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Archive pour la catégorie 'CAPRA Frank'

La Vie est belle (It’s a wonderful life) – de Frank Capra – 1946

Posté : 6 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, CAPRA Frank, FANTASTIQUE/SF, STEWART James | Pas de commentaires »

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Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La Vie est belle est une merveille, un film euphorisant, un pur bonheur de cinéma, l’un de ces chefs d’œuvre qui rendent immensément heureux, et qui vous réconcilient avec l’humanité. Bref, j’aime La Vie est belle, le film a changé ma vie de cinéphile, ma vie tout court.

Classique indémodable, diffusé chaque Noël à la télévision américaine (comme quoi ils n’ont pas si mauvais goût, les Ricains), sommet de la filmograpghie de Capra (qui ne s’en remettra jamais tout à fait), le film n’a rien perdu de son universalité. L’histoire ? Celle de George Bailey, jeune homme qui rêve de grands voyages mais se retrouve coincé dans la petite ville de Bedford Falls où il étouffe, mais où il doit perpétuer l’oeuvre de son père, bienfaiteur qui s’opposait au cynisme inhumain d’un tout puissant banquier.

La grande idée du film, celle dont on parle systématiquement, ne représente qu’une petite partie du métrage : au bout du rouleau, sur le point d’être enfermé pour avoir perdu l’argent des habitants, Bailey s’apprêt à se suicider. C’est là qu’un ange apparaît et lui montre à quoi ressemblerait le monde s’il n’existait pas…

Une idée géniale, qui ne suffit pas à dire la richesse de ce film, superbe de la première à la dernière image. Il y a d’abord la prestation de James Stewart, exceptionnelle, pleine de nuances et d’une intensité rare. Il faut voir son regard lorsque, sur le quai de la gare, il comprend que son frère ne reprendra pas l’entreprise familiale, et qu’il est condamné une fois encore à renfoncer à ses projets. Il faut le voir aussi se liquéfier d’amour (on le comprend) pour Donna Reed alors qu’ils se partagent un combiné de téléphone.

Donna Reed… C’est rien de dire que c’est le rôle de sa vie. Sa bienveillance naturelle, son sourire immense, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma, illuminent constamment le film de leur discrète présence. Lionel Barrymore en méchant très scroogien, Thomas Mitchell en oncle maladroit, Ward Bond en policier au grand cœur, Henry Travers en ange irrésistible, et même Gloria Grahame dans l’un de ces rôles qui lui vont si bien (une mauvaise fille au grand cœur)… Tous sont formidables.

On pourrait reprocher la naïveté du propos, voire la morale de l’histoire… On aurait tort : La Vie est belle est une merveille d’émotion pure, et un film qui réhabilite joyeusement la bienveillance et les plaisirs simples. Un film indispensable que, comme les Américains, on devrait tous voir au moins une fois par an.

Monsieur Smith au Sénat (Mister Smith goes to Washington) – de Frank Capra – 1939

Posté : 11 avril, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

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Un jeune homme innocent et honnête affronte la corruption et le cynisme de politiciens aguerris dont il finira par éveiller les consciences… Ce pourrait être totalement naïf, et à vrai dire ça l’est bien un peu. Mais c’est surtout absolument magnifique, un pur bonheur que ce chef d’œuvre dans lequel Frank Capra résume parfaitement sa vision du monde et du cinéma.

Monsieur Smith (autrement dit, « monsieur tout le monde ») est un boy-scout. Vraiment. C’est aussi un homme qui croit profondément aux valeurs revendiquées par l’Amérique : cette liberté léguée par les pères fondateurs auxquels il rend un vibrant hommage dans ce film. « Il », c’est Smith, mais c’est Capra lui-même bien sûr, l’idéaliste pas si dupe que ça, l’humaniste qui sait au fond que le pouvoir des mots, si puissant soit-il, a ses limites.

Cette « feel good » comédie n’est pas si innocente qu’elle y paraît. Mine de rien, Capra y met en scène les limites du système politique, les compromissions, le cynisme, et les règles obscures qui sont les garantes de la démocratie. L’enjeu dramatique du film repose ainsi sur la capacité qu’a le jeune Sénateur Smith de rester debout et de garder la parole le plus longtemps possible…

Toute la dernière partie du film repose sur cet improbable suspense, a priori anti-spectaculaire au possible : un discours interminable… que Capra transforme en immense moment de cinéma. Il y a ces petits bonheurs : la voix tremblante de James Stewart, les regards crispés de Jean Arthur, la rondeur attachante de Thomas Mitchell, les sourires bienveillants de Harry Carey… Il y a surtout cet incroyable sens du rythme du cinéaste, qui donne l’impression d’un mouvement perpétuel alors même que les personnages ne quittent pas le Congrès.

Il n’y a sans doute que Capra pour réussir un tel film, pour rendre bouleversant l’affrontement à distance des grands médias téléguidés par le puissant Edward Arnold, et du petit journal amateur fabriqué avec les moyens du bord par une bande de gamins. Ou émouvante la découverte de Washington et de la statue de Lincoln par un Jeff Smith à peine sorti du giron maternel… Ou pour filmer la gêne de James Stewart face à une jolie fille en ne montrant que ses mains triturant maladroitement son chapeau.

Et si l’émotion est à ce point présente, c’est parce que Capra aime sincèrement ses personnages, qu’il filme avec une jolie bienveillance. Y compris le Sénateur joué par Claude Rains, héros déchu de l’innocent Jeff Smith, qui symbolise la traîtrise par rapport à l’héritage des pères fondateurs. Il y a ainsi une sorte de nostalgie de l’innocence qui baigne ce film pas si candide que ça. Une manière d’idéaliser la vie en gardant toute sa conscience. Du pur Capra, quoi…

* Ce chef d’œuvre fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus (notamment un commentaire audio et une évocation du film par le fils de Capra), et un livret de 25 pages.

 

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