vers un âge adulte qui sera éternellement marqué par ces événements, et notamment par cette chevauchée nocturne absolument inoubliable, moment étonnant où le réalisme de rigueur s’efface, la gravité disparaît, la terre et la poussière laissent la place aux étoiles d’une nuit irréelle. Une espèce d’entre deux fascinant.

Grands cinéastes, les Coen sont aussi de grands directeurs d’acteurs, qui ont toujours su tirer le meilleur de leurs comédiens. Jeff Bridges le sait bien, lui qui reste à jamais marqué par sa prestation hallucinante dans The Big Lebowski. Ici, en vieux râleur borgne et alcoolique, il fait une nouvelle fois un numéro exceptionnel, formant un génial duo avec le formidable personnage de la gamine (Hailee Steinfeld, étonnante).

Les seconds rôles sont impeccables : Josh Brolin, et Barry Pepper, qui apporte toujours ce petit quelque chose qui fait la différence. Quant à Matt Damon, dans un rôle plus en retrait et plus ingrat que Bridges, il est absolument parfait. Comme toujours.

Inside Llewyn Davis (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2013

Posté : 26 décembre, 2013 @ 10:56 dans 2010-2019, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Inside Llewyn Davis

C’est beau, quand même, cette capacité qu’ont les frères Coen de naviguer d’un genre à l’autre tout en restant fidèles à ce qu’ils sont. Après le noir (No country for old men) ou le western (True Grit), deux œuvres majeures et violentes, les frangins les plus passionnants du cinéma américain reviennent en mode intimiste avec ce film nostalgique et magnifique.

Inside Llewyn Davis est un film modeste à tous points de vue, la chronique simple et dénuée de tout rebondissement spectaculaire d’un musicien de blues sans attache, qui va de petites panouilles en grosses galères, de petites satisfaction en grosses désillusions… Un musicien parmi des centaines d’autres, sans attaches : ni femme, ni maison, ni carrière, ni même véritable ambition.

Bien sûr, ce type tente de percer. Il traverse l’Amérique (dans une sorte de parenthèse hallucinante où l’on croise un John Goodman très « coenien ») pour rencontrer un important producteur, revient comme il était parti, pense à abdiquer et à se ranger bien gentiment dans cette société qu’il méprise gentiment…

Mais au fond, ce « héros » ne vient de nulle part, et ne va pas ailleurs. C’est même tout le sujet du film : malgré les galères, malgré la fatigue qui l’accable à force de ne jamais pouvoir se poser, Llewyn Davis est un être accompli, qui mène exactement la vie qu’il a choisie, et qui n’ambitionne rien d’autre que de trouver sa place dans ce « Village », sorte de bulle en dehors du temps, idéal pour des musiciens qui se croisent, s’engueulent et s’entraident… Un artiste absolu.

Le film est d’une simplicité totale, et d’une élégance inouïe. Dès les premières images, les frères Coen rappellent à quel point ils sont doués pour dompter l’espace et créer une ambiance. Cette chanson qu’interprète Llewyn Davis (magnifique Oscar Isaac) nous plonge dans l’atmosphère de ces clubs du Village, ceux-là même où ne tardera pas à éclore un certain Bob Dylan, qu’on apercevra à la toute fin du film. Les personnages que l’on croise, eux, n’auront pas son destin. Ils n’en sont pas moins de beaux artistes, entièrement dédiés à leur art, à jamais associé à cette musique-là, et à ce lieu-là.

 

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