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Archive pour la catégorie 'CARNÉ Marcel'

Les Portes de la nuit – de Marcel Carné – 1946

Posté : 7 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Les Portes de la Nuit

Des personnages se croisent, s’aiment et souffrent, dans un quartier populaire au Nord de Paris… Marcel Carné nous referait-il le coup d’Hôtel du Nord ? Pour son dernier film scénarisé par Jacques Prévert, et après une série hallucinante de chefs d’œuvre intemporels, le réalisateur est effectivement en terrain connu, et ne prend pas des tonnes de risques.

Une légère frustration, même, qui vient de l’absence de surprise : on connaît le truc, et on sait que tout ça finira bien mal. Il y a quand même une originalité : le destin personnalité par ce clochard (joué par Jean Vilard) qui annonce ou guide les événements, comme dans ce joli plan où sa main se pose sur celle d’un jeune homme, poussant ce dernier à la bouger et à effleurer celle de la jeune femme qu’il n’osait pas aborder.

Omniprésent, servant de lien entre les personnages, il donne au film une consistance, et une sorte de tranquillité assez envoûtante. Mais pour le reste, le sentiment de déjà-vu empêche le film d’atteindre le niveau des chefs d’œuvre de Carné, malgré la belle musique de Kosma (et l’importance donnée à la chanson des « Feuilles mortes ») et les décors de Trauner (notamment la reconstitution de la station Barbès).

Quant au reste du casting, il est à la fois frustrant (le trop jeune Montand et Nathalie Nattier font un couple pas franchement emballant, et on ne peut qu’imaginer ce qu’aurait été le film avec Gabin et Marlene Dietrich, qui l’ont refusé) et séduisant : Carette, Pierre Brasseur, Saturnin Fabre et Reggianni incarnent (très bien) des personnages qu’ils connaissent bien.

Mais le plus passionnant dans Les Portes de la nuit, ce n’est pas ce réalisme poétique tant vanté, mais la vision que le film donne de ce Paris populaire de la libération, exsangue, affamé, miséreux, et où cohabitent les victimes et les salauds de la guerre. Une vision pas si courante dans le cinéma français, qui plus est contemporain de cette période où tout était à réapprendre.

Le Jour se lève – de Marcel Carné – 1939

Posté : 14 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Jour se lève

Gabin, reclus dans sa chambre au sommet d’une tour d’habitation, observe la foule qui se masse pour assister à sa fin. Le regard embué, il se souvient des événements qui l’ont conduit là, vers ce que l’on pressent être ces derniers instants. Gabin, avant guerre, a souvent joué les prolétaires au destin tragique. Il atteint des sommets avec ce chef d’œuvre absolu, d’une beauté et d’une cruauté sidérantes.

Le film, signé par le tandem Prévert-Carné, doit aussi beaucoup aux superbes décors d’Alexandre Trauner (qui a eu l’idée de placer la chambre de Gabin au sommet d’une tour), et à la construction en longs flash-backs. Une construction tellement inhabituelle à l’époque (on est deux ans avant Citizen Kane) qu’un carton placé au début du film prévient les spectateurs de ce qu’ils vont voir.

Cette construction par épisodes souligne le poids du destin, qui prend des visages parfois inattendus. Celui, en l’occurrence, de la trop douce Jacqueline Laurent. Celui, surtout, de l’inoubliable Jules Berry, extraordinaire en salaud si commun. Mais Gabin est-il si innocent, lui qui se laisse manipuler par les événements comme par la vie (travaillant sans se plaindre dans des conditions qu’il sait être fatales pour sa santé), et qui balaye d’un revers de la main la possibilité de bonheur que lui apporte Arletty, autre figure tragique.

Le regard de Gabin, les grands gestes de Berry, la nudité d’Arletty, la rondeur bonhomme de Bernard Blier, la sympathie de la foule pour cet homme condamné… Le Jour se lève donne de l’humanité à la tragédie, de la grandeur à la modestie de ces hommes et de ces femmes. Les dialogues sont magnifiques (« Il vous ressemble, il a un œil gai, et l’autre un peu triste. » « C’est vrai qu’il me ressemble… »), Carné signe l’une de ses plus belles mises en scène (le mouvement de caméra qui monte vers le lieu du drame), et Gabin a rarement été aussi bouleversant. Incontournable, indispensable.

Drôle de drame – de Marcel Carné – 1937

Posté : 21 mai, 2015 @ 3:43 dans 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Drôle de drame

Du grand n’importe quoi : c’est ce qu’ont dû se dire les spectateurs décontenancés (et pas bien nombreux) qui ont découvert le film à sa sortie. Et c’est bien un délire total auquel se livrent Marcel Carné et Jacques Prévert, tandem sur le point de signer une série impressionnante de classiques absolus, nettement moins drôles que ce chef d’œuvre à la folie débridée, pleine de personnages improbables interprétés par des comédiens en état de grâce.

Mais derrière cette folie, c’est une critique acerbe de toutes les tares de la société française contemporaine qui se cache à peine dans ce film pourtant adapté d’une histoire anglaise qui se déroule en 1900 en Angleterre, dans un Londres de carte postale. A peu près tout le monde se retrouve à un moment ou à un autre sous les feux du tandem Carné-Prévert : la bourgeoisie, avec une Françoise Rosay immense qui préfère endosser l’habit d’une meurtrière présumée plutôt que d’avouer que ses domestiques sont partis ; l’église, avec les sermons dénonciateurs d’un Louis Jouvet au passé coquin…

Si le film a aussi bien passé l’épreuve du temps, c’est parce qu’il ne répond à aucun effet de mode, aucune figure imposée, aucun compromis. Un film d’une liberté absolue, et d’une folie sans limite, qui en dit autant sur son époque qu’un autre chef d’œuvre incompris à sa sortie, La Règle du Jeu de Renoir.

Impossible de dresser un état des lieux complets des images mythiques du film. Mais chacun des personnages fait partie du panthéon du cinéma : Louis Jouvet en kilt lui remontant jusqu’aux genous, Michel Simon en amoureux des mimosas, Jean-Pierre Aumont en livreur de lait qui raconte des histoires sordides, Jean-Louis Barrault en tueur de bouchers fleur bleue…

Et puis il y a ce face-à-face génialissime entre Michel Simon et Louis Jouvet, avec ce dialogue fabuleux dont on ne se lasse pas, et qui n’a rien perdu de sa force.

  • « Qu’est-ce qu’il a ?
  • Qui ?
  • Votre couteau.
  • Comment ?
  • Vous regardez votre couteau et vous dites bizarre, bizarre, alors je croyais que…
  • Moi j’ai dit bizarre, bizarre ? Comme c’est étrange. Pourquoi aurais-je dit bizarre, bizarre ?
  • Je vous assure cher cousin que vous avez dit bizarre, bizarre.
  • Moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre ! »

Génial, génial. J’ai dit génial !

Hôtel du Nord – de Marcel Carné – 1938

Posté : 1 juillet, 2014 @ 8:05 dans 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Hôtel du Nord

Marcel Carné enchaîne les classiques indémodables, à cette époque. Et cet Hôtel du Nord, adapté par Jean Aurenche et Henri Jeanson (et pas par Jacques Prévert, pour une fois), d’un roman de Eugène Dabit, est souvent considéré comme l’un des sommets du réalisme poétique qui marque ce cinéma d’entre-deux-guerres.

Les dialogues de Jeanson sont fabuleux bien sûr : l’inoubliable « Atmosphère » en tête, et des dizaines d’autres répliques que l’on sent parfaitement calibrées, mais qui font mouche et émeuvent. « Faut-il que j’t’aime pour que j’te l’dise » lance ainsi un Louis Jouvet bouleversant dans le rôle d’un souteneur qui révèle, trop tard, son humanité cachée devant une jeune femme pure (Annabella) qui lui rappelle sa jeunesse trop vite disparue…

Les décors d’Alexandre Trauner font eux aussi partie des plus grandes réussites du cinéma français : tourné en studio, Hôtel du Nord déborde de vie, et semble condenser à l’écran toute la société française populaire de ces années qui précèdent la guerre.

C’est d’ailleurs là que réside le vrai génie du film : dans la capacité qu’a Carné d’évoquer la France inquiète de la fin des années 30. Dans cet hôtel tenu par un couple au grand cœur, tellement bon qu’on a envie de les serrer contre soi, se croisent des paumés, des minables, des laissés pour compte. Arletty en prostituée, Jean-Pierre Aumont en amoureux lâche et transi, Bernard Blier en éclusier mal marié, Paulette Dubost en épouse peu fidèle… Pas glorieux ce microcosme qui semble fermé au monde extérieur.

« Semble » seulement, parce que même si Carné ne sort quasiment pas sa caméra de l’hôtel du Nord et de ses abords (mise à part une escapade à Marseille, comme un rêve éveillé vers une autre vie qui n’aura jamais lieu), le film n’est pas pour autant sourd aux remous du monde. La présence d’un orphelin rescapé de la guerre d’Espagne, les allusions d’un petit flic mesquin et raciste, un travailleur contraint à vendre son sang pour vivre, un homosexuel (François Perrier, tout jeune) qui se cache mal pour vivre ses amours… Le film n’élude rien des mesquineries de cette France, et des bouleversements du monde.

Film chorale qui a inspiré des tas de cinéastes depuis soixante-quinze ans, Hôtel du Nord est une merveille. Jouissif par son écriture et la prestation des comédiens, bouleversant, et un modèle d’intelligence.

Le Quai des brumes – de Marcel Carné – 1938

Posté : 1 mars, 2013 @ 3:07 dans 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Quai des brumes - de Marcel Carné - 1938  dans 1930-1939 quai-des-brumes

La scène se passe dans une fête foraine. Soudain, le bruit s’estompe, la foule disparaît. La caméra cadre pour la première fois les visages de Michèle Morgan et Jean Gabin en gros plans. Un silence. « T’as de beaux yeux, tu sais ». Un silence. « Embrassez-moi »… Des frissons, un grand soupir, des yeux émerveillés… C’est beau quand une scène aussi mythique que celle-là est à ce point à la hauteur de sa légende.

Le Quai des Brumes, bien sûr, ne se limite pas à cette déclaration d’amour absolument sublime : ces gros plans inoubliables constituent une sorte de parenthèse dans le film, et dans le destin cruel de ces deux êtres dont l’histoire d’amour ne sera qu’une fulgurance dans une existence pas franchement drôle.

Classique absolu, signé par le tandem Prévert/Carné, d’après un roman de MacOrlan, Le Quai des brumes est un film foncièrement désespéré, qui a été plutôt mal accueilli à sa sortie : voir Gabin, immense star, interpréter un déserteur dans un film jugé déprimant n’était pas vraiment bien vu à une époque où on cherchait plutôt à encourager le patriotisme de la jeunesse, la guerre menaçant.

Il faut dire que ce film d’atmosphère, derrière ses dialogues poétiques et teintés d’une ironie cynique mais souvent drôle, va très loin dans le désespoir. La brume omniprésente qui recouvre Le Havre, ses docks et ses terrains vagues (de magnifiques décors de studios signés Alexandre Trauner), est visuellement magnifique, mais souligne à chaque moment le fait qu’aucun de ces personnages n’a d’avenir.

Pas plus Jean le déserteur (le mot ne sera jamais prononcé) qui attend de pouvoir embarquer vers d’autres horizons, que la jeune Nelly victime, on le devine aisément, des persécutions voire des attouchements de son ignoble percepteur (Michel Simon). Que ces deux-là se croisent et s’aiment ne changera rien à l’affaire. Le film illustre simplement une bulle au cœur de ce brouillard sans fin qu’est leur existence.

Dans cette bulle, ils rencontrent des ordures, à commencer par Pierre Brasseur, exceptionnel en petit malfrat teigneux mais lâche comme c’est pas permis. Mais ils croisent aussi des paumés, comme eux, qui sans rien attendre leur viennent en aide, dans une espèce de havre de paix pour paumés : une improbable buvette perdue dans la brume, où ceux qui n’attendent plus rien de la vie se retrouvent, et notamment un peintre au bord du suicide interprété par un Robert Le Vigan bouleversant.

Tourné après l’incompris mais génial Drôle de Drame, Le Quai des brumes trouve sa place dans une période de grâce pour Marcel Carné, qui enchaînera avec Hôtel du Nord (auquel ne collabore pas Jacques Prévert), Le Jour se lève, Les Visiteurs du soir et Les Enfants du Paradis… Difficile de faire mieux.

 

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