Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'BORZAGE Frank'

Ceux de la zone (Man’s Castle) – de Frank Borzage – 1933

Posté : 13 février, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

Ceux de la zone

Une ville, la nuit. Sur un banc, un homme en smoking et une jeune femme au regard perdu. Elle semble désespérée, lui habité par une confiance et une sérénité à toute épreuve. En quelques minutes, il décide de la prendre sous son bras, l’emmène dans un restaurant chic, lui redonne le sourire. Et on se dit que Borzage ne perd par de temps pour planter son décor, et introduire ce couple improbable dont on imagine d’emblée ce qu’il peut s’apporter mutuellement…

On se dit même que Borzage n’a pas peur des stéréotypes ni des idées reçues, tant cette rencontre d’une pauvrette et d’un homme fortuné semble familière. Sauf que rien n’est ce qu’il paraît. Au moment où on s’y attend le moins, Borzage lève le voile : lui est aussi pauvre qu’elle. La grande différence, c’est que lui le vit bien, incapable qu’il est de suivre des règles qu’on veut lui imposer, ou de trouver sa place dans une société normale. Un homme libre, et heureux de l’être, donc.

Une société, il en a pourtant bel et bien trouvé une : la « zone », sorte de bidonville créée dans un vaste terrain vague par les laissés pour compte de la crise de 1929. C’est le même décor, en quelque sorte, que celui de Invasion Los Angeles, 60 ans plus tard : le temps passe, les crises se succèdent, et rien ne change vraiment au pays du capitalisme triomphant. Et si le ton entre les deux films est radicalement différent, c’est moins l’époque qui le veut (l’entraide et le sens de la communauté sont également présents), que la personnalité du réalisateur.

Parce que Borzage est tout le contraire d’un cynique : c’est un romantique, un vrai, pour qui rien d’autre ne compte vraiment que l’amour. Alors, forcément, le couple qu’il filme magnifique : Loretta Young et Spencer Tracy, beaux et bouleversants. Elle, sauvée d’un probable suicide par cet homme hors du commun. Lui, amoureux incapable de se l’avouer, tant l’idée même d’avoir la moindre contrainte lui paraît insupportable. Comme celle d’avoir un toit au-dessus de la tête.

Entre eux : le sifflet d’un train qui retentit régulièrement, symbole pour lui de son désir de liberté, symbole pour elle de cette liberté qui pourrait bien la priver de son bonheur, un jour ou l’autre… Ce bonheur qu’elle a trouvé dans le bidonville, dont Borzage fait une peinture fascinante et bienveillante, mais aussi saisissante de vérité.

Il est beau, ce couple improbable. Il est beau parce que tout est dans les non dits, dans ces petits gestes, ces regards, les grands yeux de Loretta Young, le petit sourire de coin de Spencer Tracy, les maladresses, les corps qui s’enlacent comme si rien d’autre n’existait, et ces petits riens d’où surgissent des torrents d’émotion. Qui d’autre que Borzage pourrait faire ressentir la passion la plus extrême à partir d’un simple four, ou le désespoir à partir d’une fleur négligemment jetée dans la soupe ? Lui le fait, et c’est magnifique.

Le Repentir (Back Pay) – de Frank Borzage – 1922

Posté : 12 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Repentir

Dans une petite ville de province, une jeune femme s’ennuie ferme. Plutôt que de profiter des beautés de la campagne, de la bonté des habitants et de l’amour que lui porte son fiancé, elle ne pense qu’à ces trains qui, chaque jour, partent pour New York. Sans elle. Jusqu’au jour où elle décide de franchir le pas, et part mener la grande vie dans la Big Apple. Entretenue par un pilier de Wall Street, elle pense avoir oublié son amour de jeunesse. Et c’est alors que la guerre éclate…

Borzage peaufine son style et affirme son univers, dans ce très beau mélodrame, parfait trait d’union entre Humoresque, dont le succès lui avait ouvert de nouvelles portes, et ses grands chefs d’œuvre à venir comme L’Heure suprême. Il y a un point commun évident entre ces trois films : l’irruption de la Grande Guerre dans une grande histoire d’amour. Et cette sensation, que fait naître le lyrisme de Borzage, que le miracle de l’amour peut tout, sensation troublante jusqu’à la toute dernière image.

Il y a aussi une différence majeure ici : si le fiancé est un personnage assez simple et linéaire, la jeune héroïne est, elle, victime de ses goûts de luxe, dont elle sait d’emblée qu’ils la priveront de tout bonheur simple possible. Borzage a beau filmer cette petite ville de province comme un paradis préservé, où la nature est luxuriante et baignée d’une belle lumière, et où les jeunes et les vieux se retrouvent pour des pique-niques festifs comme une communauté idéalisée… Il a beau souligner la vacuité de l’effervescence new-yorkaise où tout n’est que plaisir immédiat et apparence… Rien n’y fait.

On voit bien où tout ça nous mène, mais le film est d’une telle justesse que l’émotion emporte tout, constamment. Borzage évite consciencieusement d’appuyer sur le trait comme le feraient d’autres à sa place. Un personnage le prouve : Wheeler, qui entretient la jeune Hester à New York, un homme entre deux-âge, riche… et bienveillant, loin du vieux libidineux qui aurait pu souligner le caractère perdue de la jeune femme. Tout est beaucoup plus nuancé devant la caméra de Borzage.

La situation n’est est que plus bouleversante : lorsque Hester revient brièvement dans sa ville natale et retrouve l’homme qui l’a tant aimée, on la sent tiraillée entre la vie confortable mais insignifiante qu’elle a choisie, et ce passé incertain mais pur qu’elle a volontairement quitté. Et c’est absolument magnifique, comme ce dégoût d’elle-même que l’on voit naître, et cette culpabilité qui éclate en même temps que le drame de la guerre…

Dans le rôle principal, Seena Owen (vue dans Intolérance) est très bien, présentant une ressemblance assez troublante avec Margaret Sullavan, gamine à l’époque, mais que Borzage dirigera quatre fois (dans quatre films importants) entre 1934 et 1940. De toutes les scènes, elle porte sur ses épaules ce film magnifique qui, semble-t-il, a inspiré Chaplin pour L’Opinion publique

Humoresque (id.) – de Frank Borzage – 1920

Posté : 6 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Humoresque 1920

Un jeune homme a su s’élever de sa condition modeste grâce à ses talents de violoniste. Devenu un grand soliste, et alors qu’il est sur le point de signer un contrat mirifique, la Grande Guerre éclate, et il décide de s’engager.

Voilà un beau film qui annonce à plus d’un titre les immenses chefs d’oeuvre à venir de Borzage. Son succès ouvre d’ailleurs une nouvelle ère pour lui, qui passe du statut de réalisateur de petites productions westerniennes (déjà atypique et passionnant) à celui de cinéaste important.

Il y a évidemment quelque chose qui préfigure très clairement L’Heure suprême, notamment le final : ce retour du front, que Borzage magnifiera quelques années plus tard, et qu’il expédie assez curieusement ici, comme si cette partie ne l’intéressait pas tant que ça, ou qu’il ne savait pas trop quoi en faire…

On le sent nettement plus passionné par l’enfance de son personnage, et par tout ce qui mènera à l’intrigue principale du film : ce parcours hors du commun d’un gamin du ghetto, élevé dans une famille de juifs pauvres mais aimants. Borzage signe une peinture saisissante de ce quartier populaire grouillant de vie.

Un gamin qui joue dans les escaliers de secours, des rues en proie à une animation perpétuelle, les trains qui passent continuellement à quelques mètres des fenêtres… C’est là que la mise en scène de Borzage est la plus vivante, la plus impressionnante.

Là aussi où on trouve une scène aussi brève que glaçante, où un groupe de gamins s’en prend à un enfant juif seul, le maltraitant et le marquant d’un signe « dollar » dans le dos. Cette scène, tournée en 1920 donc, est d’autant plus saisissante qu’elle contraste avec le regard bienveillant et gentiment amusé que Borzage porte sur la culture juive, et sur la bonté qui émane du film.

Une scène qui donne tout son poids au titre du film : Humoresque, genre musical qu’un personnage décrit de fort belle manière : « C’est comme la vie, ce morceau : on pleure pour cacher qu’on rit, et on rit pour cacher qu’on pleure… »

La musique est bien sûr très présente, et Borzage réussit brillamment à soulever l’un des principaux écueils de son film : comment rendre palpable la beauté de la musique, dans un film muet. Il le fait en ne filmant quasiment que des musiciens en train d’arrêter de jouer, soulignant l’effet que la musique a eu sur eux et sur leur auditoire.

Il y a ainsi une très jolie image : celle d’un vieux monsieur, ému par la musique, qui prend la main de sa femme, surprise d’un geste sans doute oublié depuis longtemps. Il y a tout le romantisme et toute la délicatesse de Borzage, dans cette simple image.

The Circle (id.) – de Frank Borzage – 1925

Posté : 5 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Circle

Dans les années 1890, le propriétaire d’un grand domaine est abandonné par sa femme, qui s’enfuit avec son meilleur ami, le laissant seul avec leur jeune fils. Trente ans plus tard, le gamin est sur le point de subir la même désillusion que son père. Mais la belle-fille, avant de partir avec son amant, a décidé d’inviter la mère de son mari, pour voir si l’histoire d’amour qui l’avait poussée à fuir il y a si longtemps a survécu à l’épreuve du temps qui passe…

Adapté d’une pièce de Sommerset Maugham (que la séquence finale trahit joyeusement), ce film est inhabituellement théâtral, dans l’œuvre de Borzage : unité de lieu (ou presque), unité de temps, distribution restreinte… The Circle est un film de situation, une comédie grinçante et cynique, voire misogyne (la fin, franchement, est un sommet de masculinité triomphante), mais auquel Borzage apporte son romantisme magnifique.

Y compris quand on s’y attend le moins : cet affreux couple de vieux vulgaires et râleurs, qui semblent se détester, et qui livrent sans prévenir un sommet de douceur et de tendresse, est un grand moment borzagien, d’une délicatesse infinie.

Le film fait constamment le grand écart entre l’excès et la retenue, entre l’humour et la délicatesse. Entre ce jeu très drôle du fusil qui passe d’une main à l’autre pour finalement revenir à son point de départ (un moment de pure farce vaudevillesque), à ce passage bouleversant où la vieille Lady Catherine découvre une photo d’elle trente ans plus tôt (sous les traits de Joan Crawford, c’est dire si elle était belle !), scène absolument magnifique, et bouleversante.

Il y a de la farce dans The Circle, mais il y a aussi une belle vision du temps qui passe, que ce soit avec ce personnage de Lord Clive (Alec B. Francis), vieux sage qui comprend sans le dire tout ce qui se trame autour de lui ; ou dans celui de la jeune Elizabeth (Eleanor Boardman), qui voit en Lady Catherine le miroir de ce qu’elle pourrait devenir. Et se voir tel qu’on pourrait être dans trente ans, ça peut être franchement traumatisant…

Nugget Jim’s pardner / The Calibre of Man (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 20 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nugget Jim's Pardner

Ce Borzage précoce n’annonce pas vraiment les grands chefs d’œuvre du cinéaste. Loin de ses futurs sujets de prédilection, le cinéaste s’y construit un personnage de jeune insouciant qui affronte les péripéties de la vie sans se prendre la tête. C’est le moins que l’on puisse dire.

Comme souvent à ses débuts, Borzage est donc l’interprète principal de son film. Jeune héritier d’une grande famille de l’Est, noceur impénitent, il est mis à la porte de la maison familiale par son père. Sans le sou, il s’embarque comme passager clandestin dans un train qui le conduit dans l’Ouest encore sauvage, où il devient chercheur d’or au côté d’un mineur nommé Nugget Jim.

Ce personnage d’aventurier qui arrive dans une communauté où il n’a d’abord pas sa place, c’est en quelque sorte le double lumineux de celui qu’il jouait dans The Pilgrim, la même année. Ce dernier était taciturne et mal rasé ? Celui-ci est rasé de près et très ouvert, toujours souriant, s’invitant avec le plus grand naturel à la table d’un homme qui ne l’attendait pas.

C’est le meilleur moment du film : le regard incrédule de ce grand gaillard de Nugget Jim face au frêle et jeunot Frank Borzage qui se prépare une assiette avec gourmandise est assez irrésistible.

The Pilgrim (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 18 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Pilgrim Borzage

A ses débuts, Borzage a réalisé un paquet de petits westerns, de ceux qu’on tournait à la chaîne dans ces années 10 à Hollywood, bandes sans prétention qui se contentaient le plus souvent d’enchaîner les poursuites, fusillades et bagarres sur un semblant de scénario. Borzage, lui, se distingue déjà, au moins dès ce Pilgrim (son dizième film, si mon compte est bon).

Pas l’ombre d’une fusillade ici, ni même d’une chevauchée sauvage d’ailleurs. Et une seule bagarre, qui n’arrive qu’au début de la seconde bobine. Et quelle bagarre ! Un assaut en deux temps, le premier se limitant à un unique coup de poing expéditif, et le second étant totalement caché de la caméra (et du spectateur, donc) par une haie de figurants !

Et c’est passionnant, plus rythmé que la plupart des films d’action pure de l’époque. La caméra est très fixe, encore, avec quelques cadrages très larges qui fleurent encore les tout premiers pas du cinéma. Mais Borzage multiplie aussi les gros plans, sur des visages passionnants.

Le sien pour commencer, parce que c’est en tant qu’acteur qu’il a fait ses premiers pas dans le cinéma, d’abord pour d’autres, puis pour ses propres films. Dans The Pilgrim (le pèlerin, dans le sens de celui qui voyage sans avoir d’attaches particulières), il s’offre un rôle de taciturne laconique que n’aurait pas renié Clint Eastwood un demi-siècle plus tard.

Mal rasé, vêtu de sombre, peu liant, il est embauché par le contremaître débonnaire d’un ranch mais préfère dormir dehors avec son cheval. Quant à sa première conversation, elle se limite à une réjouissante série de « Yep ». L’homme n’est pas du genre à se livrer, ni à s’expliquer. Et le réalisateur est un homme d’images, pas de paroles…

La partie « roucoulades » qui vient clore le film n’est pas tout à fait aussi convaincante (un comble pour le futur prince du mélodrame), mais Borzage referme son western sur des images que n’aurait pas renié le jeune John Ford (dont les premiers films n’ont pas encore été tournés), notamment pour l’usage très symbolique qu’il fait d’une barrière. Un auteur est né.

Mannequin (id.) – de Frank Borzage – 1937

Posté : 3 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Mannequin

Il y a une scène au début de Mannequin qui rappelle clairement l’un des plus beaux plans de L’Heure suprême : un travelling vertical qui accompagne l’héroïne Joan Crawford montant l’escalier de son appartement, comme le couple magnifique du chef d’uvre muet de Borzage. A ceci près que l’escalier ne mène plus au « septième ciel » (Seventh Heaven, le titre original), mais à une triste masure que la jeune femme ne supporte plus, et que chaque marche ressemble à une épreuve plus insurmontable que la précédente…

Dix ans plus tôt, l’amour était la réponse à tous les problèmes de la vie dans les films de Borzage. En 1937, ce n’est plus aussi simple. Joan Crawford n’est pas une romantique. Ce qu’elle veut plus que tout, ce n’est pas trouver l’amour, mais sortir de ce trou. « Quel qu’en soit le moyen, même si tu dois le faire seule », lui lance sa mère dans une scène d’intimité aussi inattendue que bouleversante, où la vieille femme se livre à demi-mot sur la vie qu’elle-même n’a pas eue.

Mannequin est presque un film féministe. « Presque », parce que la conclusion et les tout derniers mots prononcés par la star ont dû ravir les gardiens des bonnes mœurs de l’époque. C’est aussi l’un de ces films pour lesquels Joan Crawford semble être faite : ce personnage de jeune femme prête à tout pour sortir de la pauvreté, c’est un peu elle. Elle lui apporte en tout cas une intensité et une émotion magnifiques. Une certaine naïveté aussi, elle qui s’amourache d’un bellâtre dont c’est écrit sur le front qu’il est un salaud, et qui repousse le richissime Spencer Tracy sans voir que c’est un type formidable.

Comme dans tous les films de Borzage, il y a la vérité des sentiments, il y a l’humanisme aussi, un rythme exceptionnel, et une émotion profonde toujours teintée d’une pointe d’humour. Dans Mannequin, il y a aussi des dialogues absolument géniaux, et une alchimie incroyable entre Joan Crawford et Spencer Tracy, dont les méthodes d’acteurs (elle perfectionniste et tatillonne, lui nonchalant et naturel) correspondent parfaitement à leurs personnages respectifs. Pas besoin de ce tour du monde qu’ils entament ensemble : il suffit qu’ils soient tous les deux à l’écran pour qu’une sorte de bulle se forme autour d’eux. C’est de la pure alchimie, et c’est magnifique.

Le Piège (Until they get me) – de Frank Borzage – 1917

Posté : 22 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Piège Until they get me

Dix ans avant ses grands chefs d’œuvre muet, Borzage est déjà un cinéaste intéressant. Il a abandonné sa brève carrière d’acteur, et s’est entièrement consacré à celle, déjà prolifique, de réalisateur. Un réalisateur de genre, qui affiche déjà un goût prononcé pour la romance et le mélodrame, mais d’une manière bien moins délicate que dans une merveille comme Seventh Hour.

Until they get me est un curieux et séduisant petit western, qui commence comme un drame à suspense… pour se désintéresser totalement au bout de 20 minutes et jusque dans les toutes dernières scènes de celui qui était pourtant le personnage principal, et donne son titre au film.

« Until they get me » : c’est ce que dit ce brave cow-boy victime d’une série de malchances lorsque le film commence. En une journée, il devient un fugitif après avoir tué en légitime défense un poivrot à qui il voulait acheter un cheval et qui pète un câble quand son carafon se brise par accident ; et découvre en arrivant chez lui que sa femme est morte en accouchant de son petit garçon. Forcé de prendre la fuite, il promet de revenir voir son fils chaque année pour son anniversaire… « until they get me ».

Une histoire dramatique, à laquelle Borzage apporte un rythme formidable et une belle délicatesse. Mais dans sa fuite, le cow-boy rencontre une jeune fille victime de sévices qui prend la fuite à ses côtés, avant de rencontrer le ranger qui pourchasse notre héros. C’est là que le héros disparaît totalement, pour laisser le champs à la jeune fille et son protecteur…

La longue partie qui commence est plus convenue, et ressemble curieusement aux films que Mary Pickford enchaînait alors. Mais cette œuvre de jeunesse est une curiosité bien sympathique.

L’Ensorceleuse (The Shining Hour) – de Frank Borzage – 1938

Posté : 8 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

L'Ensorceleuse

Une jeune femme, chanteuse de cabaret, entre dans le grand monde en épousant un riche héritier. Elle est accueillie très diversement par sa belle-famille…

D’une histoire dont on peut craindre une accumulation de clichés, Borzage signe un très beau mélo, et réussit à être constamment étonnant en évite justement absolument tous les clichés.

C’est toute l’élégance de Borzage que l’on retrouve ici, réalisateur de quelques-uns des plus beaux films muets (Seventh Hour, quand même), qui même sur un mode relativement mineur comme ce Shining Hour (rien à voir, malgré la ressemblance des deux titres), semble réinventer le genre ultrabalisé du mélodrame.

Il y a le rythme absolument parfait, et le charme de chaque instant que crée Borzage. Mais il y a surtout une manière de filmer des personnages exceptionnellement bien dessinés, du personnage principal au plus petit second rôles.

Joan Crawford, magnifique en jeune femme qui découvre la cruauté du grand monde, et qui se heurte à ses propres sentiments. Melvyn Douglas, impeccable dans un rôle a priori plus effacé, celui du mari aimant et compréhensif. Robert Young, particulièrement bien en petit frère bien marié qui croit découvrir le vrai amour, lui qui peut parfois être un peu terne. Ou encore Margaret Sullavan, touchante et bouleversante en épouse trop amoureuse et trop consciente.

Et surtout Fay Bainter, dans le rôle pas facile et peu aimable de Hannah, la grande sœur, la ville fille aigrie et acerbe, dont chaque mot, chaque geste, est un concentré de cruauté. Un personnage qui semble classique, mais qui révèle peu à peu une complexité, des fêlures internes, absolument passionnantes. Et l’actrice, que je connaissais pas, est exceptionnelle. Son regard dur et sa manière d’être seule au milieu de couples en crise, donnent le ton de ce très beau film.

Liliom (id.) – de Frank Borzage – 1930

Posté : 22 mars, 2011 @ 4:09 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, FANTASTIQUE/SF, FARRELL Charles | Pas de commentaires »

Liliom

Quatre ans avant Fritz Lang (lors de sa parenthèse française), l’immense Frank Borzage avait déjà porté à l’écran la pièce de Ferenc Molnar. C’est son troisième film parlant, et l’esthétique est encore celle de ses grands chef d’œuvre du muet (L’Heure suprême en tête), dont Liliom semble d’abord être une sorte de prolongement : les thèmes sont très proches (un homme et une femme s’aiment malgré ce qui les entoure, mais la violence et la mort menacent), les décors sont d’une grande beauté et presque caricaturaux, et Borzage souhaitait même reformer son couple mythique, qu’il avait déjà dirigé à trois reprises. Mais Janet Gaynor étant fâchée avec le studio, c’est l’inconnue Rose Hobart qui forme un couple aussi inattendu que passionnel, et forcément tragique, avec l’incontournable Charles Farrell.

Les récentes sorties DVD des éditions Carlotta sont là pour rappeler à quel point Farrell, que le grand public a totalement oublié aujourd’hui, fut un acteur incontournable de la fin du muet, et du tout début du parlant. Acteur fétiche de Borzage, il est aussi le héros de City Girl de Murnau, et tournait à l’époque pour des réalisateurs comme Howard Hawks, Raoul Walsh ou Victor Fleming. Et tout ça en quelques années seulement : son heure de gloire n’a vraiment duré que cinq ou six ans.

Ici, c’est lui qui interprète Liliom, ce bonimenteur de foire insouciant, qui a toutes les femmes à ses pieds. L’une d’elle, Julie, une toute jeune femme naïve et sans expérience, tombe éperdument amoureuse de lui. Lui s’amuse de son succès, et n’a pas la moindre envie de s’engager dans une vie de couple routinière. La patronne du manège pour lequel travaille Liliom est la première à se rendre compte que Julie n’est pas comme les autres. Elle aussi est amoureuse de Lilom, bien sûr, et la jalousie la pousse à le renvoyer. Tout le monde met en garde Julie contre Liliom, connu pour profiter de la faiblesse des femmes qui tombent sous son charme. Mais elle s’en fiche, elle l’aime ce Liliom, qu’elle sait être fait pour elle…

Il y a dans ce début de Liliom un passage très court et typiquement borzagien : alors que Julie regarde Liliom avec des yeux débordants d’amour, lui a son sourire habituellement dégagé qui se fige. Aucun commentaire, pas de musique sirupeuse… Un simple visage étonné, d’un homme qui réalise que lui aussi est amoureux, et que sa vie ne sera plus jamais comme avant, insouciante et aventureuse.

Trois mois après, d’ailleurs, on retrouve les deux amoureux vivant ensemble sous le même toit. La passion semble être loin, déjà : lui, sans emploi, passe ses journées affalé dans un fauteuil, pendant qu’elle trime du matin au soir. Liliom a tout, alors, du monstre d’égoïsme qu’on nous présentait. La vérité est bien plus complexe, bien sûr. Et chez Borzage, en particulier depuis L’Ange de la Rue, on sait que l’amour peut sortir les couples de toutes les impasses.

Mais Liliom n’est pas un film classique de Borzage. Il ne ressemble d’ailleurs à aucun autre film connu, et ceux qui ne l’ont jamais vu feraient mieux de ne pas lire la suite.

Parce qu’au bout d’une petite heure de film, Liliom meurt. Et cette fois, pas de miracle comme dans L’Heure suprême : Liliom est bel et bien mort et enterré. Et à partir de là, le ton du film change du tout au tout, et son esthétique aussi : c’est au voyage de Liliom que l’on assiste, voyage dans ce train qui conduit les âmes vers leur destination finale, train qui était annoncé sans qu’on s’en rende vraiment compte depuis le début du film (c’est à côté d’une voie ferrée que le vol fatidique auquel Liliom accepte de participer est organisé).

Surprenant, ce changement de ton aurait pu tomber dans le grand-guignol, mais il n’en est rien. Ces séquences sont d’une belle sobriété, ce qui fait que le film supporte franchement bien le poids des ans, ce qui est loin d’être toujours le cas pour des films abordant ce genre de sujets (l’au-delà ou l’onirisme).

Si Liliom gagne le droit de revenir sur terre, après dix ans de purgatoire, c’est parce que ses raisons sont totalement désintéressées. Tout ce qu’il veut, c’est faire quelque chose de bien pour sa fille, qu’il n’a jamais connue. Mais il n’y aura pas de happy-end artificiel ici, ni de deuxième chance. Juste trois êtres séparés par la mort, qui sont enfin en paix avec eux-mêmes…

123456
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr