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Archive pour la catégorie 'CHAPLIN Charles'

Le Cirque (The Circus) – de Charles Chaplin – 1925

Posté : 1 mai, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Cirque

Une évidence : Chaplin, le plus grand des clowns, grand passionné de cirque jusqu’à son dernier souffle, pouvait-il ne pas plonger son personnage de vagabond dans l’univers circassien ? Non, bien sûr. Il le fait, et il en tire une sorte de perfection. Le Cirque n’est pas le chef d’œuvre de Chaplin, non (d’autres films sont sur les rangs pour ce titre, The Kid, Les Lumières de la Ville, Les Temps modernes…). Mais c’est paradoxalement peut-être le plus parfait de tous.

Parfait, parce que le génie de Chaplin se mélange avec le sujet de son film : ce cirque où le vagabond un peu vil (il pique la nourriture d’un enfant, il vole, il profite des faiblesses de ses adversaires), un peu maladroit, et très inadapté à la société, trouve un théâtre à sa mesure, le lieu idéal où ses éclats de génie (involontaires pour le personnage, mûrement réfléchis pour le cinéaste) peuvent s’exprimer.

C’est particulièrement flagrant dans la scène où Charlot déboule en plein milieu d’une représentation, déclenchant les fous-rires des spectateurs en tentant d’échapper au policier qui le poursuit. Comme si le personnage, après des dizaines de films, arrivait enfin à destination, là où il sera bel et bien à sa place.

Pourtant, le rire est une nouvelle fois teinté d’une profonde amertume dans Le Cirque. Chaplin, amoureux transi, est trop inadapté pour pouvoir prétendre au bonheur. Même dans un cadre comme celui-ci, il reste condamné à être le chevalier au grand cœur… qui reste dans l’ombre. Ce qui donnera l’une de ces fins déchirantes et pourtant pleines d’un certain espoir dont Chaplin a le secret.

Entre-temps, les moindres recoins du cirque ou de la fête foraine sont autant de sources d’inspiration pour le génie comique du grand Chaplin. Et les scènes mythiques s’enchaînent : celle de la cage aux lions, celle des singes agrippant à Charlot funambule, ou encore celle du palais des glaces, qui précèdent de vingt ans (et dans un autre registre) celle de La Dame de Shanghai de Welles, ce dernier n’ayant jamais caché être un grand admirateur de Chaplin.

Le Cirque n’a peut-être pas la beauté fulgurante des Lumières de la Ville, la force humaniste des Temps modernes, ou l’amertume grinçante de La Ruée vers l’or. Mais sa simplicité apparente, la perfection de sa narration, en font une nouvelle que l’on ne se lasse pas de voir et revoir, à tous les âges, et avec le même immense plaisir.

La Ruée vers l’or (The Gold Rush) – de Charles Chaplin – 1925

Posté : 28 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Ruée vers l'or

Après l’échec commercial de L’Opinion publique, Chaplin renoue avec Charlot, pour le premier vrai long métrage de son personnage fétiche. Un film ambitieux à plus d’un titre : pour son ampleur d’abord, notamment avec cette première scène du passage du col, qui a nécessité des centaines de figurants dans des conditions extrêmes. Mais aussi pour la gravité inattendue de l’arrière plan.

Depuis The Kid (et quelques autres courts ou moyens métrages avant), on connaissait le goût de Chaplin pour le mélange entre le rire le plus franc et l’émotion la plus pure. On le retrouve ici encore, avec des tas de gags mémorables que l’on connaît par cœur (la cabane au bord du gouffre, le repas à base de chaussure, la fameuse danse des petits pains, ou encore l’apparition de l’ours au début du film), mais aussi des moments nettement plus graves qui font partie des plus beaux de sa filmographie.

Chaplin sait donner corps aux oubliés de la société, à travers son personnage. La scène où il se filme de dos, regardant la foule s’amuser et danser dans le saloon, est un sommet du pathétique sublime qu’il sait mieux que personne mettre en image. Mais le plus beau plan du film, c’est peut-être celui où, après avoir attendu durant des heures ses invitées pour le réveillon, il sort de sa cabane et observe, derrière la fenêtre, l’effervescence du réveillon. C’est déchirant, d’une beauté fulgurante.

Mais la gravité du film prend d’autres formes, plus rudes encore. Notamment lorsque le comparse de Charlot, Big Jim (le fidèle Mack Swain, dans son rôle le plus mémorable), rendu fou par la faim, tente de tuer son compagnon pour le manger. La séquence est filmée sous l’angle de la comédie bien sûr, mais avec un arrière-goût bien amer.

L’amertume tourne parfois radicalement au drame : à plusieurs reprises, Chaplin filme la mort, ce qu’il n’avait jamais fait jusqu’à présent (et ne refera quasiment plus jusqu’aux Feux de la rampe), dans ce qu’elle peut avoir de plus brutale. Dans la scène inaugurale d’abord, où il montre l’un des pionniers s’effondrant durant l’ascension de la passe, dans l’indifférence générale.

Puis avec l’affrontement mortel des deux policiers et du méchant Black Larsen (Tom Murray, lui aussi dans son rôle le plus mémorable ; le hasard voudra qu’il meure deux jours après Mack Swain, en 1935), parenthèse violente et sombre entre deux éclats de rire. Un mélange des genres dont Chaplin tire l’essence de cette nouvelle réussite, chef d’œuvre intemporel, hilarant et bouleversant. Chaplin, quoi…

A la fin de sa carrière, Chaplin a resorti le film dans une version sonorisée, avec quelques prises alternatives qui changent légèrement le cadrage sans changer grand-chose au fond. La principale différence repose plutôt sur la voix off de Chaplin lui-même, qui narre l’histoire pendant qu’elle se déroule tout en prêtant sa voix à l’ensemble des personnages. Une curiosité qui a son charme. Entre la version purement muette et celle-ci, à laquelle la voix chaude du cinéaste apporte une dimension inattendue, mon cœur balance…

L’Opinion publique (A Woman of Paris) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 24 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Opinion publique

Premier film tourné pour la United Artist, et premier long métrage pour Chaplin, qui se lance un double défi : outre la durée, sans précédent pour lui, il lui fallait convaincre sans les frusques de Charlot. Sans apparaître à l’écran, même : car à part une furtive apparition en porteur de bagages à la gare (il y est méconnaissable), Chaplin reste derrière la caméra. Il se sent d’ailleurs obligé de prévenir le public par un carton qui ouvre le film.

Peine perdu : L’Opinion publique, encensé par la presse à l’époque, a été un cinglant échec public pour Chaplin, qui ne s’essayera plus jamais au drame pur comme il le fait ici, avec cette tragédie que n’aurait pas renié Cecil B. De Mille : l’histoire d’une jeune femme de la campagne qui fuit un père tyrannique et part tenter sa chance à Paris, laissant derrière lui un fiancé qu’elle retrouvera bien plus tard, bien trop tard.

C’est une expérience unique dans la carrière de Chaplin. C’est aussi un magnifique cadeau d’adieux qu’il offre à Edna Purviance, sa partenaire privilégiée depuis une dizaine d’années, qu’il juge alors trop mure pour continuer à jouer les emplois comiques, et à qui il tente d’offrir une nouvelle carrière d’actrice dramatique. Hélas, entre l’échec de L’Opinion publique et la perte du mythique A Woman of the Sea de Von Sternberg (1926), dont les copies ont semble-t-il toutes été détruites, cette nouvelle carrière est morte dans l’œuf.

Hélas, parce qu’elle est formidable, dans L’Opinion publique (qui aurait dû être le titre original du film, avant que Chaplin n’opte pour A woman of Paris pour calmer les censeurs d’Hollywood), en jeune femme déshumanisée par sa découverte du « Gai Paris », à qui sa nouvelle vie facile fait oublier les sentiments les plus purs qui l’animaient autrefois. Elle est formidable parce qu’elle semble toujours un peu en retrait : perdue face à la colère qui l’entoure dans un premier temps, puis elle-même indifférente à ce qui l’entoure.

Au premier abord, L’Opinion publique est un film étonnamment modeste, avec une histoire simple et linéaire, et une poignée de personnages seulement. Mais la simplicité apparente cache en fait la maîtrise totale de Chaplin, qui emmène le spectateur (et les personnages) où il veut, comme il le veut, en se moquant constamment des stéréotypes et des certitudes du spectateur (comme de ses personnages).

L’héroïne est par moment assez odieuses. Son ancien fiancé est, lui, un être faible, guidée par une vieille mère qui, sous ses airs de grand-mère idéale (c’est un peu la Lilian Gish de La Nuit du chasseur), contribue largement à faire naître la tragédie. Quant au riche oisif aux crochets duquel vit Edna (une jeune femme entretenue, donc), celui qui est censé être le méchant de l’histoire, il se révèle le personnage le plus attentionné, le plus compréhensif. C’est Adolphe Menjou, acteur suave qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, qu’il ne cessera de décliner avec plus ou moins de bonheur par la suite.

Chaplin filme avec délectation les soirées de débauche de ce Gai Paris, pour lequel il n’a visiblement pas beaucoup de goût. Et on jurerait que c’est aux mœurs d’Hollywood qu’il s’attache au fond, dans ce film cruel et beau qui marque une fois pour toute sa liberté totale. Et son génie de cinéaste, souvent en retrait au profit de l’acteur et de la poésie des personnages, qui prend toute son ampleur ici, et notamment lors d’un plan magnifique, tout en économie : le départ d’Edna qui s’apprête à monter dans le train, train dont on ne voit que les lumières des fenêtres se projetant sur elle.

Finalement, il n’y a qu’un défaut majeur au film : sa musique, que Chaplin a composé à la fin de sa vie, pour une ressortie en salles en 1976. Elle est plutôt belle en soit, mais ne colle que rarement à l’action, devenant même gênante lorsque les moments de pur drame sont accompagnés par des notes guillerettes. Cette musique a toutefois un intérêt historique: elle constitue le tout dernier travail achevé par Chaplin pour le cinéma avant sa mort.

How to make movies (id.) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 20 avril, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

How to make movies

En 1918, Chaplin a eu une idée géniale… dont il n’a rien fait pendant quarante ans : filmer la construction de ses propres studios à Hollywood, puis s’y mettre en scène dans son quotidien de création. Au cinéma, seuls deux minutes en seront utilisés en 1959 pour introduire The Chaplin Revue, programme regroupant trois courts métrages. Mais les seize minutes que l’on connaît de ce film jamais réellement achevé sont fascinantes.

Ce n’est pas à proprement parler un documentaire : on sent bien que tout est mis en scène, ne serait-ce que la manière dont les frusques de Charlot sont religieusement transportées d’un coffre fort au bureau de Chaplin. Mais le film montre toutes les étapes de fabrication d’un film, des répétitions au tirage du film, et c’est passionnant de voir Chaplin livrer lui-même ses secrets de fabrication.

C’est même un cas à peu près unique dans l’histoire du cinéma : ce témoignage d’un monument qui dévoile l’envers du décor. On le voit répéter avec Edna Purviance, Henry Bergman, faire faire des essais à une jeune actrice (en flirtant gentiment), ou entrer littéralement dans la peau de Charlot.

L’occasion aussi de placer ces quelques scènes où Charlot fait du golf, probable ébauche d’un court métrage jamais terminé, tourné quelques mois plus tôt (on y voit Eric Campbell, mort fin 1917 avant que le studio soit achevé). Avant que Chaplin, de nouveau habillé « en civil », gratifie le spectateur d’un « au revoir » face caméra.

Une curiosité passionnante et indispensable.

Le Pèlerin (The Pilgrim) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 12 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Pèlerin

Dernier film de Chaplin pour la First National, The Pilgrim évoque d’une manière très curieuse The Adventurer (Charlot s’évade), le dernier film qu’il a tourné pour la Mutual. Dans les deux cas, Charlot y est un homme recherché par la police, comme si à chaque fois il voulait symboliser son envie de fuir la « prison » que représenterait sa maison de production du moment.

Comparer les deux films revient en tout cas à mesurer le chemin parcouru par Chaplin durant ces six années passées à la First National. Six ans au cours desquels il a pu expérimenter le luxe d’avoir le temps de peaufiner ses films, ses gags, d’enrichir son personnage et le fond derrière l’humour pur. Son rythme n’est alors que d’un ou deux films (courts ou moyens métrages) par an. Du grand luxe à côté du rythme effréné de ses débuts.

Après Jour de paye, Le Pèlerin confirme que Chaplin est au sommet de son art comique, et qu’il maîtrise désormais totalement sa mise en scène de l’action. Une séquence illustre parfaitement cette perfection de la narration : celle du prêche, où Charlot, bagnard évadé qui se fait passer pour un pasteur à la suite d’un concours de circonstance, mime la lutte de David (lui-même) contre Goliath (le monde extérieur). Tout un symbole…

Chaplin n’oublie pas l’humour pur, en multipliant les gags avec une imagination qui semble toujours sans fin (la scène du chapeau-gâteau notamment). Mais l’insolence du cinéaste, son envie profonde d’être un peu plus qu’un clown, sont bien perceptibles. The Pilgrim est une étape importante dans la filmographie de Chaplin : sa dernière comédie pure, son dernier court métrage (ou moyen métrage, disons), la dernière fois aussi où il se filme avec Edna Purviance.

La même année commencera pour lui l’aventure United Artists, grande ère de liberté absolue qu’il entamera avec L’Opinion publique, ses sublimes adieux avec la belle Edna. C’est une autre histoire…

Jour de paye (Pay Day) – de Charles Chaplin – 1922

Posté : 11 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Jour de paye

Une date : le dernier deux-bobines de Chaplin, et peut-être (sans doute) son meilleur, son plus drôle, son plus inventif, son plus parfait. L’un des plus représentatifs de son génie et de la richesse de son personnage aussi, même si Charlot n’est ici ni un être solitaire, ni un clochard. Pas « a tramp », donc : il est marié, et a un boulot. Mais sa femme est une sorte de pitbull tyrannique qu’il fait tout pour éviter. Et son job d’ouvrier du bâtiment est idéal pour que les pires mésaventures lui arrivent.

Après l’aventure extraordinaire de The Kid, et en attendant la totale indépendance qu’il s’offrira avec la United Artists, Chaplin doit encore quelques films à la First National. Avec celui-ci, il offre à ses « patrons » et au public exactement ce qu’ils attendent : une succession de gags irrésistibles, d’une inventivité folle, et au rythme imparable. Des gags en trois dimensions sur le chantier, dont il fait un terrain de jeu idéal : le moindre outils, le moindre recoin est source de gag. Et Chaplin est au sommet de sa géniale imagination.

On ne citera que l’usage extraordinaire qu’il fait de l’ascenseur du chantier, transformé en monte-plats inattendu. On retrouve la même inventivité dans la séquence nocturne du retour à la maison, où un Charlot exténué s’accroche aux saucisses pendues d’une épicerie ambulante (tenue par son frère Sidney) comme s’il s’agissait des poignets d’un bus. Ou dans les efforts qu’il fait, chez lui, pour échapper à la vigilance de son ogresse de femme.

Entre The Kid et L’Opinion publique, Pay Day peut avoir l’air d’une simple récréation pour Chaplin. Et ça l’est effectivement, d’une certaine manière : une sorte de parenthèse dans sa quête d’autre chose, d’un cinéma plus ambitieux et plus émouvant. Mais c’est aussi la quintessence du rire made in Chaplin. Peut-être la plus drôle de ses comédies pures.

Charlot et le masque de fer (The Idle Class) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 10 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot et le masque de fer

Des quelques films tournés par Chaplin à cette époque de transition, entre le coup d’éclat de The Kid et ses longs métrages, The Idle Class est celui qui semble le plus anodin. Il l’est d’ailleurs en partie, avec cette première moitié qui se contente grosso modo de recycler des situations et des gags déjà testés auparavant.

C’est le cas notamment lors d’une partie de golf où Charlot apparaît sous son jour le plus cynique, le moins tendre : un dandy raté, clochard se la jouant grand seigneur avec une majesté qui n’appartient qu’à lui. Cette partie est en quelque sorte l’aboutissement de tentatives de longue date (comme on peut le voir dans une mystérieuse ébauche de film, Charlot fait du golf).

Le film marque surtout parce qu’il redonne l’occasion à Chaplin de jouer un double rôle. Ce n’est pas une première : il l’avait déjà fait dans A night in the show. En revanche, c’est la première fois qu’il s’amuse avec le thème des sosies, le clochard étant pris pour un riche oisif porté sur la boisson (marié à la belle Edna Purviance). Ce qu’il refera bien sûr une vingtaine d’années plus tard dans Le Dictateur.

On n’est clairement pas sur le même registre, mais ce court métrage ne manque pas d’intérêt, dans ce qu’il dit en creux du pouvoir de l’argent et de l’apparence. Profitant bien malgré lui d’un bal masqué, Charlot peut durant un court moment expérimenter ce bonheur qu’il ne pouvait que rêver en croisant Edna au hasard d’un chemin.

L’espace d’un moment, Charlot le cynique devient tendre et émouvant, baissant la garde et frôlant même le sentimentalisme. Jusqu’à un coup de pied au cul final qui balaye tous ces rêves envolés. Pas si grave tout ça, tant qu’on reste fidèle à ce qu’on est…

Le Kid (The Kid) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 12 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Kid

On a beau le connaître par cœur, anticiper le moindre plan, le moindre gag, le moindre mouvement même… Le Kid garde, vision après vision, la même puissance émotionnelle. Je me suis dit : cette fois, je ne vais pas verser ma larme quand les services sociaux vont venir chercher le gamin. Tu parles !

Est-ce le regard de Jackie Coogan ou celui de Chaplin lui-même ? Les deux sans doute. Et cette urgence désespérée que le style soudain endiablé insuffle, cette caméra qui devient mobile, cette soudaine profondeur de champ lors de la course poursuite sur les toits…

Un lyrisme inédit jusqu’à présent, qui vous emporte à tous les coups. Alors non, ce n’est pas une larme que j’ai versée, mais des torrents, comme toujours. Et comme toujours chez Chaplin, cette émotion si pure se termine sur un éclat de rire, les deux se mélangeant dans un seul mouvement magnifique.

Il y a quelque chose de magique dans le cinéma de Chaplin, qui fait passer tous les excès. L’excès de symbolique avec ce plan inutile de Jésus pour bien souligner que lorsqu’Edna Purviance abandonne son bébé, c’est comme si elle portait sa croix. L’excès d’imagination facile avec cette scène de rêve rigoureusement inutile. L’excès de maquillage même, avec les fausses barbes des voleurs au début, qui date immédiatement le film. Quelque chose de magique, donc, qui fait que jusqu’à ses défauts, tout contribue à la perfection du Kid.

En passant pour la première fois au (presque) long métrage, Chaplin ne perd rien de son intensité. Au contraire même : c’est comme si ce nouvel espace de liberté lui permettait de laisser libre court à son imagination débordante, et à son obsession pour la perfection. Tout semble couler de source dans Le Kid. Pourtant, le moindre gag repose sur des trésors d’imagination.

Prenons la première scène dans laquelle apparaît le vagabond par exemple : celle où il découvre le bébé et tente en vain de s’en débarrasser illico. Cette idée du double landau, et la manière dont le bébé revient systématiquement dans les mains de Charlot, est formidable. Plus tard, un gag plus simple relève carrément du génie : celui où Charlot flirte avec la femme du policier et ne réalise pas que la main qui le tient par l’épaule est celle de ce dernier.

Il y a aussi, et surtout, toutes les scènes avec Jackie Coogan, gamin découvert par Chaplin qui deviendra l’une des plus grandes stars de son époque. Et pour cause : il parvient non pas à voler la vedette à Chaplin, mais à former un vrai duo avec lui, cohérent et irrésistible. Les scènes de repas, celle du dortoir, ou encore celle des vitres brisées, sont autant de merveilles inoubliables.

Une journée de plaisir (A day’s pleasure) – de Charles Chaplin – 1919

Posté : 6 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une journée de plaisir

Charlot père de famille quasi bourgeois ? C’est déjà une particularité en soi… surtout quand l’un des enfants s’avère être Jacky Coogan, que Chaplin allait diriger dans The Kid, film sur lequel il travaillait déjà à l’époque, et qui n’en finissait pas de voir le jour. Comme Sunnyside, c’est d’ailleurs pour faire patienter spectateurs et financeurs qu’il a tourné ce court métrage, qui pour le coup marque un net recul en termes d’ambition, sympathique comédie sans arrière-pensée qui renoue avec l’esprit de ses premiers succès.

Après la scène d’introduction, très drôle (la famille aux prises avec les caprices d’une automobile), le film est très clairement divisé en deux parties, avec deux décors qui font l’objet de nombreux gags : un bateau de petite croisière (où, à l’exception d’un long face-à-face avec un transat, il se contente de recycler de vieux gags), et surtout un carrefour très fréquenté.

Là, l’imagination de Chaplin donne des moments irrésistibles, en particulier le final autour d’un tas de goudron frais où Charlot et ses antagonistes se retrouvent empêtrés, le personnage se transformant en une sorte de pantin désarticulé. Réjouissant !

Et Jacky Coogan dans tout ça ? Il se contente à peu près de jouer les figurants. Encore deux petites années avant qu’il n’entre dans la légende…

Une idylle aux champs (Sunnyside) – de Charles Chaplin – 1919

Posté : 5 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une idylle aux champs

Après les chefs d’œuvre que sont Une vie de chien et Charlot soldat, ce Sunnyside marque un sérieux retour en arrière pour Chaplin. Une comédie pleine de gags formidables et assez irrésistible, mais aussi plus anodine que ses films précédents.

Pas étonnant : ce court métrage a essentiellement été tourné pour faire patienter public et financeurs, par un Chaplin tout entier tourné vers son premier – presque – long métrage, Le Kid. Mineur, donc, mais même dans un Chaplin mineur, on trouve des tonnes d’idées géniales.

Des idées qui tiennent parfois du simple jeu d’acteur, comme lorsque Charlot qui revient sagement chercher son coup de pied au cul, ou le même qui cherche son troupeau de vaches dans un minuscule bosquet…

Elles relèvent aussi du gag plus complexe : Charlot remplissant sa tasse de lait directement au pis de la vache, ou tondant les mauvaises herbes qui envahissent le hall d’un hôtel miteux…

Surtout, le film touche par sa tendresse et sa douce mélancolie. Le regard du personnage devant « son » Edna n’ayant plus d’yeux que pour un riche citadin est particulièrement émouvant. Et son déguisement improvisé franchement pathétique, ses fausses guêtres s’étiolant au fur et à mesure qu’il se rapproche de sa belle. Touchant.

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