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Archive pour la catégorie 'BORZAGE Frank'

Le Piège (Until they get me) – de Frank Borzage – 1917

Posté : 22 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Dix ans avant ses grands chefs d’œuvre muet, Borzage est déjà un cinéaste intéressant. Il a abandonné sa brève carrière d’acteur, et s’est entièrement consacré à celle, déjà prolifique, de réalisateur. Un réalisateur de genre, qui affiche déjà un goût prononcé pour la romance et le mélodrame, mais d’une manière bien moins délicate que dans une merveille comme Seventh Hour.

Until they get me est un curieux et séduisant petit western, qui commence comme un drame à suspense… pour se désintéresser totalement au bout de 20 minutes et jusque dans les toutes dernières scènes de celui qui était pourtant le personnage principal, et donne son titre au film.

« Until they get me » : c’est ce que dit ce brave cow-boy victime d’une série de malchances lorsque le film commence. En une journée, il devient un fugitif après avoir tué en légitime défense un poivrot à qui il voulait acheter un cheval et qui pète un câble quand son carafon se brise par accident ; et découvre en arrivant chez lui que sa femme est morte en accouchant de son petit garçon. Forcé de prendre la fuite, il promet de revenir voir son fils chaque année pour son anniversaire… « until they get me ».

Une histoire dramatique, à laquelle Borzage apporte un rythme formidable et une belle délicatesse. Mais dans sa fuite, le cow-boy rencontre une jeune fille victime de sévices qui prend la fuite à ses côtés, avant de rencontrer le ranger qui pourchasse notre héros. C’est là que le héros disparaît totalement, pour laisser le champs à la jeune fille et son protecteur…

La longue partie qui commence est plus convenue, et ressemble curieusement aux films que Mary Pickford enchaînait alors. Mais cette œuvre de jeunesse est une curiosité bien sympathique.

L’Ensorceleuse (The Shining Hour) – de Frank Borzage – 1938

Posté : 8 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

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Une jeune femme, chanteuse de cabaret, entre dans le grand monde en épousant un riche héritier. Elle est accueillie très diversement par sa belle-famille…

D’une histoire dont on peut craindre une accumulation de clichés, Borzage signe un très beau mélo, et réussit à être constamment étonnant en évite justement absolument tous les clichés.

C’est toute l’élégance de Borzage que l’on retrouve ici, réalisateur de quelques-uns des plus beaux films muets (Seventh Hour, quand même), qui même sur un mode relativement mineur comme ce Shining Hour (rien à voir, malgré la ressemblance des deux titres), semble réinventer le genre ultrabalisé du mélodrame.

Il y a le rythme absolument parfait, et le charme de chaque instant que crée Borzage. Mais il y a surtout une manière de filmer des personnages exceptionnellement bien dessinés, du personnage principal au plus petit second rôles.

Joan Crawford, magnifique en jeune femme qui découvre la cruauté du grand monde, et qui se heurte à ses propres sentiments. Melvyn Douglas, impeccable dans un rôle a priori plus effacé, celui du mari aimant et compréhensif. Robert Young, particulièrement bien en petit frère bien marié qui croit découvrir le vrai amour, lui qui peut parfois être un peu terne. Ou encore Margaret Sullavan, touchante et bouleversante en épouse trop amoureuse et trop consciente.

Et surtout Fay Bainter, dans le rôle pas facile et peu aimable de Hannah, la grande sœur, la ville fille aigrie et acerbe, dont chaque mot, chaque geste, est un concentré de cruauté. Un personnage qui semble classique, mais qui révèle peu à peu une complexité, des fêlures internes, absolument passionnantes. Et l’actrice, que je connaissais pas, est exceptionnelle. Son regard dur et sa manière d’être seule au milieu de couples en crise, donnent le ton de ce très beau film.

Liliom (id.) – de Frank Borzage – 1930

Posté : 22 mars, 2011 @ 4:09 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, FANTASTIQUE/SF, FARRELL Charles | Pas de commentaires »

Liliom (id.) - de Frank Borzage - 1930 dans 1930-1939 Liliom_zpsskrvfvmf

Quatre ans avant Fritz Lang (lors de sa parenthèse française), l’immense Frank Borzage avait déjà porté à l’écran la pièce de Ferenc Molnar. C’est son troisième film parlant, et l’esthétique est encore celle de ses grands chef d’œuvre du muet (L’Heure suprême en tête), dont Liliom semble d’abord être une sorte de prolongement : les thèmes sont très proches (un homme et une femme s’aiment malgré ce qui les entoure, mais la violence et la mort menacent), les décors sont d’une grande beauté et presque caricaturaux, et Borzage souhaitait même reformer son couple mythique, qu’il avait déjà dirigé à trois reprises. Mais Janet Gaynor étant fâchée avec le studio, c’est l’inconnue Rose Hobart qui forme un couple aussi inattendu que passionnel, et forcément tragique, avec l’incontournable Charles Farrell.

Les récentes sorties DVD des éditions Carlotta sont là pour rappeler à quel point Farrell, que le grand public a totalement oublié aujourd’hui, fut un acteur incontournable de la fin du muet, et du tout début du parlant. Acteur fétiche de Borzage, il est aussi le héros de City Girl de Murnau, et tournait à l’époque pour des réalisateurs comme Howard Hawks, Raoul Walsh ou Victor Fleming. Et tout ça en quelques années seulement : son heure de gloire n’a vraiment duré que cinq ou six ans.

Ici, c’est lui qui interprète Liliom, ce bonimenteur de foire insouciant, qui a toutes les femmes à ses pieds. L’une d’elle, Julie, une toute jeune femme naïve et sans expérience, tombe éperdument amoureuse de lui. Lui s’amuse de son succès, et n’a pas la moindre envie de s’engager dans une vie de couple routinière. La patronne du manège pour lequel travaille Liliom est la première à se rendre compte que Julie n’est pas comme les autres. Elle aussi est amoureuse de Lilom, bien sûr, et la jalousie la pousse à le renvoyer. Tout le monde met en garde Julie contre Liliom, connu pour profiter de la faiblesse des femmes qui tombent sous son charme. Mais elle s’en fiche, elle l’aime ce Liliom, qu’elle sait être fait pour elle…

Il y a dans ce début de Liliom un passage très court et typiquement borzagien : alors que Julie regarde Liliom avec des yeux débordants d’amour, lui a son sourire habituellement dégagé qui se fige. Aucun commentaire, pas de musique sirupeuse… Un simple visage étonné, d’un homme qui réalise que lui aussi est amoureux, et que sa vie ne sera plus jamais comme avant, insouciante et aventureuse.

Trois mois après, d’ailleurs, on retrouve les deux amoureux vivant ensemble sous le même toit. La passion semble être loin, déjà : lui, sans emploi, passe ses journées affalé dans un fauteuil, pendant qu’elle trime du matin au soir. Liliom a tout, alors, du monstre d’égoïsme qu’on nous présentait. La vérité est bien plus complexe, bien sûr. Et chez Borzage, en particulier depuis L’Ange de la Rue, on sait que l’amour peut sortir les couples de toutes les impasses.

Mais Liliom n’est pas un film classique de Borzage. Il ne ressemble d’ailleurs à aucun autre film connu, et ceux qui ne l’ont jamais vu feraient mieux de ne pas lire la suite.

Parce qu’au bout d’une petite heure de film, Liliom meurt. Et cette fois, pas de miracle comme dans L’Heure suprême : Liliom est bel et bien mort et enterré. Et à partir de là, le ton du film change du tout au tout, et son esthétique aussi : c’est au voyage de Liliom que l’on assiste, voyage dans ce train qui conduit les âmes vers leur destination finale, train qui était annoncé sans qu’on s’en rende vraiment compte depuis le début du film (c’est à côté d’une voie ferrée que le vol fatidique auquel Liliom accepte de participer est organisé).

Surprenant, ce changement de ton aurait pu tomber dans le grand-guignol, mais il n’en est rien. Ces séquences sont d’une belle sobriété, ce qui fait que le film supporte franchement bien le poids des ans, ce qui est loin d’être toujours le cas pour des films abordant ce genre de sujets (l’au-delà ou l’onirisme).

Si Liliom gagne le droit de revenir sur terre, après dix ans de purgatoire, c’est parce que ses raisons sont totalement désintéressées. Tout ce qu’il veut, c’est faire quelque chose de bien pour sa fille, qu’il n’a jamais connue. Mais il n’y aura pas de happy-end artificiel ici, ni de deuxième chance. Juste trois êtres séparés par la mort, qui sont enfin en paix avec eux-mêmes…

Le Fils du Pendu (Moonrise) – de Frank Borzage – 1948

Posté : 23 février, 2011 @ 10:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

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De l’immense Borzage, on connaît surtout ses grands films des années 30 et ses chef d’œuvres muets (a-t-on fait plus beau que L’Heure suprême de toute l’histoire du cinéma ?). Mais jusqu’au bout, borzaigui (c’est comme ça qu’il faut dire, paraît-il) a été un cinéaste passionnant. Et ce Moonrise n’est pas loin d’être le bout de sa carrière : son échec cuisant et sans appel y a mis un terme presque définitif. Il faudra attendre sept ans pour qu’il fasse un timide retour par la case télévision, et il ne signera plus, officiellement, que deux longs métrages.

L’échec de Moonrise est évidemment profondément injuste, injustice que la postérité s’est chargée de réparer en partie : le film fait désormais l’objet d’un petit culte auprès des cinéphiles. Parce qu’il est brillant, bien sûr, mais aussi parce que c’est l’ultime très grand film de l’un des plus grands cinéastes du monde. Echec injuste, donc, mais qu’on peut facilement comprendre, tant Borzage évite consciencieusement les chemins balisés.

Moonrise est en effet un pur cheminement mental : tout le film se concentre sur l’état d’esprit du « héros », interprété par le sympa-mais-sans-plus Dane Clark. Fils d’un homme pendu pour avoir tué le médecin ayant laissé mourir sa femme, ce jeune homme vit depuis son enfance dans l’ombre envahissante de ce père pendu. Mis au ban de la société, par les autres autant que par lui-même, il se sent marqué par la malédiction du pendu. Lorsqu’il tue accidentellement un homme (Lloyd Bridges, dans un tout petit rôle marquant), il croit être rattrapé par son destin.

Pour le spectateur, il n’y a guère de suspense dans cette histoire : on sait bien vite que notre héros sera démasqué. Mais ce que Borzage filme ici, c’est le cerveau en ébullition de ce « fils du pendu », rongé par la culpabilité, persuadé d’avoir une nature de criminel, et oppressé par les regards scrutateurs de cette petite ville de province dans laquelle il vit. Il faudra l’amour d’une jeune institutrice, l’amitié d’un vieux noir vivant en reclus dans les marais et d’un sourd-muet considéré comme un attardé (deux laissés pour compte de cette petite communauté), et la clairvoyance d’un shérif aux airs de bouseux limité, pour que le « criminel » montre enfin son vrai visage : celui d’un homme bon, victime des circonstances.

Le film est d’une intelligence assez rare. Il est aussi visuellement éblouissant, et dès la première séquence : une caméra virtuose, cadrant les pieds, nous montre un homme conduit à l’échafaud. Fondu-enchaîné : l’ombre d’un pendu semble planer sur le lit d’un petit enfant… En quelques plans muets, Borzage a installé le socle de son film. C’est tout simplement magnifique.

L’Adieu aux armes (A Farewell to arms) – de Frank Borzage – 1932

Posté : 14 février, 2011 @ 11:27 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary | Pas de commentaires »

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Frank Borzage pouvait-il passer à côté du roman d’Hemingway ? Sans doute pas : l’histoire semble avoir été écrite pour le réalisateur de L’Heure suprême et Lucky Star, deux films sublimes où l’amour dépassait tout, et sauvait les personnages des horreurs de la guerre. Les thèmes de L’Adieu aux armes ne sont vraiment pas éloignés. Pourtant, dès la première image, on voit bien que le Borzage de 1932 n’est plus tout à fait le même que celui qu’il était cinq ans plus tôt. En ouvrant son film sur un plan (magnifique) d’un cadavre reposant, tel le Dormeur du Val, dans un paysage grandiose, Borzage montre qu’il est peut-être un peu plus désenchanté qu’auparavant.

Je ne m’étendrai pas sur les qualités visuelles du film, qui m’ont l’air assez exceptionnelles, mais j’ai vu le film dans une édition DVD absolument calamiteuse (chez Aventi), qui ne permet d’en avoir qu’un jugement parcellaire, hélas… Mieux vaut guetter une autre édition.

En tout cas, le film est dans sa construction, vraiment remarquable, destin parallèle de deux êtres rapprochés par la guerre (lui est un jeune Américain engagé dans l’armée italienne ; elle est une infirmière militaire), et séparés par celle-ci… C’est d’ailleurs ce qui différencie d’abord L’Adieu aux armes de ses chef d’œuvre du muet cités plus tôt : ce couple-là, joliment interprété par Helen Hayes et Gary Cooper, n’est pas seulement séparé par la guerre. Il est aussi un produit de la guerre. Et le ton du film s’en trouve radicalement changé : l’amour est toujours le moteur incontournable des personnages, mais ce qui naît avec la guerre doit mourir avec elle…

Bref, on ne rigole pas des masses devant ce film porté par un Gary Cooper très jeune, et très bien. Il forme un duo pour le moins inattendu avec Adolphe Menjou, dans un rôle très, très éloigné de ceux d’éternel dandy qu’il interprétait durant le muet, notamment dans L’Opinion publique, le magnifique film de Chaplin.

Screen Directors Playhouse : The Day I met Caruso (id.) – de Frank Borzage – 1956

Posté : 11 novembre, 2010 @ 8:13 dans 1950-1959, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

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Troisième et dernier épisode réalisé par un Borzage vieillissant pour la série anthologique Screen Directors Playhouse, ce « Jour où j’ai rencontré Caruso » est un petit film charmant et plutôt agréable, mais qu’on oublie aussi vite qu’on l’a vu.

En voix off, une femme d’un certain âge raconte un épisode de son enfance : issue d’une famille de mormons très stricts où on ne rigole pas tous les jours, la petite fille faisait son premier voyage seul en train, pour retrouver ses parents, lorsqu’elle a rencontré le grand chanteur d’opéra Caruso, avec qui elle va sympathiser malgré tout ce qu’il représente : l’idée d’une certaine débauche.

Ces deux-là, bien sûr, vont s’entendre comme larron en foire, et après une bonne partie du voyage, et du film, à écouter le Caruso chanter (le malheureux acteur plaçant tant bien que mal le mouvement de ses lèvres sur le disque en play back), la petite fille verra sa vie changer radicalement : son esprit se sera ouvert aux plaisirs simples, et son père, pourtant très rigide, deviendra aussi tendre et aimant qu’un ours. Parce que, oui, un ours est tendre et aimant…

On retrouve aussi, dans The Day I Met Caruso, une courte scène qui renvoie au premier court métrage tourné par Borzage pour la télé, Day is done : lors d’un arrêt du train en gare, Caruso réchauffe le moral des troupes en partance pour le front, en leur chantant une chanson. La musique contre la barbarie de la guerre, Borzage nous avait déjà fait le coup…

Screen Directors Playhouse : A Ticket for Thaddeus (id.) – de Frank Borzage – 1956

Posté : 2 novembre, 2010 @ 3:43 dans 1950-1959, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Screen Directors Playhouse : A Ticket for Thaddeus (id.) - de Frank Borzage - 1956 dans 1950-1959 screen-directors-playhouse-a-ticket-for-thaddeus

Deuxième des trois courts métrages que Borzage a réalisé pour la série anthologique « Screen Directors Playhouse », A Ticket for Thaddeus avait tout pour plaire à un cinéaste dont l’œuvre entière est marquée par l’humanisme et le dénonciation de la guerre et des régimes totalitaires.

Le héros de ce téléfilm est un immigré polonais, installé en Amérique depuis quelques années, qui n’arrive pas à se défaire de la peur qui était son quotidien dans son pays natal, placé sous la coupe des Nazis. Au « pays », Thaddeus (Edmond O’Brien, remarquable et méconnaissable) avait été victime d’une arrestation arbitraire. Aux Etats-Unis, alors qu’il a ses papiers, et qu’il mène une vie de labeur simple mais harmonieuse auprès de sa femme, il vit dans la peur constante de l’uniforme. Une peur qui le réveille la nuit, et qui le hante au quotidien.

Lorsqu’il est victime d’un accident de la route, et que l’autre chauffeur, pourtant responsable de l’accrochage, lui met toute la faute sur le dos, il reconnaît des torts qui ne sont pas les siens, et se prépare, fataliste, à être arrêté, et condamné à une lourde peine de prison. Mais face au tribunal, où il est convoqué, il découvre la justice, l’équité, et la bonté. Bref : les Etats-Unis d’Amérique.

Le propos est un peu lourdement appuyé, certes, mais ce court métrage reste très agréable, notamment grâce à la prestation mémorable d’Edmond O’Brien.

La Femme au Corbeau (The River) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 27 octobre, 2010 @ 11:06 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Femme au Corbeau (The River) - de Frank Borzage - 1929 dans 1920-1929 la-femme-au-corbeau

Considéré comme irrémédiablement perdu durant des décennies, ce film mythique a été retrouvé par hasard dans les archives de la Fox, dans une copie nitrate que le temps avait en partie détruite. Tout le début du film a ainsi disparu, ainsi que la dernière bobine, et deux courtes séquences intermédiaires. Grâce au scénario final et aux notes de productions (déposés à la Fox), et à des photos de la collection personnelle de Borzage, le film a toutefois pu être reconstitué, avec des images fixes et des intertitres explicatifs, afin de pouvoir suivre l’intrigue.

Il n’empêche qu’on ne peut avoir qu’un jugement parcellaire sur ce film très différent des précédents mélos de Borzage (L’Heure suprême et L’Ange de la rue), mais visiblement aussi ambitieux. Il semble que les séquences manquantes donnaient une toute autre ampleur à la production : les photos nous montrent des dizaines d’ouvriers occupés à la construction d’un barrage (un décor magistrat reconstitué en studio, par le fidèle Harry Oliver) on ne peut que rêver à ces passages, probablement perdus à jamais. De nombreux personnages disparaissent ainsi totalement, et la grande majorité du métrage se concentre exclusivement sur les deux personnages principaux, interprétés par Charles Farrell et Mary Duncan, couple que Murnau reformera l’année suivante pour City Girl.

Les deux personnages principaux sont suffisamment bien dessinés pour que la perte des premières séquences n’empêche pas de se passionner pour la naissance de leur passion. D’un côté, Charles Farrell, jeune homme maladroit avec les femmes, mais épris de liberté, coincé avec la péniche qu’il a construite par le chantier du barrage, et qui doit rester amarré là durant tout l’hiver. De l’autre, Mary Duncan, la petite amie d’un petit caïd qui vient d’être enfermé pour meurtre, et qui doit elle aussi passer l’hiver dans ce camp déserté jusqu’au printemps.

Les deux jeunes gens se retrouvent seuls, chaperonnés par un étrange corbeau qui semble là pour s’assurer de la fidélité de la belle : lui, innocent comme un enfant ; elle, vraie femme à la sensualité exacerbée, dont les poses lascives et les cambrures sont autant d’appels au sexe… On comprend que Borzage ait préféré Mary Duncan (actrice maudite : ses trois principaux films ont été des échecs publics sans appel, Four Devils, de Murnau, ayant par ailleurs disparu) à l’innocente Janet Gaynor, qu’il retrouvera toutefois pour le magnifique Lucky Star.

On ne peut évidemment avoir qu’un avis parcellaire sur ce film, mais la relation naissante de ces deux jeunes amants est, elle, parfaitement sauvegardée. Et elle est passionnante. Au fur et à mesure que la carapace de la dure Mary Duncan s’effrite, le gamin Charles Farrell s’affirme, jusqu’à une explosion de rage au cours de laquelle, pour contenir sa passion et sa frustration, le gars se met à abattre les arbres à la chaîne, par une nuit glaciale battue par une tempête de neige. Une vision de folie qui poussera Farrell aux portes de la mort.

Mais comme toujours chez Borzage, l’amour est plus fort que la mort ou la maladie. Mary Duncan ramènera l’homme qu’elle aime à la vie en se blottissant contre son corps nu, dans une scène d’une rare sensualité. The River est une parenthèse dans cette période très romantique de Borzage : jamais le réalisateur n’a abordé de manière aussi frontale l’aspect physique de l’amour, et la résonance que peut avoir l’attirance sexuelle de deux êtres. C’est gonflé, et c’est superbe.

Lucky Star / L’Isolé (Lucky Star) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 25 octobre, 2010 @ 6:45 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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Après Seventh Heaven et Street Angel, Borzage retrouve pour la dernière fois son couple-mythique, Janet Gaynor et Charles Farrell, pour un film beaucoup plus dépouillé et, d’une certaine manière, apaisé, mais toujours sublime. Fidèle au tournage en studio, et au génial chef décorateur Harry Oliver, Borzage place son histoire dans une campagne pauvre, mais magnifiée, entrelacs incroyable et séduisant de collines, de cours d’eau, d’arbres et de chemins tortueux.

Dans ce décor presque irréel, Borzage fait preuve d’une grande économie de moyens, et de personnages. Il ne faut que quelques séquences, magnifiques (et une bagarre mémorable au sommet d’un poteau téléphonique) pour planter le décor, et présenter les quatre personnages du film : le brave ouvrier, travailleur et courageux ; le rival, fainéant et profiteur ; la jeune femme, sauvageonne et débrouillarde ; et la mère, laborieuse et aigrie. Comme dans une tragédie grecque, l’action se cantonne à ces quatre personnages, liés par un même destin. Même lorsque la guerre éclate (nous sommes en 1914), les deux hommes se retrouvent ensemble dans les tranchées, à l’autre bout du monde. Et lorsque notre héros se retrouve paralysé, c’est à cause de son éternel rival.

Mais la partie la plus mémorable du film commence après le retour des tranchées, avec cette relation qui unit bientôt la sauvageonne et le vétéran coincé sur son fauteuil. La relation évolue radicalement lors d’une scène à tomber par terre : le héros décide d’enlever la crasse qui recouvre la sauvageonne. Alors qu’il commence à la nettoyer, il réalise brusquement que l’enfant qu’il avait connue avant la guerre est désormais une femme. Le trouble s’installe, plus rien ne sera comme avant.

Ces deux-là s’aiment, ça saute aux yeux. Et le couple Janet Gaynor/Charles Farrell, décidément l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma, fonctionne à merveille. Plus encore, peut-être, que dans les précédents films réalisés par Borzage. Tout le film raconte la naissance de cet amour, de l’indifférence mutuelle à la passion la plus folle. Une passion qui surpassera tous les écueils, et qui poussera notre héros paralysé à se lever et à courir dans la neige, dans une scène miraculeuse, belle à pleurer, qui n’est pas sans rappeler la « résurrection » du même Farrell à la fin de L’Heure suprême, revenu d’entre les morts et fendant la foule pour retrouver la belle Janet.

Lucky Star est le dernier film muet de Borzage, le réalisateur ayant dû en tourner en parallèle une version sonorisée pour le marché américain. Ces deux versions avaient totalement disparues, jusqu’en 1990. Et fort heureusement, c’est la version muette qui est réapparue. La force des images de Borzage n’aurait sans doute rien gagné à être parasitée par des dialogues dont on se passe parfaitement.

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) – de Frank Borzage – 1955

Posté : 24 octobre, 2010 @ 6:12 dans 1950-1959, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) - de Frank Borzage - 1955 dans 1950-1959 screen-directors-playhouse-day-is-done

Mal compris à sa sortie, mal aimé pendant des décennies, Moonrise (Le Fils du Pendu) a mis un terme provisoire à la carrière du grand Borzage : il ne tournera plus rien pendant sept ans, jusqu’à un retour modeste par la case télévision : en quelques mois, il réalise trois courts métrages pour la série anthologique Screen Directors Playhouse, à laquelle de nombreux grands ont participé, de John Ford à William Dieterle en passant par Allan Dwan.

Celui-ci est le premier des trois. On y retrouve la vision éternellement anti-militariste de Borzage, qui raconte ici l’amitié naissante entre un « bleu » et un militaire aguerri, que tout oppose, mais qui se découvrent autour d’une même passion pour la musique. La musique qui adoucit les mœurs, et réveille l’humanité des soldats les plus endurcis ? Le trait est un peu forcé, mais ce court métrage est joliment filmé, et se regarde avec un vrai plaisir.

Borzage reviendra trois ans plus tard, avec trois ultimes longs métrages.

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