Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'BORZAGE Frank'

Le Destin se joue la nuit (History is made at night) – de Frank Borzage – 1937

Posté : 24 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Le Destin se joue la nuit

Une jeune femme quitte son mari, riche armateur paranoïaque et tyrannique, persuadé qu’elle le trompe. Pour établir sa faute, il lui tend un piège, mais la jeune femme est tirée d’affaires par un inconnu. Forcément, ces deux là tombent éperdument amoureux l’un de l’autre.

On est chez Borzage, et l’amour est au cœur de tout, toujours pour le meilleur. D’ailleurs, si le film démarre plutôt mollement, laissant craindre un instant qu’il ne s’agisse que d’une commande pour un réalisateur qui aurait filmé ça à la légère, une scène vient rapidement nous rassurer : celle du premier baiser, d’une beauté toute borzagienne.

Il n’en fait pas trop, le plus romantique des cinéastes : juste un plan moyen sur deux visages qui se rapprochent, ceux de Jean Arthur et de Charles Boyer, rien de plus. Et c’est magnifique. Borzage a ce talent incroyable de créer du mouvement et de la vivacité, et de tout mettre entre parenthèse l’espace d’un instant de beauté pure. Le miracle se produit ici, encore et toujours.

Ample et généreux, le film n’en finit pourtant pas de surprendre, tant il joue sur différents registres. La romance bien sûr, avec ce couple inédit, improbable (la très Américaine interprète des films de Capra, face au plus élégant des frenchies) et séduisant. Mais aussi le suspense, avec ce mari jaloux et machiavélique. Et même le film catastrophe, avec un final comme un hommage à la tragédie du Titanic, 25 ans plus tard.

Ce n’est certes pas le plus abouti de ses films : ni le plus émouvant, ni le plus euphorisant, ni même le plus juste socialement. Mais Borzage réussit des tas de belles scènes, associant des éléments de comédie et de drame comme il mélangerait les ingrédients d’une recette, avec la même gourmandise que ce personnage de chef cuisinier, César (Leo Carillo), meilleur ami de Boyer et ressors comique inépuisable dans les cuisines de différents restaurants.

Avec ses allers-retours entre Paris et New York, ce Borzage est une gourmandise généreuses et fort séduisante. Une sorte d’hommage à ce fameux charme français qu’incarne parfaitement Boyer, nettement plus sincère et vibrant que la vision qu’en donnait Borzage dans Ils voulaient voir Paris.

Désir (Desire) – de Frank Borzage – 1936

Posté : 19 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

Désir

Marlene Dietrich a beau avoir affirmé, des années après, que Borzage était bien le réalisateur de Désir, l’ombre de Lubitsch, producteur et réalisateur probable de certaines scènes, plane d’une manière très insistante sur cette comédie romantique sophistiquée et pleine de folie, description qu’on attribue plus volontiers au réalisateur de L’Eventail de Lady Windermere qu’à celui de L’Heure suprême.

Qu’importe finalement, si le film est l’œuvre d’un immense cinéaste… ou d’un autre immense cinéaste. Disons que c’est l’œuvre commune de deux immenses cinéastes, et que même si le film peut sembler mineur dans l’une ou l’autre de leurs filmographies, le plaisir qu’on y prend est immense.

C’est en tout cas une date pour Marlene Dietrich, qui venait tout juste de rompre avec son tout puissant pygmalion Von Sternberg, qui retrouve son partenaire de Morocco Gary Cooper, et qui s’impose pour la première fois comme une grande actrice de comédie, genre que sa carrière américaine ne lui avait encore jamais donné l’occasion d’aborder.

Est-ce un don inné, ou une sorte de naturel auquel elle peut enfin laisser libre court ? La star est absolument formidable dans le rôle de cette voleuse de haut rang qui rencontre un brave type sur la route de ses premières vacances depuis des lustres. C’est le genre de comédies auxquelles on n’associera jamais ni Borzage, ni Dietrich : pleines de rythmes et de folies, de quiproquos et de rebondissements.

Entre romance et aventures, c’est une charmante comédie, bien moins innocente qu’elle n’y paraît. Toute en suggestion, même : dans cet Hollywood dominée par la bien-pensance du code Hayes, il fallait des trésors de suggestion pour évoquer la rencontre de ces deux monstres sacrés, dominée par une tension sexuelle qui ne reste pas à l’état de fantasme. Il suffit de draps froissés, d’allures débraillées et de regards langoureux pour raconter, mieux que n’importe quelle image illustrative, la nuit de passion que ces deux-là viennent de vivre.

Amis pour toujours (Shipmates forever) – de Frank Borzage – 1935

Posté : 18 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Amis pour toujours

Le grand Borzage est souvent contraint d’enchaîner les films de commande, en ce milieu des années 30. Cette fois, il a bien du mal à imposer sa marque, tant Shipmates forever semble parfaitement calibré. La présence au scénario de Delmer Daves pourrait être rassurante : la collaboration des deux hommes venait de déboucher sur le très beau Stranded. Mais elle ne fait que confirmer l’ambition très limitée du film : renouveler le succès de Flirtation Walk.

Même scénariste, même réalisateur, même couple d’acteurs (Dick Powell qui pousse la chansonnette à la première occasion, et Ruby Keeler qui enchaîne les numéros de claquettes… c’est chiant les claquettes), même décor (l’école militaire) et mêmes enjeux (un homme qui n’a aucune envie de devenir officier mais que le destin conduit à l’école)… Avec cette recette, Flirtation Walk séduisait avec son couple gentiment bousculé par le destin, son humour et sa légèreté. Ici, hélas, c’est plutôt l’hommage énamouré à la grande armée et à la virile amitié qui domine.

Hélas, parce que cela donne de longues séquences ni originales, ni palpitantes, sur la vie quotidienne de ces apprentis officiers, tout autant que de longs passages musicaux, qui apparaissent comme autant de respirations bienvenues. Ce n’est pas qu’on s’ennuie (en tout cas pas tout le temps, mais les 108 minutes du film ne sont pas toutes palpitantes) : on prend même un certain plaisir à certains moments, grâce en particulier à la présence de Dick Powell, parfait en crooner plein de charme et émouvant en compagnon de chambrée incapable de trouver sa place.

C’est d’ailleurs l’aspect le plus réussi du film : la manière dont Borzage filme la solitude du gars : très belle scène où on le voit attendre avec espoir et en vain qu’un compagnon vienne taper à sa porte. La délicatesse du cinéaste n’est pas une surprise, mais Borzage confirme aussi son talent de cinéaste d’action, à l’occasion d’une séquence spectaculaire et très tendue : celle de l’explosion de la chaudière sur le bateau, point d’orgue dramatique particulièrement réussi.

Pas désagréable, donc, mais il y a quand même quelque chose d’un peu problématique dans ce Borzage-là : lui qui défendait si bien la liberté de chacun de faire ses propres choix, y compris dans son récent et très féministe Stranded, signe ici un véritable éloge au déterminisme. Tu seras marin, mon fils, comme ton père et ton grand-père avant toi. Et tu le seras avec le sourire…

Bureau des épaves (Stranded) – de Frank Borzage – 1935

Posté : 16 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Bureau des épaves

Ce qui est formidable dans les films de Borzage, c’est à quel point il est en prise avec la société dans ce qu’elle peut avoir de plus dure, tout en étant le plus romantique et le plus humaniste des cinéastes. Le plus féministe aussi, en l’occurrence, avec ce personnage de travailleuse sociale jouée par Kay Francis qui refuse d’abandonner son boulot pour celui qu’elle aime…

Rien que ça, ce n’est pas si courant à l’époque à Hollywood, où les velléités d’émancipation des personnages féminins sont souvent encouragés… avant d’être sagement étouffés (La Phalène d’argent était particulièrement parlant). Rien de ça ici : Borzage est un idéaliste réaliste, qui trouve des interprètes idéaux avec Kay Francis (mélange de délicatesse et de détermination) et George Brent, au sommet de son charme arrogant, couple que le réalisateur reforme après Living on velvet.

« I hate to see you looking so tired. If I were a gentleman I’d go home. »

Brent joue l’architecte responsable de la construction du Golden Gate Bridge de San Francisco. Ce contexte donne un arrière-plan assez fascinant, qui est au cœur de l’une des intrigues du film : le chantier est perturbé par un soi-disant syndicat de la métallurgie, qui est en fait un gang de racketteurs dont notre architecte refuse de payer la « protection ».

Les scènes sur le chantier sont particulièrement justes, et impressionnantes. Et pas uniquement la formidable bagarre magnifiquement filmée, brutale et intense dans la nuit du chantier. Tout sonne juste, d’ailleurs, dans ce film humain et bienveillant, où chaque être humain est filmé comme s’il était le personnage principal du film.

C’est le cas notamment des nombreux laissés pour compte qui apparaissent tout au long du film, contrariant constamment les moments de tranquillité de Kay et George. C’est parfois drôle, comme la scène avec les quatre immigrantes chinoises qui ricanent dès que Brent ouvre la bouche. Parfois déchirant, comme l’apparition de ce vieil homme las de profiter de la charité, qui s’éloigne tristement avant qu’un coup de feu n’éclate hors caméra, nous apprenant qu’il s’est suicidé.

Stranded est ainsi sur le fil, oscillant entre la joie et la douleur, avec une foi inébranlable en l’être humain et en la force de l’amour, mais sans pour autant refermer toutes les plaies : la culpabilité de cet homme qui a accepté de se faire acheter par le racketteur (joué par Barton MacLane) ne s’effacera pas…

Ce n’est sans doute pas anodin : le scénario de Stranded est signé Delmer Daves, un autre grand humaniste d’Hollywood, qui avait déjà écrit Flirtation Walk pour Borzage. Une très jolie réussite, encore…

Et demain ? (Little man… what now ?) – de Frank Borzage – 1934

Posté : 9 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Little man what now

Borzage a déjà filmé bien souvent des jeunes couples qui peinent à se lancer dans la vie. Il a aussi souvent parlé de la pauvreté, toujours avec une grande acuité, et pas uniquement dans le très beau Man’s Castle.

Little man… what now ?, adaptation d’un roman allemand qui venait de rencontrer un franc succès, est à la fois dans la lignée de ses grands films du début du parlant, mais aussi un peu en marge. Ne serait-ce que pour le décor : l’Allemagne des dernières années de la république de Weimar, où l’extrême pauvreté est le quotidien de la jeune génération, et la rue son seul horizon.

Le personnage du jeune mari (Douglass Montgomery, le héros du Waterloo Bridge de James Whale) représente ainsi toute cette jeunesse soumise au bon vouloir des employeurs, forcée de composer avec le mépris des riches, et la colères des plus pauvres qu’eux, côtoyant misère et débauche, comme les deux pans d’une société au bord de la rupture.

Borzage montre aussi le processus mental qui mène à la violence : voir ce jeune homme qui n’aspire qu’à vivre paisiblement sans s’occuper du tumule du monde brandir un couteau, puis des pavés qu’il est prêt à lancer, comme malgré lui… Ce sont là des images saisissantes qui ancrent cruellement le film dans son époque.

Little man… what now ?, c’est l’histoire d’un couple littéralement ballotté par la crise, presque le négatif de Man’s Castle, dont les héros refusaient jusqu’au bout de se laisser guider par la société. Cette fois, Borzage se montre plus réaliste, et plus inquiet : impossible désormais de rester en marge du monde, dans un film tourné après l’accession d’Hitler au pouvoir.

Pourtant, Borzage reste fidèle à lui-même, optimiste malgré tout, plaçant l’amour au-dessus de tout, et affichant une confiance rafraîchissante envers ses jeunes personnages. La génération précédente, elle, n’est pas épargnée. Le personnage de la mère surtout, souvent malmené chez Borzage, et particulièrement gratinée ici, faisant payer le prix fort à son fils, organisant des « partys » de débauche… Tempérée heureusement par ce bon Alan Hale, bienveillant malgré un comportement quelque peu insistant auprès de la jeune Margaret Sullavan, fort jolie, qui entame ici une collaboration particulièrement riche avec Borzage.

After tomorrow (id.) – de Frank Borzage – 1932

Posté : 7 mars, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, BORZAGE Frank, FARRELL Charles | Pas de commentaires »

After tomorrow

Frank Borzage et Charles Farrell n’ont tourné ensemble que durant six ans, pour autant de films. Mais cette courte collaboration a donné naissance à quelques-uns des plus beaux films du monde, de Seventh Hour à Lucky Star. Alors forcément, cet ultime film commun ne peut pas être anodin.

A côté des immenses chefs d’œuvre de la fin du muet, ce After tomorrow peut certes paraître bien anodin. Mais comme le précédent film de Borzage, Bad Girl, dont il prolonge en quelque sorte le thème central, celui-ci est une merveille de finesse, de mise en scène et d’émotion.

Comme dans le précédent, Borzage raconte les débuts d’un jeune couple. Fiancés depuis trois ans, Sidney (Marian Nixon) et Peter (Farrel) doivent sans cesse repousser leur mariage, notamment à cause de l’égoïsme de leurs mères respectives. Celle de Peter qui voit dans ce futur mariage une menace sur son propre bonheur : une mère étouffante effrayée à l’idée de se retrouver seule. Celle de Sidney qui ne pense qu’à son bien-être, et à la chance qui lui est donnée de tout recommencer avec son amant, au grand dam du brave papa…

C’est un thème récurrent chez Borzage à cette époque : les jeunes couples qui assistent inquiets aux malheurs conjugaux de leurs aînés, souvent mal mariés et comme prisonniers les uns des autres. Mais point l’ombre d’un début de cynisme dans son cinéma, qui affiche une foi inébranlable et pleine d’optimisme en l’amour. Ces deux-là s’aiment, point. A l’image du bienveillant Willie (William Collier, Sr), on sait que leur amour survivra à toutes les épreuves.

What on earth was that ?
That’s my wife
Oh I’m sorry, my mistake…
No… Mine.

Ce mal-être des « vieux » couples est traité sur tous les tons. Plutôt comique d’abord, avec ce dialogue irrésistible entre Peter et un petit gars qui suit une affreuse mégère… sa femme, donc. Puis plus amer avec le personnage de Willie, trop doux et trop amoureux. Franchement cruel enfin, avec une tirade d’une rare violence verbale lancée par la gentille maman (Minna Gomba, la bonne copine de Bad Girl) à Sidney à la veille de son mariage : non je ne t’aime pas, non je ne te désirai pas, et oui à cause de toi je suis coincée avec ton père que je n’ai jamais aimé. Glaçant.

Mais Borzage place l’amour au-dessus de tout. L’amertume, la douleur, la tristesse, rien n’a plus vraiment d’importance quand on s’aime comme Sidney et Peter. La dernière image, iconique, fixe définitivement Charles Farrell comme le symbole absolu d’un certain romantisme hollywoodien, celui de Borzage, le plus beau.

La Chanson de mon cœur (Song o’ my heart) – de Frank Borzage – 1930

Posté : 5 mars, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Chanson de mon cœur

En ce tout début du parlant, Frank Borzage est décidément l’homme de la situation, à la Fox, de toutes les situations. Il est le mieux placé pour diriger la star Will Rogers dans son premier film parlant (They had to see Paris, sa précédente réalisation), et le mieux placé pour signer ce qui est avant tout un écrin pour le ténor irlandais John McCormack, véritable star de la scène autour duquel le film est entièrement construit.

Il existe deux versions du film : une version parlante sortie sur les écrans américains, et une version muette pour le marché international, version qui reprend toutefois toutes les parties chantées. Et elles sont nombreuses. Quelle version privilégier ? Je me lance, je me mouille et je tranche : les deux ! Il y a un charme certain qui se dégage de la version muette, qui met en valeur les performances vocales de la vedette. La version parlante vaut surtout pour les chamailleries continuelles de J. Farrel MacDonald et J.M. Kerrigan, deux acteurs irremplaçables pour tout film se déroulant en Irlande à cette époque.

John Ford n’aurait pas renié le décor du film, ce petit village irlandais où il fait bon vivre, aux chaumières charmantes entourées de grands décors bucoliques (quelques scènes ont été tournées en Irlande, mais la plus grande partie a été filmée en studio), et où MacDonald et Kerrigan, qu’il a lui-même dirigés à plusieurs reprises, passent leur temps à se titiller, tout en servant de fil conducteur à l’histoire.

On imagine cependant assez mal Ford signer un film contenant autant de passages chantés : chaque incident de la vie pousse le personnage de Sean, chanteur retiré de la scène depuis un chagrin d’amour, à s’exprimer en musique. C’est parfois un peu longuet (en particulier le retour sur scène, qui donne lieu à un long passage de plusieurs chansons), parfois très beau aussi. J’ai ainsi un petit faible pour l’histoire de la princesse que Sean chante à un groupe d’enfants réunis autour de lui dans un cadre très bucolique. Et surtout pour cette chanson d’amour qui ravive les souvenirs de Mary, son ancien amour.

Mary… Sans doute le plus beau personnage du film : une femme que sa tante avait forcée à épouser un riche parti plutôt que Sean, l’homme qu’elle aimait vraiment, et qui se retrouve des années plus tard mise à la porte avec ses enfants. C’est l’ultime rôle d’Alice Joyce, vedette des premiers temps du cinéma (très populaire dès le tout début des années 1910), et dont la beauté de quadragénaire trouble toujours. Notons que sa fille est interprétée par Maureen O’Sullivan, dans l’un de ses tout premiers rôles, deux ans avant la Jane de Tarzan, l’homme singe.

Il y a quelques beaux très beaux dans ce film, basés surtout sur cette ancienne histoire d’amour qui pèse sur l’histoire et distille une mélancolie tenace, et un vrai sentiment de gâchis. Mais on sent Borzage contraint par la nécessité de placer une bonne dizaine de chansons dans son récit, des chansons pleines de petits moments très émouvants, mais qui interdisent cette grande vague d’émotion à laquelle on s’attend dans tout film de Borzage…

Bad Girl (id.) – de Frank Borzage – 1931

Posté : 4 mars, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Bad Girl

Il peut sembler mineur, ce Borzage. Mais c’est le genre d’œuvres mineurs dont je me contenterais bien jusqu’à la fin des temps… Très joli film, qui raconte les débuts dans la vie d’un tout jeune couple très mignon, mais qui n’arrive pas à se parler avec sincérité, tant l’un comme l’autre ont peur de mal faire : touchant James Dunn, incapable de dire « je t’aime » à sa femme ; craquante Sally Eilers, incapable de faire confiance à son homme…

Ça commence déjà de la plus belle des manières. Lasse des hommes qui, tous autant qu’ils sont, ne pensent qu’à la draguer, la jolie Sally est intriguée par ce drôle de bonhomme, ronchon, qui ne la regarde même pas. Tellement intriguée qu’elle se met en tête d’attirer son regard. Drôle de coup de foudre, qui conduit les deux jeunes gens, bien décidés à rester célibataire, dans la cage d’escalier de la demoiselle, où ils croisent une mère célibataire, une femme qui vient d’enterrer sa mère, un homme que sa femme attend systématiquement avec de grands cris… Autant de raisons de ne pas s’engager dans une histoire d’amour…

Bien sûr, les voilà mariés. Et la jeune épouse se retrouve bientôt enceinte, sans oser l’avouer à son mari, dont elle est persuadée qu’il ne veut pas d’enfants, lui-même ayant la certitude que sa femme n’aime pas les bébés. Quiproquos, mésentente… Ces deux couillons passent l’un à côté de l’autre durant toute la grossesse. Lui, totalement dévoué au bonheur de sa femme. Elle, qu’on bafferait bien si elle n’était pas si mignonne, tant elle se montre injuste avec son grand couillon qui se dévoue corps et âme pour elle sans qu’elle s’en rende compte.

Mais ils sont beaux, ces deux là, pleins d’attentions l’un pour l’autre. Et Borzage sait mieux que quiconque filmer les petits gestes de tendresse, les moments de bonheur comme les petites crises qui couvent. Cette bienveillance extrême qui irrigue tout son cinéma donne d’improbables moments absolument irrésistibles, à l’image de ce match de boxe dans lequel s’engage le pauvre mari pour gagner quelques dollars.

Littéralement massacré sur le ring, il finit par souffler à l’oreille de son adversaire que sa femme est enceinte et qu’il a besoin de rester debout jusqu’à la fin du match. Les deux adversaires commencent alors à s’étreindre en se frappant mollement pour donner le change, se racontant à l’oreille leurs états d’âmes de père ou de futur père. Totalement irrésistible.

Sa vie (The Lady) – de Frank Borzage – 1925

Posté : 3 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Lady

Même avec un gros mélo qui tâche, même avec un quart du film qui manque (deux bobines sur huit ont disparu, dans la première moitié du film), qui plus est avec une pellicule très abîmée dans quelques scènes, Borzage réussit à signer un beau film sensible et délicat, parsemé de très beaux moments de cinéma, et à imposer sa marque toute en bienveillance.

On sent bien pourtant que The Lady n’est pas une œuvre très personnelle, véhicule destiné à mettre en valeur sa star Norma Talmadge, alors au sommet et fort intense, même quand elle surjoue les grands yeux effrayés, les grands yeux bouleversés, les grands yeux amoureux, les grands yeux ravagés… avec ou sans main devant la bouche. Une grande actrice d’un autre temps, donc, mais dont l’intensité continue à émouvoir malgré tout.

Norma Talmadge, donc, dans un rôle en or : celui d’une patronne de bar vieillissante qui raconte à l’un de ses clients originaire du même village qu’elle sa vie riche et tragique. Ses débuts prometteurs de danseuse alors qu’elle avait tous les hommes à ses pieds, l’un d’eux finissant d’ailleurs par l’épouser : un riche fils de bonne famille qui l’emmène à Monte Carlo où il ne tarde pas à la congédier après qu’elle l’a trouvé dans les bras de sa maîtresse, une femme du monde.

Et la voilà quelques mois plus tard, élevant seule l’enfant qu’elle a eu de son ex-mari, tout en travaillant dans un music-hall. Mais le père du désormais défunt ex-mari débarque, réclamant son petit-fils… qu’elle confie donc à une brave dame qui l’emmène à Londres pour l’élever dans une famille aimante, avec de bonnes valeurs humaines…
Et ce n’est pas fini : ce long flash-back qui constitue la plus grande partie du film réserve d’autres épreuves à la belle, décidément taillée pour la tragédie. Un peu trop, pourrait-on craindre, surtout qu’on voit arriver gros comme ça le rebondissement qui survient bel et bien dans le « temps présent » du récit.

Mais Borzage sait doser l’émotion, et évite de tomber dans le pathos trop lacrymal. C’est rude, bien sûr, et ça vous prend aux tripes et au cœur. Mais l’humour n’est pas absent pour autant (notamment lors du trip halluciné du groom hilare après avoir fumé un gros cigare), et Borzage réussit à glisser in fine une bonne dose d’optimisme. Il fallait le faire…

Sur le velours (Living on velvet) – de Frank Borzage – 1935

Posté : 1 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Sur le velours

Scène d’ouverture : un jeune homme de bonne famille pilote un avion à bord duquel se trouvent sa sœur et leurs parents. La météo est catastrophique, le réservoir est à sec, le jeune homme rassure ses proches sans y croire. L’avion tente un atterrissage forcé, s’écrase. Bilan : trois morts, et quelques égratignures seulement pour le pilote…

Après le très léger Flirtation Walk, Borzage nous calme d’emblée avec cette ouverture choc qui planera massivement sur tout le film. C’est donc l’histoire de ce jeune homme qui a échappé comme par miracle à la mort, contrairement à tous ses proches, et qui n’accepte pas ce miracle, gaspillant sa vie (comme son argent d’ailleurs) parce qu’il a l’impression que ce rab de vie qui lui est offert est aussi utile que du velours…

C’est Borzage quand même, donc le gars, joué par George Brent, va être sauvé par l’amour: celui de Kay Francis, ces deux-là tombant raide dingue l’un de l’autre dès le premier coup d’œil. Littéralement. Le film pourrait d’ailleurs presque s’arrêter là, au bout de dix minutes, si la belle n’était pas plus ou moins promise au meilleur ami de Brent, joué par Wallen William. Un type formidable, ce William, prêt non seulement à se retirer pour laisser le vrai amour s’épanouir, mais aussi à tout faire pour les aider.

Le plus beau dans ce film, c’est la manière dont Borzage filmer l’apparente nonchalance de George Brent, un type totalement paumé depuis l’accident qui a causé la mort de tous ceux qu’il aimait, et qui a l’élégance de paraître joyeux à chaque instant. Un contraste particulièrement touchant lorsque le regard pas dupe de Kay Francis se pose sur lui, d’une tendresse infinie.

Living on velvet, c’est aussi l’éloge du silence et du babillage. Les couples se forment en parlant du temps qu’il fait, la nature de la conversation a moins d’importance que le son de la voix. D’ailleurs, les silences ne sont jamais gênés entre deux êtres qui ne demandent rien d’autres que d’être ensemble. Il ne se dégage pas du film les torrents d’émotion des plus grands chefs d’œuvre borzagiens. Mais Living on velvet séduit par sa retenue, sa bienveillance et sa simplicité.

123456
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr