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Archive pour la catégorie 'CEYLAN Nuri Bilge'

Les Climats (Iklimler) – de Nuri Bilge Ceylan – 2006

Posté : 8 juin, 2016 @ 8:00 dans 2000-2009, CEYLAN Nuri Bilge | Pas de commentaires »

Les Climats

Un été brûlant à Kas, cité balnéaire turque : pendant les vacances, un homme quitte celle qui partage sa vie. Un automne pluvieux à Istanbul : l’homme essaye d’oublier la femme et de renouer avec sa vie d’autrefois. Un hiver glacial dans les montagnes d’Anatolie : l’homme tente de renouer avec la femme… jusqu’à l’évocation d’un rêve de printemps.

Après Uzak, où la météo jouait déjà un rôle important, le grand Nuri Bilge Ceylan raconte les errances d’un couple qui se sépare à travers trois saisons lourdes en évocation. Rien de bien neuf sous le soleil, d’ailleurs, si ce n’est la manière avec laquelle le cinéaste filme ces saisons.

Le cinéaste aime les images travaillées comme autant d’œuvre d’art, les longs plans dépouillés où le moindre son a son importance et où chaque mouvement compte. Et il réussit à rendre palpable la chaleur accablante, la pluie pesante, ou le froid paralysant. Autant d’atmosphères qui collent parfaitement à l’état d’esprit de ses personnages.

Pour une fois, Nuri Bilge Ceylan se met lui-même en scène dans Les Climats, comme s’il n’avait voulu imposer à personne ce personnage d’universitaire égoïste et manipulateur, dont l’incapacité à partager a quelque chose de profondément cruel. Un homme qui semble constamment passer à côté de sa vie et des autres, et que l’on sent totalement incapable de s’ouvrir, et encore plus de partager les émotions et les sentiments de ceux qui l’entourent.

A ses côtés, ou plutôt face à lui : Ebru Ceylan, sa femme, à la beauté troublante et fragile. Une actrice magnifique aussi, qui dévoile son mal-être par de minuscules mouvements du visage lors de très longs et très gros plans d’une beauté renversante. Il fallait une grande actrice pour apporter tant d’émotion à ce cinéma-là, si économe en « effets ».

L’émotion, immense, vient de ces gros plans. Elle vient aussi de l’omniprésence de la nature, en particulier dans la séquence « anatolienne » du film. Une nature sidérante de beauté qui semble à la fois réveiller les sentiments et les étouffer. C’est à la fois sombre et lumineux, et c’est magnifique.

Winter Sleep (Kiş Uykusu) – de Nuri Bilge Ceylan – 2014

Posté : 15 août, 2014 @ 3:20 dans 2010-2019, CEYLAN Nuri Bilge | Pas de commentaires »

Winter Sleep

Loin de la déambulation presque irréelle de Il était une fois en Anatolie, son précédent long métrage (un chef d’œuvre), qui était à la limite parfois du burlesque, Nuri Bilge Ceylan revient avec une narration plus classique, plus ancrée dans la réalité, constamment palpable dans ce parcours intime d’un personnage à la recherche d’une impossible paix.

Aydin est un homme entre deux âges, entre deux vies. Un ancien comédien sexagénaire, qui s’est retiré avec sa très jeune épouse dans un hôtel coupé du monde, au cœur de l’Anatolie, qu’il a hérité de son père. C’est l’hiver, les touristes se font rares, disparaîtront bientôt pour de bon jusqu’au printemps, et l’isolement ressert inexorablement le microcosme de Aydin à quelques personnes : son épouse, sa sœur divorcée, son employé, des locataires mauvais payeurs, un ami fermier…

Dans les premières scènes, ce qui frappe d’abord, c’est le bien-être qui semble entourer ce personnage, qui s’est aménagé un havre de paix inattendu au-milieu d’un paysage grandiose et hostile : les vastes plaines d’Anatolie, balayées par les rigueurs de l’hiver. Contrastant spectaculairement avec ces paysages que l’on retrouve régulièrement comme des respirations dans le film (parfois comme de simples et sublimes jeux d’ombres, comme lors des visites nocturnes au cheval), l’hôtel troglodyte où se déroule l’essentiel du film est un intérieur feutré et douillet à la lumière chaleureuse (l’éclairage du film mérite tous les prix du monde), où il fait bon vivre, où Aydin s’adonne à une recherche constante de la beauté, et où le temps semble passer avec douceur et bienveillance.

D’ailleurs, on prend le temps dans cet hôtel où tout ne paraît être qu’harmonie : on prend le temps de parler avec des inconnus de passage, d’écouter ses proches, de s’asseoir autour d’une table et de partager le thé avec les visiteurs à n’importe quelle heure du jour ou du soir. Une atmosphère qui respire la quiétude, comme une bulle coupée du monde.

Mais peu à peu, et c’est là toute la beauté du film, Nuri Bilge Ceylan révèle les aspérités, les petits défauts, et les grandes fêlures. Cet ancien comédien retiré du monde cherche à se construire une vie sans contrainte, faisant abstraction de tous les problèmes du monde extérieur, qu’il délègue systématiquement à son employé. Comme une élégance de vie qu’il brandit avec fierté. Cette posture fonctionne-t-elle durant l’été, lorsque la vie grouille ? On ne le saura pas, mais lorsque l’hiver résume la société à un petit microcosme, la réalité des sentiments ne peut plus se cacher… Et cette élégance, bien sûr, ne peut être perçue que comme l’égoïsme d’un homme trop riche et trop insensible qui s’ignore.

Bientôt, on réalise que le vernis ne demande qu’à craquer. Et lorsqu’il craque, c’est avec une violence psychologique incroyable. La solitude et l’enfermement qui exacerbent les fêlures : le thème rappelle le Shining de Kubrick. On y retrouve cette force de l’isolement, que souligne la longueur du film (3h15), qui participe bel et bien à sa force : cette longueur a un sens, et rend palpable le poids de cet hiver pas particulièrement rigoureux, mais qui coupe du monde cette partie de la Turquie, loin d’un Istambul dont on parle souvent, sans jamais rien en voir.

Amoureux de son pays, Ceylan filme aussi mine de rien une Turquie mal connue, faite d’éléments contradictoires. Son film aborde ainsi la rencontre des générations (le couple que forme l’ancien comédien sexagénaire et sa très jeune femme), celle des nantis et des laissés pour compte, celle des croyants et des athées… Et la quasi-impossibilité pour tous ces êtres de se comprendre, d’autant que derrière sa façade affable, Aydin cache mal une haine viscérale pour tout ce qui représente la société et ses codes : l’imam, l’instituteur…

La cohabitation ne se fait finalement qu’au prix d’efforts constants et de faux-semblants, qui ne peuvent être qu’éphémères. Et lorsque les engueulades éclatent, elles sont définitives. Avec sa sœur, avec sa femme, ou avec l’instituteur, il se dit des choses extrêmement violentes, malgré une façade courtoise et bienveillante.

Si le film est aussi fort, c’est aussi parce que Nuri Bilge Ceylan se révèle, plus que dans aucun autre film peut-être, un formidable directeur d’acteur : les comédiens, jusqu’au dernier seconds rôles, sont tous formidables, avec une présence et une justesse rares. Leurs doutes, leurs colères renfermées, leurs désirs contrariés, sont l’essence même de ce film beau et radical, belle Palme d’Or au dernier festival de Cannes.

Il était une fois en Anatolie (Bir Zamanlar Anadolu’da) – de Nuri Bilge Ceylan – 2011

Posté : 12 juin, 2014 @ 2:34 dans 2010-2019, CEYLAN Nuri Bilge | Pas de commentaires »

Il était une fois en Anatolie

Un meurtre a eu lieu au cœur des steppes d’Anatolie. Des policiers et un juge d’instruction accompagnent le principal suspect à travers les grandes étendues désertes, pour tenter de retrouver le corps de la victime…
Un polar signé Nuri Bilge Ceylan ? Pas si simple, évidemment : à travers cette trame policière assez classique, le grand cinéaste turc signe une odyssée contemplative, parfois à la limite du burlesque, fascinante et souvent bouleversante.

Un meurtrier mutique, un juge malade, un policier rongé par les difficultés de son couple… De ces personnages réunis autour d’une même quête qui semble sans fin, Ceylan tire les portraits intimes d’êtres qui ne se livrent que par petites bribes, et qui tous ensemble crèvent d’un terrible mal de vivre, d’un sentiment de vide (dont cette étrange nuit serait une sorte de parenthèse) et de rêves qui ne s’accompliront jamais.

Pas vraiment la grande joie, donc, même si le film baigne dans un humour à froid qui, il faut bien le dire, ne déclenche pas les fours-rires, renforçant simplement le mal-être de ces personnages qui paraissent curieusement enfermés dans ces immenses espaces. Un sentiment que Ceylan souligne, dans la première partie du moins, en jouant avec l’obscurité et la lumière des phares des voitures qui serpentent sur les petites routes.

Visuellement, le film est d’une beauté sidérante, émaillé de ces moments magiques et hors du temps, où l’humanité de personnages pourtant taiseux et refermés, éclatent littéralement. La plus belle séquence, peut-être, est une parenthèse totalement inutile dans l’histoire : une pause improvisée chez le maire d’un petit village perdu. Alors que les voyageurs partagent un repas en silence, la jeunesse et la beauté de la fille de leur hôte tirent aux policiers et aux criminels des bouffées d’émotion, et même des larmes. Ce visage si pur, éclairé à la chaude lumière d’une bougie, les mettant en face de leurs propres vies.

Après quelques réussites majeures (Uzak, Les Climats), Nuri Bilge Ceylan signait là un pur chef d’œuvre, qui remporta le Grand Prix au festival de Cannes. Pour la Palme d’Or, il devra attendre son film suivant, Winter Sleep.

 

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