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Archive pour la catégorie 'CHRISTIAN-JAQUE'

Les Disparus de Saint-Agil – de Christian-Jaque – 1938

Posté : 9 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHRISTIAN-JAQUE | Pas de commentaires »

Les Disparus de Saint-Agil

Dans un pensionnat de jeunes garçons, un enfant disparaît après avoir aperçu un mystérieux rodeur. D’autres incidents ne tardent pas à suivre… Suspense policier, enfance presque fantasmée : c’est la première adaptation d’un roman de Pierre Véry, paru trois ans plus tôt seulement et très autobiographique. Et le premier chef d’œuvre, avant L’Assassinat du Père Noël et Goupi Main Rouges.

Ce beau film sur l’enfance est aussi l’une des grandes réussites de Christian-Jaque, cinéaste très inégal qui réussit ici un beau mariage entre un « polar » au suspense très efficace, et le portrait tout en nuances d’une jeunesse un peu sacrifiée. Le pensionnat où se déroule l’intrigue échappe en tout cas à tous les clichés inhérents au genre : même s’ils sont confrontés à des règles dures d’un autre âge, les enfants font l’objet d’une bienveillance inattendue de la plupart des adultes, y compris des « méchants » (dont Le Vigan) qui semblent tout droit sortis d’un Tintin.

Les personnages d’enfants sont d’une remarquable justesse, et particulièrement attachants. Le contraste avec les adultes, qui paraissent tous passer à côté de leur vie, est saisissant. Il serait même d’une noirceur abyssal (l’enfance, même privée de l’amour parental, serait une sorte de paradis sans lendemain ?) s’il n’y avait le personnage d’Erich Von Stroheim.

Avec son accent à couper au couteau de réfugié allemand (alors que l’un des personnages répète sans cesse que la guerre est imminente) et son éternelle allure d’officier prussien, Von Stroheim incarne la rigidité faite homme. Il révèle pourtant une humanité très touchante, chez qui on ne peut que deviner une immense fêlure (à peine soulignée par la photo d’une femme et d’un enfant sur son bureau). C’est l’un de ses plus beaux rôles.

L’Assassinat du Père Noël – de Christian-Jaque – 1941

Posté : 11 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CHRISTIAN-JAQUE | Pas de commentaires »

L'Assassinat du Père Noël

Il est beau, ce conte de Noël lugubre, ce film à hauteur d’enfants qui invoque, mine de rien, toutes les figures des récits pour la jeunesse. Dans le genre du fantasme enfantin, Fritz Lang fera nettement mieux avec son Moonfleet, certes. Mais Christian-Jacque, cinéaste pas toujours enthousiasmant, réussit là l’un de ses meilleurs films (le premier tourné pour la Continental durant l’Occupation, mais échappant à toute récupération de propagande).

Et c’est justement ce parti pris qui fait mouche, cette volonté de coller les images de contes de fée dans un univers contemporain. Comme un royaume enchanté où tout peut arriver, le petit village où se déroule l’histoire est totalement coupée du monde : un village de montagne, comme hors du temps, dont toutes les routes d’accès sont barrées par la neige.

On y trouve un château et son prince mystérieux, de retour au pays après avoir couru le monde, et qui semble dissimuler derrière ses murs un lourd secret. On y trouve aussi une pauvrette prisonnière de ses rêves de fillette, et qui va se découvrir une destinée de princesse. On y découvre aussi un ogre inquiétant, silhouette difforme qui parcours les ruelles étroites et sombres et prépare son crime.

Et puis il y a le Père Noël lui-même, qui va de maison en maison en cette veille de Noël. Ou presque le Père Noël : le vieil homme du village, qui passe ses journées à fabriquer des mappe-mondes et à inventer des histoires, et que tout le monde attend vêtu de sa houppelande rouge ce soir-là, comme tous les ans.

C’est Harry Baur, truculent et réjouissant, qui ne se laisse aller au cabotinage too much que dans deux ou trois petites scènes. Entre comique et émotion, il est assez formidable lorsque, justement habillé en Père Noël, il descend les uns après les autres les verres que les parents lui servent (et on ne boit pas du cidre doux, dans ces villages de montagne), tout en tâchant, de plus en plus difficilement, de répondre aux attentes d’enfants aux yeux grand ouverts. « Il sent comme toi le samedi », ose même un gamin à son père, qui lui renvoie une belle claque en guise de cadeau.

C’est cette atmosphère qui fait la réussite du film, plus qu’une intrigue policière un peu paresseuse (pliée en deux secondes avec l’apparition tardive et fugitive d’un Bernard Blier rigolard en gendarme). Une atmosphère qui trouve son apogée lors d’une superbe scène quasi surréaliste, où deux enfants s’enfoncent dans la nuit, leurs silhouettes se découpant sur les montagnes enneigées et balayées par le vent.

 

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