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Archive pour la catégorie 'CARPENTER John'

Le Village des damnés (Village of the damned) – de John Carpenter – 1995

Posté : 16 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1995

Carpenter s’est approprié pas mal de thèmes bien connus du cinéma fantastique. Il a aussi signé un remake officieux de Rio Bravo (Assaut) et un autre, bien assumé celui-ci, de La Chose d’un autre monde (The Thing). Mais ce remake-ci, d’un petit classique du cinéma fantastique british des années 60, a quelque chose d’unique dans sa filmographie.

Même titre, même histoire, même ville, mêmes personnages en grande partie… Pas d’erreur sur les intentions. Le scénario du film de Wolf Rilla est d’ailleurs crédité au générique, au même titre que le roman original. Mais ce Village des damnés-là est tellement un remake qu’il n’existe réellement que comme tel, par rapport au film de 1960.

Ce qui explique les « trous » que l’on peut regretter dans la narration, les ellipses douteuses et une manière parfois hasardeuse d’avancer dans l’histoire. Avec ce film, c’est comme si John Carpenter avait voulu rendre hommage aux aspects les plus réussis du film de Rilla, et surtout rattraper ce qui l’était moins. On a donc des passages qui sont des copiés-collés du premier film, des dialogues entiers repris tels quels. Ces moments là sont d’ailleurs les moins intéressants, comme si Carpenter s’en désintéressait : si c’était bien chez Wolf Rilla, pourquoi s’embêter à vouloir le refaire ?

Dans les différences, en revanche, le film est passionnant. Le film original se concentrait essentiellement sur son couple vedette, reléguant les seconds rôles aux arrières-plans ? Carpenter commence son film en soulignant l’importance de la communauté, et en multipliant les personnages. Celui de George Sanders, d’ailleurs, est « coupé » en deux, repris à la fois par le médecin du village (Christopher Reeve, dans l’un de ses derniers rôles avant l’accident) et par une scientifique d’une agence gouvernementale (Kirsty Alley).

Les pouvoirs des gamins maléfiques avaient des effets trop modestes? Carpenter appuie sur le gore avec un cuisinier qui se transforme en grillade, ou un médecin qui pratique l’auto-opération… Les liens entre ces enfants et leurs « parents » était vite rompus? C’est peut-être là que se situe la plus grande différence, avec des ébauches d’humanisation chez l’un des enfants, et l’envie d’une mère d’aimer son fils malgré tout.

Et puis il y a l’élégance de Carpenter, entièrement au service de l’efficacité du récit, qui s’amuse aussi à s’auto-citer à travers quelques plans typiquement carpenteriens : l’ombre au début du film qui évoque le brouillard de Fog, un travelling sur une haie qui renvoie aux plans inoubliables de Halloween, ou un visage monstrueux en surimpression qui rappelle curieusement Invasion Los Angeles. Tourné après l’un des sommets de sa filmographie (L’Antre de la folie), et avant une ultime série de films sans doute moins originaux, Le Village des damnés a déjà des allures de bilan.

Starman (id.) – de John Carpenter – 1984

Posté : 4 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Starman

John Carpenter qui marche sur les traces de E.T. ? OK, ses films précédents ont été des échecs commerciaux, mais on n’a quand même un peu de mal à y croire. Pourtant, c’est bien ça : Starman est bel et bien une version « adulte » du triomphe de Spielberg. Vous remplacez les enfants qui découvrent un extraterrestre perdu loin de chez lui par une jeune veuve qui découvre un extraterrestre perdu loin de chez lui, et vous obtenez à peu près la même histoire.

Pour être tout à fait précis, notons quand même que Starman n’est pas uniquement un film opportuniste : son scénario et celui de E.T. circulaient en même temps. Et si celui-ci débarque sur les écrans deux ans plus tard, cela relève presque du hasard. Il n’empêche : les deux films sont étonnamment semblables, jusqu’à la manière, cynique, d’évoquer le fameux sens de l’hospitalité de la race humaine.

Et les premières scènes laissent un peu dubitatif. Carpenter, qui sort quand même d’une décennie de sans-faute, signerait une bluette à tendance psychédélique ? L’idée centrale du film est séduisante : l’extraterrestre qui débarque, parce que nous autres Terriens avons envoyé de chaleureuses invitations dans l’espace, prend l’apparence d’un homme mort depuis peu, et entraîne dans sa fuite la femme qui pleure ce dernier. Mais les premiers pas (au premier degré, « les premiers pas » de l’E.T.), et les moues enfantines de Jeff Bridges font craindre le pire.

Mais il se passe quelque chose d’assez inexplicable : le processus mental du spectateur suit remarquablement celui de la jeune veuve, jouée par Karen Allen. Forcément effrayée, voire hostile dans un premier temps, la jeune femme finit par s’attacher à cet étrange étranger à l’air si familier. Et c’est exactement ce qui se passe ici : il se dégage du film, et de chaque personnage, une telle sincérité, une telle empathie, que Starman commence à séduire.

Et Carpenter emporte définitivement le morceau lors de la belle scène du « diner », la nuit. Est-ce ce cerf qui reprend vie ? Le regard si bienveillant de cette serveuse à l’embonpoint généreux ? Ou justement les moues enfantines de Jeff Bridges ? A ce moment-là en tout cas, on plonge totalement dans les grands yeux de Karen Allen, et on les suit avec passion ces deux-là, dans leur improbable cavale vers… Vers quoi ? Une histoire d’amour impossible ? Une seconde chance ? Contre toute attente, Starman se révèle très beau. Une réussite inattendue…

Vampires (id.) – de John Carpenter – 1998

Posté : 3 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vampires

Monstres, homme invisible, croque-mitaine, voiture tueuse, diable, extra-terrestres… Le cinéma de John Carpenter est tellement rempli des grandes figures du cinéma fantastique qu’il est presque incroyable qu’il ait attendu si longtemps pour se confronter aux vampires. Il en avait d’ailleurs été questions quelques années plus tôt : il avait été question que ce soit lui qui réalise le Dracula, finalement signé Coppola.

On l’imagine sans mal : le film réalisé par Carpenter aurait sans doute été aux antipodes de la sophistication fascinante du film tel qu’il existe. Plus proche d’un pur film de genre, comme l’est ce Vampires au titre d’une sobriété exemplaire. C’est qu’il ne ment pas sur la marchandise : pas question pour lui de révolutionner le genre du film de vampires. Carpenter aime le cinéma de genre, il s’y glisse avec délectation, et c’est avant tout par l’élégance et l’efficacité de sa mise en scène qu’il impose sa marque.

On peut toujours essayer d’y voir des messages ou des thèmes forts : l’église y est ainsi présentée une nouvelle fois (après Prince des Ténèbres) comme une institution hypocrite et inquiétante. Mais le fait est que Vampires est avant tout, et peut-être même exclusivement, un pur film d’horreur, très premier degré, très efficace, très fun, très bien mis en scène, et très mineur dans ses ambitions.

Carpenter y fait un pas de plus vers le western, ce genre qui l’accompagne depuis Assaut et qui n’a jamais abordé frontalement. Visuellement, c’est dans Vampires qu’il s’en rapproche le plus, avec ses grandes étendues désertes, ses paysages poussiéreux, et ses personnages filmés comme une horde de justiciers. Et c’est assez beau : même dans un film mineur comme celui-ci, Carpenter reste un grand formaliste, qui sait composer des images superbes, qui contribuent (au même titre que la musique entêtante de Carpenter himself) à créer le sentiment de peur.

Peu de nuances en revance à attendre du côté des personnages : Thomas Ian Griffith est une personnification du mal assez extrême, et James Woods est un héros bad-ass très dur et très droit. Mais le film révèle quelques surprises du côté des seconds rôles. Quant à Sheryl Lee, la postérité se souviendra d’elle pour avoir jouer une morte dans Twin Peaks… et une moribonde dans Vampires : la pauvre passe la quasi-totalité du film à râler et à trembler, avant de cracher des hectolitres de sang.

La surprise, et c’en est une, vient de Daniel Baldwin. Le frangin d’Alec est un veau, c’est un fait. Mais c’est à lui que revient le plus beau personnage : un chasseur de vampire mordu et promis à un avenir funeste, qui révèle une sensibilité inattendue. Jusqu’à une très belle dernière scène. Petit moment d’émotion dans un film plus franchement porté sur l’action pure et la trouille.

Christine (id.) – de John Carpenter – 1983

Posté : 2 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Christine

On a sans doute toujours tort de dire « il n’y avait que lui pour réussir ce film ». N’empêche : il n’y avait que Carpenter pour réussir ce film qui aurait si facilement pu tomber dans le grand-guignol ou dans le kitsch. Non seulement Carpenter réussit cette adaptation d’un roman de Stephen King, mais il s’en émancipe juste ce qu’il faut pour se l’approprier totalement.

Christine est d’ailleurs une sorte de film-miroir de Halloween, sorti en 1978… l’année où se déroule l’action de Christine. Sans doute pas un hasard. Carpenter fait de la voiture tueuse une incarnation du Mal absolu (alors que l’origine du Mal était plus contrastée dans le roman), à l’image d’un Michael Myers. Et surtout, les deux longs métrages sont, peut-être même avant d’être des horror-movies, des peintures édifiantes de l’adolescence.

Dans Christine, Carpenter se montre même encore plus sombre, encore plus cynique, quant à cet « âge d’or » de la jeunesse. Le « héros », Arnie, est un ado rejeté de tous (à l’exception de son ami sympa, beau, bon et courageux… bref, une sorte d’extra-terrestre), ni très beau, ni très courageux, ni très malin, qui se coupe peu à peu des autres et de toute humanité au contact de la Plymouth rouge toute pourrie qu’il a retapée avec amour, voiture maléfique qui le hante et le transforme.

Le film parle du mal de vivre, de la difficulté de s’accepter, dans cette période de l’adolescence si pleine de changements. Il parle de narcissisme bien sûrs, mais aussi et surtout de frustration. Il y a ainsi un joli personnage, quasiment muet, qui se contente d’apparaître dans quelques plans : une belle blonde, visiblement énamourée de Dennis, l’ami d’Arnie, le genre de fille à qui tout réussit, mais qui devient terriblement touchante à force d’être à ce point ignorée par celui qu’elle convoite. Ce personnage semble n’avoir aucune véritable importance, et apparaît constamment en contrepoint de l’action. Mais sa présence a quelque chose de très émouvant.

Carpenter ne fait pourtant pas de Christine un film à thème ou à thèses. Avec ce beau classicisme et son habituelle élégance, il signe un pur film de genre aux effets spéciaux discrets mais impressionnants, prenant le temps d’installer l’angoisse, dans un long mouvement lent et imparable, comme dans tous ses meilleurs films. Avec au passage quelques images inoubliables. La plus marquante : la folle course de la Plymouth en flammes dans la nuit, qui avance en « recrachant » sa victime sur le bitume…

New York 1997 (Escape from New York) – de John Carpenter – 1981

Posté : 30 juin, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

New York 1997

Décidément au sommet, le Carpenter de cette époque. Bricoleur de génie, véritable auteur de ses films, il réalise, écrit, monte et met en musique cette petite merveille de série B, visiblement tournée sans grands moyens mais avec un sens de l’image assez impressionnant. Ça saute aux yeux dès les premières minutes, lorsqu’une simple contre-plongée transforme la silhouette lourde en symboles de la Statue de la Liberté en inquiétante tour de garde…

Bref, la liberté en a pris un coup dans cette vision quasi-post-apocalyptique de l’Amérique. De ce futur, on ne verra d’ailleurs rien d’autre que cette île de Manhattan transformée en gigantesque prison à ciel ouvert, idée géniale qui prend une nouvelle dimension depuis 2001. Car l’image la plus saisissante, c’est peut-être celle de ces Twin Towers autour desquelles toute l’action tourne, et qui pèsent étrangement sur l’atmosphère lourde du film. Et puis la fameuse scène du crash résonne différemment aujourd’hui, avec cet avion présidentiel qui se dirige droit vers les tours de Manhattan.

Quelques fumigènes, des épaves de voitures, des papiers qui volent… Il n’en faut pas beaucoup plus à Carpenter pour transformer des décors familiers en lieu de désolation, et mettre en scène un futur qui semble radicalement différent du présent. Pour une fois (mais la SF n’est pas un genre auquel il est habitué), il utilise même, et plutôt très bien, des maquettes et des matte-paintings, rappelant d’autres temps du cinéma de genre. L’art de bidouiller avec les moyens du bord pour réussir un petit classique instantané de la science fiction.

Carpenter réussit autour un vrai tour de force avec son personnage principal : en quelques plans seulement, Kurt Russell fait entrer Snake Plissken dans la légende, sorte de version à peine modernisée de l’homme sans nom de Clint Eastwood, la fatigue en plus. Désabusé et las (magnifique plan où, ne sachant que faire, il saisit une chaise renversée et s’asseoit dans la nuit), il fait figure d’anomalie dans cette Amérique déshumanisée, dernier survivant d’une espèce révolue. « Je te croyais mort », s’entend-il dire à chaque rencontre !

Et quelles rencontres : Harry Dean Stanton, Ernest Borgnine, Isaac Hayes, Donald Pleasence, Lee Van Cleef… Une formidable collection de gueules pour un film culte qui donnera lieu à une suite-remake-parodie réjouissante.

Halloween, la nuit des masques (Halloween) – de John Carpenter – 1978

Posté : 21 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Halloween

Le film qui pose les bases du slasher, sous-genre qui continue aujourd’hui encore à donner des avatars souvent tout pourris. Mais avec ce petit classique de l’angoisse, Carpenter frappe fort. Parce qu’il assume totalement le côté enfantin de cette peur qui ne repose que sur des fantasmes de gosses. Dans le genre, le cinéaste fera au moins aussi bien avec Fog, grand hommage aux histoires pour faire peur de son enfance. Avec Halloween, il signe déjà un modèle du genre, à la mise en scène d’une élégance folle.

Effrayant à l’extrême, le film repose pourtant sur une recette répétée à l’envi : Carpenter joue avec l’espace pour créer la peur. Il filme un ou deux personnages derrière lesquels le tueur apparaît soudain en arrière-plan à de multiples occasions, toujours sur le même mode. Mais même lorsque l’effet de surprise est passé, l’efficacité reste extrême.

Mais le meilleur dans ce film, c’est la manière dont Carpenter filme ces interminables allées de quartiers résidentiels. Ces paysages urbains, on les a vus des centaines de fois dans le cinéma américain, décor habituel et sans surprise d’une certaine classe moyenne. Mais jamais filmée comme ça, avec ces sublimes travellings à la fois extrêmement élégants, et qui créent une angoisse lancinante.

Le jeu n’est ouvertement pas naturaliste. Donald Pleasance, dans le rôle du « lanceur d’alerte », en fait des tonnes, mais fascine par cette outrance. Et les personnages de jeunes, victimes potentielles du tueur, ne sont que des stéréotypes que Carpenter ne semble pas vraiment prendre au sérieux. Pas plus les rôles secondaires que celui, central, joué par Jamie Lee Curtis, qui dans l’affrontement final multiplie les conneries, lâchant systématiquement le poignard à côté du « corps » du tueur, ou lui tournant le dos !!

Il y a un second degré réjouissant dans cette manière de jouer avec la peur. Ou plutôt un regard enfantin, comme celui qui ouvre le film, nous glissant dans la peau d’un Michael Myers enfant et déjà furieusement dérangé, le temps d’une séquence en caméra subjective. Carpenter se moque du réalisme. Son art est entièrement tourné vers le plaisir de la peur. Pas un hasard si l’action se déroule le jour et la nuit d’Halloween, lorsque la peur devient un divertissement national.

Au passage, Carpenter s’autorise un clin d’œil à The Thing, la production de Hawks que les personnages regardent à la télévision, et dont il signera lui-même un remake mémorable quelques années plus tard.

L’Antre de la folie (In the mouth of madness) – de John Carpenter – 1995

Posté : 2 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Antre de la folie

Le détective d’une agence d’assurance enquête sur la disparition d’un auteur très populaire de romans d’épouvante… De cette vague trame de départ, et d’un scénario écrit par Michael De Luca qu’il avait refusé à plusieurs reprises, Carpenter tire une œuvre totalement déroutante et fascinante, un pur film de terreur qui s’inscrit dans une longue tradition du genre : celle de la frontière qui disparaît entre le cauchemar et la réalité…

D’où vient alors cette impression de n’avoir jamais rien vu de comparable ? Le film est pourtant, sans doute, le plus ouvertement cinéphile de son réalisateur, qui multiplie les citations plus ou moins évidentes : le Kubrick de Shining (pour la manière de faire émerger la folie), le Dario Argento de Suspiria (pour l’antre de Sutter Cane), et même le Polanski de Chinatown pour la scène d’interrogatoire dans laquelle on découvre le personnage de Sam Neill, trop cinématographique pour être anodine. Sans doute l’une des clés de ce film à tiroirs qui ne se dévoile pas si facilement.

Carpenter ne cache pas ses multiples influences cinématographiques, mais c’est surtout du côté de la littérature d’horreur qu’il puise son inspiration : du côté de Stephen King qu’il cite à plusieurs reprises, et surtout du côté de Lovecraft, dont il illustre mieux que quiconque l’atmosphère apocalyptique. D’ailleurs, le réalisateur cite son film comme étant le troisième élément d’une espèce de « trilogie de l’apocalypse » commencée par The Thing et poursuivie avec Prince des ténèbres.

La filiation avec cette dernière merveille de l’horreur est évidente, et pas uniquement pour la place centrale tenue par l’église, d’où jaillie l’essence la plus « pure » du Mal. Avec L’Antre de la folie, Carpenter prolonge les mêmes thématiques, le même esprit paranoïaque et la même approche de l’horreur qui fait irruption dans le quotidien. Mais il va plus loin, y mêlant une réflexion sur la création, sur la responsabilité de l’artiste, et sur la frontière parfois ténue entre la fiction et la réalité.

On pourrait théoriser à l’infinie sur ce que Carpenter a ou n’a pas voulu dire avec ce film. On aurait sans doute tort : L’Antre de la folie, aussi retors et riche soit-il, est avant tout l’une des formes les plus ultimes du cinéma d’épouvante. En gommant la frontière entre cauchemars et réalité, en laissant planer le doute sur la folie de son personnage (il fallait le talent de Sam Neill pour rendre ce doute si perturbant), Carpenter s’autorise toutes les audaces, toutes les folies, toutes les représentations de l’angoisse et de la peur.

Son film parle de littérature ? C’est pourtant l’œuvre la plus purement cinématographique de Carpenter qui, après une série d’échecs et de revers critiques (Les Aventures d’un homme invisible et son remake du Village des damnés), signe avec ce film dont il ne voulait pas son oeuvre la plus personnelle et la plus terrifiante au premier comme au second degré. Son chef d’œuvre.

Fog (The Fog) – de John Carpenter – 1979

Posté : 10 février, 2014 @ 11:13 dans 1970-1979, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Fog

J’ai toujours eu un faible pour ce Carpenter-ci, moins célébré mais tout aussi remarquable que Halloween, tourné l’année précédente. On est dans la veine bricolo du cinéaste, la meilleure sans doute : celle de Prince des ténèbres, des petits budgets et des trucages à l’ancienne réalisés directement sur le plateau, sans utilisation d’effets numériques.

Cet aspect est primordial pour un film qui joue sur les peurs primales, celles d’un cauchemar enfantin. Avec sa séquence d’ouverture, sans doute la plus belle de toute sa filmographie, Carpenter invoque ses peurs enfantines avec lesquelles il aime continuer à jouer. Autour d’un feu de camp, un vieil homme étrange raconte une histoire à faire peur à un groupe d’enfants qui l’écoutent les yeux grands ouverts.

Cette scène toute simple mais absolument magnifique sonne comme un aveu amusé du cinéaste, qui n’a qu’une ambition ici : être ce raconteur d’histoire qui s’amuse à faire peur, quel que soit les moyens utilisés. Et Carpenter joue effectivement sur tous les niveaux, avec la même réussite.

Il fait sursauter avec des effets de surprise classiques mais superbement amenés : le prêtre joué par Hal Holbrook qui sort de l’ombre lorsqu’on ne s’y attend pas, un cadavre qui tombe du plafond alors qu’on l’attendait dans l’armoire… Il utilise d’autres moyens aussi : la lente marche des morts vivants, les nappes de brouillard phosphorescents (jolis effets) qui submergent la ville, et même quelques effets gores.

Surtout, Carpenter installe dès les premières images un sentiment d’angoisse qui ne nous lâche pas une seconde, grâce à une musique discrète mais lancinante, et surtout à ses magnifiques travellings (horizontaux ou verticaux) qui sont sa marque : de lents mouvements de caméra qui surprennent encore par leur élégance et par l’effet qu’ils a sur notre perception du film…

En faisant entrer le surnaturel dans la vie qu’une petite ville côtière sans histoire, par l’intermédiaire du plus anodin des moyens, le brouillard, Carpenter rend un hommage évident à l’un de ses maîtres, Hitchcock : Antonio Bay a tout du Bodega Bay des Oiseaux. Et l’arrivée de cette étrangère à la ville, jouée par Jamie Lee Curtis, évoque celle de Tipi Hedren, par qui le malheur arrive dans le film d’Hitchcock. Pas un hasard non plus si Carpenter offre un rôle à Janet Leigh, maman de Jamie Lee et autre héroïne hitchcockienne, à jamais marquée par sa douche dans Psychose.

Trente-cinq ans après, Fog reste d’une efficacité redoutable, l’un des Carpenter les plus représentatifs de son génie, et un vrai modèle de mise en scène.

The Thing (id.) – de John Carpenter – 1982

Posté : 8 août, 2013 @ 5:08 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

The Thing (id.) – de John Carpenter – 1982 dans 1980-1989 the-thing

Grand admirateur de Howard Hawks (son premier vrai film, Assaut, était un remake de Rio Bravo), John Carpenter est aussi un fan de La Chose d’un autre monde, le fameux film de SF de Hawks, que les personnages de Halloween regardaient à la télévision. Autant dire que ce remake était attendu.

Mais les deux films diffèrent énormément. Le titre original est identique (avec la même police), le cadre est le même (une base américaine au Pôle Nord), le début est le même (l’expédition découvre un extraterrestre dans la glace, qui finira par menacer les membres de la base)… Mais tout le reste est radicalement différent, malgré de beaux clins d’œil discrets et amoureux (la vidéo norvégienne).

Les premières images (une soucoupe volante très kitsch) renvoient aux films de SF des années 50. Mais les temps ont bien changé, et The Thing version Carpenter est un film qui porte la marque du cinéaste, avec sa manière unique de faire monter l’angoisse (à la manière de l’étouffant Prince des Ténèbres) et la paranoïa (comme L’Antre de la folie) avec de petits riens, une mise en scène toujours élégante, et une musique répétitive signée par un Ennio Morricone qui reprend le style des compos de Carpenter.

Dans le film de Hawks, la « chose » était un géant humanoïde quasi-indestructible. Dans celui de Carpenter, elle prend la forme de tout ce qu’elle approche, animaux et êtres humains. Autant dire que la légèreté et le bel esprit d’équipe du film originel volent ici en éclats. Tout n’est que suspicion, méfiance et paranoïa. On est finalement plus proche de L’Invasion des profanateurs de sépultures que du film de Hawks.

Formellement aussi, le film est radicalement différent. Le classique de 1951 était énormément bavard. Celui-ci est particulièrement économe en dialogue, avec une psychologie beaucoup plus réaliste et des rapports beaucoup plus tendus.

Avec The Thing, Carpenter réussit à rendre un bel hommage à un film dont il se démarque sur tous les points, et à signer l’un des grands chefs d’œuvre du cinéma de terreur de la décennie.

Invasion Los Angeles (They live) – de John Carpenter – 1988

Posté : 16 octobre, 2012 @ 5:30 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | 1 commentaire »

Invasion Los Angeles (They live) - de John Carpenter - 1988 dans 1980-1989 invasion-los-angeles

C’est probablement le film le plus ouvertement « série B » de Carpenter, celui en tout cas où il a les comédiens les plus cheap, confiant même le rôle principal à un catcheur célèbre de l’époque, Roddy Pipper. Mais qu’importe : They live est l’un des meilleurs films du cinéaste, l’un de ceux qu’il préfère, tourné à une époque (très courte) de grande liberté. Après l’échec de Jack Burton, Carpenter avait décidé de retrouver un cinéma beaucoup plus fauché, mais qui collait totalement avec ce qu’il savait faire de mieux. Résultat : Prince des ténèbres et ce Invasion Los Angeles, deux de ses plus grands chef-d’œuvre.

Avec ce petit budget malin, Carpenter revisite un genre qui n’a cessé d’inspirer sa filmo : la SF parano des années 50, qui évoquait sans le dire la peur « rouge » de la guerre froide. Ici, c’est au contraire le capitalisme galopant des années Reagan, et le mal-être grandissant des sans-grades, que Carpenter pointe du doigt, dans ce qui reste son film le plus ouvertement politique.

John Nada, c’est le nom du héros : un « nada » effectivement, un anonyme parmi tant d’autres, qui traverse une Amérique exsangue à la recherche d’un boulot. Ce qu’il trouve, c’est une communauté de sans-abris qui passent leurs journées à travailler dur sur les chantiers, et leurs nuits à espérer que la police ne vienne pas les déloger, dans une société qui n’a pas envie de voir ces pouilleux s’installer sous ses fenêtres.

Par hasard, Nada découvre une curieuse paire de lunettes de soleil, qui lui ouvre les yeux, et lui révèle le monde tel qu’il est vraiment : dominé par des extra-terrestres à visage humain, qui diffusent des messages invisibles pour transformer les hommes en esclave : de l’argent, du pouvoir, du confort…

Difficile de faire critique sociale plus évidente, et série B plus jouissive. Sans moyen, quasiment sans effets spéciaux, avec un thème musical redondant et profondément addictif (signé par Carpenter himself), le réalisateur signe un film d’une force sidérante, malin, brut et brutal (avec une interminable baston entre les deux héros), qui s’achève par un « what’s the fuck » qui n’est pas sans évoquer une autre fin carpenterienne inoubliable : celle de Los Angeles 2013.

Décidément, selon Carpenter, L.A. a bien besoin d’un peu plus d’anarchie…

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