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Archive pour la catégorie 'CAYATTE André'

Les Amants de Vérone – d’André Cayatte – 1949

Posté : 12 avril, 2025 @ 8:00 dans 1940-1949, CAYATTE André | Pas de commentaires »

Les Amants de Vérone

Les amants de Vérone… Roméo et Juliette ? Non… Enfin si… enfin non… enfin… André Cayatte, avant de devenir un cinéaste engagé spécialisé dans les films à thèse autour de la justice, aussi sincère que peu enthousiasmant, a signé ce film original et ambitieux, hommage malin au classique de Shakespeare, écrit par Jacques Prévert.

Les premières images laissent penser que nous sommes dans l’Italie des Capulet et des Montaigu. Mais non : le récit qui introduit le film est celui, lassé, d’un guide dans une verrerie de l’île de Murano, où s’affairent des corps bien d’aujourd’hui (enfin, de 1949), dont celui d’un tout jeune Serge Reggiani.

Le guide, c’est Pierre Brasseur, véritable fil conducteur et ressort dramatique du film : amoureux éconduit, assassin en puissance, et victime expiatoire du récit. Comme chez Shakespeare, il est question d’amour impossible, de passion pure, de trahison et de destin, dans les beaux décors de Vérone, et surtout de Venise.

Cette version contemporaine du drame se déroule dans les coulisses d’un tournage de cinéma, pour renforcer le jeu de miroir. Celui d’une énième version de Roméo et Juliette, bien sûr. Ce qu’on voit des scènes qui se tournent ne donne d’ailleurs guère envie de découvrir le film terminé…

Mais le drame qui se noue en coulisses est fort, comme ce coup de foudre (sur un balcon, comme il se doit) que vivent deux doublures, effaçant instantanément ceux qui devraient être au cœur de l’attention, dont Martine Carole en star de cinéma, interprète de Juliette.

Ces deux héros : un souffleur de verre (Reggiani, donc), et une jeune femme étouffée par une famille très dysfonctionnelle (Anouk Aimée, et sa voix déjà fascinante). Ce qui se passe entre ces deux là est assez magique.

Les intrigues annexes ne sont pas toujours convaincantes, et les rebondissements incessant manquent souvent de rythme, Cayatte se perdant dans un récit trop plein de personnages secondaires inégaux (Dalio en vétéran frappadingue, bof). Cayatte ne fait pas de miracle. Mais loin de ses films « Dossier de l’écran » à venir, il signe surprenant et séduisant.

Le Dossier noir – d’André Cayatte – 1955

Posté : 31 août, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, CAYATTE André | Pas de commentaires »

Le Dossier noir

Dans l’expression « cinéaste engagé », André Cayatte a davantage marqué les esprits pour son côté engagé que pour ses talents de cinéaste. Pourtant, Le Dossier noir révèle une vraie vision de cinéma. Film à thèse, oui, mais film avant tout, avec une authentique atmosphère, un sens très sûr de la mise en scène et du rythme, et de beaux personnages.

Et puis Cayatte est un excellent directeur d’acteur, ce qui ne gâche rien. Dans le rôle principal, celui d’un jeune juge d’instruction nommé dans une petite ville de province, le pourtant bien falot Jean-Marc Bory est parfaitement troublant et émouvant, annonçant avec quelques décennies d’avance le procureur de Burning Days. Surtout, les seconds rôles sont formidables, dépouillés de leurs manies habituelles : Noël Roquevert en pathétique flic aux ordres, Paul Frankeur en notable monarchique, ou Bernard Blier en superflic parisien sûr de son génie… Tous exceptionnels.

Il y a d’ailleurs beaucoup de personnages dans ce film, et des points de vue qui varient, le jeune juge d’abord omniprésent s’effaçant au fur et à mesure que l’enquête avance et que son rôle s’amenuise. En fait, le vrai point de vue, ce serait celui de la justice en marche. Mais une justice qui fait peu de cas de l’humanité. Entre la corruption et les petits arrangements avec la vérité, il n’y a pas grand monde qui trouve grâce aux yeux de Cayatte, si ce n’est ce petit peuple condamné à jouer de la figuration.

Le ton est acerbe. La justice, les notables, et même la cellule familiale, systématiquement étouffante (mon dieu, ce procureur réduit au silence par une femme, une mère, une sœur et une fille également castratrices)… Cayatte n’épargne personne. Mais ce qu’il condamne, au fond, c’est moins la médiocrité des femmes et des hommes que le système judiciaire lui-même, et cette figure du juge d’instruction tout puissant, ce pouvoir immense laissé entre les seules mains d’un homme, en l’occurrence un gamin à peine sorti de l’école.

Cayatte ne fait certes pas dans la demi-mesure, ce n’est pas le genre de la maison. Mais il a du style pour le coup. Sa mise en scène élégante et efficace, ainsi que la formidable distribution, font de ce Dossier noir un must (LE must?) de sa filmographie.

Verdict – d’André Cayatte – 1974

Posté : 5 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, CAYATTE André, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Verdict

Après Deux hommes dans la ville, Gabin enchaîne (pour son avant-dernier film) sur un autre drame consacré à la justice. Le film de Cayatte est moins ouvertement engagé que celui de Giovanni, il aborde tout de même le sujet de la peine de mort. Avec nuances, ou maladresse, selon la bienveillance que l’on veut bien avoir.

Gabin y est un juge sur le point de prendre sa retraite, dont le dernier procès est celui d’un jeune homme accusé d’avoir violé et assassiné une fille de bonne famille. La mère de l’accusé décide d’enlever la femme du juge pour obtenir l’acquittement de son fils. Entre le juge et la mère de l’accusé, jouée par Sophia Loren, se noue une relation ambiguë.

Cette relation n’est pas franchement très convaincante, comme si Cayatte avait voulu glisser dans la tête du spectateur l’idée même d’une relation hors du tems entre le sex-symbol italien des années 60 et le séducteur français d’avant-guerre. Difficile à avaler, face à un Gabin en bout de course, septuagénaire qui fait bien quinze ans de plus.

Mais le personnage de Gabin est assez intéressant, parce qu’il semble sincèrement mettre en doute trente-cinq ans de la pratique de la magistrature, alors qu’il est forcé d’adopter, comme il le dit, une ligne neutre et bienveillante.

En filigrane, et même frontalement dans les premières scènes de procès, c’est une justice pleine de préjugés qui apparaît. Et le fait que des flash-backs qui apparaissent tout au long du film nous confirment que l’accusé est coupable n’altère pas ce sentiment de voir une justice biaisée dans ses œuvres.

Au contraire, même. Verdict n’a pas tout à fait la force de Deux hommes dans la ville, malgré une dernière partie particulièrement tendue. Mais le film de Giovanni passait un peu à côté de son engagement anti-peine de mort en mettant en scène un innocent. Verdict prend l’exact contre-pied.

Au bonheur des dames – d’André Cayatte – 1943

Posté : 1 février, 2013 @ 4:48 dans 1940-1949, CAYATTE André | 1 commentaire »

Au bonheur des dames – d’André Cayatte – 1943 dans 1940-1949 au-bonheur-des-dames

Tourné treize ans après une magnifique première adaptation (muette) signée Julien Duvivier, cette nouvelle adaptation du roman de Zola a longtemps eu mauvaise réputation, due essentiellement au contexte de sa production. Nous sommes en 1943, dans les studios de la Continental dirigée par l’occupant allemand, et le message du film est mal perçu : la traditionnelle lutte des classes (les gentils petits contre les méchants puissants) en prend un sacré coup. De quoi désarçonner un public en quête de valeurs franches.

Rappelons quand même que L’Assassin habite au 21 et Le Corbeau, deux autres productions Continental, ont eux aussi été considérés comme des films très condescendants à l’égard de l’occupant… Et comme les deux films de Clouzot, cette deuxième réalisation d’André Cayatte gagne énormément à être dégagée de cet encombrant contexte : pas aussi éclatante visuellement que le film de Duvivier, cette première adaptation parlante n’en est pas moins une grande réussite.

L’histoire est la même : le développement d’un grand magasin met en péril les petites boutiques alentours. Le propriétaire de l’une d’elles voit même dans le patron du grand magasin un ennemi personnel. Quand sa nièce se fait embaucher chez son concurrent, il se sent trahi.

Contrairement au film de 1930, qui modernisait l’histoire, ce film-ci respecte le roman de Zola, et se déroule sous l’Empire. Le message n’en est pas moins fort. Et la lutte des classes, si elle évite constamment tout effet simpliste, est au cœur du film. La romance qui naît entre la petite vendeuse (Suzy Prim) et le grand patron (Albert Préjean) symbolise la complexité de ces rapports de classe, tandis que le destin tragique du petit commerçant (Michel Simon) illustre la fin d’une époque.

Dans cette époque de mutation, le film de Cayatte s’intéresse avant tout aux personnalités, à ces vendeuses privées de beaucoup de liberté. Le contraste avec le faste des grands patrons est édifiant. Cayatte raconte aussi la naissance du paternalisme. Son film ne juge personne. Ce qu’il raconte, c’est le monde en marche, le « progrès » et ses victimes.

C’est édifiant, merveilleusement interprété, et réalisé par un jeune cinéaste qui fait preuve d’une inspiration de chaque scène. Son film fait le lien entre le réalisme poétique des années 30, et un cinéma plus percutant d’après-guerre. Le classique de Zola a droit à un deuxième classique du cinéma.

 

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