A House of Dynamite (id.) – de Kathryn Bigelow – 2025

Une attaque nucléaire ? Une possible apocalypse ? Oui, bon, le cinéma américain nous a déjà fait le coup cinquante fois, alors quoi de neuf ? Eh bien le neuf, bien sûr, c’est Kathryn Bigelow aux commandes. Le résultat est, forcément, très loin de tout ce qu’on a déjà pu voir sur le sujet. Fidèle à la veine engagée qu’elle poursuit depuis quinze ans, la réalisatrice de Zero Dark Thirty fait un choix radical : à peu près rien d’autres que des parlottes. Pour un résultat tout aussi radical : un film flippant et glaçant, dont on ressort (difficilement) sous le choc.
Choix radical, donc… Tout le récit se concentre sur une vingtaine de minutes, qui séparent la détection d’un missile nucléaire tiré d’une région du Pacifique qui n’a pas pu être déterminé, et le moment où il doit sur une ville américaine qui pourrait bien être Chicago. Pas de grande scène de foule, pas d’explosion pas plus que de missions à hauts risques d’agents infiltrés : toute l’action se déroule dans des salles de crise américaines, notamment celle de la Maison Blanche.
Ou comment une journée sans histoire bascule en quelques minutes vers un cataclysme sans doute inévitable. Une vingtaine de minutes, qui s’étendent à l’écran sur à peu près deux fois plus long, jusqu’à l’instant qui précède le probable impact. Et puis rewind… Bigelow revient vingt minutes plus tôt, et recommence avec de nouveaux points de vue : ceux des officiers et autres responsables, guère préparés à un tel scénario. « Il n’y a pas de plan B », résume un officier, synthèse d’une simplicité aberrante du propos alarmiste de Bigelow.
Heureusement, lorsqu’on arrive une nouvelle fois à l’instant précédant l’apocalypse annoncé, Bigelow rewinde une seconde fois, montant encore d’un cran dans les points de vue adoptés. Cette fois, c’est le chef du Pentagone et le Président des Etats-Unis lui-même que l’on suit. En arrivant au sommet de la pyramide, la scénariste-réalisatrice touche à ce que la sécurité du monde a… de plus humain, et de plus fragile, de simples hommes à qui revient une décision impossible.
Dans le rôle du président, Idris Elba est parfait, colosse aux genoux fragiles, incapable de prononcer les mots que tout le monde attend de lui. Comme souvent chez Kathryn Bigelow, c’est du côté des femmes que pourrait se trouver la vraie force. Celle d’une obscure responsable du centre de crise, formidable Rebecca Ferguson, tenue à l’écart des vraies décisions au profit d’un supérieur bien moins clairvoyant.
Au-delà de la pure efficacité du film, tourné comme tous ses précédents en caméra porté (pour un résultat censé renforcer le côté réaliste du truc, mais qui a ses limites, donnant parfois une impression de facilité), Bigelow signe un film coup de poing qui souligne avec beaucoup de poids la fragilité d’un monde bâti depuis 80 ans sur la dissuasion nucléaire. Une maison remplie de dynamite, que la moindre étincelle suffirait à souffler. Et non : « il n’y a pas de plan B ».



