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Archive pour la catégorie 'BRAHM John'

Le Médaillon (The Locket) – de John Brahm – 1946

Posté : 28 août, 2013 @ 10:21 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BRAHM John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Le Médaillon (The Locket) - de John Brahm - 1946 dans * Films noirs (1935-1959) le-medaillon

John Brahm délaisse les ambiances nocturnes et brumeuses de l’Angleterre victorienne qui l’ont révélé (avec ses deux chefs d’œuvre, The Lodger et Hangover Square), pour cette production ambitieuse avec laquelle la RKO souhaitait visiblement renouer avec la grandeur qui était la sienne au moment de Citizen Kane ou de La Splendeur des Amberson. On y retrouve les jeux sur l’ombre et la lumière, l’importance des gros plans ou encore le génie la puissance du montage qui faisaient la force des deux premiers films d’Orson Welles.

Mais Le Médaillon n’est pas une vaine tentative de renouer avec une gloire déjà passée pour le studio. Et John Brahm est bien plus qu’un ersatz de Welles. Même si la filiation est évidente, Brahm est un cinéaste totalement au service de son histoire et de l’atmosphère qu’il crée. Le malaise qui ressort de son film est ainsi de plus en plus palpable, jusqu’à la dernière image.

La construction du film est un modèle encore inégalé (même si Christopher Nolan s’en est vraisemblablement inspiré pour son Inception, aussi complexe mais nettement plus tape-à-l’œil) : une série de flash-backs qui ne se succèdent pas, mais qui s’imbriquent les uns dans les autres.

Tout commence à quelques heures d’un mariage. Un étranger raconte au futur marié que celle qu’il va épouser n’est pas celle qu’elle prétend, qu’elle est malade, menteuse, voleuse… pire peut-être. Il raconte, et dans le flash-back, lui-même rencontrait un autre homme qui racontait… et ainsi sur quatre niveaux, qui nous plonge jusqu’à la source de tous les maux, jusqu’à ce moment où, alors qu’elle n’était qu’une enfant, la jeune femme a vécu ce traumatisme à l’origine de tout.

Le mouvement du film est une merveille absolue : une lente et vertigineuse plongée dans les tréfonds du passé (et de l’âme du personnage), suivie d’une toute aussi lente remontée vers le présent. Avec toutes les fêlures, tous les doutes, toutes les souffrances que cette remontée implique. Tous les espoirs, aussi. Comme le laisse penser l’un des personnages principaux, psychanalyste, Le Médaillon est un film qui, sous des allures de film noir classieux, ne parle que de psychanalyse : les flash-backs successifs permettent d’ouvrir de plus en plus de portes, et de plonger de plus en plus profond pour découvrir le traumatisme originel…

C’est brillamment réalisé, d’une grande intelligence, et toujours formidablement modeste dans le ton que Brahm adopte, jamais professoral, toujours plus proche du film de série que du film à thème.

Dans le rôle principal, Laraine Day est très belle et troublante. Elle ne fait rien pour cela, d’ailleurs, mais c’est justement cette manière de ne rien jouer qui rend son personnage si trouble. Brian Aherne est aussi parfait dans le rôle du psy, mais c’est un jeune acteur qui monte qui dévore l’écran. Robert Mitchum, alors en pleine éclosion, et qui allait enchaîner avec quelques-uns des plus grands films noirs : Crossfire, Out of the past… Il a déjà ce jeu faussement nonchalant et ce charme trouble qui seront sa marque.

• La collection consacrée à la RKO, chez les Editions Montparnasse, vient de s’enrichir de sept nouveaux titres, des DVD à petits prix (10 euros) avec comme unique bonus une présentation de Serge Bromberg, qui contextualise chaque film avec sa passion bien connue. Au programme, outre Le Médaillon : Double chance de Lewis Milestone, L’Autre de John Cromwell, La Femme la plus riche du monde de William A. Seiter, Haute Société de George Cukor et deux classiques de Jacques Tourneur, Vaudou et L’Homme-léopard.

Jack l’Eventreur (The Lodger) – de John Brahm – 1944

Posté : 26 août, 2013 @ 5:24 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BRAHM John | Pas de commentaires »

Jack l'Eventreur (The Lodger) - de John Brahm - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) the-lodger

Du roman de Marie Belloc Lowndes, on connaît surtout la première adaptation, muette, qui fut aussi le premier chef d’œuvre noir d’Hitchcock. D’autres adaptations ont suivi : celle de Maurice Elvey en 1932, puis le Man in the Attic de Hugo Fregonese en 1955, et surtout cette version de 1944 signée John Brahm. Un film qui, contrairement au film d’Hithcock, évoque en la nommant la figure de Jack l’Eventreur.

Cette troisième adaptation est l’œuvre d’un cinéphile passionné, visiblement inspiré par l’esthétique expressionniste de Citizen Kane, dont il reprend les contre-plongées, les jeux d’ombres et le mariage des gros plans et des plans larges. Brahm cite aussi subrepticement, mais clairement, le film d’Hitchcock : dans la première séquence, les badauds attroupés derrière une grille évoquent la fameuse scène où Ivor Novello, sur le point d’être lynché par la foule, est accroché à une grille par des menottes.

Mais le film est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste formel, qui magnifie les ruelles sombres, humides et brumeuses de White Chapel pour en faire le théâtre absolu de grands moments de frayeurs. Des films qui utilisent ces ruelles si inquiétantes pour filer la frousse au spectateur, il y en a eu des dizaines. Mais rares sont ceux qui ont su allier l’efficacité (on a vraiment peur), le mythe (il y a un côté presque onirique à ces scènes tournées en studio), et un étonnant réalisme.

Trop méconnu aujourd’hui, John Brahm fait des merveilles, avec de magnifiques travellings dans ces ruelles d’habitudes désertes, mais ici grouillantes d’agitation : c’est la vie du Londres du début des années 1890, trépidante, pleine de poivrots, de chanteurs et de musiciens. Un lieu où la vie extravagante dissimule des blessures profondes, que les regards et les visages âbimés laissent entrapercevoir.

La faune qu’on y croise est bien plus fascinante que le personnage de l’inspecteur de Scotland Yard, joué impeccablement mais sans grande surprise par un George Sanders épris de la belle Merle Oberson. Ce couple romanesque (le flic et la danseuse) se voit volé la vedette par les gueules de White Chapell, comme Jenny, la vieille accordéoniste qui joue dans les bouges en échange d’un verre ; ou comme Mary, l’ancienne artiste qui a laissé passer depuis bien longtemps sa chance d’accéder à la gloire.

Ce sont ces seconds rôles, parfois très furtifs, qui font le poids de ce film, et qui rendent si vivant le fog londonien, qui dépasse pour une fois le simple élément de décor et de trouille. C’est aussi, bien sûr, Laird Cregar, énorme dans tous les sens du terme, qui fait d’ailleurs curieusement penser au jeune Orson Welles de Kane, engoncé dans sa rectitude et dans ses prothèses. Impressionnant, pathétique et effrayant, il a droit à de nombreux gros plans terrifiants qui créent le malaise : ce type adipeux est-il Jack l’Eventreur, ou n’est-il qu’une victime en quête de vengeance ?

L’acteur devait mourir subitement quelques mois plus tard, après avoir tourné un ultime film, Hangover Square, autre film brumeux et angoissant, toujours sous la direction de John Brahm.

Singapour (Singapore) – de John Brahm – 1947

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:34 dans 1940-1949, BRAHM John | Pas de commentaires »

Singapour (Singapore) – de John Brahm – 1947 dans 1940-1949 singapour

Fred MacMurray, aventurier par goût du risque, revient à Singapour cinq ans après son départ pour la guerre. Revient-il pour retrouver les perles de contrebande qu’il avait planquées dans sa chambre d’hôtel à la veille de la guerre ? Revient-il pour retrouver une trace de son bonheur passé au bras de la belle Ava Gardner, disparue la veille de son départ ? Un peu tout ça à la fois, sans doute. Dès son arrivée, les surprises se suivent : ses anciens complices sont toujours sur la piste des perles, la police locale le surveille de près… et Ava réapparaît comme par miracle, sans le moindre souvenir de leur idylle passée.

On pourrait croire qu’il y a beaucoup de choses dans Singapour. Mais à vrai dire, il n’y a rien, ou si peu… Aucune atmosphère, un scénario minimaliste qui hésite continuellement entre une piste et une autre : film romantique ? film d’aventure ? film noir ? le film ne va au bout d’aucune de ses pistes. Le sentiment qui s’en dégage est celui d’un grand vide. Pas un ratage, non : il n’y avait visiblement à l’origine de ce projet pas l’ombre d’une bonne idée. Rien à rater, donc…

Le film est court – 75 minutes – mais l’ennui a bien le temps de s’installer tout au long de cette production proprette et sans relief. Même les comédiens sont agaçants : Ava Gardner qui minaude et fait de grands yeux de diva ; et Fred MacMurray qui se contente d’afficher un petit sourire même pas carnassier, quelle que soit la situation. Il est bien loin d’un Gary Cooper qui aurait peut-être apporté un peu d’âme à cette série B sans intérêt.

Brahm, pourtant, n’est pas un manchot. Quelques plans, d’ailleurs, sont plutôt jolis : MacMurray à la proue d’un bateau ; une scène de rue nocturne dans un quartier humide de Singapour ; un temple sous le feu d’un bombardement… Des plans fugitifs qui rappellent que le réalisateur a à son actif de beaux films noirs d’atmosphère (Jack l’Eventreur et Hangover Square, en particulier). L’atmosphère, c’est ce qui fait le plus cruellement défaut ici…

 

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